Euro Féminin Handball : Les Bleues face à un immense défi

L’Euro Féminin handball débute demain. Initialement prévu en Norvège et au Danemark, le premier pays cité a décidé de se retirer de l’organisation. Malgré tout, la compétition aura bien lieu et 16 équipes vont vouloir succéder à l’Equipe de France, tenante du titre. Des Bleues qui ont beaucoup à se faire pardonner, après leur élimination au premier tour du mondial l’an passé. Les Françaises qui restent de sacrées prétendantes à une compétition qui risque d’être une nouvelle fois très dense. Petite revue d’effectif à la veille du début de la compétition.

La préparation des Bleues sans Golden League annulée.

Incontestablement, c’est une préparation qui ne sera pas comme les autres. Le Covid_19 continue de faire des siennes dans cette année 2020. Le virus aura eu raison de la Golden League, annulé au dernier moment. Privant les Bleues de match qui auraient pu servir de test, pour régler des choses dans le dispositif. Voire pour définitivement établir l’équipe-type. Il faudra être prêt rapidement.

Les Françaises ont connu leur lot de pépin, avec le forfait d’Allison Pineau, victime d’une fracture du nez. Déborah Lassource, victime d’une rupture du tendon d’Achille, est également absente. La France, par le biais de son championnat dense, possède des atouts de rechange. Pas de Manon Houette, de retour sur les terrains, après une rupture des ligaments croisés, mais trop courte encore pour jouer en Bleue.

Mais ces forfaits sont tout de même regrettables pour les joueuses d’Olivier Krumbholz. Cependant, les matchs amicaux et la compétition sont deux choses différentes. L’an passé, on avait vu des Bleues solides en préparation, avant de se faire éliminer dès le premier tour du Mondial.

Il faudra faire sans ces matchs amicaux. Beaucoup d’équipes seront logées à la même enseigne que les Bleues. 

L’avis de Mary Patrux : “L’an passé tout le monde était persuadé que les Bleues étaient injouables, après les matchs de prépa”

Ce changement dans la préparation, aura un impact positif. Même si le groupe ne le dit pas, les filles veulent vite effacer l’échec du mondial au Japon, l’an dernier. Les filles ont appris de leurs erreurs. Elles ne se préparent pas à la compétition, comme cela a été fait l’an dernier. Les Françaises veulent vivre une vraie compétition avec une médaille au bout. Justement, j’ai le sentiment que dans leurs têtes, qu’elles prennent la compétition par le bon bout et avec un vrai esprit de revanche.

Sans matchs amicaux, on trouve les réglages en étant de grandes professionnelles. Les filles se connaissent et ont leurs habitudes. Elles ont gagné ensemble. C’est un groupe qui tourne et j’ai du mal à croire. Olivier Krumbholz dit que c’est une équipe qui n’aime pas les entraînements, car c’est une équipe joueuse et qui aime jouer. Quand elle a fait trop de matchs auparavant, souvent elle rate son premier match en compétition. Elles perdent le premier match.

On se dit qu’en ayant joué très peu d’amicaux, elles vont gagner le premier match. Elles sont dans un groupe très difficile et ce serait bien de gagner les trois premiers matchs, pour aborder le tour principal avec beaucoup plus de sérénité. Je crois que cette équipe a besoin d’imprévu, que ce ne soit pas tout planifié à l’avance. Il y a cette nouveauté d’être “dos au mur” qui peut les stimuler.

Rappelez-vous l’an passé. Tout le monde disait après les matchs de préparation : “Elles sont injouables, ça tourne comme jamais. On ne va pas trembler jusqu’au demi c’est facile”. Pour au final avoir la catastrophe. La France est une équipe désormais très attendue par ses adversaires. Elle a besoin de se retrouver elle et de retrouver ses automatismes, retrouver la défense, moins perdre de ballons. Je reste persuadée qu’elles ne vont pas se rater vendredi.

