Thomas Jordier : “Cette disqualification, je la craignais un peu”

Meilleur temps des séries, sur le 400 m des championnats d’Europe de Torun, Thomas Jordier, que vous aviez pu découvrir longuement ICI s’est finalement fait disqualifier, pour avoir mordu très légèrement la ligne du couloir intérieur. C’était un vrai prétendant à la médaille après une saison hivernale, où il a porté son record à 46”13. Il revient avec nous sur cet incident, sur ses regrets. Mais, Thomas Jordier dresse un bilan très positif de cet hiver et est plus que jamais tourné vers son rêve olympique !

THOMAS JORDIER : “JE ME VOIS BEAUCOUP À L’INTÉRIEUR DURANT MA COURSE”

Je me vois beaucoup à l’intérieur durant ma course, mais sans savoir si je mords ou pas. Quand on regarde la vidéo, on me voit par la suite beaucoup à l’extérieur dans la ligne droite opposée. Dans la course, j’entends tout ce qu’il se passe. Les encouragements de Célia Perron qui était à la hauteur. Je contrôle vraiment tout ce que je fais dans la course. Melvyn Raffin m’encourage également, je vois même qu’il a fait 15,29m.

On arrive au rabat et j’avais en tête mon schéma de course, qui était prêt depuis qu’il ont sorti les modalités de qualification. Le seul souci que j’avais et ce qui m’a donné un petit coup de stress l’avant-veille de la course, c’est qu’il n’y avait que deux qualifiés, dans la mesure où il y avait beaucoup de séries. J’avais peur de la disposition des couloirs pour la série et de retrouver au 2. La veille de la course, on apprend que les meilleurs chronos vont courir à l’extérieur. Ce qui était logique pour pas mal de monde, mais pas forcément pour moi.

JEAN-SEBASTIEN MENIGOZ ME DIT : “THOMAS C’EST BIZARRE ILS T’ONT DISQUALIFIE”

Une fois la course lancée, je suis dans mon schéma. L’important était de se qualifier et après on peut voir la suite ! Je savais que l’idéal était de se caler derrière l’Allemand, le seul qui m’a battu cette année à Karlsruhe. Le but était de le passer sur la fin de course et au pire si je n’ai pas de bonnes jambes, je fais 2 derrière lui et ça passe. On arrive au 250 m, je vois que je passe environ en 21”8 au 200 m et que les jambes sont là ! L’Allemand se décale un peu et j’hésite à prendre la corde avant de me dire : “Ça sert à rien”. Je me décale en sortie de virage et en 3-4 appuis je le passe. Il m’a emmené sur un tempo idéal et il m’a mis sur orbite. Je passe devant, comme ça je sais d’office que j’ai un meilleur chrono que lui en séries.

On est 18 à passer en demi, si je suis dans les 6 meilleurs temps, j’ai le couloir 5 ou 6 en demie ! Avant la course, j’ai vu Van Diepen faire 45”54 ou 56. Une fois en zone mixte, je vois Annabelle Rolnin (NDLR : journaliste de l’Équipe) et d’autres personnes. J’en profite pour regarder la course de Pavel Maslak, qui gagne en 46”90. Liemarvin Bonevacia était également derrière moi ! Dans ma tête je sais déjà qu’il y a cette possibilité que je sois disqualifié et j’espérais que quelqu’un ne fasse pas appel. Je m’en doutais. Ça fait 5-6 minutes que je suis là et au début il n’y a toujours rien. C’est quand je vais me changer, Jean-Sébastien Ménigoz, notre référent à la FFA, il me dit : “Thomas, c’est bizarre ils t’ont disqualifié”.

