Candice Prévost – Football

#Consultante #Ancienne footballeuse de haut-niveau #PSG #Équipe de France #Canal+ #Ex-Eurosport

(Crédit photos: DR).

Selon les codes du street football, j’ai toujours aimé shooter dans le ballon. À l’école, à la maison avec mon frère, mes voisins, mes amis ou même seule contre un mur. Il n’y avait pas de limite spatiale à mon amusement.

Sportive de nature, je jouais dans les cours de récré sans penser que je pouvais un jour pratiquer le football en club. Durant mon enfance, je jouais au tennis dans ma ville natale à Évreux en Normandie. Près des terrains de tennis se trouvaient les terrains de foot, je ne voyais jamais de filles jouer !

Et puis, il y a eu la Coupe du Monde en 98… Des sections féminines se sont créées dans le club de ma ville. Et hop, je démarre le foot en club, merci Zizou ! Plus qu’un plaisir, le football est devenu une passion. Malgré un démarrage tardif, j’ai atteint rapidement un bon niveau.

Mises à part quelques légères réticences de ma mère lorsque j’ai commencé, ma famille a toujours été derrière moi, mon père s’est rapidement engagé en tant que dirigeant pour me suivre de près.

À cette période, on ne voyait pas de footballeuses à la télé ou des exceptions, Mia Hamm a ainsi été le modèle de mes débuts. Ses performances individuelles et avec la sélection américaine ainsi que sa popularité me faisaient rêver. Puis, j’ai trouvé un modèle au sein de mon propre club, plus facile à imiter, en la personne d’Ingrid Boyeldieu. Ça sonne moins « l’american dream », mais elle était beaucoup plus réelle pour moi.

 J’ai décidé de monter un projet avec la journaliste et amie, Melina Boetti. Nous voulions mettre en lumière les femmes du monde qui font du foot, car on estimait malheureusement que la médiatisation des footballeuses ne concernait que l’élite.

Nous voulions montrer aussi les autres, car les femmes jouent au football partout dans le monde, sans obligatoirement rechercher la performance.

UN RÊVE PLUS QU’UN OBJECTIF

Ma progression s’est faite très rapidement. Au départ, je courais dans tous les sens sans aucun repère tactique et mon positionnement sur le terrain était la résultante de mon endurance. Je me déplaçais sur toutes les zones et m’éparpillais par excès d’enthousiasme.

Malgré tout, dès mon premier entraînement, mon coach nous a convoqués, mon père et moi, dans le vestiaire. Je n’ai retenu que trois mots « Équipe de France ».

La surprise, le sourire, la détermination, dans cet ordre.

Je n’ai pensé qu’à ça pendant chacun de mes entraînements qui ont suivi. Ce rêve bleu tournait en boucle dans ma tête et faisait courir mes jambes.

Assez vite, avec une belle équipe d’Évreux, nous sommes montées en National 1B, l’équivalent de la deuxième division. Quatre ans plus tard, j’ai pris l’initiative de rejoindre le PSG qui évoluait en première division. Je pouvais suivre ainsi mes études STAPS à Cergy-Pontoise et côtoyer le haut-niveau pour tenter de faire décoller ma carrière dans un prestigieux club qui à l’époque jouait le milieu de tableau.

Mes débuts au PSG ont été difficiles. L’équipe était rôdée, les filles jouaient ensemble depuis longtemps, et de mon côté, je manquais d’expérience. J’ai travaillé dur pour être à la hauteur et faire ma place.

MON MOTEUR : L’ESPRIT D’ÉQUIPE, LE PARTAGE, ET L’ENTRAIDE.

J’ai toujours été une joueuse altruiste. Je trouvais ma motivation dans le collectif, les valeurs du groupe me portaient.

Par ailleurs, je pense fortement que les distinctions personnelles en football telles que le ballon d’or ne devraient pas exister. Seul, le joueur ne peut pas briller…

Pendant ma période au PSG, le football féminin n’était pas démocratisé comme il l’est aujourd’hui. Depuis quelques années, les étapes de sélection pour intégrer une équipe de D1 sont plus drastiques. Aujourd’hui, je n’aurais pas eu les mêmes chances au PSG qu’en 2010, la concurrence est plus importante : l’équipe parisienne est désormais professionnelle.

