Nodjialem Myaro : Combat pour le développement du hand féminin

Présidente de la LFH depuis deux saisons, Nodjialem Myaro possède un parcours très riche. De par son expérience de joueuse, championne du monde 2003, elle a un regard aiguisé sur le handball féminin et sur la Ligue Butagaz Energie (naming de la D1). Par ailleurs, elle est également psychologue du sport. Son combat est celui de la promotion et médiatisation du handball féminin. Dans le cadre de notre rubrique hebdomadaire consacrée à la LBE, elle nous raconte “son” championnat et les luttes qui restent encore à mener pour continuer à mettre en lumière un championnat, parmi les meilleurs en Europe.

Crédits : LFH

J’AI CE REGARD PARTICULIER ET PRVILEGIE SUR LE HANDBALL

La Ligue Butagaz Energie, c’est le championnat de première division, disputé par des joueuses professionnelles. Nous avons un “naming” depuis deux saisons avec Butagaz. L’institution derrière c’est la Ligue Féminine de Handball, qui travaille et est dédiée au handball féminin pro. Elle a été crée en 2008. Nous sommes passés à 14 clubs cette saison, contre 12 auparavant. La crise sanitaire a fait accélérer le processus car on trouvait légitime et structurant de pouvoir rayonner de façon plus nationale. La LBE est un des meilleurs championnats en Europe.

On m’a appelé pour devenir président de cette institution car j’ai ce vécu d’ancienne joueuse professionnelle. J’ai joué dans plusieurs clubs français, mais aussi à l’étranger. J’ai également connu la coupe d’Europe et les contraintes de mixer ces matchs avec ceux du championnat. A l’inverse, j’ai également accompagné un club de deuxième division et qui est monté en LFH et qui a ensuite joué en milieu de tableau. Il y avait assez d’éléments pour que je comprenne l’intensité de ce championnat. Je n’oublie pas les enjeux de l’équipe de France et ceux des clubs. Pour avoir passé un bon nombre d’années sur le terrain, j’ai ce regard particulier et privilégié sur le handball.

ON RETROUVE LES ENJEUX DU SPORT SANS LA PRATIQUE SPORTIVE

Un joueur(se) a un regard sur le terrain et est dans la pratique sportive, tandis qu’un dirigeant(e) aura un regard en dehors du terrain, plus général. On peut faire le parallèle entre un acteur et un metteur en scène. Il peut y avoir plusieurs metteurs en scène, ce qui est le cas avec les différents présidents liés à la LBE. Ce rôle à tout de même été une découverte pour moi. Il y a cet enjeu du “terrain” et de toutes les problématiques liés aux clubs.

C’est une posture différente de celle d’une joueuse et mon apprentissage s’est fait progressivement. Il y a eu des périodes pas simples, car le dynamiques ne sont pas les mêmes de par l’adversité et la concurrence. Qui se joue aussi dans des choses structurantes. On retrouve les enjeux du sport mais sans la pratique sportive. C’est particulier, car pour moi l’adversaire, de base, est sur le terrain. Là on voit parfois que ce n’est pas si simple de mettre en place tous les éléments pour faire en sorte que tout se passe bien. Une fois qu’on a compris le système et ses enjeux et qu’on essaye que tout le monde trouve son compte, on arrive a avancer ensemble. On a trouvé ce naming, on fait en sorte que la LFH se développe encore plus. Mais ce serait mentir que de dire que cela se passe simplement.

BREST ET METZ PEUVENT RIVALISER AVEC LES MEILLEURES D’EUROPE

Le duel Metz/Brest, c’est souvent la même scène d’un film qui se rejoue. Mon rôle n’est pas de faire des pronostics sur qui sera champion à la fin de la saison. Je ne suis pas devin et quelque soit la championne, ce sera la récompense d’une magnifique saison et personne n’aura démérité. Celle qui gagnera sera celle qui aura su, jusqu’au bout, tirer son épingle du jeu et qui sera la plus compétitrice tout au long de la saison, avec l’effectif le plus opérationnel. Chaque saison, la championne en titre, le remet en jeu et en question. Les Brestoises ont beaucoup travaillé pour ce titre, mais rien n’est joué. Mais il est vrai qu’à part Nice il y a quelques saisons, on retrouve souvent les mêmes finalistes et toujours la même question au bout.

