Tennis – Roland-Garros, un joli vent d’automne

Il y a quinze jours encore, on ne savait pas qui du placement tardif en octobre ou de l’imprévisibilité des Internationaux de France allait prendre le pas sur l’autre. A vrai dire, en pesant le pour et le contre, il sera difficile de trouver un vainqueur tant les deux ont marqué de leur empreinte cette édition 2020 de Roland-Garros, qui restera dans les mémoires. Bien sûr, avec ce décalage de quatre mois, de nombreux paramètres ont modifié la donne quant à l’approche du tournoi, avec une préparation réduite, la peur du virus malgré les mesures prises et bien sûr le changement drastique des conditions de jeu, la fraîcheur et l’humidité automnales ayant pris le dessus.

“Roland”, symbole au-delà du sportif

Mais on ne peut rester insensible à ce vent nouveau que nous a procuré ce tournoi. L’entrée dans la modernité (enfin !) avec le Chatrier couvert, le sourire malgré tout des spectateurs chanceux ayant obtenu l’un des mille tickets autorisés chaque jour, et l’engouement certain du public devant sa télé avec de superbes audiences ont fait oublier la difficile période que nous traversons. On dit avec ce Roland-Garros exactement la même chose que ce que l’on avait constaté au terme du dernier Tour de France. Dans l’imaginaire collectif, il s’agit d’un symbole purement sportif. Quand un match du dimanche soir fait 33% de téléspectateurs de plus que France/Ukraine, c’est en réalité bien plus rassemblant et rassembleur que cela.

De l’avenir pour le tennis féminin tricolore

Le public tricolore a retrouvé son « Roland », ses surprises, ses frenchies, son Rafa. D’abord choqué par la claque reçue par trois des quatre « Mousquetaires » (Monfils, Gasquet et Simon, Tsonga ne participant pas) dès le premier tour, il a finalement pu voir que le tennis bleu-blanc-rouge bouge encore. Deux femmes et un homme dans la seconde partie du tableau, la jeunesse prometteuse de Clara Burel qui a passé deux tours à 19 ans, Elsa Jacquemot lauréate du tournoi juniors avec deux ans de moins, Caroline Garcia qui sort deux têtes de série avant d’échouer en huitièmes, et surtout deux pépites dont on attend les succès futurs.

Fiona Ferro (23 ans) a pris rendez-vous avec les deuxièmes semaines de Grand Chelem. Deux brillants combats en trois sets contre Elena Rybakina (18e mondiale) et Patricia Maria Tig (59e mondiale) pour s’ouvrir la voie des huitièmes et faire sérieusement douter la future finaliste Sofia Kenin (2-6, 6-2, 6-1 pour l’américaine, sixième joueuse mondiale). Sa progression, d’une extrême linéarité, n’appelle que du bon pour celle qui, emblématiquement, devient la meilleure joueuse tricolore au classement WTA. Elle devra conserver son attitude aussi déterminée.

Gaston, Schwartzman : les petits se rebiffent !

Autre diamant à polir, Hugo Gaston, tout juste 20 ans, qui fut la révélation du tournoi masculin. Ses deux combats en cinq manches au 3e tour contre Stan Wawrinka (2-6, 6-3, 6-3, 4-6, 6-0) et Dominic Thiem en huitièmes (défaite 4-6, 4-6, 7-5, 6-3, 3-6) resteront dans la légende de cette édition 2020 Porte d’Auteuil. Avec son 1,73m, il a bataillé lors de marathons qu’il a souvent gagné, fait preuve d’une superbe lecture du jeu, mitraillé avec son revers croisé et épaté par ses splendides amorties, glissées avec brio. Surtout, il a marqué par son mental d’acier, et sa capacité à rebondir dans diverses circonstances. Les plus grands s’accordent à le dire, Dominic Thiem (3e mondial, vainqueur de l’US Open, double finaliste à Roland) en tête, petit Gaston deviendra grand.

D’autres noms ont marqué la quinzaine côté hommes. On retiendra l’ascension fulgurante de Jannik Sinner, 19 ans seulement et tombeur de David Goffin et Alexander Zverev, auteur d’un début de quart de finale punchy contre Rafael Nadal. On se souviendra du courage de Stefanos Tsitsipas dans une demie bien mal embarquée contre Djokovic, où il poussa le Serbe dans un cinquième set. Le terrien Diego Schwartzman remporta quant à lui le match de cette édition 2020. L’argentin s’est défait de Thiem en quarts de finale au terme d’une des rencontres les plus longues de l’histoire du « French Open », plus de cinq heures et cinq sets de jeu de très haut niveau, avec un engagement sans limite. Diego, libre dans sa quête, lancé vers son premier dernier carré de Grand Chelem, échoua les armes à la main face au maître des lieux, Rafa Nadal.

Swiatek, dix-neuf ans et un “Roland”

Des lieux qui n’ont cependant plus aucune maîtresse. Pour la septième fois de suite, la Coupe Suzanne-Lenglen est revenue à une lauréate différente. Et quelle lauréate ! La Polonaise Iga Swiatek, 54e mondiale à l’aube de la quinzaine, s’est imposé à seulement 19 ans, après avoir sorti la finaliste Marketa Vondrousova, la 2e mondiale Simona Halep, les surprenantes qualifiées Trevisan et Podoroska et enfin la jeune Sofia Kenin, sans jamais lâcher le moindre set, une première depuis Justine Henin il y a treize ans. Elle marque sans nul doute l’histoire de par la manière dont elle a décroché son premier titre chez les pros, en jouant sur une autre planète, un tennis certes simple, mais irrésistible.

Nadal pas prêt de laisser les clés

Comme d’habitude, le moment le plus attendu du tournoi fut la finale hommes, l’affrontement tant espéré entre un Djokovic impérial cette saison et un Nadal toujours aussi serein sur terre. En fait, comme d’habitude, le moment le plus attendu était surtout la victoire du Majorquin. Djokovic voulait souffler le vent du changement, il fut tourneboulé par la tornade Nadal. Le numéro un mondial n’a presque pas existé dans une partie où il lui aura fallu 55 minutes pour inscrire un jeu, 2 heures et 10 minutes pour breaker son adversaire. Bien sûr, il y eut trop de fautes directes pour le Serbe, mais Rafael Nadal marchait sur l’eau. Il survola la partie (6-0, 6-2, 7-5) comme il a survolé ses douze précédentes finales Porte d’Auteuil.

La légende, il l’a écrite chaque année un peu plus. Aujourd’hui, les chiffres sont stratosphériques : avec un treizième Roland-Garros dans la besace, Nadal porte son total de Grands Chelems remportés à vingt, une marque record qu’il partage désormais avec Roger Federer. Cette année, il avait annoncé arriver avec moins de certitudes, plus de craintes dues aux conditions. Toutes furent balayées d’un revers de main. A 34 ans, il vient encore de décrocher « Roland » sans céder un seul set à la concurrence. Les années passent, on attend toujours plus de Rafa, et il répond toujours plus présent. Roland-Garros change, Roland-Garros bouge, Rafael Nadal reste le même. Automne en emporte le vent. 

Mathéo RONDEAU