Foot – “J’aimerais qu’on soit mieux considéré par Noël Le Graët” – Choukri Errachidi (président de l’UNFE)

Choukri Errachidi, président de l’Union Nationale du Football Entreprise (UNFE) interpelle Noël Le Graët le président de la FFF. Il regrette que le football entreprise ne soit pas mieux considéré par le numéro 1 de la fédération. Né au Maroc et arrivé en France pour ses études, il est également le président du club du Lyon Sport Métropole. Il se dévoue corps et âme pour développer un secteur, qui compte 15 000 licenciés, mais qui peut devenir un gros vivier pour la FFF. Le sport en entreprise a le vent en poupe en ce moment et le football peut aussi capitaliser. Choukri Errachidi nous détaille également les bienfaits du foot entreprise, en termes de lien social. Avec de magnifiques histoires de vie qui se sont créées au travers du ballon rond. Entretien.

Crédit : Choukri Errachidi

Retrouvez le site de l’UNFE

Retrouvez l’interview de Nicolas Douchez et de Mathieu Bodmer

CHOUKRI ERRACHIDI – NOËL LE GRAËT SEMBLE FAVORABLE MAIS NE DONNE PAS DE REPONSE CONCRETE

Les gens de l’UNFE ont fait un boulot exceptionnel depuis des années. Nous nous sommes adaptés au discours de la FFF, qui a des exigences. Dans un club de foot entreprise, tous les gens qui jouent ne sont pas forcément dans l’entreprise. Mais quand un club commence, il est créé par les salariés de l’entreprise. Et l’UNFE est soutenue par plusieurs cadres de la FFF comme Brigitte Henriques, Jamel Sandjak et Pascal Parent. L’équipe de bénévoles de l’UNFE est disponible pour travailler de façon constructive avec la fédération.

A travers nos communications, Monsieur Noël Le Graët est parfaitement au courant de nos propositions sans que des réponses nous soient apportées. Il semble que délégation soit donnée à la Ligue du Football Amateur pour traiter le dossier du football entreprise mais sans lui donner l’impulsion nécessaire. L’UNFE a été reçue plusieurs fois par le Président de la LFA (Ligue de Football Amateur) qui était même venu assister à la Finale de la Coupe nationale Football Entreprise dès le premier jour de son mandat. Sa présence avait généré un réel espoir. Depuis cette élection, il y a quatre ans, notre association a fourni un gros travail qui a produit plusieurs propositions. Un Plan national de développement a été demandé sans réponse.

NOUS AVONS ÉTÉ REÇUS PAR DIFFÉRENTS MINISTRES DU SPORT

La LFA nous a promis plus de réactivité, un soutien au le football entreprise, avec un suivi des actions. Mais, au fur et à mesure, nous nous sommes rendu compte que rien de concret et de solide n’était engagé. Nous avons poursuivi nos efforts et les différents Ministres des Sports qui nous ont reçus à quatre reprises, que ce soit par Thierry Braillard, Laura Flessel et Roxana Maracineanu, ont bien compris l’intérêt de notre action nous avouant toutefois ne pas pouvoir faire pression sur les instances. Si ce n’est avec un courrier transmis au Président de la FFF lui demandant de porter une meilleure attention à nos propositions.

A chaque rendez-vous ministériel, nous avons systématiquement indiqué que l’UNFE travaillait de façon constructive aux côtés de la LFA.

CHOUKRI ERRACHIDI – LA COMMUNICATION DE LA FFF N’EST PAS SUFFISANTE

Notre association a proposé plusieurs initiatives concernant, par exemple, la Coupe nationale de Football Entreprise. L’inscription automatique dans cette compétition que nous souhaitions, car plusieurs clubs n’en avaient même pas connaissance, avec le choix de pouvoir se désinscrire, a permis de grossir le nombre de clubs engagés, ce dont la LFA a bénéficié.