Brest et Metz sont deux clubs qui sont capables de rivaliser avec les meilleurs équipes d’Europe, en Ligue des Champions. C’était un des objectifs de la LFH. Saisons après saison, le niveau des clubs français augmentent. C’est une reconnaissance pour ces deux clubs, mais je pense également aux autres équipes qui sont européennes. L’intensité et la qualité de notre championnat est mis en valeur par ces équipes. La Champion’s League reste le Graal, mais il ne faut pas oublier Paris 92, Fleury et Nantes, qui font un très beau parcours en Européan League.

LE PASSAGE A 14 CLUBS ETAIT NECESSAIRE

Si on va encore plus loin, c’est l’ensemble du championnat qui a progressé. On veux que les équipes de haut de tableau tirent les autres vers le haut. A chaque confrontation contre les cadors, les équipes peuvent être capable de les faire déjouer. Le milieu de tableau est passionnant, avec la lutte pour la coupe d’Europe, celle pour les play-off / play-down. Ce ventre moi, chaque club veut essayer de l’éviter et nous aussi. Le championnat est tellement intense que personne n’a de certitudes sur son dénouement et ce, à tous les étages. Nous avons changé la formule récemment. Cela peut relancer une autre dynamique et les clubs vont continuer à être en concurrence, pour la meilleure place possible.

Ce passage à 14 clubs était nécessaire. On a également mis en place le dispositif de la voie d’accession à la professionnalisation. Ce sont des clubs de D2, qui ont pour ambition de monter en LBE. Pour pouvoir le faire, le résultat sportif ne sera pas suffisant, il y aura la structuration du club. On voulait valoriser les clubs VAP, car certains étaient prêts pour monter en D1. La crise sanitaire a accéléré le processus et on a voulu récompenser ces clubs de D2. Cela va aussi avec l’objectif de rayonnement sur tout le territoire national. Il faut être en cohérence avec notre partenaire Butagaz, qui a comme valeur forte la proximité. On veut plus de clubs partout en France. Aujourd’hui, il y a juste l’Occitanie qui pêche et il faut travailler pour remettre de la LBE là-bas.

NOTRE CHAMPIONNAT EST INTENSE ET ATTRACTIF

Je trouve que ce championnat à 14 est une bonne formule. Passer à 16 sur le papier, ça peut séduire mais cela impliquerait de revoir les formules de championnat. Il faut aussi trouver des clubs qui soient structurés. La pire des chose est de monter en LBE si c’est pour retomber derrière et souffrir sur le plan structurel par la suite. Il ne faut pas oublier le calendrier déjà intense. Les J.O ont été décalés, mais 2024 ca arriver très vite. Il faut prendre en compte l’ensemble du handball professionnel féminin, il y a la coupe d’Europe qui est très longue pour les clubs et il faut être cohérent et essayer d’avoir une LBE attractive mais qui respecte l’intégrité et la sécurité des joueuses.

Le handball féminin ne cesse de progresser mais il y a toujours des axes d’amélioration. Les joueuses ont toutes des contrats pro, le handball c’est leur métier maintenant. Les clubs sont de plus en plus structurés, même s’il y a eu des difficultés par le passé, avec la disparition de Nîmes et de Mios. Notre championnat est à la fois intense et attractif, capable de garder les meilleures françaises et de faire venir des joueuses étrangères. On a même vu le retour de certaines françaises. Le championnat est également diffusé et regardé. La promotion au niveau digital se met en place et les clubs communiquent de mieux en mieux. Les chiffres parlent pour nous et montre le développement croissant de la LBE.

Combattante sur en en dehors du terrain, Nodjialem Myaro regrette le manque de reconnaissance de la LBE.
Combattante sur en en dehors du terrain, Nodjialem Myaro regrette le manque de reconnaissance de la LBE.

FAIRE DE LA PEDAGOGIE AUTOUR DU SPORT FEMININ

Les opérations, comme celle actuellement autour de la semaine du sport féminin, sont importantes. Il faut mettre en lumière le sport féminin car on n’est pas encore assez médiatisé. Quand on voit le parcours européen de nos clubs, la suprématie de certains dans le championnat et le résultat sportif de joueuses qui sont en équipe de France et qui évoluent en LBE, on est en droit de se demander pourquoi ce championnat n’attire pas encore les médias comme il le faudrait. C’est le sport féminin avec toutes les difficultés que l’on connaît. Il faut mettre un accompagnement fédéral, pour faire face à cela. Et surtout ne pas lâcher.

