Quentin Bigot – Je mourrai avec un marteau dans les mains

Quentin Bigot, c’est l’histoire d’un lanceur qui est amoureux de sa discipline du lancer de marteau. Médaillé d’argent mondial à Doha en 2019, il se positionne comme un candidat sérieux à la médaille olympique cet été à Tokyo. Le Messin rêve d’or. Il nous plonge au cœur de sa discipline, avec une passion incroyable. De Amneville jusqu’à Tokyo, il nous parle d’un lancer, encore trop peu médiatisé, mais qui commence à se démocratiser au fil du temps et des exploits français. Plongez dans la tête de Quentin Bigot.

Crédit : Quentin Bigot

QUENTIN BIGOT – A AMNEVILLE, IL Y AVAIT UNE CAGE DE LANCER. J’AI DEMANDÉ CE QUE C’ÉTAIT

Dès que j’ai commencé le lancer de marteau, cela a été une évidence pour moi. J’ai commencé à 12 ans, auparavant j’ai fait de la gymnastique pendant six ans, quand j’étais très jeune. Je me suis cherché, en jouant au handball, de la lutte gréco-romaine. C’était un sport qui me plaisait vraiment, mais malheureusement par manque de moyens, le club dans lequel j’étais a dû fermer ses portes. Mon père faisait de l’athlétisme quand il était plus jeune, de la course à pied. Il m’a dit : “Tu vas pouvoir faire de l’athlétisme, car il y a plein de disciplines, on peut courir, sauter et lancer”. Je suis arrivé comme cela, au club d’Amnéville. Je détestais courir, ce n’était pas ma tasse de thé (rires).

A Amnéville, il y avait une cage de lancer de marteau à côté de la piste. J’ai demandé ce que c’était, car je ne connaissais pas du tout. On m’a emmené essayer le lancer de marteau. Je me souviens, quand je suis arrivé dans la cage je me suis dit : “Je viens lancer le poids”. C’était la seule chose que je connaissais, je ne connaissais pas le marteau et je ne jete pas la pierre aux jeunes qui ne connaissent pas ma discipline. C’est normal, car ce n’est pas quelque chose de commun, qu’on voit tous les jours à la télé. Ce n’est pas simple !

LE LANCER DE MARTEAU M’A TOUT DE SUITE PLU

Le lancer de marteau m’a tout de suite plu. Je me souviens de la première fois où j’ai pris le marteau en main, c’est quelque chose qui me plaisait, avec la cage autour de moi et le plateau à l’intérieur. C’est un univers atypique mais plaisant, sans que je ne sache expliquer pourquoi. Je me sentais bien, même s’il a fallu quelques années pour que je fasse de bonnes performances. Les premières années j’étais vraiment très mauvais (rires). Quand je vois des jeunes qui arrivent à l’entraînement et qui font en deux mois, ce que je faisais en un ou deux ans. Cela dit, j’ai vite été bon sur la technique, j’ai très vite compris comment lancer le marteau.

C’est quelque chose de naturel et même si je ne lançais pas loin, car j’avais un physique assez frêle, sans qualités naturelles exceptionnelles. Je vois des gamins en école d’athlétisme, qui ont du pied et des qualités que je n’avais pas. Moi, je n’étais pas explosif, je n’ai pas de qualité de course. Je ne connaissais pas la biomécanique, mais je ressentais les choses et j’ai vite su comment faire.

QUENTIN BIGOT – LE GESTE DU LANCER PEUT ÊTRE COMPARE A CELUI D’UN DANSEUR ÉTOILE

Avec le temps, j’ai appris à étoffer ma passion. Je suis passé par plusieurs phases, au début j’aimais lancer, m’évader de l’école par le lancer. Puis, petit à petit, c’est devenu une passion. Cela s’est fait par étapes. Quand j’étais junior, j’étais dans l’objectif de me révéler et voir que j’étais un peu au- dessus des autres. Aujourd’hui c’est différent. Je lance parce que j’ai une histoire par rapport à moi-même, par rapport au dopage. J’ai envie de me prouver à moi même, que je peux faire des choses extraordinaires naturellement.

