FOOTBALL : Marie Aurelle Awona – Profession footballeuse !

Donner des interviews ce n’est pas trop son truc : « je bégaye, je stresse ». Son truc c’est le foot. Marie Aurelle Awona est une femme qui n’aime pas être sur le devant de la scène sauf quand il s’agit d’exprimer son talent sur le terrain ! Dans ce récit, Marie revient sur son enfance, ses objectifs en club et en sélection, et sur le développement du football féminin en Afrique.

Crédit photo : Stade de Reims

Je m’appelle Marie Aurelle Awona, j’ai 27 ans et suis footballeuse professionnelle. Je suis née à Yaoundé, au Cameroun. Je suis arrivée en France à l’âge de 7 ans. Je joue actuellement au Stade de Reims en tant que défenseure centrale et suis internationale camerounaise.

LE FOOTBALL, UN TRUC DE FAMILLE !

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fait du foot. Quand j’étais petite, je passais mon temps à taper dans le ballon avec mes cousins et mon frère que je voyais un peu comme mon modèle. J’aimais tellement ça que parfois je partais en cachette pour aller jouer ! Ma mère en a fait étant jeune donc elle était compréhensive. Je pense que le football c’est un truc de famille même si je suis une touche à tout. J’aime le sport avec un grand S. Au collège, j’ai fait du tennis, sport vers lequel je me serais tourné si je n’avais pas choisi le foot. J’ai essayé le tennis de table, la boxe aussi mais ma mère avait trop peur de ce sport pour me laisser faire des compétitions !

Très tôt j’ai su que je voulais en faire mon métier. Vous voyez les fiches qu’on donne en primaire ou au collège avec la fameuse question « qu’aimerais-tu faire plus tard ? » ? Et bien à chaque fois j’écrivais « footballeuse, footballeuse, footballeuse ». Ma professeure me disait « Marie tu ne veux rien faire d’autre à part footballeuse ? » et je lui répondais « non, non ». A l’école je travaillais mais j’avoue que ce n’était pas trop mon truc. J’étais une élève chahuteuse qui se retrouvait en heures de colle, ma mère était souvent convoquée… Je ne manquais pas de respect au professeur non plus mais je faisais quelques petites bêtises par-ci par-là. J’ai la chance d’avoir une famille qui m’a toujours soutenue. Pour être honnête même si elle m’avait dissuadé de poursuivre dans cette voie, cela ne m’aurait pas empêché de tenter ma chance !

DU CAMEROUN À LA FRANCE…

Un peu avant mes 6ans, j’ai quitté le Cameroun pour rejoindre ma mère en France. Quand tu arrives dans un nouveau pays, ce n’est pas évident de s’acclimater. Déjà la météo… J’étais habituée à des températures bien plus chaudes au Cameroun ! Le mode de vie, les habitudes alimentaires… Je me souviens de la première fois qu’on m’a proposé de manger au MacDo, j’ai répondu « mais c’est quoi ça ? ». J’étais petite mais cela m’a marqué. En arrivant en France, hormis ma famille je ne connaissais personne. Le foot m’a donc permis de me socialiser, de m’intégrer plus facilement.

J’ai pris ma première licence au club de l’US Fontenay. Et devinez quoi ? J’ai commencé au poste de gardienne ! Jusqu’à 13 ans j’étais avec des garçons, la première équipe féminine dans laquelle j’ai joué était au FC Domont. A 15 ans j’ai intégré le sport-études du Mans FC. La semaine j’étais en internat et le weekend en famille d’accueil. J’ai ensuite rejoint l’ASJ Soyaux, club dans lequel j’ai évolué pendant 7 ans, puis 1 an et demi à Dijon, 6 mois à Madrid et maintenant me voilà au Stade de Reims depuis juillet ! Mes journées sont rythmées par les entrainements, les séances de musculation et d’analyse vidéo.

QUAND LADVERSAIRE MARQUE ON BLÂME SOUVENT LA DÉFENSE !

Le football, le sport en général c’est mon moteur. Je ne peux pas m’arrêter plus d’une semaine, alors quand j’ai été out pendant 7 mois à cause de douleurs au genou… C’est dur de voir tes coéquipières jouer des matchs pendant que toi tu es en rééducation. C’était une période très frustrante mais j’en ai profité pour travailler sur d’autres choses.

J’aime jouer en défense car cela me permet d’avoir une vision sur l’ensemble du jeu. En tant que défenseure centrale, j’ai de grosses responsabilités car je suis le dernier rempart avant la gardienne. Quand l’adversaire marque on blâme souvent la défense ! Mais je me sens bien à ce poste, j’aime le fait de coordonner et de diriger le reste de l’équipe un peu comme un chef d’orchestre. Cela demande un gros travail de communication et je trouve que je le fais plutôt bien. Mes autres points forts sont l’agressivité, le physique, j’ai aussi une bonne vision du jeu. Ah et je sais jouer des deux pieds ! Mes objectifs ? Continuer à progresser, notamment mon jeu de tête qui est mon point faible ! En club, l’objectif est de nous maintenir en D1 Arkema et avec la sélection de nous qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo. C’est une compétition à laquelle je n’ai jamais participé donc ce serait un accomplissement.