La structuration des sections féminines se professionnalise et se renforce partout en France par le biais d’une médiatisation nouvelle.

De mon côté, j’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice à l’aube d’une Coupe du Monde sur notre territoire. J’ai décidé de monter un projet avec la journaliste et amie, Melina Boetti. Nous nous sommes rencontrées sur le plateau d’Eurosport, dans l’émission « Femmes 2 Foot ». C’est durant cette saison que nous avons posé les bases du projet Little Miss Soccer. Nous voulions mettre en lumière les femmes du monde qui font du foot, car on estimait malheureusement que la médiatisation des footballeuses ne concernait que l’élite.

Nous voulions montrer aussi les autres, car les femmes jouent au football partout dans le monde, sans obligatoirement rechercher la performance. C’est ce qui fait la richesse de la pratique féminine du football. Elle a plusieurs facettes malgré son universalité.

Chaque pays a sa couleur, son odeur, sa particularité, ses anecdotes.

Jouer à plus de 3800 mètres d’altitude sur les hauts plateaux péruviens avec les tisseuses footballeuses en tenue traditionnelle, c’était une rencontre classée « merveille du monde ».

“LITTLE MISS SOCCER” : À LA DÉCOUVERTE DE CES FEMMES QUI FONT PROGRESSER LE FOOT FÉMININ

Little Miss Soccer, c’est ce projet fou et ambitieux visant à montrer d’un œil différent un échantillon, le plus large possible, des footballeuses du globe. Caméra embarquée, nous sommes parties faire le tour du monde de 2017 à 2019.

On a préparé notre voyage environ un an à l’avance. Principalement grâce à des Google alertes, en thématisant nos destinations en faveur de la diversité culturelle et sociétale. On a défini les grandes lignes éditoriales, mais pour la plupart des pays, nous avons affiné notre angle sur place. On s’immergeait et on se laissait porter par nos observations et les témoignages qu’on nous livrait.

J’ai fait ce projet pour partager l’image d’un football porteur d’une culture populaire et bigarrée, pour évoquer le combat commun des femmes du monde, pour légitimer leur place dans la société à travers et grâce au football.

Concernant les femmes mises en avant, cela n’a pas été facile de faire des choix. En amont, avec Mélina, nous avions envoyé beaucoup, vraiment beaucoup, de mails pour obtenir des informations sur les associations, les clubs, les communautés autour desquelles s’organisait la structuration de la pratique de chacune. Lorsqu’on était dans un pays, on envoyait encore des mails pour réaliser un calage plus précis sur le pays suivant de notre aventure. On travaillait beaucoup dans le rush à vrai dire ! Le plus difficile a été de coordonner, avec un maximum d’anticipation, la logistique quotidienne du voyage et la précision de notre démarche éditoriale.

Notre travail trouvera comme rendu final une série documentaire de douze épisodes. À chaque épisode, un pays et sa thématique ; ainsi qu’un unitaire de 52 minutes retraçant notre histoire dans cette aventure autour du globe.

Chaque pays a sa couleur, son odeur, sa particularité, ses anecdotes.

Jouer à plus de 3800 mètres d’altitude sur les hauts plateaux péruviens avec les tisseuses footballeuses en tenue traditionnelle, c’était une rencontre classée « merveille du monde ». Jouer avec des mamies qui ont entre 55 et 85 ans contre une équipe de détenues en Afrique du Sud fait aussi parti des souvenirs marquants. Sans oublier des actions inspirantes en Inde, ou à Vidigal, la favela de Rio, pour permettre aux jeunes filles de se dépasser sur et en dehors des terrains.

Le football au service de l’immense enjeu d’émancipation des jeunes filles et des femmes dans nos sociétés était notre motivation de départ. Les kilomètres parcourus, les images mises en boîte, les personnes rencontrées et les grains de poussière qui teintent désormais nos sacs de voyage m’amènent à croire que le combat en faveur de l’égalité hommes-femmes doit se poursuivre sur le chemin de la compétence et de l’intelligence.

Sur les cinq continents, à des niveaux différents, nous ne sommes pas nées sous la même étoile, mais l’énergie est commune.

CANDICE

avec la participation de Johana Wehbe

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