Il y a aussi l’amour du geste, j’adore ce geste et le répéter encore et encore et les sensations que cela procure. J’ai envie de l’étoffer, qu’il soit encore plus beau et d’aller vers la perfection. C’est quelque chose qu’on peut comparer à un danseur étoile. Voire des musiciens qui veulent jouer des partitions le plus parfaitement possible. Je ne parle même pas de compétition et encore moins des Jeux. Le marteau c’est déjà ça et la compétition et ce qui en découle, cela vient en deuxième. C’est important de se dire ça, car la compétition ne dépend pas que de nous. Pleins d’athlètes s’entraînent aussi dur que moi. En revanche, la manière de lancer ne dépend que de soi-même. Je sais que si je veux être bon, gagner des compétitions, c’est sur moi et sur mon geste que je dois travailler.

JE ME POSE DES QUESTIONS DEPUIS DES ANNÉES SUR MES SENSATIONS

La compétition n’est qu’un gâteau qu’on doit préparer, avec la volonté de vouloir lancer mieux, être plus fort en musculation. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Il faut s’approcher de la perfection. D’autant plus que je sais que j’ai moins de marge que les autres. Je suis le plus petit du circuit mondial, avec mon 1,77m et je fais 100 kg. Mes concurrents font tous plus de 1,80 m et ont tous des qualités de force que je n’ai pas forcément. Si je veux rivaliser, je dois jouer sur mes qualités et en comblant au maximum mes défauts. Et ma qualité, c’est ma technique et savoir être bon le jour J, en me préparant le mieux possible.

Au marteau comme ailleurs, il y a l’explicable et l’inexplicable. On peut se demander pourquoi des musiciens sont meilleurs que d’autres et pourquoi un pianiste joue mieux qu’un autre, qui va pourtant s’entraîner au moins autant. Il y a une part de don, je sais que quand je suis dans une séance de lancers, j’accorde de l’importance à la répétition. J’ai beaucoup de réflexion sur mes sensations, je regarde beaucoup de vidéo et je fais beaucoup de visualisation. Il n’y a pas que du hasard et une prédisposition à bien lancer. Cela fait des années que je me pose beaucoup de questions sur la technique et comment faire pour lancer loin. C’est quelque chose qui me passionne et je suis obnubilé par cela. Je suis à l’écoute de mon corps à l’entraînement et en constante recherche de sensations.

QUENTIN BIGOT – QUAND ON SAIT QU’ON EST STABLE TECHNIQUEMENT, C’EST UNE GROSSE AIDE

Cela m’amène à avoir une vraie maîtrise de ce que je fais. J’arrive à un âge où je sens les choses. Si je me replonge dix ans en arrière, oui je savais lancer, tout le monde me le disait. Mais je ne maîtrisais pas forcément ce que je faisais comme aujourd’hui. On peut parler de “flow” avec le marteau. Il y a des séances où je ne lance pas très loin le marteau, mais où je sais que je suis en parfaite harmonie avec lui. Ce sont de très bonnes sensations. Celui qui me regarde peut trouver cela facile, mais je ressens aussi cette facilité.

Il est possible que ce “feeling” ait joué à Doha, lors des championnats du monde 2019. Mais ce jour-là, il y avait tellement de choses qui ont joué. On était pas mal d’athlètes au même niveau, à 1 mètre près. Des gens qui avaient faim et qui voulaient être sur le podium. Mais le jour J, quand on sait qu’on est stable techniquement, c’est une grosse aide. Il y a des choses qu’on ne maîtrise pas le jour d’un championnat. Quand on sait lancer “automatiquement”, on peut passer un peu au-dessus du stress et mieux s’exprimer. Je savais ce que je valais ce jour-là et que je pouvais faire 78 ou 79 m. Mais, si les autres avaient fait 79 m, cela aurait été plus compliqué de répondre. Je sais juste que j’étais à mon meilleur niveau le jour J.

CE QUI COMPTE, C’EST ÊTRE BON LE JOUR J ET AVOIR MIS TOUTES LES CHOSES EN PLACE

C’est ce que je répète en interview avant les championnats, ce qui compte pour moi, c’est être le jour J bon et avoir mis toutes les choses en place pour être dans le game. La place, après, c’est le sport. On peut être premier, on peut être cinquième, tant qu’on a tout donné et qu’on est à son niveau, qu’est ce qu’on peut faire ? Il faut un premier, il faut un dernier et il faut des gens au milieu. Cela se joue à l’entraînement, avoir l’envie de se dépasser tous les jours et prendre des décisions intelligentes. Le jour du championnat faire le maximum et ne rien regretter. Je sais que je peux me rapprocher du mieux possible de la perfection technique et cette maîtrise, elle a peut-être fait la différence à Doha. Mais j’avais autant envie que les autres, d’être sur le podium.