La Poule des Bleues : Cela aurait pu être pire, mais un Tour principal qui peut être dantesque

Les Françaises seront dans la Poule A, avec le Danemark, le Monténégro et la Slovénie. C’est une poule assez dense, mais sans ogre. Les trois premières seront qualifiées pour le Tour principal.

Les Bleues retrouvent le Danemark, qui leur a laissé un mauvais souvenir, l’an passé au mondial (défaite 18-20, qui a précipité l’élimination). Le Danemark n’est plus l’ogre de la fin des années 1990, début années 2000, qui trustait les titres. Cela reste une nation forte du handball féminin, qui a terminé 9e du dernier mondial. Le Monténégro a connu une année de gloire en 2012, avec une victoire à l’Euro et une finale aux J.O. Rentré dans le rang, les Monténégrines restent cependant sur une belle 5e place, avec une défaite 26-27 contre l’Espagne en poules, qui a dû leur laisser bien des regrets. La France reste sur une large victoire en amical, le 1er octobre dernier (29-13).

La Slovénie fait office de Petit poucet. Treizième du dernier championnat d’Europe, ce sera difficile pour les Slovènes d’exister. La pression sera malgré tout sur les épaules des Bleues, qui n’auront peut-être même pas le droit à un Joker car…

L’avis de Mary Patrux (Journaliste à Bein Sports) : “L’Equipe de France sera l’équipe à battre, dans la mesure où elle est tenante du titre”

Clairement non ! Bon si elles perdent un match ce ne sera pas fini non plus. On se rappelle de l’Euro 2018, où les Bleues perdent leur premier match et deviennent championne d’Europe. Cette équipe a besoin de “rouler sur le monde”. C’est ce qu’on avait ressenti en deuxième moitié de l’Euro, il y a deux ans, où on avait l’impression qu’elles étaient injouables. Il y avait eu une montée en puissance. Là je pense qu’elles ont besoin de se prouver des choses très vite. Vu le groupe avec lequel on croise, ce serait mieux de tout gagner.

La Slovénie peut-être, même s’il y a le Danemark. Le Monténégro, on a déjà joué contre elles, notamment il y a deux ans. Les Françaises avaient fait un match incroyable. Ca avait déroulé et ce match avait constitué un vrai déclic pour la suite. C’est un adversaire qui peut convenir aux Bleues, contrairement à la Corée du Sud l’an passé. Le Monténégro, ça joue, c’est du jeu rapide. Ca joue à l’Européenne, sans surprise dans leur jeu.

Le Danemark a une grande gardienne, ça on le sait ! Mais je me dis qu’elles vont vouloir prendre leur revanche sur l’année dernière. La Slovénie peut être surprenante. Il y a des filles qui arrivent. C’est une équipe qui ne cesse de progresser. A mes yeux, c’est une équipe déjà crainte dans les compétitions précédentes, même si elle avait tendance à s’éteindre au fil des tournois. Ca peut être un vrai piège cette équipe de Slovénie. Je me dis méfiance ! L’Equipe de France sera l’équipe à battre, dans la mesure où elle est tenante du titre.

La Russie la Suède et l’Espagne sur la route des Bleues au tour principal de cet Euro Féminin Handball.

Dans cet Euro féminin Handball, les Bleus croisent avec la Poule B, regroupant Espagne, Russie, Suède et Tchéquie. Ce n’est pas manquer de respect à la République Tchèque de dire qu’elle aura probablement des difficultés face à trois nations majeures du handball. La Russie, finaliste malheureux du dernier Euro, face aux Bleues. L’Espagne, vice-championne du monde en titre et la Suède 7e, du dernier mondial.

On rappelle la formule, les pays qualifiés gardent leurs résultats acquis contre les équipes de leur poule, avant d’affronter sur le tour principal, les équipes de l’autre poule avec qui elles croisent. Dans un scénario avec la France, Danemark et Montenegro qualifiées, si la France a battu ces deux équipes, elle partira avec 2 victoires. Si elle perd ses deux matchs, elle partira avec 0 point. Ce qui est quasi-mission impossible pour se qualifier ensuite.

