Ici devant Cyrille Guimard et Jérôme Pineau, Christophe Cessieux (à gauche) et Frédéric Adam (à droite) ont suivi le Tour de France durant de nombreuses années pour RMC. Ils reviennent sur leur expérience. Crédit : [Twitter C.Cessieux].

Quel(le) fan de cyclisme peut se permettre de dire qu’il n’a jamais, dans sa voiture un après-midi de juillet, branché RMC pour suivre l’étape du Tour de France en direct ? La Grande Boucle, c’est la tradition service public, France Télévisions sur le canapé l’après-midi, la petite sieste, les châteaux. C’est aussi RMC, radio numéro un sur le sport en France, y compris sur les routes du Tour. Depuis 2001, elle suit chaque édition du Tour sous forme d’intégrale, en direct à partir de 14h tous les jours. Les « ex » ont la parole, de Cyrille Guimard à Thierry Bourguignon en passant par Luc Leblanc et les Jérôme, Pineau et Coppel. Mais l’ « Intégrale Tour », c’est aussi la voix des journalistes, commentateurs ou reporters moto. Avec Christophe Cessieux et Frédéric Adam (actuel attaché de presse de l’équipe B&B Hôtels – Vital Concept), qui ont occupé ces différents postes, nous revenons sur le Tour de France à la mode RMC, des anecdotes de direct, des histoires de sport et de passion. Aujourd’hui, les deux hommes vous présentent pourquoi et comment ils en sont arrivés-là, et quelques souvenirs du Tour.   

 

LA PASSION DU VÉLO

Christophe Cessieux : C’est une passion qui m’a été transmise par mon père et mon grand-père, qui étaient des fans de vélo. Je suis niçois d’origine, et mon grand-père était speaker sur les courses à Nice, et il m’amenait petit sur le contre-la-montre du col d’Eze de Paris-Nice. On était dans la voiture et on suivait un coureur. J’avais des étoiles plein les yeux. Mon deuxième grand souvenir d’enfance, c’est mon père, qui était journaliste comme mon grand-père, qui m’avait amené voir l’étape Nice-Pra Loup où Thévenet prend le maillot jaune des épaules d’Eddy Merckx (1975). Il m’avait réveillé en pleine nuit, on était parti en moto à l’aube et on est allé au sommet du col de la Couillole. J’avais dix ans, j’ai vu passer les coureurs et j’étais comme un fou. Et en plus c’est une étape qui est restée dans la légende.

Frédéric Adam : Mon papa faisait du vélo, je faisais du vélo. J’ai du courir quatre, cinq ans et j’ai vite compris que ma place n’était pas à prendre des branlées tous les dimanches. J’avais une petite appétence pour les choses de l’être, que ce soit lire, écrire, jouer avec les mots, les phrases. J’ai commencé à suivre le vélo vers la fin Hinault-début Lemond, donc 1986 à peu près. Je lisais tout, je regardai tout, j’écoutai tout. J’ai longtemps voulu devenir journaliste sportif, je ne me suis jamais lancé dans des études comme ça. Mais quand on veut quelque chose, je pense qu’on y est attiré de façon magnétique, on y arrive par la porte ou la fenêtre, mais on finit par le rejoindre. J’ai lâché le droit qui ne me plaisait pas pour aller vers ce que mon cœur me disait.

JOURNALISTES SUR LE TOUR

F.A. : J’ai du devenir officiellement journaliste sportif à partir du 1er janvier 2000 chez Sport O’FM, une radio parisienne. Je me suis occupé pendant deux ans et demi du vélo là-bas, avec les Tours 2001 et 2002 que j’ai couvert. Premier Tour pour RMC en 2003, alors que j’étais devenu pigiste pour Vélo Magazine. Le fait d’être pigiste me laissait le mois de juillet de dispo pour RMC. Et c’est justement parce que Christophe s’est blessé dans un accident de scooter au printemps qu’ils ont eu un trou dans leur effectif.