A Doha, j’arrive avec la 11e performance des engagés, avec mes 78 m. On est que deux à faire notre “Season Best” à Doha, un Ukrainien fait son record et moi mon SB. C’est la plus belle chose qu’on puisse faire, le jour d’un championnat.

QUENTIN BIGOT – LE CONCOURS EST UN JEU SUR UNE HEURE

Quand j’entre dans le cercle en compétition, il y a un mélange de plusieurs émotions. Suivant les essais et le déroulement du concours, on ne ressent pas forcément la même chose. C’est une histoire un concours. Chaque concours est différent et quand je rentre dans le cercle, il se passe plein de choses. Soit on est leader, et on est un peu serein et en voulant marquer le coup, soit on est en danger, avec le danger d’être éliminé avant le 4e essai. On ne rentre pas dans les mêmes dispositions et c’est humain. J’essaye de me recentrer sur moi en essayant de souffler et de me relâcher, car le marteau c’est beaucoup de relâchement.

Je veux faire le vide, mais en me servant de la force de la compétition, du championnat, comme d’un levier pour faire une performance et me dépasser. Etre dans ce jeu avec les adversaires, même si ce n’est pas du sprint, où on est tous sur la même ligne. Le concours est un jeu sur une heure, où chacun essaye d’être devant l’autre. Je sais que c’est en lançant bien qu’on lance plus loin. C’est une guerre contre soi-même mais surtout contre les autres. Car c’est la performance des autres qui peut aider à se dépasser. Si, avant moi, quelqu’un a fait une performance, cela va peut-être me stimuler un peu plus. Cela dépend vraiment de la situation.

LES MEETINGS SONT LA POUR PRÉPARER UN GRAND CHAMPIONNAT

Il y a ce jeu de réponse. Puis, parfois, on s’aperçoit qu’un concours peut s’emballer sur un essai, les mecs se passant les uns devant les autres. C’est prenant pour les athlètes et ça doit l’être aussi pour les spectateurs. C’est ce qui rend les concours intéressants, car quand il y a un gros leader qui fait le jet qui assomme tout le monde d’entrée, c’est bien pour lui, mais cela rend moins intéressant le concours. Cela dit, si à Tokyo je peux assommer d’entrée le concours, je ne me priverais pas et tant pis pour le spectateur (rires). Dans un concours, à la télé, tout n’est pas forcément en live. Pour suivre un concours, il faut le suivre dans la durée. Cela ne rend pas forcément les choses évidentes à suivre.

Mais un concours c’est beaucoup de stress et il faut demander aux coachs, ce sont eux les plus stressés dans les tribunes, quand ils suivent le concours. C’est ce qu’on se dit souvent. On fait entre 4000 et 5000 jets par an à l’entraînement pour, dans le meilleurs des cas, un jet de qualifs et six jets en finale. Le ratio n’est pas terrible (rires). Mais ces 5000 lancers, il faut savoir à quoi ils nous servent. A être le mieux possible le jour J. Il ne faut pas se tromper d’objectif sur les meetings auparavant, qui ne sont là que pour préparer le championnat. J’essaie, avec mon préparateur mental, d’être bon à une date précise. Et c’est psychologique, le corps fera tout pour être en forme ce jour-là et nous aussi.

ON A UN PROBLÈME DE CULTURE DU LANCER EN FRANCE

A part en 2018, où je me blesse avant les Europe, j’ai toujours été proche de mes performances de pointe en grand championnat. L’équation est assez facile. Il faut progresser, devenir plus fort et le jour J, ça ira là ou je sais faire.

Le boom médiatique autour des lancers, je le ressens vraiment. On est mieux considérés par les médias et l’athlétisme en général. Par les gens autour de nous également, qui s’intéressent vraiment à ce qu’on fait. Mais les lancers français avant Mélina, à part Manuela Montebrun, c’était compliqué. Il y avait des petites places de finalistes, mais on était tous loin de notre record en compétition. On passait un peu pour des cons.

Malgré tout, il y a cette différence de culture avec d’autres pays. Il n’y a qu’à voir les infrastructures en Allemagne. J’habite à Metz, je ne suis pas loin de l’Allemagne et je connais assez bien. Ils sont gâtés niveau installations, que ce soit en aire de lancer mais aussi au niveau musculation. En France, on n’a pas cette culture du très haut niveau qu’on les Allemands où qu’avaient les Soviétiques. On a un problème de culture et je rencontre ce problème cette saison. Les collectivités n’ont pas forcément conscience de ce qu’il faut pour faire du haut-niveau.

