Les athlètes ont beau être le coeur du sport, ils ne sont pas les seuls à faire rayonner nos disciplines préférées. Plongez dans les coulisses du sport professionnel en découvrant les interviews de dirigeants, de coachs, du staff médical, des fans…

Alors que la France accueillait l’un des événements eSport de l’année avec ce Master de Counter-Strike Global Offensive, nous sommes allés à la rencontre des organisateurs et notamment du président de la DreamHack France, Jean-Christophe Arnaud.

Déjà 15 ans dans l’eSport, vous nous présentez un peu votre parcours dans le sport électronique ?

J’ai commencé en 2003 avec ma société Malorian qui gérait la licence de l’ESL. J’ai continué en travaillant avec les allemands de Turtle Entertainment pour m’occuper sur la France d’une ligue supplémentaire, la CPL. Ces ligues en ligne étaient extrêmement populaires à une époque où il était compliqué de trouver des adversaires en ligne.

Désormais, la plupart des titres viennent avec un matchmaking intégré. En 2013, j’ai voulu aller vers une autre voie qui me permettrait plus de liberté : les événements live. J’ai alors demandé aux suédois de la DreamHack s’ils étaient intéressés de venir en France avec le soutien de la ville de Tours.

La municipalité souhaitait organiser un événement eSport depuis quelque temps, mais ce n’était pas vraiment possible de faire venir des marques de niveau national et international en région. Avec le label DreamHack, cette dernière bannière tombait et nous avons pu créer la première DH Tours en 2015.

Après 3 éditions au Palais des Congrès de la ville, nous passons au stade supérieur en nous installant au Parc des Expositions avec cette possibilité de doubler le nombre de spectateurs, visiteurs et stands.

Ce parcours dans l’eSport provient d’une passion pour le jeu vidéo, vous êtes joueur également ?

Je l’ai été et je le suis toujours sur des jeux comme Clash Royale ou PUBG. Mais je n’ai jamais été plus qu’un amateur et je pense que c’est ce genre de profil qui réussit dans des sociétés dédiées à l’eSport. Nous sommes passionnés, mais avec le recul nécessaire.

La DreamHack en quelques mots pour les néophytes ?

On peut appeler ça le plus grand festival digital numérique. Tout a commencé en 1994 dans la cantine d’une école d’ingénieur en Suède. Les parties en réseaux commençaient à peine, et les fondateurs ont pas mal été influencés par ce qui se passait sur la scène démo où des artistes numériques créent en 8 bits des musiques et des vidéos.

La DreamHack a rapidement grossi pour devenir la plus grande LAN Party du monde et même intégrer le Guinness Book des records.

Aujourd’hui la DreamHack a évolué et tourne autour de 3 piliers :

  • La LAN Party qui reste l’ADN
  • L’expo où viennent des éditeurs de jeux et les constructeurs de matériel
  • L’eSport qui permet au public de regarder un show avec les meilleurs joueurs mondiaux.

Si nous devons comparer un sport traditionnel, le sport électronique génère autant d’audience que le rugby avec pourtant 10 fois moins de budget. Nous ne sommes pas dans une logique de se plaindre de la situation, mais plutôt de nous dire que la marge de progression est belle.Nous arrivons aujourd’hui à bien vendre les droits des compétitions jusqu’à des sommes à 7 chiffres pour les plus grosses compétitions.

- Jean-Christophe Arnaud

Quel est plus précisément votre rôle pour la DreamHack en France ?

Nous avons créé une filiale avec la DreamHack qui appartient à la maison mère, mais dans laquelle j’ai quelques parts. Des employés travaillent donc pour s’occuper de toutes les activités françaises de la DreamHack en France. Il faut cependant distinguer cette DH Marseille où la team française va plutôt être un support sur certaines missions comme la communication et la relation avec les prestataires alors que nous gérons tout sur la DH Tours.

Mon rôle est celui d’un coordinateur de l’équipe, mais également de faire le lien avec la structure en Suède. Ma gestion va donc sur tous les sujets que ce soit la création de l’événement en lui-même, la partie communautaire, la communication, la vente avec la billetterie et les partenariats par exemple et enfin le volet salon.

Qu’est que ça représente d’accueillir la DreamHack à Marseille ?

Cette DreamHack est vraiment un événement à part qu’on espère pérenniser. Ce serait bien que Marseille reste un Master CS GO à l’avenir.

Ici il n’y avait pas de salon ou de LAN Party, le focus s’est vraiment fait sur le spectacle offert par les joueurs sur la scène du Dôme. Je pense qu’on peut dire que c’est une réussite.

Nous avons eu entre 2500 et 3000 visiteurs, des chiffres en streaming qui vont faire entre 70 et 90 millions soit plus du double d’un France-Ukraine en football.

Au-delà de Marseille, nous avons l’ambition de nous développer via des DreamHack satellites, c’est-à-dire dans d’autres pays que nous gérons en France. L’Afrique a notamment un fort potentiel en matière d’eSport, peut-être plus sur console, mais le nombre de joueurs et fans est nombreux.

Quel est le modèle économique de cette DreamHack ?

Les sources de revenus sont multiples et tournent principalement autour des exposants, de la billetterie et au top de tout ça il y a les droits de diffusion.

La défaite des équipes françaises en phase de poule a forcément eu une influence sur l’audience dans l’hexagone, mais elle est finalement diluée à l’échelle mondiale. J’ai toujours été un grand fan de nos équipes FR même si je reste attaché à certaines teams de légende comme NiP.

Malgré des chiffres d’audience exceptionnels, certains médias boudent encore l’eSport. Quelle est votre vision là-dessus ?

Si nous devons comparer un sport traditionnel, le sport électronique génère autant d’audience que le rugby avec pourtant 10 fois moins de budget. Nous ne sommes pas dans une logique de se plaindre de la situation, mais plutôt de nous dire que la marge de progression est belle.

Nous arrivons aujourd’hui à bien vendre les droits des compétitions jusqu’à des sommes à 7 chiffres pour les plus grosses compétitions. D’ailleurs le constat de nos relations avec les médias est finalement positif avec des chaînes comme BeIN Sports et Canal+ qui possèdent chacun quelques émissions dédiées, mais aussi la percée de l’Equipe 21, d’ES1 de Webedia, d’AB 1 et de C8 qui diffusent désormais de l’eSport.

Pour conclure, comment voyez-vous l’avenir de l’eSport ?

La phase de croissance du sport électronique n’est pas terminée et va être soutenue par la conclusion de partenariat de plus en plus important. Actuellement si tout est bien fait, on peut dire que le ROI d’un partenariat eSport est plutôt très avantageux par rapport à ce qui se passe dans d’autres domaines.

On peut voir que de nombreuses marques qui ne sont pas issues du secteur de l’eSport investissent aujourd’hui en masse (Orange, PMU, certaines banques) car elles ont la même cible que nous, les millenials.

Les pouvoirs publics sont également conscients du potentiel de l’eSport comme on peut le voir avec la région Centre et notre DreamHack de Tours.

L’eSport n’est pas une mode et sa présence est assurée pour de longues années.