Amélie Goudjo : Analyse de la LBE par la consultante de Sport en France

Ancienne joueuse (1998-2015) et internationale française de handball (2005-2014), Amélie Goudjo est devenue consultante. Sur BeIN Sports pour les matchs internationaux et pour Sport en France, chaîne qui détient les droits de la Ligue Butagaz Energie. Elle nous livre son analyse de la première moitié de saison, dans un championnat dont la nouvelle formule débute demain. Huit équipes qualifiées pour les play-offs, pour le haut de tableau et six pour les play-down, dans la lutte au maintien. Amélie Goudjo livre son analyse, à l’amorce d’une nouvelle phase qui s’annonce palpitante.

Crédit : Antoine Bréard LFH

AMÉLIE GOUDJO : “BREST ET METZ SE SONT DEGAGES ET C’ETAIT PREVISIBLE”

La première moitié de saison a été un peu alambiquée, avec tous les aléa. Il a fallu prendre le rythme pour les équipes. Les deux gros, Brest et Metz se sont dégagés et c’était prévisible. Derrière, c’est intéressant, que ce soit les play-offs et les Play-down. L’écart entre le 3e et le 8e est de cinq points. Les deux fenêtres sont resserrées, cela va être intéressant. On a vu des équipes monter en puissance. La grosse surprise c’est que Fleury ne soit pas en play-offs. Quand on regarde leur saison l’an passé, les filles étaient au top et on ne s’attendait pas à ce qu’elles soient en Play-down.

Je suis agréablement surprise par Nice. On les a commenté il n’y a pas si longtemps que cela et j’ai pu apprécier leur jeu. C’est assez complet en attaque et en défense, la mayonnaise a bien pris. Il n’y avait que deux changements par rapport à l’an dernier et j’avais quelques doutes. Au final, c’est très bien ce que les joueuses proposent. Après, ce n’est pas une immense surprise non plus. On peut évoquer Chambray. Il n’y a pas d’immenses surprises finalement si ce n’est Fleury. Bourg de Péage, malgré les blessures, a su trouver une nouvelle dynamique. A voir si cela tient.

CE N’EST PAS FORCEMENT UN NOUVEAU CHAMPIONNAT QUI DEBUTE

On sort d’une période janvier-février, où ça enchaînait de manière incroyable. Elles ont toutes repris le rythme. J’imagine qu’elles vont toutes dérouler, avec un rythme plus calme. Pour le moment, le Covid ne sévit plus trop et j’espère qu’on va rester dans la continuité. Car il va y avoir des duels très intéressants à suivre.

Cette nouvelle formule, ce n’est pas forcément un nouveau championnat qui débute. C’est comme si les équipes faisaient leur match retour, contre huit équipes au lieu de quatorze. Ok tu gardes les points, mais je ne vois pas vraiment ce que cela change. Les équipes de bas de tableau étaient un peu distancées. Oui, cela sectorise un peu. Mais je trouve que cette formule est une bonne solution. Cela enlève des matchs, car il y en avait trop et cela permet de récupérer des matchs perdus. Et les écarts sont resserrés à tous les échelons. Cela ne change pas tant que ça ! Les matchs seront ciblés, cela peut renforcer l’attrait de ceux-ci.

Amélie Goudjo place la LBE parmi les meilleurs championnats en Europe
Amélie Goudjo place la LBE parmi les meilleurs championnats en Europe. Crédit : Antoine Bréard

IMPOSSIBLE DE SE POSITIONNER

Entre Metz et Brest, tout est possible. Quand on a commenté le choc, il y a eu une vraie domination des Brestoises, c’était rare de voir ça. Mais il y a un peu plus de casse chez les Bretonnes, qui tire un peu la langue depuis deux mois. Il y a eu une défaite à Paris, ce n’est pas énorme non plus. Est-ce qu’elles vont réussir à aller au bout. Metz est capable de tout et est en pleine bourre, avec cette qualification directe en Ligue des Champions. Il y a eu beaucoup de changements dans le collectif et là on sent une montée en puissance. Le tâtonnement est finie. Brest était davantage dans la continuité, mais les blessures les pénalisent actuellement. A moins d’une grosse surprise de derrière, le duel pour le titre sera entre les deux.

C’est toujours compliquée de gagner à Metz et à Brest. A un moment, je m’étais dis que ce serait l’année de Brest, comme cela semblait l’être la saison passée. Les cartes sont rebattues actuellement. Les deux ont encore des échéances européennes, la coupe de France. Pour le coup, c’est du 50-50. J’aime me positionner mais là c’est impossible. Brest a quand même assuré la 1ere place et aura le match retour à la maison. Maintenant, tout est possible.

AMÉLIE GOUDJO : “NANTES PROGRESSE DE MATCH EN MATCH”

Je me rends compte que la marge est très faible pour une équipe comme Paris. Tu sens que le collectif fonctionne, mais sans grande marge de manœuvre car l’effectif n’est pas très étoffé ? Mais les filles sont capable de faire de grande perfs et ont été victimes d’une immense injustice en coupe d’Europe, du fait qu’elles n’ont pas pu se déplacer à Zvezda pour cause de Covid et qu’elles n’ont pas pu décoller de France et l’IHF n’a pas pu trouver un compromis. Elles sont éliminées en perdant qu’un seul match. Quand tu vois une équipe qui passe avec une seule victoire sur le terrain. Paris aurait mérité son quart contre Nantes et on aurait eu pour sûr un club français au final four de l’Européan League.