QUENTIN BIGOT – IL Y A UNE MAUVAISE REPRÉSENTATION DE CE QU’EST LE LANCER EN FRANCE

Je travaille, j’ai un emploi du temps certes aménagé. Mais aujourd’hui, mes adversaires polonais ne travaillent pas et sont six mois dans l’année en stage. On ne vit pas dans le même monde. Ces gars-là, on les retrouve en compétition et ils sont forcément mieux préparés. On a un manque de professionnalisme en France. Quand on parle partenariats et sponsoring, les sprinteurs sont moins à plaindre que les lanceurs. Les contrats ne sont pas les mêmes et ont davantage de quoi vivre. Cela commence à aller mieux, mais il faut être médaillé mondial. Il y a encore des différences. Ce n’est pas lié à l’athlétisme mais à la culture du sport et du lancer en France.

Dans la tête des gens, le lanceur est gros, il ne fait que de la musculation. Le marteau c’est un sport de force etc. Il y a une mauvaise représentation de ce qu’est le lancer en France. Les gens ne voient pas le travail technique et de réflexion qu’il y a derrière. Je fais beaucoup de PPG, je passe des haies et je fais différentes choses. Et pour rejoindre Alexandra Tavernier (NDLR : lire son interview ICI et ICI), notre physique se rapproche plus des gens normaux. On a plus de personnes un peu en surpoids que de personnes taillées comme des sprinters ou sprinteuses.

PAS LE TEMPS POUR ME BATTRE SUR CES SUJETS, JE DOIS PRÉPARER LES JEUX

Mais c’est le monde d’aujourd’hui. Regardez n’importe quel clip à la télé, n’importe quel film, on met en avant des gens aux physiques parfaits. Je trouve cela dommage car on perd des occasions de donner envie aux jeunes de faire du sport. On cherche trop à faire entrer les gens dans des cases. Il n’y a pas que le sprint, beaucoup de gens pourraient pratiquer les lancers. Dire qu’on est gros, c’est un peu n’importe quoi. Quand je suis dans la rue, je ne pense pas choquer les gens par mon obésité. J’ai jamais été aussi sec de ma vie (rires). Mais il y a un problème de vision des choses, qui est assez français. Ce n’est pas du tout comme ça dans d’autres pays.

On peut le changer petit à petit, avec des passages dans les médias, des interviews. Mais nous avons notre carrière et notre objectif c’est d’être bon en championnat et de tout mettre en œuvre pour réussir. Cela prend déjà tellement de temps et c’est déjà assez compliqué, c’est notre métier ! Si en plus il faut aller à la guerre pour être reconnus, c’est dur ! Je n’ai pas envie de perdre trop de temps avec ça. Je prépare les Jeux et je suis concentré dans cet objectif. Peut-être que les choses évolueront seules. Avec les années qui passent, on est davantage reconnu.

Aux derniers championnats d’Europe par équipe, ce sont les lanceurs qui ont rapporté le plus de points à l’équipe de France. C’est une grosse fierté, car ce n’était pas du tout le cas avant. Si on est médaillé, c’est parce que les lanceurs ont fait le travail, même si tout le monde compte dans une équipe.

DES JEUNES QUI ÉMERGENT AU LANCER DU MARTEAU

Je suis d’ailleurs convaincu qu’on va avoir un problème de riche dans le lancer Français en 2024. Je ne me fais pas de soucis pour le marteau français, avec Yann Chaussinand, Hugo Tavernier ou encore Jean-Baptiste Bruxelle. J’étais en stage à Vittel avec Paul Crezevault, qui est Espoir et a fait 68m cet hiver. C’est une génération de jeunes intéressante et souvent, cela marche par génération. Il y a eu celle des années 90, celle de Pouzy et Bortoluzzi. Cela m’est arrivé de gagner des Élites avec près de 10m d’avance sur le 2e. Yann fait son bout de chemin et Hugo arrive aussi. C’est la suite logique et je suis content qu’il y ait d’autres gars qui viennent lancer au même niveau que moi.

