Hand – Sabrina Zazaï – Besançon est un club chargé d’histoire !

Rencontre avec Sabrina Zazaï qui est ailière droite du club de l’ESBF (Besançon). Club où elle a été formée et où elle est revenue cette saison.
Besançon Mérignac

Rencontre avec Sabrina Zazaï qui est ailière droite du club de l’ESBF (Besançon). Club où elle a été formée et où elle est revenue cette saison. Elle nous raconte la semaine écoulée, marquée par l’exploit des Bisontines sur le parquet de Brest (35-34) mercredi dernier, mais aussi la défaite contre Nice dimanche (26-29). Elle évoque également son retour à Besançon, qu’elle avait quitté en 2017, avec une expérience à Toulon mais aussi à l’étranger. Un passage en Hongrie plus que mitigé pour Sabrina Zazaï, qui a cependant découvert un pays où le handball est une religion. Elle nous plonge également dans l’exercice si spécifique du jet de 7 m, dont elle est une spécialiste depuis toujours.

Crédit : Lucas Deslangles

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SABRINA ZAZAÏ – UNE SEMAINE UN PEU MITIGÉE

Le bilan de la semaine est un peu mitigé. Sur le plan sportif, les résultats, si on respecte la logique sportive, auraient dû être inversés, avec une défaite à Brest et une victoire à Nice. Mais, vu que dans le sport, il n’y a jamais trop de logique, c’est l’inverse qui s’est produit. Avec une grosse victoire à l’extérieur, avec une prestation collective incroyable et un engouement fou ! Besançon a vraiment gagné à Brest. J’ai déjà eu l’occasion de gagner deux fois en Bretagne, avec Toulon. Je savais ce que cela faisait de gagner là-bas. Mais le vivre cette année avec le groupe a été quelque chose d’exceptionnel sur le plan émotionnel.

On voulait concrétiser ces points pris à l’extérieur, en allant battre Nice. Qui est une équipe derrière nous au classement. On s’était dit dans les vestiaires que cela ne servirait à rien de gagner à Brest si c’est pour ne pas confirmer face à Nice. En plus les Niçoises était amoindries, car il manquait trois grosses joueuses à l’équipe. On revient à Besançon avec un sentiment de déception avec cette défaite. La victoire à Brest nous permettait de brûler un joker, on l’a grillé tout de suite. C’est fait et on va se concentrer sur la Coupe d’Europe qui arrive ce week-end (NDLR : Besançon affronte samedi les Espagnoles de l’Altletico Guardes au 3e tour qualificatif de l’European League). Puis gagner contre Toulon la semaine prochaine. Avant la trêve.

ON EST ALLÉ À BREST EN AYANT RIEN A PERDRE

Il y a eu une grosse débauche d’énergie contre Brest, avec 35 buts inscrits. Ce n’est pas à négliger. On a eu également un long déplacement, avec le minibus jusqu’à Lyon, avant de prendre l’avion. En revanche, on a été très bien logées sur place, dans de très bonnes conditions. Mais on a enchaîné un second déplacement à Nice, avec 10 heures de bus aller et 10 heures retour. On a laissé des plumes à Brest, que ce soit physiquement ou même mentalement. Ce n’était pas un match défensif, même si les gardiennes ont fait des arrêts. C’était un match sans temps-morts, on a beaucoup couru, avec que très peu de pertes de balles. Le public a joué son rôle. Quand on joue dans une arène, comme celle de Brest avec 4125 personnes, que ce soit à domicile où à l’extérieur, on a envie de produire un beau handball.

Cette victoire s’est construite avant même le match. On s’était dit dans les vestiaires qu’on n’avait rien à perdre. Notre état d’esprit était d’y aller et on savait qu’on allait pouvoir leur poser des problèmes avec nos qualités de vitesse et de duel. On est une équipe qui s’apprécie énormément avec une grande valeur. Avec cela, on savait qu’on pourrait les mettre en difficulté, car elles avaient laissé des plumes en Champion’s League et qu’il leur manquait des joueuses importantes.

SABRINA ZAZAÏ – ON EST TOMBÉ DANS LE PIÈGE DE NICE

Il y avait un coup à jouer et plus le match avançait plus on voyait qu’on allait réussir à faire quelque chose là-bas ! Après la rencontre, en y réfléchissant, même une défaite de -1 aurait été bien, même si forcément plus frustrante que la victoire.