Nantes, justement fait une superbe saison. C’est une équipe qui progresse de matchs en matchs. Mais les positions sont resserrées même jusqu’à la 8e place. Je ne pense pas que Bourg finisse troisième. Si je devais me mouiller, je mettrais quand même Nantes 3e. Je regarde leur résultats depuis quelque temps, même si Paris possède une superbe défense mais est moins régulière.

JE METS LA LBE DANS LES DEUX MEILLEURS CHAMPIONNATS D’EUROPE

Pour la 5e place, les équipes qui auront la meilleur dynamique en fin de première moitié de saison, seront les mieux armées. Il va falloir se galvaniser et engendrer des séries de victoires. Il va y avoir moins de matchs, ce qui peut favoriser des effectifs un peu moins étoffés comme Bourg de Péage. La dernière place européenne va être hyper ouverte et les équipes ont toutes les mêmes chances. Nice est une équipe que je trouve hyper solide. Après on a évoqué le duel Nantes-Paris, mais ces deux équipes ne sont pas du tout à l’abri.

Depuis bien trois ans, la LBE fait partie des meilleurs championnats en Europe. C’est dans la lignée des résultats de l’équipe de France. On s’est régalé sur tous les matchs, même si c’était un peu moins serré que les années précédentes, à l’image du Brest-Metz. Mais les play-offs vont être intéressantes. Et ce championnat progresse et concurrence la Hongrie, le Danemark et la Russie. Paris rencontre le 5e du championnat danois, elle gagne de douze buts. Là on se dit : “Ah ouais quand même”. Toutes les équipes engagées en coupe d’Europe ont fait de belles prestations. Ca roule pour les clubs français. Je mets la LBE dans les deux meilleurs championnats d’Europe.

LES PLAY-DOWNS VONT ETRE TRES INTERESSANTS

L’attractivité d’un championnat va de pair avec les résultats. On a une équipe de France qui brille et que notre championnat a une grosse densité. Ce n’est pas comme à Krim ou Buducnost où ces clubs n’ont que la coupe d’Europe. Là en France, il y a beaucoup de matchs intenses et toute l’année. On ne s’ennuie pas et les joueuses peuvent enchaîner les performances. Ca attire du monde et les étrangères voient d’autres étrangères débarquer. Les filles ne refusent plus trop de venir en France. Brest avait attiré avec une grosse manne financière aussi, même si le projet se restructure.

Les play-downs vont être très intéressants. Il y a des saisons où le dernier ne gagne pas une rencontre. Plan de Cuques a gagné et a proposé du beau jeu, je les ai vu deux ou trois fois. C’est leur première saison, c’est jamais un point fort. Elles sont dernières donc tu peux peut-être te dire elles, mais franchement elles ont toutes les armes. Franchement, il peut y avoir beaucoup de chamboulement dans cette phase. Un club comme Dijon va avoir l’expérience de cette phase. Personne n’est vraiment à l’abri.

SPORT EN FRANCE EST UNE SUPERBE AVENTURE

Sport en France c’est une superbe aventure. C’est une approche différente pour moi. On fait un gros avant-match de 20 minutes. Il y a un travail de préparation sur les focus, mais aussi des reportages et des histoires à raconter autour des actrices. Je trouve ça sympa. J’avais envie de renouveler l’expérience. Le binôme avec Jocelyn fonctionne super bien. Toute l’équipe, avec le chef d’édition Julien Peronnet, est vraiment soudée et se suit à chaque match. On parle beaucoup de ce qu’on va mettre en avant. On discute en équipe et on prend du plaisir à raconter une histoire avec des épisodes réguliers tout au long de la saison. J’adore ce rôle.

C’est un maillon important de pouvoir suivre le championnat. Tu peux voir l’équipe de France, tu peux voir la coupe d’Europe, même si le maillon est moins fort cette année. Les gens regardent un peu moins sur le player d’Eurosport. Alors si tu perds le championnat… C’est là où les filles travaillent au quotidien. Ca m’aurait manqué de ne pas pouvoir le suivre. En cette période particulière, les clubs travaillent pour diffuser les matchs. Sport en France est ouvert et permet à d’autres télés de diffuser et reprendre ses images. Les droits sont ouverts et c’est une bonne chose de pouvoir tout voir. J’espère que cela va perdurer.

AMÉLIE GOUDJO “LE TRAVAIL VIDEO EST EGALEMENT IMPORTANT”

Analyser une situation pendant un match, quelque part, c’est toute la culture que tu as pu accumuler avec le travail de la vidéo, des plans tactiques mis en place. Il y aussi l’intuition de l’ancienne joueuse, car il y a tellement de situations répétées. L’expérience fait qu’on sent des choses que notre binôme journaliste ne sentira pas. Je travailles autour, car être sur le terrain et en dehors, ce n’est pas la même chose. On perd un peu et pour pallier à cela, je fais du décryptage en amont. Je parle avec les joueuses et les entraîneurs pour bien comprendre, quelle est l’identité de l’équipe et son essence. Cela permet de voir comment les différentes identités vont s’affronter. Le travail de vidéo est également important.

AMÉLIE GOUDJO

Retrouvez l’interview de Nodjialem Myaro