Allison Pineau euro féminin hand
Allison Pineau, forfait, sait que la route sera dure pour les Françaises. [Crédit : Stéphane Pillaud]

Il faut capitaliser sur ces matchs de poule, car il y aura forcément de la casse de l’autre côté. Si la France aborde ces confrontations avec un matelas de deux victoires, elle aura sans doute le droit à un Joker. Ce qui ne sera pas du luxe au moment d’affronter trois nations majeures. «Dès que j’ai vu le tirage, j’ai su que ce serait galère » résume Allison Pineau, dans une interview qu’elle nous a accordée la semaine dernière.

Une chose est sûre, les deux équipes qui vont se qualifier pour les demi-finales, auront déjà joué des matchs à haute intensité, qui les mettront dans des conditions idéales pour aborder les matchs couperets. A condition de n’avoir pas trop laissé de jus en route dans cet Euro féminin handball.

L’avis de Mary Patrux : “C’est l’enfer de ce côté-là”

Incontestablement, la France a hérité de la partie la plus corsée. Le tableau est un peu déséquilibré, même si c’est le tirage. C’est l’enfer de ce côté-là ! C’est comme si la Norvège et les Pays-Bas avaient une autoroute pour aller en demie ! Les filles n’ont jamais eu de parcours tranquille. Quand elles sont championnes du monde c’était l’enfer, quand elles sont championnes d’Europe c’est l’enfer aussi. Elles ont besoin de cette difficulté pour se sublimer. La Russie reste une équipe dangereuse, même si elles ont une joueuse majeure de blessée. L’Espagne attention, qui a perdu en finale des Mondiaux d’un rien.

Je crois pas que l’Espagne ou la Russie soient des équipes plus abordables que les Pays-Bas et la Norvège. L’Espagne ça va être dur. Il y a des matchs de haut niveau, dignes d’une fin de compétition, qui vont arriver au bout d’une semaine. Et avec trois matchs difficiles déjà dans les jambes. C’est compliqué. On ne peut pas faire de calculs. Pour gagner une compétition, il ne faut pas faire de calculs, il faut gagner point barre. Et le jus on verra.

“Je ne crois pas qu’il y aura d’énormes surprises”

Ce sera le travail d’Olivier Krumbholz. Les filles ont déjà un calendrier hallucinant, entre la Ligue des Champions, le championnat et le Covid. Il va falloir aussi prier pour ne pas avoir de blessés. Il y a déjà Allison Pineau d’absente. Amandine Laynaud arrive au dernier moment, mais c’est une fille qui a tellement de professionnalisme qu’on sait qu’elle sera prête. Il faut faire confiance au staff des Bleues, qui sait quoi faire pour que les filles soient présentes dans les grands rendez-vous. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme on a pu le faire l’an passé.

Je ne crois pas qu’il y ait d’énormes surprises. La Russie risque d’être éliminé. Et ca se jouera peut-être avec la blessure. Je ne sais pas. Il y a toujours une histoire comme ça dans une grande compétition. J’espère que ce ne sera pas les Bleues les victimes.

Euro féminin handball : Quid des autres favoris ?

Les championnes du monde en titre hollandaises, sont dans la Poule C, avec la Hongrie, la Serbie et la Croatie. Largement favorites, à condition de bien digérer ce premier titre mondial, les Hollandaises auront néanmoins la pression de l’équipe attendue. Gare aussi à l’éventuelle décompression d’un sacre qui est venu couronner quatre années d’ascension. Néanmoins, le scénario de la Hollande qui arrive au Tour Principal avec deux victoires, est le plus probable. La Hongrie n’est plus la grande nation du début des années 2000, malgré son incroyable championnat. La Serbie et la Croatie sont deux équipes davantage en retrait. Attention toutefois à la Serbie, cinquième du dernier mondial, avec un effectif qui est bien monté en puissance ces deux dernières années. Méfiance dans cet Euro féminin handball !