Au-delà du sexisme, il y a des préjugés autour du sport féminin. C’est aussi une question d’éducation. Il faut faire de la pédagogie autour du sport féminin, car les choses bougent mais il faut encore que cela évolue. A un moment donné, le combat ce n’est pas que celui des femmes qui veulent être vues. Il faut que certains hommes reconnaissent la légitimité et la performance sportive au féminin, en arrêtant de genrer et de se dire que ce n’est que du sport féminin. Le problème il est aussi là ! Il y a une incohérence. Pour le handball, on voit que les gens sont intéressés pour regarder l’équipe de France, la coupe de France quand elle passe. A chaque fois, les audiences sont présentes, donc le public aime ça !

LA COMMUNICATION DES JOUEUSES ET DES CLUBS EST IMPORTANTE

Les personnes à la tête des différents médias doivent changer les codes. Les générations passées mettaient en avant le sport et le football masculin. Aujourd’hui, il faut composer avec le fait que le sport est aussi pratiqué par des femmes et qui sont performantes et qui ont toute la légitimité à être regardées. On nous a longtemps rétorqué qu’on ne faisait pas de résultats et que c’était normal de ne pas être regardé. Aujourd’hui, il y a les résultats, alors dîtes nous vos arguments pour ne pas nous médiatiser ? Et je mets en dehors le problème de l’équipe de France, qui elle est médiatisé et regardé, avec des passages sur TF1 et les mêmes nombre de matchs diffusés chez les filles et chez les garçons. BeINsports diffuse tous les matchs.

Le problème est au niveau des clubs, avec la diffusion de la Lidl Starligue qui n’est du tout la même que celle de la Ligue Butagaz Energie. Chez les femmes, il faut payer pour être vu, alors que chez les hommes il y a des droits télés. J’ai envie de dire : Modernisons nous et arrêtons de raisonner comme dans le passé. Il faut changer les mentalités et bouger les lignes. Il ne faut pas avoir peur, les audiences ne baisseront pas. Et ne pas s’arrêter à la diffusion télé et presse écrite. La communication des joueuses, des clubs est importante. Il faut que ce sport fédère et qu’il y ait des clubs avec une base de supporter dans chacun d’entre eux. Le championnat doit rayonner partout !

RACONTER LES HISTOIRES DES FEMMES

Pour promouvoir le hand féminin, il faut aller partout, utiliser la télé et le digital. Répondre aux attentes d’un public divers et varié et qui est mixte, adulte et enfant. Il faut s’adapter aux nouvelles façon de regarder le sport. Proposer du contenu autres que les matchs, parler handball tout simplement, raconter les histoires des femmes. Le sport féminin ne doit pas faire un copier/coller du modèle de diffusion des hommes. Il faut être vu de plusieurs manières, pour que le sport/handball féminin soit reconnu.

Pour le moment, le championnat n’a pas trop souffert de la crise du Covid_19. Cependant, je ne veux pas crier victoire trop vite y compris sur la partie de la Coupe d’Europe. Avec les 7 jours d’isolement, on peut vite être mis en difficulté. Mais on a pris des mesures pour que la compétition puisse se tenir du mieux possible. On s’adapte et on continuer de s’adapter dans ce contexte là. Si on était resté dans notre fonctionnement habituel on était mort !

LA LBE EST DANS LE TOP 3 EUROPEEN

Je ne peux pas encore dire si les opérations telles que les diffusions sur les pages Facebook seront reconduites, une fois que le public sera de retour dans les salles. On réfléchit à ce dossier avec les clubs et rien n’est validé. Il faut voir comment on va coordonner la diffusion de notre championnat. Il ne faut pas oublier que la LBE est le championnat de la LFH. On va voir comment on met ce dispositif, mais on sait que Facebook et les autres supports, peuvent être des canaux de diffusion. Les chiffres ont parlé pour nous. Il faut utiliser les connaissances acquises durant la période de crise sanitaire pour ressortir grandi de cette épreuve.

La Ligue Butagaz Energie a vocation de devenir le championnat référence en Europe, tout en formant les meilleures françaises. Honnêtement, si on continue comme cela, en formant de jeunes joueuses ce sera très bien. On a jamais vraiment comparé les différents championnats en Europe, mais on est sur le Top 3 européen. Le problème est au niveau des critères. En terme de globalité, la LBE est un des plus intense, dense et structuré. C’est un peu la référence par rapport à d’autres championnats européen. C’est aussi la récompense de tout le travail mis en place par les clubs et qu’il faut mettre en avant.

NODJIALEM MYARO

Avec Etienne GOURSAUD

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