THOMAS JORDIER : “J’AI CONSCIENCE D’AVOIR LAISSÉ PASSER UNE CHANCE”

Je lui réponds : “Laisse tomber, c’est mort, c’est ce que je disais tout à l’heure”. Cette disqualification, je la craignais un peu. La FFA voulait faire appel mais je leur ai dit que cela ne servait à rien, je savais que je n’aurais aucun cadeau. Dans ma tête je me suis dit : “Allez Salut !” (rires). J’avais des bonnes jambes, est-ce que j’aurais eu les mêmes, l’après-midi sur ma demie ? Mais cette course m’avait mis en confiance pour la suite. C’est la vie ! Je me suis insulté devant tout le monde. Après il faut relativiser, ce n’est pas le principal objectif de la saison. Je vise les J.O. et faire les minima individuels.

Mais j’ai conscience d’avoir laissé passer une chance et j’espère que ce ne sera pas la dernière. Il manquait du monde lors de cette finale et tout le monde n’était pas à 100%. La finale se gagne en 46”22, c’est l’une des plus lentes de l’histoire. Dans le top 3 européen avant la compétition, il n’y a que Bonevacia en finale. Les deux qui me faisaient le plus peur, c’étaient Husillos et Maslak ! J’ai regardé avec beaucoup d’intérêt la course de Madrid, qui avait lieu un peu après les France. Je me suis dis que Maslak serait chaud. Husillos était également de la partie. Il y avait tout pour penser que ça irait très vite à Torun. Sur sa série Maslak part vite, mais en faisant pareil en demie, il explose et il pop-corn.

LA PLUS GROSSE SAISON HIVERNALE QUE J’AI FAITE DE MA CARRIÈRE

Avec le recul, Husillos a vraiment saisi sa chance à fond. C’est un vrai spécialiste de la salle, avec un record en 45”66*. Il mérite son titre, car il a été au niveau de la compétition. Il fait son meilleur temps de la saison en finale. Et en faisant la course seul devant. Il a pris ses co****es et il est parti ! Je me doutais que ça allait courir dans ces chronos-là, au vu de ce qu’il s’est passé en séries et en demi-finale. On en avait discuté avec mon coach avant la finale. Si la course s’était gagnée en moins de 45”7, cela aurait été compliqué pour moi de viser l’or. On avait pronostiqué entre 45”9 et 46″2.

Il faut aussi prendre la saison en globalité ! C’est une bonne saison, avec beaucoup de chronos en 46 secondes. Au-delà de ce record personnel, c’est vraiment la plus grosse saison que je fais. J’ai également trouvé une paire de pointes très intéressante pour travailler cet été. La saison était très courte et j’ai beaucoup couru en très peu de temps ! J’étais en forme au bon moment aux France. A Torun, j’ai également montré un état de forme intéressant aux Europe. La saison en salle est très bonne et maintenant place à l’été. On va d’abord bien récupérer.

THOMAS JORDIER : “JE VEUX D’ABORD BATTRE MON RECORD CET ÉTÉ”

Je pense reprendre les entraînements entre le 15 et le 17 mars. La saison estivale, je veux l’aborder comme une saison hivernale ! Je ne veux pas me mettre une barrière chronométrique. On sait que les minima sont à 44”90 et qu’il faudra courir en dessous. Après, mon premier objectif est de battre mon record, qui date de 2015. Je ne peux plus rester en 45”50. On va travailler pour descendre le plus possible. Je sais qu’il y a des choses dans ma vie qui peuvent changer ! D’autres ont déjà changé et cela me met dans de meilleures dispositions pour encaisser les cadences à l’entraînement. Forcément, en compétition ça ira mieux ! Je sais que j’ai entre 45”2 et 45”3 dans les jambes, de par mon record en salle.

Mais on peut faire mieux (rires) ! Je n’ai pas fait autant de sacrifices que lors de la saison en salle 2020. J’étais un peu plus à la cool, je revenais d’un poids de méforme incroyable après le confinement. J’ai un peu plus profité cet hiver, en étant un peu moins sérieux. Mais les chronos sont quand même descendus. Maintenant, à moi de refaire l’entraînement invisible pour préparer au mieux la saison estivale.

THOMAS JORDIER

Etienne GOURSAUD

*Oscar Husillos avait fait 44”92 en finale des mondiaux en salle 2018, record d’Europe à la clé, avant de se faire disqualifier… pour avoir mordu la ligne intérieure.