La Norvège revancharde

La Poule D promet d’être intéressante. On y retrouve la Norvège véritable tyran des années 2010. Championnes du monde en 2011, 2015. Championne d’Europe en 2010, 2014 et 2016 et vainqueur des JO en 2012. A cela s’ajoute le bronze olympique en 2016, l’argent aux Europe 2012, et au mondial 2017. C’est simple, de 2009 à 2017, hormis les mondiaux 2013, la Norvège a toujours glané une médaille. Mais la dernière, l’argent des mondiaux 2017 à été très dur à digérer. Ultra-favori de la compétition et de la finale, les Norvégiennes s’inclinent finalement en finale face aux Françaises (23-21). C’est leur dernière médaille sur la scène internationale.

Autant dire qu’on va avoir affaire à une équipe revancharde. Mais qui n’évoluera finalement pas chez elle, le pays ayant renoncé à la co-organisation, avec la crise liée au Covid. Les Norvégiennes vont avoir une poule assez homogène avec l’Allemagne, qui a terminé 7e du dernier mondial et équipe piège par excellence, capable de faire déjouer n’importe quelle équipe, avec un style rugueux et souvent une défense de fer. La Roumanie est une équipe un peu plus moyenne, mais dont il faudra également se méfier. La Pologne est capable du meilleur (4e des mondiaux 2013 et 2015), mais semble être très largement retombée (16 et 17e des deux derniers Euro). Une équipe qui sera intéressante à suivre dans cet Euro féminin handball.

L’avis de Mary Patrux : “Les Hollandaises sont armées pour aller au bout de cet Euro féminin handball”

Les Hollandaises sont armées pour aller au bout, mais je ne veux pas qu’elles le fassent (rires). Elles ont aussi un bon coach (NDLR : Le Français Emmanuel Mayonnade). Elles font partie des favoris. A l’instar des Bleues en 2017, c’est une équipe qui s’est prouvée qu’elle pouvait gagner. Cette case est cochée et à partir de ce moment-là, elles savent qu’elles peuvent le faire et il peut se passer beaucoup de choses. Il n’y aura pas de décompression. Les Françaises le disent assez souvent, cela fait office de déclic.

La Norvège sera au complet. C’est dans leur ADN de gagner. Elles ne peuvent pas se dire qu’elles vont perdre une nouvelle fois. Elles vont vouloir que les choses rentrent dans l’ordre. Les garçons montent en puissance en plus. C’est un sport important en Norvège. Une équipe qui a toujours gagné et qui ne gagne plus, c’est dramatique. Est-ce que le fait de ne pas jouer à la maison aura un impact ? Je ne sais pas franchement. Est-ce que la France aurait été championne d’Europe, il y a deux ans, en étant pas à la maison ? Je ne suis pas sûre. Après, les Bleues sont devenus championnes du monde en Allemagne. Tout le monde va repartir à zéro, du fait qu’il n’y aura quasiment pas de public.

“Mais la France reste ma favori”

La France reste ma favori. Elle a de très grandes gardiennes, ce qui est très important pour gagner des titres. L’équipe a un potentiel incroyable. Je reste persuadée que la France peut gagner cet Euro.

En Handball, il y a tellement de compets, qu’on remet tout à zéro. L’Euro aura forcément un impact sur les J.O, comme les J.O de Rio avaient eu un impact sur les Bleues. En remportant la médaille, cela a apporté sur la suite. Un résultat et de facto une médaille, ne sont jamais anodins. Un tournoi olympique reste très différent d’un championnat d’Europe. Ce n’est pas du tout le même fonctionnement, on ne part pas avec le même nombre de filles. On repart presque de zéro. L’imprévu est plus fort lors des JO que dans un Euro. L’Euro sera un bon juge de paix pour Olivier Krumbholz, qui devra refaire un groupe après. Aucune place n’est acquise en équipe de France.

Rendez vous demain à 18h pour le premier match entre la Roumanie et L’Allemagne. Le coup d’envoi de l’Euro féminin handball arrive !

Etienne GOURSAUD avec Mary Patrux (Bein Sports)