Dans la foulée, je suis un peu devenu le référent du vélo sur RMC à partir de 2004-2005. Ca a duré pendant une dizaine d’années, je suivais le Tour et d’autres courses. RMC est devenu une agence, RMCSport, je continuais d’être pigiste pour plein de médias mais j’avais envie d’autre chose. Donc j’ai passé mon brevet d’Etat d’éducateur sportif, spécialisation vélo. Je me suis donc éloigné de RMC, je ne faisais dans les dernières années plus que le Tour. J’ai beaucoup voyagé dans des pays très exotiques ou j’ai pu mettre en pratique mon diplôme.

En juillet, je commentais les étapes, et j’étais en stand-up pour BFM TV avant et après les étapes. Puis Jérôme Pineau, que j’avais rencontré sur le Tour, a voulu que je vienne dans l’aventure Vital Concept – Cycling Club, que j’ai rejoint. Je ne suis plus journaliste, je suis de l’autre côté, je suis attaché de presse depuis deux ans et demi maintenant.

C.C. : J’ai effectué mon premier Tour de France en 1997 pour Europe 1. Déjà avec Cyrille Guimard ! Et en alternance sur la moto avec Denis Brogniart. Il y avait également Manuel Tissier, aujourd’hui journaliste pour France Télévisions. C’était une petite bande à l’époque, on succédait à Jean-René Godard qui venait de quitter Europe 1 pour France Télé. J’ai fait quatre Tours pour Europe 1, jusqu’en 2000. En 2001, j’ai été débauché par RMC et j’ai attaqué mon premier Tour pour RMC. Il y en a quelques-uns que j’ai loupés, parce que j’étais passé au service d’information générale. Ça a du durer trois-quatre ans. Et je suis de retour, en tant que chef d’équipe depuis maintenant une dizaine d’années.

AU MICRO, DE GRANDS CHAMPIONS ET DES PERSONNALITÉS

F.A. : Dans les plus grands champions que je pense avoir eu à mon micro, il y a David Moncoutié. Qui fait sans doute partie des gars qui se sont fait voler un palmarès énorme. Plutôt que de citer des Armstrong, Ullrich, Jalabert, Virenque, Boonen, Bartoli, Froome et autres, qui sont ces champions de manière commune aux yeux du grand public. Pareil pour Hamilton, Landis, Valverde. Je ne sais pas en vérité. Ce serait un débat, qui est un champion ?

Je pense que Thibaut Pinot est un super, je l’ai connu et j’ai passé de longs moments avec lui avant qu’il gagne son étape à Porrentruy. Je me souviens avoir fait un reportage avec Indurain chez lui, après sa carrière, Vladimir Karpets et Denis Menchov à ses côtés dans un restaurant magnifique de la place centrale de Pampelune. Mais là encore, on est sur quelqu’un qui a un statut de champion mais est-il un vrai champion ? J’ai vraiment du mal à dire qu’untel est plus important qu’un autre et qu’il doit être plus glorifié que d’autres. Je n’ai pas la distance nécessaire, je n’ai pas la vérité et on ne l’aura certainement pas.

C.C. : Un jour, il y a Manuel Valls, Premier Ministre, qui passe dans la zone technique dont on faisait le tour avec Luc Leblanc. Et Luc crie : « Eh, Mr Valls, venez, venez ! ». Il est venu, ce qui a un peu mis la panique dans son service de sécurité. Il est venu s’asseoir dans notre petit camion à pizza, c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque. Il a discuté avec nous tranquillement. Sinon, il y a beaucoup de monde qui est venu au micro. Des anciens coureurs, je me rappelle de Raymond Poulidor qui était venu discuter avec Cyrille Guimard. Ils se sont raconté leurs histoires d’anciens combattants, c’était un moment très sympa. En plus, ils racontent que tous les deux, on les confondait : Guimard on l’appelait « ah voilà Poulidor ! » et Poulidor « ah tient c’est Guimard ! ». Merckx aussi, qui était mon idole de jeunesse. De l’avoir en face de moi, même si ce qu’il dit est moins passionnant que ce qu’il a fait, c’était magique. Après, j’ai eu des copains qui sont venus au micro, les skieurs tous les ans. Luc Alphand, un super pote, est venu discuter. Des comédiens aussi, des personnes qui viennent sur le Tour, …

RMC pendant le Tour de France, c’est de nombreuses heures de direct avec des consultants de renom, et beaucoup d’invités. Ici, c’est le patron de la Grande Boucle Christian Prudhomme qui est au micro. Crédit : [Twitter C.Cessieux].