Il s’agit d’un exemple du déficit de communication dont souffre le Football Entreprise depuis une vingtaine d’années par rapport à d’autres pratiques.

Une plaquette ou flyer a été réalisé, à notre initiative, en direction des entreprises. Cet outil n’est, d’une part, pas du tout satisfaisant sur le fond et sur la forme malgré nos remarques. Et n’a fait, d’autre part, l’objet d’aucune communication vers les instances régionales sensées l’utiliser. A chaque fois, l’action et sa communication ne suivent pas.

LE FOOT ENTREPRISE A OUVERT DES CARRIÈRES À DES JOUEURS

Avec la crise actuelle, la FFF a perdu 220 000 licenciés et risque d’en perdre encore si le football amateur n’est pas soutenu. Les joueurs ont trouvé d’autres engagements et découverts d’autres activités. Beaucoup ne souhaiteront plus s’engager tous les dimanches dans de la compétition, sauf dans les clubs de bon niveau ou ceux dans lesquels le financement est toujours présent. Nous souhaitons dire à ceux qui ont lâché le football, que l’âme du foot entreprise existe avec des valeurs en lien avec le monde de l’entreprise. Le football entreprise peut être un levier pour la FFF pour récupérer des licenciés.

Il ne faut pas oublier que nous avons également un rôle dans le domaine de l’insertion. Beaucoup de salariés doivent beaucoup à leur club de football d’entreprise avec une belle carrière professionnelle à la clé. Ce lien social est d’autant plus important, dans cette crise qui a fait beaucoup de dégâts. Je suis convaincu que la FFA peut utiliser le potentiel du football entreprise, pour retisser ce lien social dans les entreprises. Pour y parvenir, des moyens pas systématiquement financiers, doivent être mis en oeuvre.

CHOUKRI ERRACHIDI – IL FAUT CREER DES PARTENARIATS ENTREPRISES / INSTANCES

Nous avons sollicité la LFA pour qu’elle participer à hauteur d’un sac de ballons et d’un jeu de maillots lorsqu’un club souhaite se crée. Cela a un coût évident mais bien inférieur au montant des cotisations récupérées sur les joueurs par les instances locales. L’opération est doublement gagnante pour la FFF qui voit de nouveaux clubs naître et une manne financière intéressante.

Sans oublier que qualitativement, la FFF aurait l’occasion de se rapprocher des entreprises qui, en créant une équipe, pourrait y associer un partenariat Gagnant/Gagnant. En particulier envers les jeunes. Les partenaires nationaux de la FFF sont connus mais mettre en place des partenariats locaux ou régionaux permettrait de tisser des liens essentiels.
La FFF, à travers ses partenariats, aurait l’occasion de redorer son image, principalement auprès des jeunes salariés ou salariées

L’UNFE DISPONIBLE A ŒUVRER AUX COTES DE LA FFF

L’UNFE souhaite être partenaire de la FFF, de la LFA, des Ligues et Districts. Certains dirigeants de ces deux dernières instances ont bien compris l’intérêt et le potentiel de l’intégration du football dans les entreprises. Il est possible et souhaitable de frapper à la porte des entreprises, nos dirigeants savent comment contacter un Comité ou un chef d’entreprise et lui proposer les outils qui faciliteront la création d’un club ou d’une section en leur sein. Actuellement, les dirigeants d’entreprises, avec leurs DRH, cherchent des solutions pour retisser un lien social très distendu et ainsi redonner une qualité de vie professionnelle à leur salarié. La période est anxiogène. Il suffit d’ouvrir le journal et de regarder dans les faits divers pour comprendre leur désarroi.

CHOUKRI ERRACHIDI – LES CLUBS AMATEURS SOUFFRENT

La plupart des clubs amateurs sont en difficulté financière principalement parce qu’ils ont encaissé les cotisations des adhérents dont certains se plaignent du rendu car très peu de matchs ont pu se disputer. Comment répondre à un joueur qui demande à être remboursé, même partiellement ? Aucune recette buvette ou autres animations n’ont pu être engendrées. Les partenaires ou sponsors, souvent locaux, sont eux-mêmes en grande difficulté.

