Le Champion du monde sur route 2013 Rui Costa, vainqueur en tout début d’année sur le Saudi Tour, a répondu à nos questions ! [Crédit : Bettiniphotos]

En France, son visage est associé au maillot Movistar, celui avec lequel il a brillé sur les routes du Tour de France, décrochant trois succès d’étape en 2011 et 2013. Rui Costa, pensionnaire ensuite de la Lampre-Merida et chez UAE – Team Emirates depuis 2017, est un des coureurs en activité au palmarès le plus fourni. A 33 ans, le Portugais a déjà vécu une carrière pleine, avec des succès d’immense envergure sur la Grande Boucle ou les championnats du monde, qu’il remporta en 2013 du côté de Florence, au terme d’une journée dantesque. Celui qui s’est également imposé trois fois au général sur le Tour de Suisse, et qui peut légitimement conserver des ambitions pour les saisons à venir de par son niveau actuel, à bien voulu répondre à nos questions. L’occasion de revenir sur les derniers mois sans cyclisme professionnel, ses victoires sur le Tour et de découvrir un homme humble et à l’ambition sans excès.

«  – Comment se sont déroulés les derniers mois de votre côté ?

La situation a commencé à devenir sérieuse lorsque je m’entraînais en altitude en Sierra Nevada au mois de mars. Nous avons pris la décision de rentrer au Portugal et depuis, je me suis entraîné à la maison et j’ai passé du temps avec ma famille. Le week-end dernier, j’ai eu ma première course (la Prova De Reabertura, un contre-la-montre) depuis le redémarrage et j’ai pu la gagner, donc c’est positif.

– Quels auraient du être vos objectifs pour la saison 2020 et à quoi ressemblera-t-elle finalement ?

Ma saison 2020 avait plutôt très bien commencé. J’ai remporté une victoire au Saudi Tour (la première étape) et j’étais également en bonne forme du côté du Tour d’Algarve (il avait terminé 4e du général). J’avais hâte de jouer la bataille au classement général du Tour de Catalogne, mais malheureusement il n’a pas pu se tenir en raison de la crise.

Je vais donc reprendre ma saison sur les Strade Bianche et ensuite je disputerais les courses canadiennes et les classiques ardennaises (ndlr : il devrait entre temps disputer le Tour de Pologne et la Bretagne Classic), qui seront de grands objectifs à la fin de l’année. J’irai également disputer la Vuelta a Espana.

– Il y a bientôt sept ans, vous deveniez champion du monde à Florence. Que gardez-vous en tête de cette incroyable journée ?

C’est une belle victoire dont je me souviendrai toujours. Elle me revient souvent à l’esprit lorsque je regarde les bandes arc-en-ciel sur mon maillot.

– Vous avez participé à neuf Tours de France. Pourquoi une telle attirance vers cette course ?

C’est la plus grande course dans notre sport. J’étais heureux d’avoir du succès là-bas aussi dans ma carrière. Cela a été un point de référence dans mes résultats passés.

– Vous êtes plus connu en France pour avoir remporté trois étapes (une en 2011 à Super-Besse, puis deux en 2013, à Gap et au Grand-Bornand) sur le Tour. De quoi vous souvenez-vous ?

Les fans sont épatants. Pendant de nombreuses années, j’ai été le seul coureur portugais du Tour, ou du moins l’un des rares. Cela signifiait que j’avais beaucoup d’attention derrière moi au Portugal, et je me sentais fier de représenter mon pays. Je conserve beaucoup de beaux souvenirs de mes victoires et aussi de celles de mes coéquipiers, ce sont des victoires d’équipe.

– A chaque fois (sur le Tour), vous levez les bras en solitaire. Simple coïncidence ou une préférence de votre part au vu des scénarii de course ?

Il est vrai que la plupart d’entre elles ont été acquises seul ou en petit groupe. Je pense que dans un petit groupe, je peux bien courir et bien sprinter. Surtout en montée, ce qui peut encore plus me convenir. En plus, gagner seul est un sentiment incroyable, car vous avez le temps de profiter de la victoire.

 
Le 9 juillet 2011, Rui Costa est sur le toit du monde cycliste. Il lève les bras sur la plus grande course, le Tour de France, vainqueur à Super-Besse. Crédit : [Sirotti].

– Quelle étape du Tour est la plus dure à laquelle vous ayez pris part ? Et en dehors du Tour ?

Il y a eu beaucoup d’étapes difficiles. Les montées, les cols du Giro sont également très difficiles. Mais le profil de l’étape n’a pas besoin d’être montagneux pour être difficile. Parfois, les journées plates et venteuses peuvent être très compliquées.  

– Vous avez connu moins de réussite sur votre unique participation au Giro en 2017, et ce n’est pas faute d’avoir tenté ! (il termine deuxième lors de trois étapes). Conservez-vous de la déception à ce sujet ?

Un peu, à l’époque. Mais c’est comme ça qu’est le cyclisme. Il vaut mieux être deuxième que dernier ! Il faut garder de la perspective.

– Vous avez également un incroyable palmarès du côté de la Suisse (3 fois vainqueur final du Tour de Suisse, quatre fois sur le podium final du Tour de Romandie). Comment expliquez-vous cette régularité helvète ?

Les Tours de Suisse et de Romandie sont deux courses qui me conviennent parfaitement. Je me prépare très bien pour ces courses et je travaille très dur pour y arriver en forme. Ce sont des semaines de course que j’apprécie beaucoup.

– Vous possédez une régularité hors norme sur les courses d’une semaine. Quelles sont vos qualités pour ?

Je suis à la fois bon grimpeur et bon rouleur contre-la-montre. Pas le meilleur dans les deux catégories, mais d’un bon niveau et je pense que c’est essentiel pour une course par étapes d’une semaine.

– Quelle est votre plus grande déception en carrière ?

Je n’ai pas de véritable déception. Mes chutes peut-être ? Mais j’ai eu la chance d’avoir une grande carrière jusqu’à maintenant.  

– Champion du monde, vainqueur sur la plus grande course au monde, représentant de votre pays aux Jeux Olympiques, podiums sur des Monuments, que vous manque-t-il ? 

Pas grand chose, je pense. Il est certain que j’ai encore des ambitions et des objectifs, mais je ne travaille de façon à rayer des choses d’une liste. J’apprécie encore ma façon de courir et j’ai l’intention de continuer à le faire ! »

 

Mathéo RONDEAU