Quand je n’ai pas foot, j’avoue que je ne fais pas grand-chose… le quartier où j’habite à Reims n’est pas très animé ah ah ! Cela m’arrive de regarder des téléfilms à l’eau de rose, je sors avec des amis et je prends des photos ! Je me suis acheté un appareil récemment, j’aime bien ça. Après ma carrière, je ne pense pas rester dans le foot. J’ai fait des études de commerce, à Soyaux j’ai travaillé à Foot Locker donc pourquoi pas restée là-dedans en ouvrant une salle de sport par exemple. Coach sportive est un métier qui me plairait bien aussi.

DE LA FRANCE AU CAMEROUN…

Ma première sélection avec le Cameroun est mon meilleur souvenir. C’était lors de la Coupe du Monde 2015 au Canada, match de poule contre la Suisse. Quand j’ai su que j’allais participer à cette compétition je n’y croyais pas. Je venais tout juste de rejoindre le groupe donc je ne m’attendais pas à faire partie du voyage. Arrivée au Canada, je me suis dit que je n’allais pas jouer. C’était déjà fou d’être dans l’équipe, d’autant plus que la joueuse avec qui j’étais en concurrence était expérimentée. J’étais sur le banc pour les deux premiers matchs puis le coach m’annonce que je serai titulaire pour le prochain ! J’ai un autre souvenir avec la sélection mais celui-ci est moins heureux. C’est le but que je marque contre mon camp lors de la Coupe du Monde 2019. C’était contre l’Allemagne, je faisais un bon match, on menait 1-0… et sur un centre adverse, en voulant dégager le ballon je fais cette boulette. J’avais les larmes aux yeux puis je me suis ressaisie. Heureusement on finit par gagner le match 2-1, résultat qui nous qualifie pour les huitièmes de finale. Un vrai ascenseur émotionnel !

Comment suis-je arrivée à jouer pour le Cameroun après avoir joué en équipe de France U16 et U20 ? A l’époque où j’évoluais à Soyaux, j’ai été contactée par le sélectionneur du Cameroun. Avant de prendre cette décision, j’ai échangé avec beaucoup de personnes notamment Corinne Diacre (actuelle sélectionneuse de l’équipe de France féminine) qui était mon coach en club. Même si j’ai quitté jeune le Cameroun, j’y suis attachée. Je suis née là-bas, j’ai des forts souvenirs donc j’ai tout de suite accepté.

Je me rappelle la CAN 2016 quand nous avons atteint la finale. J’ai été impressionnée par la manière dont les Camerounais soutenaient notre équipe. Le jour du match, il y avait des supporters aux abords du stade dès 8h du matin ! Sur les réseaux sociaux, beaucoup de supporters nous disent qu’ils préfèrent regarder les matchs des filles plutôt que ceux des garçons. A chaque grande compétition on sent un vrai engouement. Tout le monde est derrière sa télévision. Quand on est rentrées au Cameroun après le Mondial au Canada, l’accueil était incroyable, les gens suivaient notre car jusqu’à l’hôtel, je ne m’attendais pas à ça. Quand on a passé les poules lors du dernier Mondial c’était presque comme-ci on avait gagné le trophée !

NOS RÉSULTATS AVEC LA SÉLECTION OUVRENT LES ESPRITS

Je pense que le niveau des nations africaines s’améliore, il y a pas mal de bonnes joueuses. Ce sont des équipes agressives, avec beaucoup d’envie. Je me souviens de mes premiers entrainements en sélection, on me rentrait dedans ! Je me rappelle notamment être sortie complètement rincée d’une journée de travail où on avait doublé les séances (rires)… Il y a une différence, je pense, par rapport aux méthodes de travail européennes dans le sens où le travail physique est encore plus intense.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’écart qui nous sépare des nations qui dominent. Je n’ai pas joué dans le championnat national donc c’est difficile pour moi de faire un retour d’expérience. En revanche je sais que c’est compliqué pour certaines filles -et il y en a plein de talentueuses- de trouver un endroit où s’entrainer. Des coéquipières de l’équipe nationale ont donc décidé d’ouvrir des académies pour les accompagner dans de bonnes conditions. D’autres initiatives comme la création d’une Ligue des Champions africaine féminine par la CAF (Confédération Africaine de Football) permettra d’attirer encore plus de joueuses et je l’espère d’élever le niveau. J’ai aussi l’impression que les sélections africaines ne sont pas complètement respectées. J’ai été notamment déçue de l’arbitrage lors de la dernière Coupe du Monde. Les nations africaines n’ont pas reçu le même traitement que les équipes européennes. Enfin, il y a un travail à faire pour changer les mentalités. Dans l’esprit collectif, le football a longtemps été un sport d’hommes et, même si les choses évoluent dans le bon sens, je pense qu’il y a encore des préjugés à faire tomber. En tout cas, j’espère justement que, à notre échelle, nos résultats en sélection contribuent à ouvrir les esprits.

MARIE AURELLE AWONA

Avec la participation de Déborah Mondjo

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