Foot – Nicolas Douchez : “Mike Maignan est un gardien monstrueux”

Professionnel entre 1999 et 2019, Nicolas Douchez a connu une riche carrière. avec 206 match de Ligue 1 et 20 matchs de coupe d’Europe. Aujourd’hui, il est le parrain de l’UNFE (Union national du football entreprise). Impliqué notamment avec la BNP Paribas, qui s’implique grandement dans un secteur encore trop sous-valorisé par la FFF, l’ancien gardien de Toulouse, Rennes ou encore le PSG, veut aider à sa médiatisation. Nicolas Douchez revient sur son implication dans ce projet, sa carrière mais aussi sa vision du football et de son poste si particulier de gardien de but.

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Retrouvez notre portrait de Mathieu Bodmer : ICI

Le site de l’UNFE : ICI

LE FOOTBALL EST LA POUR FAIRE RÊVER LES GENS ET APPORTER DU PLAISIR

J’ai beaucoup profité de ma famille, au début de ma retraite. Mais aussi voir les personnes que je ne voyais pas assez souvent, profiter des vacances avec mon fils. C’était une chose que je ne connaissais pas quand j’étais joueur professionnel ! Les vacances d’été n’existent pas. C’était la première fois que je pouvais partir en juillet et en août, depuis l’âge de 15 ans. Des petits plaisirs, tout comme le ski l’hiver, des choses qu’on sacrifie le temps d’une carrière et qu’on prend plaisir à retrouver.

De l’extérieur, on a tendance à voir les bons côtés du professionnalisme. C’est vrai qu’on vit des choses extraordinaires et on a une vie privilégiée. Mais cela implique certains sacrifices dont le public n’a pas forcément conscience. Il y a certaines choses qu’on ne peut pas vivre comme les gens normaux. Mais ce n’est pas très grave. Le football est fait pour faire rêver les gens et apporter du plaisir. C’est normal que ce soit les choses positives qui soient mises en avant et non les choses négatives. Car on est loin d’être à plaindre. Puis je prends plaisir à rattraper le retard, car je peux me le permettre.

NICOLAS DOUCHEZ : “N’IMPORTE QUEL JOUEUR PRO A DÉBUTÉ PAR LE FOOTBALL AMATEUR”

Mon implication dans ce projet de football entreprise s’est faite à la base de rencontres. J’en parlais avec Mathieu Bodmer (lire notre interview de Mathieu Bodmer), quand on a décidé de faire ça ensemble. C’est le début d’une aventure sportive, que peuvent avoir lui, moi ou n’importe quel joueur professionnel, qui débute forcément par le football amateur. En grandissant, on se rend également compte qu’énormément de monde prend du plaisir à travers le foot entreprise. Mon frère y a joué quelques années, quand il était plus jeune. Je trouvais ça sympa d’être reconnaissant envers le football amateur et vers le football entreprise. Qui a une démarche d’essayer de maintenir à un bon niveau, pour des gens qui travaillent à côté, où d’anciens footballeurs qui veulent continuer l’aventure sportive au sein d’une entreprise.

Je me suis retrouvé à rencontrer Michel Dieleman, qui s’occupe du foot entreprise chez Orange. On a sympathisé et c’est parti de là ! Le football entreprise est un moyen de rassembler les gens ! Il n’y a que peu de choses dans le monde capable de rassembler autant de personnes autour d’une même passion et d’avoir autant d’émotions, que ce soit le plaisir ou de la déception. Même si ça reste du plaisir. Les gens de ma génération se souviennent tous de cette coupe du monde 1998. Cela nous a marqué et on sait précisément ce qu’on faisait le soir de la finale et avec qui on était. J’ai eu cette chance de pouvoir aller sur les Champs-Elysées après la victoire et voir cette joie et ce peuple réunis pour fêter le football. C’est fantastique.

Avec Mathieu Bodmer, Nicolas Douchez s'implique pour rendre visible le football entreprise.
Avec Mathieu Bodmer, Nicolas Douchez s’implique pour rendre visible le football entreprise.

DIRE AUX GENS QU’IL EXISTE DU FOOT ENTREPRISE, PARFOIS À BON NIVEAU

Je suis aussi persuadé qu’il y a un lien entre ce qu’il se passe dans le football, notamment professionnel et ce qu’il se passe au sein d’une entreprise. A la tête d’une entreprise, il y a le boss, qui sera le président au foot ! En dessous, il y a ceux qu’on peut comparer aux directeurs sportifs / entraîneurs, puis il y a les équipes. On peut faire le parallèle entre une équipe d’entreprise et une équipe de football.