Car il nous manquait également deux joueuses majeures. Nous avons été obligés de jouer avec Kiara Tshimanga en arrière droite. Malgré nos problèmes au niveau de l’équipe, on a su leur proposer différentes choses qui leur ont clairement posé des problèmes et en jouant notre carte à fond. Le fait de jouer Nice un dimanche à 16 heures, honnêtement, on avait les jambes un peu coupées. Nice a une particularité, c’est de jouer à son rythme et on s’était dit avant la rencontre qu’il ne fallait pas tomber dans leur rythme. Malheureusement, c’est ce qu’il s’est passé. On a plongé la tête la première.

BESANÇON A DÛ CHOISIR ENTRE CHLOÉ VALENTINI ET MOI

Je suis vraiment heureuse de ce retour à Besançon. Quand j’ai quitté le club, après mes années de centre de formation, c’est surtout dû au fait que je n’ai pas pu signer mon premier contrat pro. Ce qui était normal à ce moment-là. Il y avait des super joueuses à l’aile avec Marine Dupuis et Amanda Kolczynski. Le club a dû choisir entre deux joueuses pour le premier contrat pro. C’était entre Chloé Bouquet (NDLR : Chloé Valentini, ailière internationale Bleue qui évolue désormais au Metz Handball).

Cela me semblait logique que Besançon choisisse Chloé, qui était pur produit bisontin, capable de défendre en numéro 2. Elle était en pleine bourre. Besançon voulait me garder, des sponsors prêts à mettre plus d’argent pour que je puisse signer mon contrat… Malheureusement j’avais déjà signé à Toulon quand je l’ai appris. J’ai toujours dit aux bénévoles et au staff que je reviendrais.

J’ai fait mes armes à Toulon, où j’ai pu jouer deux saisons pleines en tant que titulaire, avec au moins 50 minutes jouées par match. Cela m’a permis de prendre beaucoup d’expériences. J’ai voulu tenter l’expérience à l’étranger qui a été plus mitigée. Cela ne s’est pas très bien passé.

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SABRINA ZAZAÏ – SE BATTRE POUR LE TOP 6 FAIT PARTIE DE L’ADN DE BESANÇON

Lors de mon arrivée à Mérignac l’année dernière, j’ai partagé le temps de jeu avec Audrey Deroin, qui est une forte personnalité du handball. C’est dur de faire sa place. C’était un contexte particulier où le coach se fait évincer en cours de saison. Cette année je suis de retour et je n’ai pas eu de problèmes pour me fondre dans l’effectif. J’ai été très bien accueillie, j’ai reçu beaucoup de messages quand ma signature a été annoncée. Cela veut dire que j’ai laissé une belle image ici, quand j’y suis passée. J’ai retrouvé certaines joueuses, comme Pauline Robert et Alizee Frecon. Honnêtement, je ne me suis pas sentie comme une nouvelle joueuse, bien au contraire. Je suis une des plus âgées de l’effectif, je suis un peu la doyenne (rires).

Il y a énormément de respect de la part des plus jeunes, ce qui m’a agréablement surprise. Cela donne encore plus envie de se battre pour son club. Se bagarrer pour le top 6, même quand on perd des joueuses, cela fait partie de l’ADN du club. Quelque chose qui se construit depuis des années. Le choix de l’encadrement, du staff et des joueuses se fait sur des qualités handballistiques, mais aussi sur un choix humain. On sait qu’un groupe de filles, ce n’est pas facile à gérer. On vit presque H24 ensemble. Il faut avoir une équipe qui s’entend bien et qui humainement soit stable ! Une équipe prête à tout sur le terrain.

A L’ETRANGER J’AI ÉTÉ VU PAR MES ÉQUIPIÈRES COMME UNE JOUEUSE VENANT VOLER LA PLACE DES HONGROISES

C’est vraiment notre état d’esprit à Besançon. C’est pour ça que l’équipe est crainte chaque année. Car on ne lâchera pas jusque dans les derniers instants. Chaque joueuse connaît son rôle sur le terrain et sur le banc et il n’y a pas de problème d’égo à se dire : “Moi je joue plus ou je joue moins”. Le coach fait ses choix quand il doit les faire et on respecte cela. Une fois sur le terrain, pour une/deux/quinze minutes, on donnera tout jusqu’au bout.

Le Covid a un peu gâché mon expérience à l’étranger (NDLR : Sabrina Zazaï a joué une saison au Fehervar KC en Hongrie). Mais ce n’est pas le seul facteur de cette expérience mitigée. Je suis arrivée dans un club qui voulait se qualifier pour la Coupe d’Europe. Très rapidement, on n’a pas eu les résultats qu’il fallait. La Hongrie ne fonctionne pas exactement comme la France et il y a eu des retards de paiement. La monnaie n’est pas la même que dans la zone euro. La coach était la femme du président ce qui était compliqué à gérer. Le groupe était très jeune, avec trois étrangères, trois Françaises. On a été vu comme les joueuses qui sont là pour voler la place des Hongroises. On n’a pas été bien vu et cela a été compliqué.

