Marie Bochet: Skieuse

#SkiAlpin #8 médailles d’Or aux Jeux Paralympiques # 20 médailles d’Or aux Championnats du Monde #91 victoires en Coupe du monde #7 Gros globes de cristal #Officier de la Légion d’honneur en 2018

Crédit Photo Une : Agence Zoom

Le ski, c’est ma vie.

C’est ma liberté.

Tout s’organise autour de ce sport. J’ai commencé très jeune, à cinq ans. Dans un environnement montagneux, en Savoie, on pourrait presque dire que j’ai grandi sur des skis. C’est le seul moment où je suis la seule maître à bord, où je ne me concentre que sur le moment présent, où j’oublie tout et je me donne à 100 %.

Après avoir découvert la compétition à 6 ans en valide, le monde des épreuves handisport s’est ouvert à moi 5 ans plus tard. Je cumulais alors une licence à la Fédération Française handisport (FFH) et celle pour les valides. Mes premiers clubs, celui des Saisies puis le Ski Club d’Arêches Beaufort, représentent mes racines. Celui d’Albertville handisport, mon épanouissement sportif.

Lorsque j’ai commencé à m’investir dans les compétitions handisports, j’ai petit à petit délaissé les compétitions en valide à cause de mon planning de plus en plus chargé.

LE HANDISPORT M’A OUVERT D’AUTRES HORIZONS

La découverte du ski handisport s’est faite grâce à une rencontre d’un membre de la FFH lorsque j’étais chez le prothésiste. C’était un nouveau monde qui s’ouvrait à moi. On dit que le handicap ferme des portes, et bien dans mon cas, il m’en a ouvert des nouvelles.

J’ai fait le choix de m’investir davantage dans le handisport, car j’avais de plus belles perspectives.

Je considère être une athlète qui prend du temps pour passer certains caps techniques. Ce que l’on ne donne pas nécessairement aux enfants dans les clubs pour valides à cause de la densité de la concurrence. Le monde handisport m’a laissé le temps de mûrir sportivement.

Lorsque j’ai débarqué sur le circuit des coupes et championnats de France, j’ai découvert des personnes qui m’ont accueilli et m’ont aidé à m’épanouir. J’y ai trouvé de la bienveillance et un réel esprit de famille.

Cette année-là, j’avais seulement 11 ans, j’étais en en 6e, j’étais l’enfant qui arrivait dans ce milieu d’adultes, mais je me sentais protégée.

Il y avait tellement de différences physiques entre nous qu’elles s’effaçaient les unes face aux autres. On avait tous un handicap, c’était devenu la normalité.

À la maison, mes parents ne m’ont jamais élevé différemment de mes frères et sœurs, ils m’ont toujours poussé à m’adapter. Mon premier entraîneur Jean-Michel Berthod était aussi dans cet état d’esprit. Il m’a intégré dans son groupe au même titre que les autres enfants valides. Au final, mon petit monde était constitué de personnes qui m’ont permis de m’épanouir sans pour autant me surprotéger.

À la maison, mes parents ne m’ont jamais élevé différemment de mes frères et sœurs, ils m’ont toujours poussé à m’adapter. Mon premier entraîneur Jean-Michel Berthod était aussi dans cet état d’esprit. Il m’a intégré dans son groupe au même titre que les autres enfants valides. Au final, mon petit monde était constitué de personnes qui m’ont permis de m’épanouir sans pour autant me surprotéger.

MON HANDICAP NE M’A JAMAIS LIMITÉ

D’un point de vue sportif, je ne me définis pas comme une pure compétitrice du moins au début de ma carrière. Mais au fur et à mesure de mes progrès sur les skis, j’ai commencé à développer un esprit de compétition qui m’a poussée à rechercher le meilleur temps, à affiner ma technique, à être rigoureuse et à prendre de l’assurance dans mon travail. En quelque sorte, j’ai appris à être compétitrice.

Me prouver à moi-même que je suis capable autant que les autres n’a jamais été l’un de mes moteurs. Mon handicap ne m’a jamais limité. Pour moi, avoir 6 doigts, c’est bien plus normal que d’en avoir 10.

Je n’ai jamais considéré mon handicap comme tel ! C’est toujours une histoire de perspective et de degré de handicap aussi.

Et grâce à cette perspective, ma carrière sportive a très vite décollé. À16 ans, j’ai participé à mes premiers Jeux Paralympiques (2010) où j’ai terminé 4e du slalom et du super-combiné dans ma catégorie. Pourtant j’en garde un souvenir mitigé. Entre celui de la découverte extraordinaire d’un événement gigantesque et la déception sportive d’être rentrée sans aucune médaille. C’est à ce moment précis que j’ai découvert mon esprit de compétition.

Lors de ces Jeux, j’étais considérée comme une outsider, je pouvais prétendre à une médaille, mais je suis complètement passée à côté. Cette frustration m’a permis de me relancer dans une nouvelle dynamique de haut niveau en me fixant des objectifs et en me donnant les moyens de les atteindre.