Le constat est là : les clubs râlent ! Certains sont réticents à reprendre une licence la saison prochaine et sont tentés d’aller voir ailleurs. Il faut comprendre cette réticence surtout de la part de ceux qui sont déjà en difficulté et dont la situation n’est pas stable.

Dans ce contexte, l’UNFE envisage de se présenter en tant que prestataire/partenaire pour la FFF avec des objectifs et avec certains moyens de la FFF, l’association n’ayant que les cotisations de ses clubs adhérents comme entrée financière.

4.5 MILLIONS D’ENTREPRISES A INFORMER ET ACCOMPAGNER

La main de l’UNFE est tendue, mais nous attendons celle des plus hauts dirigeants de la FFF. On ne peut pas applaudir avec une seule main. Il faut également du soutien pour s’orienter vers les PME/TPE qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure. Imaginons une PME de six salariés. Ce n’est pas suffisant pour créer une équipe de football. Il faut qu’ils puissent étoffer cet effectif à l’extérieur. Pourquoi ne pas rassembler des petites entreprises et ainsi fédérer par exemple toute une ZAC autour d’un projet sympa et collectif.

Notre but, c’est que les 4,5 millions d’entreprises en France soient informées et que des solutions leur soient proposées.

La mode actuelle et un peu forcée, étant donnée la conjoncture, dans le football, c’est le regroupement de clubs. Pourquoi ne pas dupliquer et dynamiser le même process en football entreprise ?

CHOUKRI ERRACHIDI – PLUSIEURS EX JOUEURS PROFESSIONNELS INTEGRENT LE FOOT ENTREPRISE POUR LE PLASIR

Deux ex-joueurs professionnels (Nicolas Douchez et Mathieu Bodmer) vont nous aider à développer et faire rayonner le football entreprise. Plusieurs anciens joueurs professionnels intègrent le foot entreprise. Pour y terminer leur carrière à un bon niveau de jeu et dans un cadre convivial sans problèmes de violence : Jaroslav Plasil, Rio Mavuba, Sidney Govou, Cyril Thereau, Charles Itandje, Jamel Alioui…etc). Un autre, Ludovic Sylvestre, qui est passé par le FC Barcelone a rejoint notre famille. A travers ces joueurs-là, nous bénéficions d’une vraie visibilité. Des joueurs de niveaux nationaux entrent également en foot entreprise et sont quelquefois embauchés.

On a affaire à des personnes qui, une fois la trentaine passée, doivent se reconvertir. Je prends l’exemple d’un ancien aspirant à Montpellier et qui a joué dans d’excellents clubs de la région dans lesquels il touchait des primes de matchs non négligeables. Il s’est rendu compte tardivement qu’il n’avait pas de fiche de paye et ne cotisait donc à aucune caisse. Ces gens-là, le football entreprise peut leur donner une carrière et une vraie stabilité. Ils atterrissent dans une entreprise et y créent un nouveau parcours professionnel. Certains font des efforts importants et vont jusqu’à se former pour devenir quelques fois agents dans la fonction publique.

CHOUKRI ERRACHIDI – UN EXEMPLE FRAPPANT DE CE QUE LE FOOT ENTREPRISE PEUT APPORTER

J’ai un autre superbe exemple. La société TLD, partenaire du Lyon Sport Métropole, nous accompagne depuis sept ans et a découvert le football grâce à nous. Son PDG M. Mennesson Christian ne connaissait ni les règles, ni le monde amateur. Par l’intermédiaire d’un joueur dont le père travaillait pour cette entreprise, ils ont sponsorisé notre club et en retour, nous lui avons remis un jeu de maillot. Lors du dernier repas de Noël en 2018, nous avons discuté entre joueurs et partenaires et lors de ce contact, la société a appris qu’un de nos joueurs n’avait pas de travail ni d’hébergement.

