(Crédit photos: DR).

Sandrine Gruda - basketteuse

Pivot : #Equipe de France #Famila Schio #Yakin Dogu #Lyon ASVEL #Fenerbahçe # UMMC Ekaterinbourg #Los Angeles Sparks #Connecticut Sun #US Valenciennes #Championne d'Europe 2009 #Médaille d'argent JO 2012 #Vice-championne d'Europe 2013,2015 #Championne WNBA 2016 #Vainqueur de l'Eurolique 2013, 2016 #Championne Superligue russe 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 #Championne de France 2007 #Meilleure joueuse européenne 2009 FIBA Europe

Le quotidien d’une joueuse professionnelle de basket n’est pas forcément celui auquel on pense. Grossièrement, il se décompose en  trois phases majeures : on se restaure, on joue, et on dort comme le ferait ma nièce Noéline de deux ans !

Du temps de mon (long) passage à Ekaterinbourg, en Russie, mes journées se déroulaient quasiment à l’identique. À l’heure où pratiquement tout le monde commençait le travail, je dormais encore. Mon réveil sonnait vers 9 heures, ce qui me semblait déjà bien matinal ! J’avalais des oeufs brouillés en guise de petit-déjeuner et me rendais au gymnase pour réaliser ma séance de musculation, en prenant soin de boire mon shake par la suite : une bonne dose de protéines en poudre diluée dans du lait pour résorber mes fibres musculaires.

Au déjeuner, j’engloutissais le fameux repas des sportifs: un consistant plat de pâtes. L’après-midi, je faisais une sieste de deux heures avant d’enchaîner avec l’entraînement du soir. Après quoi, je dînais souvent au restaurant avec mon amie Tweety -de son vrai nom Deanna Nolan, américaine-. Nous fréquentions à tour de rôle toutes les tables qui proposaient leur carte en anglais, histoire de ne pas se trouver face à une drôle de surprise…

Quand aux matches, ils étaient toujours programmés à 19 heures. Et j’arrivais toujours à la salle à 17h15. À 17h30, j’étais strappée et en uniforme… prête à fouler le parquet. Dans le but d’augmenter mon niveau de confiance et de concentration, j’exécutais un rituel précis. Là où certaines lacent leur basket gauche avant la droite, enfilent les mêmes sous-vêtements, ou écoutent la même playlist, moi, je m’échauffais exactement de la même manière. Je débutais mon rituel en shootant, cinq power lay-ups* des deux côtés du panier, puis cinq tirs avec la planche. J’achevais mon tour du monde** avant de boucler ma routine avec des lancers-francs. Cinq était le nombre de paniers à rentrer et ce sur les dix positions choisies. Au final, je m’étirais et retournais au vestiaire dans la perspective du briefing de l’entraîneur.

*Tir sous le cercle réalisé à pied joints.

** Enchaînement de tirs exécutés de cinq angles différents situés autour de la raquette.

À Ekaterinbourg, il m’était dès lors difficile d’étoffer mon agenda. De temps à autre, il m’arrivait d’être assise sur un quatre-roues motorisé avec Candace (Parker),  à sillonner l’une des forêts enneigées de l’Oural. Mieux encore, trois fois par mois, je tentais de mémoriser l’alphabet cyrillique et la grammaire russe que m’enseignait ma professeure Ania ! Et puis parfois, avec Tweety, nous avons eu l’occasion d’assister au spectacle du cirque du soleil, de participer à une dégustation de vins ou d’apprécier les airs jazzy d’un groupe.

J’en garde des souvenirs émus tant ces moments précieux étaient rares.

À Istanbul comme à Schio maintenant, je rencontre des expatriés aux scénarios de vie formidable ; je découvre les particularismes des villes qui m’accueillent ; je prends part à des activités en tout genre qui m’écartent du train-train habituel.

Niveau de jeu et niveau de vie…

La solitude est un état dans lequel je me suis trop souvent retrouvée. Alors, j’y ai cherché des motifs de contentement. Non seulement elle ouvre la porte à une introspection d’envergure mais elle est propice à revenir sur les failles entrevues. C’est ainsi que j’ai appris à peaufiner mon jeu, à élever mes standards en me rapprochant d’un entraîneur individuel, d’un préparateur mental, en visualisant mes matchs pour analyser mes erreurs et retenir mes bonnes actions. Car tout athlète est fragile, perfectible, en demande constante de mieux, que ce soit pour prendre confiance ou… ne pas la perdre.

Tenez, comme cette défaite lors du match décisif d’un quart de finale d’Euroligue -sous le maillot d’Ekaterinbourg contre Valence en avril 2012- qui m’avait fait plonger dans une spirale négative. La déception avait été compliquée à surmonter, surtout entourée des quatre murs blancs de mon appartement, où la seule présence d’un lézard aurait pu troubler le silence…

Vivre ensuite en Turquie puis en Italie m’a permis d’ouvrir mes horizons, de me créer un cercle social constitué de personnes étrangères au monde du basket. À Istanbul comme à Schio maintenant, je rencontre des expatriés aux scénarios de vie formidable ; je découvre les particularismes des villes qui m’accueillent ; je prends part à des activités en tout genre qui m’écartent du train-train habituel. Certes, depuis l’automne dernier, j’évolue dans un club italien qui n’a pas le lustre des précédents. Le niveau de jeu est inférieur à celui que j’ai fréquenté par le passé. Mais les liens sont forts entre nous. Je dirais même plus authentiques.

J’apprécie la sincérité, le respect et la gentillesse des onze femmes dépourvues d’ego surdimensionné avec lesquelles je cohabite, avec lesquelles je coexiste même. Dès que je peux m’extraire de la monotonie du programme institué sous le toit d’un gymnase, le monde m’ouvre son champ des possibles. Oui, je me sens en vie !

À méditer : “Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine : elle est mortelle.” Paulo Coelho.

SANDRINE