Crédit : Yoann Jeudy

SABRINA ZAZAÏ – LE HANDBALL EST UNE RELIGION EN HONGRIE

Il fallait gérer l’éloignement familial, même si mes proches sont souvent venus me voir. Mais il y a eu des choses positives. J’habitais pas loin de Budapest et j’ai pu découvrir une nouvelle culture qui m’a vraiment plus. J’y retourne d’ailleurs pour les vacances de Noël. Disons que cela a coincé sur le plan handballistique. Mon contrat initial était de deux ans, mais on a rompu à l’amiable à la fin de la première saison. Je suis rentrée en France.

Le championnat Hongrois est beaucoup plus physique qu’en France. Beaucoup moins technique. Il se rapproche du championnat masculin, c’est presque bourrin. Je suis une joueuse technique et je ne me sentais pas forcément à l’aise avec ce style de jeu. On avait un club très professionnel, avec 30 minutes de massage obligatoire et tout l’après-midi obligatoire dans un centre de récupération, avec sauna et bain froid. On avait un kiné qui nous suivait constamment. Les déplacements étaient en bus. C’était nickel. Le championnat de Hongrie est un des meilleurs d’Europe, il n’y a rien à dire. Avoir l’occasion de jouer contre des équipes comme Györ, Siofok, c’est ouf. Tu vois l’immensité des clubs, quand tu te rends sur place.

J’AI APPRIS LA RIGUEUR EN HONGRIE

Siofok à son centre d’entraînement avec tout sur place. Le handball a une place très importante et est presque comme une religion. A chaque match les gymnases sont pleins, on avait nos supporters qui nous suivaient même à l’extérieur. La Hongrie est certes un plus petit pays, mais il y avait toujours un bus de supporters pour nous suivre. Jouer dans ces salles combles est toujours exceptionnel. Avec des supporters qui chantent de la 1ere à la 60e minute. J’adore communier avec le public, j’adore jouer dans des ambiances comme cela.

Cette expérience m’a permis de progresser mentalement, d’épurer mon jeu. J’ai toujours été caractérisé comme joueuse un peu fofolle, qui aime enflammer le public. Et j’en oubliais peut-être d’être efficace de temps en temps. J’ai appris à juste marquer. Même si, pour moi, le hand reste un spectacle. Mais il faut savoir assurer. J’ai appris la rigueur et j’essaie de l’appliquer.

SABRINA ZAZAÏ – J’AVAIS BESOIN D’UN CHALLENGE DANS MA CARRIÈRE

J’ai la chance d’être handballeuse professionnelle et j’ai joué dans des clubs qui ambitionnaient le haut de tableau. Mais à chaque fois il y avait un grain de sable. A Toulon, le coach se fait évincer la première année, je n’ai pas été vernie. On se retrouvait à jouer le maintien, jouer des matchs couperets. Cela m’a appris à jouer sous la pression, avec des présidents qui te disent après chaque défaite : “Attention, si on descend, cela va nuire au club et aux joueuses. Il faut absolument remporter le prochain match”.

Bien sûr que cela apprend à forger. Aujourd’hui j’avais besoin de trouver un club qui n’avait pas cette même pression et des objectifs plus positifs. Besançon ambitionne de se qualifier au prochain tour de la coupe d’Europe, de passer les poule et de se qualifier en coupe d’Europe via le championnat. Sans manquer de respect à mes anciens clubs, dont c’est grâce à eux que j’en suis arrivé là, j’avais besoin d’un challenge dans ma carrière, dans un club capable de jouer les troubles fêtes.

JE MANQUE DE RÉUSSITE EN CE DÉBUT DE SAISON

Besançon est un club avec une grande histoire et cela se sent. On entre dans la salle des trophées et on voit la coupe d’Europe gagnée en 2003. On baigne dans cette ambiance. Il y a encore les Jacques Mariot (NDLR : Ancien président de Besançon), Joëlle Demouge, Raphaëlle Tervel qui viennent voir les matchs. C’est à nous aujourd’hui de reprendre le flambeau et de remettre Besançon au plus haut-niveau et sur la carte du handball féminin. Metz Handball a autorité sur le championnat depuis des années, mais au début des années 2000, c’est bien Besançon qui était devant. Petit à petit, le président et les partenaires essayent d’ambitionner de retrouver ces places. Et au fil des années, Besançon progresse, Top 6, 5. Puis même Top 3 l’année passée.