F.A. : Ah je me souviens, j’avais du me faire punir par Christian Prudhomme. Lorsqu’il y avait les présidents, c’était interdit d’aller à la voiture. Et s’il devait y avoir une moto pour aller voir Mr Sarkozy dans le Galibier, à la sortie de Valloire, c’était Jalabert pour France TV et certainement pas ma pomme pour la moto RMC ! Sauf que c’est drôle de jouer à ça ! Donc j’y étais allé et Prudhomme n’était pas content. Mais je m’étais pointé devant et j’ai tendu le micro, « on est en direct, monsieur le Président. Qu’est-ce qui vous amène ici ? Passez-vous une belle journée, ici au Plan Lachat ? ».

Il y a aussi eu SAS le Prince Albert, important pour RMC. Il était dans la voiture de Christian Prudhomme, je me mets à ses côtés, là aussi je lui montre le micro, signe de tête alors que Prudhomme n’est pas d’accord. J’avertis la régie, on s’approche, il ouvre sa fenêtre et, à ce moment-là, il y a une averse. L’averse vient pile vers son côté, mais il me répond en direct parce qu’il ne peut pas se défiler. C’est super à faire vivre parce que là encore, c’est dingue de raconter qu’il a pris une énorme saucée pour nous répondre. Ce sont des gens qui sont tout contents de nous parler. Le Tour c’est une bouffée d’air frais pour eux.

LE PLUS D’ÉMOTIONS LORS D’UNE ÉTAPE

C.C. : Je me rappelle des émotions ressenties l’année dernière. Quand ils (Pinot et Alaphilippe) font le doublé, ils résistent à tout le monde, ils font alliance. Deux français qui font alliance, on n’avait jamais vu ça. Il y en a un qui est en jaune, l’autre qui s’affirme comme le favori du Tour, extraordinaire ! C’est un souvenir récent, mais certainement le plus beau. De toute façon, les émotions elles sont procurées pour nous journalistes français, par les performances des Français, c’est évident. Donc il n’y en a quand même pas eu cinquante mille. Il y a eu Voeckler qui s’arrache pour conserver son maillot jaune, mais l’année dernière, c’était au-dessus.

F.A. : Je me rappelle du moment le plus fort à faire vivre et où j’ai eu le plus d’adrénaline je pense, c’est le Port de Balès en 2010 (15e étape, Pamiers-Bagnères-de-Luchon). Il se trouve qu’au moment de l’attaque de Contador je demande à Marco (le motard) de prendre un peu de champ parce que je vois une grande épingle et si on se met en haut de la route, on peut voir les coureurs avant et après l’épingle sur plus de 500 mètres, un théâtre à ciel ouvert. Vinokourov était en train d’attaquer, Schleck réagit puis s’arrête de pédaler. J’appelle directement la régie, « le camion pour la moto ! le camion pour la moto !», qui interrompt l’anchorman Jean-Louis Filc pour aller vers la moto. Et moi je vois tout, je vois Schleck qui attaque et qui arrête de pédaler et surtout Contador qui voit ça et qui, clairement, change d’allure et ne fait pas semblant. Je garde la main parce qu’il se passe tout : Vinokourov est repris, Contador sort, c’est un psychodrame sur le Tour, un vrai plan-séquence. Il y a un peu de trahison, tout ça dans un décor somptueux, hyper scénique. Je pense que je lâche un maximum d’énergie et je crois que je tremble après avoir rendu la parole parce que c’était super excitant ! C’était un moment très fort émotionnellement.

 

Mathéo RONDEAU