Mon but est de passer un peu de temps pour mettre en avant le football entreprise. Je veux donner de ma personne pour essayer d’y mettre un petit coup de projecteur sur les personnes qui sont au sein ou à l’origine de cette initiative. Je veux dire aux gens qu’il y a du foot entreprise et qu’il y existe aussi à bon niveau. Avec le peu de notoriété qu’on peut avoir, si on peut donner plus de visibilité sur le football entreprise, ce serait déjà une première réussite. Ils essaient vraiment de mettre ça en avant, de discuter avec la FFF pour ne pas se faire oublier. C’est en train de prendre et encore une fois, cela permet à des entreprises de faire une équipe en son sein et de faire une petite émulation et attachement à sa boite. Celui qui ne joue pas, peut-être qu’il va se muer en supporter de son entreprise. Cela fait toujours plaisir de s’identifier à quelque chose.

NICOLAS DOUCHEZ : “ON REGARDE LA FINALE DE 98, ON SE REND COMPTE QUE CELA VA BEAUCOUP MOINS VITE QU’AUJOURD’HUI”

A la fin de ma carrière, j’ai eu besoin de couper pendant une bonne année avec le football. Mais grâce à la Chaîne Téléfoot, où on a travaillé avec Mathieu, j’ai repris énormément plaisir à regarder les matchs, suivre et de nouveau être plongé dedans. Jusqu’à maintenant, cela a été toute ma vie. Il y a un amour pour ce sport et une passion. Certes je l’ai mise un peu de côté, car je peux me permettre de profiter d’autre chose. Mais dans le fond, on est piqué au foot et on le reste.

Le football est un sport en constante évolution. J’ai pu assister à l’évolution de la règle de la passe en retrait au gardien, avec l’interdiction de prendre le ballon à la main. Je n’étais pas encore pro, mais je l’ai vécu ! A mon sens une des plus belles évolutions de ce sport, car le jeu s’est accéléré, avec beaucoup moins de temps mort et plus d’intensité. Les préparations sont de plus en plus individualisées et les joueurs sont de plus en plus fort physiquement et techniquement. Quand je revois des matchs du passé, même ceux de la coupe du monde 1998, ça n’a rien à voir. Je suis retombé sur la finale il y a deux-trois mois. On se rend compte que cela va moins vite, pourtant en direct on trouvait ça fantastique. Le jeu s’accélère car tout est mis en place pour que les joueurs soient de plus en plus performants.

GARDIEN, C’EST UN POSTE TRAUMATISANT POUR SON CORPS !

Le poste de gardien de but est particulier. Jeune, j’ai connu des gardiens qui étaient assez incroyables à l’entraînement. Mais il y a aussi une gestion émotionnelle durant le match qui est difficile et qui ne peut se travailler à l’entraînement. Cela se fait tout seul, c’est un travail sur soi et supporter la pression d’un match, d’un stade et d’un résultat. Grâce à cela, j’ai pu dépasser certains mecs qui avaient plus de qualités que moi. Je n’ai jamais été vraiment fan d’un gardien en particulier, même si j’ai été marqué par Joël Bats. La seule exception c’est Pascal Olmeta. J’ai toujours essayé de m’inspirer de ce que faisait les meilleurs comme Grégory Coupet quand il était au top à Lyon. Sur certains aspects du jeu et de son comportement sur un arrêt ou un but encaissé, il m’a énormément inspiré.

C’est un poste qui a évolué comme pour le reste. On s’entraîne et on fait des spécifiques quasiment tous les jours. On a aussi notre entraîneur particulier. C’est devenu un sport individuel au sein d’un sport collectif. Nos entraînements sont vraiment spécifiques, poussés et l’intensité qu’on peut y mettre et le nombre de répétitions qu’on est capable de faire, est bien plus fort par rapport au moment où j’ai commencé. C’est beaucoup de volume, être capable de supporter l’enchaînement. Il ne faut pas oublier que, quand on plonge, on prend tout le poids de son corps soit sur le dos, soit sur les épaules ou encore ailleurs. Le poste est très traumatisant et il faut renforcer et être capable d’encaisser. Cela passe par le travail et la musculation et l’explosivité. En sachant que l’aspect technique et le jeu au pied viennent désormais s’y ajouter. Cela n’existait pas avant.