Mon début de saison est plutôt mitigé, surtout quand je vois la bonne préparation que j’ai faîte. Je marque 8 buts contre Fleury, 6 contre Dijon. On ne s’est pas trop montré en début de championnat et j’ai eu un manque de réussite, avec beaucoup de poteaux trouvés que ce soit sur 7 mètres où même à l’aile. Lucie Granier est également en pleine bourre et est appelée en équipe de France. Je “paye” le fait qu’elle est en plein boom. Ce qui est normal. J’ai beaucoup moins de temps de jeu. Mais j’accepte, car cela fait partie du jeu sur le poste. Il n’y a aucune rancœur, c’est juste à moi de montrer à l’entraînement que je peux avoir ma place sur le terrain et gratter du temps de jeu.

Mais la saison est encore longue, on veut jouer toutes les compétitions à fond. Et je sais que mon heure viendra. Que j’aurais du temps de jeu dans la saison. Je veux retrouver de l’efficacité devant le but.

SABRINA ZAZAÏ – UN PENALTY C’EST LE JEU DU CHAT ET DE LA SOURIS AVEC LA GARDIENNE

J’ai très souvent tiré les penaltys dans les clubs auxquels j’ai joué. Cette année, on n’a pas de tireuse numéro 1,2,3. Il y a trois tireuses, Aleksandra Rosiak, Clarisse Mairot et moi. C’est au ressenti de la joueuse sur le terrain, en fonction des circonstances. Dernièrement j’ai tiré à Brest et à Nice. Brest je fais 3/4 et 1/2 à Nice. Tirer un 7 m, c’est un travail qui se prépare en amont à la vidéo, pour savoir comment la gardienne se comporte sur le penalty. Tout le monde dit qu’un penalty c’est facile, mais je défie quiconque d’aller en tirer un. D’en avoir sept dans un match et de mettre les 7. Tu te dis : “Est-ce que je continue à tirer là où ça marque ou est-ce que je change d’impact”.

C’est le jeu du chat et de la souris, ce n’est pas un exercice facile. Il y a beaucoup d’entraînement derrière. Ce n’est pas : “J’arrive, je tire”. On prend une dizaine de minutes à la fin de chaque entraînement avec les gardiennes. A essayer différentes situations, trouver là où on pose le plus de problème avec la gardienne. Une gardienne va se mettre souvent sur sa ligne quand c’est une ailière qui tire, car elle a moins de puissance. Là on a tendance à attendre attendre, où tirer très vite en première intention. Il faut voir si la gardienne a une jambe d’appui plus forte que d’autre et tirer de l’autre côté. Voir ses parades préférentielles. Si elle s’avance davantage, il faut être plus joueuse, avec des feintes, entre les jambes ou un lob. Cela se travaille. Il y a du chambrage et j’aime bien chambrer. C’est toujours plaisant de montrer à la gardienne qu’on l’a eu sur le face-à-face. C’est un jeu dans le match.

L’AILIER EST UN ARTIFICIER DU HANDBALL

On joue à un poste très ingrat. On peut courir pendant 50 minutes, toucher notre premier ballon à la 55e. Cela peut être un ballon super important qu’on doit marquer. Les gens ne se rendent pas compte du rôle de l’ailier, car on ne touche pas tant le ballon que cela. La défense peut très bien défendre et ramener tout le jeu vers le centre. Il y a des matchs où on n’a pas un décalage avant la 15-20e minutes. Il faut être très concentré, éviter de sortir de son match et dire : “Tu ne touches pas de ballon, si ça se trouve celui qu’on va avoir, sera un ballon qui est super important”. C’est un poste où on est censé toucher des ballons. Sur certains jeux, quand on se retrouve sur la base arrière, on peut être un peu gourmandes (rires).

On a également les conditions les plus difficiles pour tirer. On n’est pas face au but et il y a toute une organisation, une rotation pour se mettre en position de shoot. Et on voit que quand les arrières se retrouvent à l’aile, la mécanique n’est pas du tout huilée. C’est la beauté de notre poste, on est un peu les artificiers du handball. Parfois je me dis qu’en fin de carrière, à des niveaux inférieurs, je prendrai plus de plaisir à jouer sur la base arrière. Mais j’en suis même pas sûr. Car l’ailier est un peu dans son monde et on offre du spectacle aux spectateurs. C’est le poste qui correspond le mieux à mes qualités.

SABRINA ZAZAÏ

Avec Etienne GOURSAUD

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