L’humeur de Sans Filtre : Sorry, good farce

Tous les lundi, l’Humeur de Sans Filtre revient sur un ou plusieurs faits d’actualité. Aujourd’hui, la magnifique performance d’un XV de France inexpérimenté en Angleterre, terre historiquement très hostile.

C’est à croire qu’on les avait un peu bassinés durant toute la semaine. A coups de rappels de claques reçues par d’autres XV de France remaniés, de termes dégradants employés par les tabloïds anglais pour qualifier cette finale – la fameuse farce – ou de stats appuyant un peu plus encore là où ça faisait mal, à savoir l’inexpérience de cette bleusaille face à l’impressionnante armada anglaise, vice-championne du monde 2019. On leur avait promis l’enfer de Twickenham, à ces « baby bleus » de Yoram Moefana, premier joueur né en 2000 à porter le maillot bleu. On leur avait promis une addition bien salée sur les coups de dix-sept heures. Il n’en fut rien.

A la fin, c’est bien l’Angleterre qui l’emporte (22-19), en prolongations, non sans rappeler le succès de la Rose au Mondial 2003 au bout de la botte de Jonny Wilkinson. Trois points à l’avantage des protégés d’Owen Farrell, qui n’en menaient pas large à la pause. Devancés (6-13) par une équipe de France à la conquête solide, la défense de fer, et sur orbite grâce à la superbe inspiration de Matthieu Jalibert pour Brice Dulin. Menés, surtout, par un adversaire bien plus coriace que prévu. Solidaires, les Bleus ont bien cru tenir jusqu’au bout.

Nous le disions dans ces mêmes lignes il y a quelques semaines, les Anglais et leur jeu stéréotypé au possible ne méritaient pas le Tournoi, ils ne méritent pas non plus l’Autumn Nations Cup. Du moins pas comme ça, en ayant tenté de gagner le match avant le coup d’envoi et en ayant pas répondu avec des actes derrière. L’équipe de France a joué avec ses tripes, s’est envoyée avec un courage et une solidarité exemplaires. Si le XV de la Rose a répondu au retour des vestiaires, c’était la peur qui s’exprimait, celle de la honte d’une éventuelle défaite dans ce match de la farce.

L’arbitrage, récurrente constatation

Et là, on comprend un peu mieux la certaine fébrilité d’un Farrell devant les perches, la détresse d’un George Ford littéralement enfermé dans un plan de jeu qui consiste à jouer inlassablement au pied mais qui, visiblement, ne fonctionne pas trop contre la France. De très nombreux ballons tombés également, notamment à deux reprises sur l’action décisive de la rencontre, amenant à la pénaltouche et l’essai anglais à moins de deux minutes du terme. De trop nombreuses décisions arbitrales que l’on peut légitimement contester, et que Fabien Galthié, habituel taiseux sur le sujet, n’a pas manqué de souligner. Les sifflets sur la pénalité de Louis Carbonel dans les derniers instants. L’Angleterre n’avait pas besoin de cela pour gagner.

Mr Brace, l’arbitre de la rencontre, n’est donc pas exempt de tout reproche, et il a lui aussi contribué à cette farce dominicale. A son crédit, on dira qu’on n’eut absolument pas voulu être à sa place durant cette inédite mort-subite, mais en même temps, ça n’est pas la notre. Ce lundi, il y a la fierté d’avoir touché du bout des doigts le premier succès tricolore en terre anglaise depuis 2007, le tout avec une équipe expérimentale. Mais, comme trop souvent après les week-ends de rencontre internationales – et c’était déjà le cas avec Mr. Brace après Exeter-Toulouse – il y a aussi l’impression que la France et ses clubs sont arbitrés comme des petites équipes – expression d’ailleurs révoltante. Pourtant, hier soir, à Twickenham, il était difficile de dire que les joueurs en blanc étaient sortis grandis…

Mathéo RONDEAU