Dans un grand championnat c’est une force. Quand je vois les Polonais débarquer en force. Ils ne sont pas forcément les meilleurs amis du monde, mais on voit qu’il y a tout de même une unité derrière le drapeau et c’est un truc qui me plait. Je veux qu’on représente le drapeau français et ce n’est pas déconnant d’imaginer qu’on soit trois en finale du marteau en 2024. Ce serait énorme et on a le potentiel d’y penser. Ce qui n’est pas forcément le cas d’autres disciplines. Je suis un passionné et j’avais vraiment peur que, quand j’arrête le haut niveau, il n’y ait personne derrière moi. Comme si je fermais la porte. Là, il y a une vraie dynamique avec des jeunes qui ont plus de talent que moi.

QUENTIN BIGOT – CES JEUNES, ILS VEULENT JUSTE AVOIR UNE SITUATION STABLE POUR S’ENTRAÎNER SEREINEMENT

Je n’ai jamais été approché par d’autres disciplines, aussi bizarrement que cela puisse paraître. J’ai toujours répété dans les journaux que le marteau c’était ma vie et ma passion. Cela ne m’intéresse pas d’aller dans d’autres sports, même si j’aurais pu gagner plus d’argent. Mais je peux comprendre cet aspect financier et mise en avant. Mais je ne serais jamais parti !

Je ne veux pas faire de pessimisme, mais j’ai peur que les jeunes lanceurs vivent les mêmes choses que nous, dans un futur proche, je ne pense pas que les choses évoluent pour les lanceurs. On est dans un contexte économique qui fait que les partenaires ont du mal à suivre et pas qu’au marteau. J’ai pu discuter avec d’autres lanceurs et parfois des jeunes, ils veulent juste une situation stable, pas gagner des 100 et des 1000. Ils veulent juste pouvoir s’entraîner et certains n’ont même pas le minimum alors que certains ont le potentiel. Mais ils font le choix des études et ils partent, car ils ne peuvent pas assumer les deux et c’est normal.

Quand on regarde ce qu’il se passe aux Etats-Unis, eux ils ont pigé comment cela se passe. Même si c’est un peu compliqué en termes de clubs. Le système étudiant est juste incroyable. Ils ont des installations de cinglés (rires) et les lanceurs y sont très mis en avant.

JE ME VOIS BIEN DANS 30 ANS, LANCER LE MARTEAU AVEC UN PETIT GROUPE DE JEUNES

A ce stade de l’année, je pense forcément à l’or pour les Jeux de Tokyo. On se donne au maximum à l’entraînement pour ce rêve, mais je sais que c’est compliqué. Mais si je n’y crois pas, qui y croira pour moi ? Cela peut paraître prétentieux et je n’aime pas ça, car je sais bien qu’avec 78m je ne serais pas champion olympique. Il faudra faire plus de 80 m. Mais je me donne tous les moyens à l’entraînement et il faut que j’y crois. Mais je ne vais pas pleurer si je ne fais pas médaille et que j’ai tout donné dans la compétition. S’il y a une bonne perf et que je fais 5e, c’est le sport et il faudra s’entraîner encore plus dur pour y arriver. C’est la loi du sport, mais il faut y croire jusqu’au dernier moment.

Je ne m’arrêterais jamais de lancer le marteau. Je me vois très bien dans 30 ans, lancer le marteau avec un petit groupe de jeunes à qui je peux donner des conseils voire coacher. Dépanner le club de Metz aux interclubs. Évidemment, il y aura l’arrêt du haut-niveau dans le sens de s’entraîner tous les jours comme un fou. Mais j’aimerais être un athlète de haut niveau encore une dizaine d’années. Quand je vois Mélina (NDLR : Lire son interview ICI) je me dis que c’est possible, tant que l’envie sera là et que physiquement, mon corps répondra présent. On verra cela à l’usure (rires) pour savoir si on veut continuer et arrêter. Je ne me pose pas la question car je suis dans la force de l’âge. On peut surfer et progresser jusqu’à 34 ou 35 ans. Mais on peut faire du haut-niveau.

Je mourrai avec un marteau dans les mains (rires). Je connais quelqu’un dans les Vosges, un monsieur de 80 ans, qui s’appelle Jean-Claude qui lance encore le marteau. J’ai énormément d’admiration pour ce monsieur. On le voit, il s’échauffe bien, c’est impressionnant. Je me vois tout à fait à son âge continuer à lancer. Quand je ne lance pas, cela me manque trop. Je pars en vacances avec ma femme en Ecosse, je contacte quelqu’un sur place pour aller lancer avec lui (rires). J’ai eu le Covid et j’ai dû m’arrêter sept jours et c’était très dur ! C’est un manque et une drogue.

QUENTIN BIGOT

Etienne GOURSAUD

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