Ce partenaire l’a embauché après un entretien avec un CDD à mi-temps en tant que magasinier. Cela fait désormais deux ans qu’il travaille à mi-temps et par le réseau de cette entreprise, il a pu trouver un second emploi, également à mi-temps, en tant que jardinier et vendeur de matériel. Il habite son appartement, paie son loyer et ses impôts. Et tout ça grâce au foot. Je suis fier de ce genre d’actions. Vraiment c’est la plus grande réussite que le Football entreprise peut proposer ! remettre l’humain au centre du jeu à travers le foot.

LOUIS NICOLLIN AVAIT TOUT COMPRIS 20 ANS AVANT TOUT LE MONDE

Je voulais aussi rajouter que, dans une entreprise, au sein d’un vestiaire, la hiérarchie disparaît. Il n’y a plus de cadre, plus d’ouvriers. On va découvrir l’autre car le foot entreprise sert de rapprochement entre les catégories sociales et les générations. C’est ce qui fait la beauté du sport. On apprend à se connaître, cela peut aussi permettre de belles aventures comme celle évoquée ci-dessus ! Beaucoup de recrutements se font par réseau souvent avant le CV. Le dirigeant ou cadre d’une entreprise sera également fier d’avoir une équipe de foot qui fonctionne, avec un bel article dans la presse le week-end.

Quelqu’un comme Louis Nicollin avait compris 20 ans avant tout le monde, ce que pouvait apporter le football entreprise. Un ancien pro qui voulait rester dans la région, il l’intégrait dans son entreprise. Ils ont trusté tous les titres du football entreprise pendant des années. J’ai personnellement  joué, dans le cadre des compétitions du foot entreprise, contre Franck Sauzée, Mickaël Silvestre un joueur que tu ne voyais qu’à la télé. Je peux dire que l’équipe de foot entreprise de Louis Nicollin, c’était le ballon qui courait et pas les joueurs. Il faut rendre hommage à Nicollin et je tiens à dire que son fils Laurent est derrière le Foot entreprise et l’UNFE. Il nous a donné son feu vert pour le naming de la Coupe nationale de  Football  Entreprise, une idée, à ce jour, pas encore concrétisée par les instances, ces dernières trouvant cette idée prématurée .

Ce naming pourrait nous apporter plus de visibilité encore renforcée si le Président du club professionnel de Montpellier régénérait son équipe de fooball entreprise.

Nous sommes d’autre part proactifs sur d’autres actions comme l’organisation d’un Tournoi national de Football Entreprise. Chaque année, nous l’organisons dans différentes villes comme Reims, Lyon, Valenciennes ou Rouen. Ce sont des moments conviviaux à vivre. C’est une ambiance d’entreprise, avec du lien social et de la convivialité sans écart disciplinaire.

CHOUKRI ERRACHIDI – DES PASSERELLES ENTRE LE FOOT CLASSIQUE ET LE FOOT ENTREPRISE

Il est également essentiel que nos dirigeants qui connaissent le monde de l’entreprise intègrent les instances et les commissions locales et régionales. Par exemple, la Ligue Auvergne Rhône Alpes est gérée, pour le football entreprise par deux personnes qui n’ont pas de club en football entreprise. Comment être crédible dans ces conditions ? J’ai mes convictions et je suis convaincu que ces gens de ces commissions ne sont pas convaincants.

Il y a des passerelles entre le foot “classique” et le foot entreprise. Mais la réglementation actuelle n’est plus du tout adaptée et doit être remise à plat.

C’est une des pistes que nous souhaitons voir développer par les instances avec beaucoup d’autres.

Notre association est prête et disponible pour accompagner la FFF.

Il ne manque plus que la prise de conscience du potentiel et le déclic tant attendu !

CHOUKRI ERRACHIDI

Avec Etienne GOURSAUD