La présence de « Sans Filtre » à la DreamHack Masters de Marseille devait être l’occasion de vous faire plonger dans de nouveaux récits d’acteurs de Counter-Strike Global Offensive avec le témoignage Jean-Christophe Arnaud (président DreamHack France) et ceux à venir de NBK, Shox et Niak sur différents aspects du monde de l’eSport.

Mais avec le traitement éditorial rétrograde de l’événement par France 3 PACA, nous avons décidé de vous faire partager notre expérience de l’un des plus grands tournois d’eSport.

LE TWEET DE NOS CONFRÈRES DE VAKARM QUI RÉSUME TOUT

Pour les néophytes, l’eSport ou Sport électronique désigne la pratique compétitive en équipe ou seul d’un jeu vidéo. Son développement est exponentiel depuis la fin des années 80 avec des événements planétaires organisés sur toutes sortes de jeu comme League Of Legends, Street Fighter ou FIFA pour ne citer que les plus connus.

Les fans français de CS GO et moi-même accueillait avec joie la tenue d’une des plus grandes compétitions de l’année, le CORSAIR DreamHack Masters à Marseille. 16 équipes dont les plus gros noms de la scène internationale (Astralis, Fnatic, FaZe) et française (G2 & Envyus) allait concourir pour empocher les 250 000 euros de cashprize. Un chiffre qui laisse rêveur d’autres sports et qui vous permet d’imaginer la puissance d’une telle LAN Party.

3 000 SPECTATEURS ET JUSQU’À 90 MILLIONS DE VIEWERS SUR INTERNET

Et moi dans tout ça ? Fondu au milieu de la masse des 3 000 spectateurs dans un Dôme de Marseille optimisé pour l’eSport. Pour ceux qui sont familiers de la Paris Games Week avec la tenue de tournois pour l’ESWC, ici le fonctionnement est un peu différent. Comme Jean-Christophe Arnaud (président de la DH France) nous l’a expliqué, lors de cet événement le focus est vraiment mis sur le show offert par les meilleurs joueurs mondiaux et non pas sur un salon hors norme comme on peut le voir à la PGW. Quelques stands sont bien pensés pour passer du bon temps entre les matchs, mais tout nous dirige vers la grande scène.

Seules les journées du samedi et dimanche sont ouvertes au public. Comme tous les spectateurs, j’ai ainsi pu assister à l’intégralité des play-offs dans des conditions optimales. Chaque équipe occupe l’un des côtés de la scène et elles sont séparées par un écran géant qui permet à tous les spectateurs de suivre parfaitement chaque seconde des matchs. Un néophyte de l’eSport ou de CS GO serait tout de suite frappé par la qualité de la scène et le professionnalisme qui se dégage de ce spectacle. J’ai tellement vu de show sportif cheap dans des disciplines où le budget est pourtant indécent.

Le tout est commenté en direct par une équipe de casteurs chevronnés qui partage au public des analyses pertinentes et nous font clairement monter en pression.

Mais ce qui nous intéresse ce n’est pas en soi l’emballage, mais ce qui fait le sport électronique : l’ambiance et la qualité du spectacle proposé par les joueurs.

Commençons par ce dernier point : Une fois évacuée la déception de ne pas voir la scène française* se mesurer aux meilleures équipes, nous en avons pris plein la vue. Entre les exploits de S1mple qu’on aimerait peut-être voir dans une team plus forte, le match fantastique entre NiP et Fnatic ou la maîtrise globale d’Astralis qui n’a perdu qu’une map de toute la compétition, nous avons été servis.

*Les deux équipes FR se sont fait éliminer durant la phase de poule, celle-ci n’étant que diffusée sur Twitch et non visible en live.

ROMPRE AVEC LES CLICHÉS

Mais j’aimerais plutôt insister sur un autre point, les spectateurs. Le seul cliché qui s’est vérifié est que la majorité d’entre eux sont des hommes à de rares exceptions comme la fameuse supportrice de la Team NaVi qui s’est tatouée leur nom.

Nombre d’entre vous qui ne connaissent pas l’eSport s’imagine une horde d’adolescents boutonneux, complètement geek et silencieux. On est loin de la réalité avec une majorité écrasante d’adultes compris en 25 et 30 ans qui ont surement grandi avec les précédentes versions de Counter Strike. De plus certains codes du supporteurisme sportif ont cours pendant les matchs, et même si on est encore loin de ce qui se passe en virage au Vélodrome l’ambiance pouvait être franchement puissante lors des actions les plus marquantes.

Les vainqueurs sont ainsi célébrés comme sur nos terrains de football ou de basket, avec une remise de trophée en bonne et due forme et les acclamations qui vont avec. On aurait quand même apprécié de voir le public avec des équipes françaises, l’ambiance aurait été phénoménale.

LE DERNIER ROUND DE LA DREAMHACK MARSEILLE

Dans le rôle du spectateur priviliégé, j’ai pu y trouver tout ce que j’attendais et bien plus encore. Un niveau de jeu particulièrement élevé, un public nombreux et réactif et une organisation sans faille de la part de la DreamHack qui on l’espère va pérenniser cette compétition en France au-delà de la DH organisé chaque année à Tours.

Mais alors comment se fait-il qu’une journaliste de France 3 sorte un tel papier. À première vue, elle a ressenti le besoin de nous conter l’histoire de membres d’une secte bizarre qui apprécieraient les tueries dans un grand bain de sang. Mais cette « journaliste » était-elle vraiment présente, car à part un caméraman de France TV je n’ai vu personne de la chaîne publique dans les espaces réservés aux confrères.

On pourrait peut-être ne pas tout lui mettre sur le dos et accuser la vision obscure de certains médias qui ont toujours eu du mal avec le monde vidéoludique. On parle d’une industrie qui rivalise avec le cinéma, mais qui est toujours qualifiée de sous-culture par nos titres de presse traditionnels. L’eSport de par ses mécaniques semblables au sport devrait pourtant redorer le blason du jeu vidéo en y apportant certains aspects familiers comme la compétition, le spectacle, l’esprit d’équipe et la technique à des journalistes un peu réticents à la chose.

Devant le tollé provoqué par l’article sur les réseaux sociaux, le contenu a été heureusement modifié, mais est-ce que la vision des défendeurs de l’eSport a été comprise ?

On parle certes d’un jeu où deux camps s’affrontent dont des terroristes qui ont pour but de poser une bombe, mais ce genre de raccourci est trop facile. Un concept qui empêche très certainement ce jeu d’être un jour diffusé en clair ou de voir certaines marques classiques sponsoriser les meilleurs joueurs ou les meilleurs équipes. Mais dans ces cas-là, devrait-on interdire les nombreux séries et films sur la guerre, empêcher la sortie de manga seinen souvent violents ?

Il faut tout simplement accepter le jeu vidéo et l’eSport comme un élément naturel de notre culture et ne plus diaboliser les fans pourtant bien mieux éduqués que ceux du “sport conventionnel”. Pour ceux qui voudraient se coucher un petit peu pour arrondir les angles voici une idée qui ne dénaturerait pas CS GO : et si on changeait les noms des deux camps par attaque et défense ? On s’éviterait peut-être quelques articles mal intentionnés, mais le mal ne serait pas soigné en profondeur.

CLÉMENT – SANS FILTRE