NICOLAS DOUCHEZ : “UN ATTAQUANT IL PEUT ÊTRE NUL TOUT LE MATCH, S’IL MARQUE DANS LES ARRÊTS DE JEU, IL SERA LE HÉROS”

C’est aussi un poste qui se retrouve à l’opposé de celui d’attaquant. Un attaquant peut être nul tout le match, s’il marque dans les arrêts de jeu, ce sera le héros et tout le monde dira qu’il a fait un match exceptionnel. Un gardien qui est bon tout un match mais qui fait l’erreur qui coûte la défaite, on dira qu’il est nul. C’est aussi pour cela que j’ai aimé et que j’aime autant ce poste. Après, c’est aussi un rôle davantage mis en lumière. Quand on voit les transferts des gardiens, c’est l’équivalent de beaucoup de bons joueurs. Le gardien est reconnu et il n’est plus mis de côté comme avant. Mais cela reste ingrat et on a la responsabilité de ne pas faire perdre son équipe.

Je suis aussi là pour aider ma défense même si, parfois, ils n’ont pas besoin de nous. La communication, la présence derrière nous aide à (re)placer les défenseurs et éviter de faire des erreurs. Il faut être là pour rattraper les erreurs. On n’est pas le pilote mais on est les mieux placés pour voir et analyser le jeu. C’est bien de pouvoir guider ses partenaires.

IL Y A DES JOURS TU RENTRES SUR LE TERRAIN, TU SAIS QUE TU VAS FAIRE UN GRAND MATCH

L’état de grâce est un sentiment fort pour un gardien. Souvent, on le ressent assez tôt. Cela m’est arrivé de le savoir avant même le début de la rencontre. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais tout est réuni, les sensations sont là. Il y a des jours, on sait que ça sera un grand match. D’ailleurs, c’est aussi le cas dans le sens inverse. C’est un sentiment fort. Je ne sais pas si c’est l’équivalent en ressenti/émotions qu’un but important marqué par un attaquant. Dans certaines situations, cela doit être similaire.

Je ne sais pas si on saute plus haut ou plus loin, je sentais surtout cette impression d’être là quand il le fallait et d’avoir la rapidité et le réflexe qui sortait au bon moment. C’était surtout dans la lecture et dans le ressenti du jeu. Parfois, il y a des déplacements qu’on ne peut expliquer, parce qu’on les a vus avant. C’était sur ces aspects que je prenais mon pied. Cela m’est arrivé d’avoir ce sentiment et de me dire : “Aujourd’hui, ce n’est pas possible, je ne vais pas prendre de but. Je me sens trop bien pour prendre un but”.

Je repense à un match, quand je jouais à Rennes. On avait reçu le PSG, la saison d’avant que je signe chez eux, en 2010-2011. Je revenais de suspension et quand je reviens, j’ai eu ce sentiment que ce jour-là, rien ne rentrerait. J’étais surmotivé et survolté ! En même temps, j’arrivais à trouver l’équilibre entre ces deux choses et le calme qu’il faut pour rester concentré et lucide.

NICOLAS DOUCHEZ : “MIKE MAIGNAN EST LE GARDIEN QUI A LE PLUS DE QUALITÉ EN LIGUE 1”

Actuellement, il y a deux gardiens que j’adore en Ligue 1 et pour lesquels je suis un peu en admiration. Keylor Navas au PSG, qui est le meilleur gardien recruté depuis Bernard Lama. Il est complet et il arrive à apporter une sérénité à ses partenaires et même à ses supporters. On sent tout de suite plus de confiance. J’ai aussi un coup de cœur depuis toujours envers Mike Maignan. Je suis en admiration envers ce qu’il fait et encore plus cette saison.

C’est le gardien du futur. J’ai eu la chance de le connaître au tout début, quand il est arrivé en pro chez nous. Tout de suite on a accroché, j’ai eu ce feeling. Voir l’évolution qu’il a jusqu’à maintenant et son efficacité aujourd’hui. En termes de qualités, si on enlève le côté expérience, c’est lui qui est le meilleur dans ce championnat. Il est monstrueux, même dans le jeu aérien. Mais Navas, peut-être un peu moins bon de ce côté là, à cette expérience du très haut niveau, ce que Mike apprend au fil des années.

Si tu veux durer longtemps dans le football, il faut que tu gardes ce plaisir ! C’est ce qui m’a amené au foot et permis de franchir les étapes, de devenir pro et de le rester si longtemps. La flamme était encore là et je prenais du plaisir à m’entraîner. C’est là qu’on peut le mieux progresser et bien durer !

NICOLAS DOUCHEZ