Pourtant, la saison 2009-2010 a été le tournant de ma carrière. J’avais intégré la section sportive du lycée Jean Moulin à Albertville en juin 2009 qui est la plus prestigieuse de la Fédération Française de Ski. Aucun autre skieur handisport n’y était entré auparavant. Cela m’a permis de mener de front de mes études jusqu’au bac en parallèle de ma carrière sportive de haut niveau.

LA POLYVALENCE COMME CLÉ DE RÉUSSITE

Trois ans plus tard, j’ai participé aux Championnats du Monde 2013 en Espagne. J’avais 19 ans. Une surprise ces mondiaux ! J’étais stupéfaite de tant réussir dans toutes ces disciplines en glanant 5 médailles d’or. Comme si j’étais spectatrice de mes performances. Sentir que toutes les épreuves s’enchaînaient en réussissant chacune d’entre elles. À ce moment, j’étais fière de ce que je réalisais, c’était comme si mon corps savait ce qu’il avait à faire. Ça glissait tout seul. J’ai découvert que je pouvais être une athlète polyvalente.

Ces mondiaux m’ont permis de me redéfinir. Je suis passée d’une jeune fille innocente à une jeune adulte consciente de ses capacités et de ses performances. Maintenant lorsque je souhaite réaliser un grand chelem, je calcule davantage ce que je fais. Aussi, mon esprit de compétition s’est affûté. À chaque compétition, chaque échéance, je calcule chaque élément de performance.

Le grand chelem* n’a jamais été mon objectif principal bien que je sache que j’en suis capable avec du travail. Cette échéance demande beaucoup d’investissement, souvent rarement récompensé par une victoire.

*remporter toutes les épreuves : descente, Super-G, slalom géant, slalom, super-combiné.

Je suis passée d’une jeune fille innocente à une jeune adulte consciente de ses capacités et de ses performances. Maintenant lorsque je souhaite réaliser un grand chelem, je calcule davantage ce que je fais. Aussi, mon esprit de compétition s’est affûté. À chaque compétition, chaque échéance, je calcule chaque élément de performance.

Après la saison 2013 et encore plus après les Jeux Paralympiques de 2014, j’ai été considérée comme l’athlète phare de ma discipline. Bien qu’au début, c’était quelque chose avec lequel j’avais beaucoup de mal, j’avais à cœur de le faire correctement, de véhiculer mes valeurs telles que le dépassement de soi, le perfectionnement… Les valeurs d’un athlète de haut niveau en quelque sorte. Ce n’est pas un statut que j’ai demandé, il s’est imposé à moi. C’est un honneur, mais cela représente aussi beaucoup de responsabilités.

Ma crédibilité en temps qu’athlète s’est ressentie lorsque l’on m’a proposé d’être porte-drapeau de la délégation paralympique des Jeux de 2018 à Pyeongchang.

Bien qu’au départ de cette proposition, j’ai hésité. Dans le monde du sport, l’histoire est connue, la malédiction du porte-drapeau m’est tout de suite venue en tête. Celle qui dit que celui qui sera porte-drapeau ne réussira pas ses Jeux. Cela m’a mis une pression supplémentaire, réussir dans ce rôle de représentant tout en assurant les épreuves par la suite. C’était un nouveau défi.

Ce rôle est souvent proposé à un athlète confirmé qui est généralement le leader de sa discipline avec un palmarès important. C’est une reconnaissance de ma carrière, mais aussi de la confiance que l’on me fait.

Durant toute ma carrière, en début de chaque saison, j’ai des doutes. Les doutes de ne pas avoir assez travaillé, de ne pas être prête, de ne pas être à la hauteur. Mais une fois les premières courses passées, je prends confiance, je prends mes repères sur le circuit et je me lâche. Je sais ce que j’ai à faire et le fait. Ce sont ces doutes qui me font me remettre en question et qui me font progresser chaque année.

Grâce à mes résultats, les médias m’ont tendu des micros et m’ont permis de promouvoir le ski handisport et le handisport en général. Sans être prétentieuse en disant cela, j’ai conscience que j’ai un rôle à jouer dans cette promotion, j’ai l’occasion de pouvoir m’exprimer, de montrer ce qu’est le handisport et de parler de nos disciplines au grand public.

Cette médiatisation progresse, notamment grâce aux athlètes qui brillent dans leurs sports respectifs et ainsi interpellent la curiosité des téléspectateurs. Et cela, encore plus avec des athlètes qui par leurs caractères, leurs palmarès mettent en lumière les disciplines des sports d’hiver et qui contribuent également à la promotion du handisport.

Depuis 2018, je fais partie de la commission des athlètes, présidée par Martin Fourcade, pour l’organisation concrète des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. En faisant partie de cette commission, j’espère à mon petit niveau que je porterai correctement la parole des athlètes handisport et qu’on leur offrira la plus belle expérience sportive de leur carrière à Paris.

MARIE

avec la participation de Johana Wehbe