L’ESBF Handball : Au cœur d’un des emblèmes du handball français

L’ESBF Handball est un club historique du handball et du handball féminin en France. Les Bisontines ont fêté leur 50 ans. Longtemps à la bagarre avec Metz pour le titre de champion de France, Besançon a connu une période compliqué entre 2005 et 2013, avant de se relancer. Daniel Hournon en est devenu le président. C’est lui qui raconte “son” ESBF Handball. Un club formateur, comme un Sochaux version handball féminin.

Crédit : ESBF Handball

LA VICTOIRE POUR MON ANNIVERSAIRE

Cette victoire contre Saint-Amand nous fait du bien. Je l’attendais pour deux raisons. Tout d’abord parce que c’était mon anniversaire et j’avais demandé à certaines joueuses et à Raph (NDLR : Raphaëlle Tervel, entraîneure de Besançon) de m’offrir cette victoire en cadeau. On s’était donné ce challenge. Puis cela nous maintient dans la course à l’Europe. Parmi les joueuses que j’avais sollicité il y avait Astou (Aïssatou Kouyaté). Elle a marqué neufs buts. Les autres ont également été à la hauteur en fonction de ce qu’on leur a demandé et c’est génial.

L’objectif de Raph, pour sa dernière saison au club et de laisser les clés, est de nous ramener en coupe d’Europe. Si le championnat va au bout bien entendu. Ce serait dramatique que le championnat n’aille pas au bout, mais attention la crise serait dramatique pour toute l’économie française, que ce soit le sport ou les autres.

BESANCON EST UNE CAPITALE HISTORIQUE DU HANDBALL

Besançon est une capitale historique du handball et du handball féminin et une vraie terre de handball. C’est connu et reconnu par les médias et par toutes les personnes qui nous entourent et par les institutions. L’ESBF est le seul club qui rayonne dans la région et c’est une ville où il y a énormément de supporters, que ce soit au Palais ou sur les réseaux sociaux actuellement. J’ai beaucoup d’échanges avec des amis ou collègues qui nous suivent et qui suivent les matchs, sans être forcément de Franche-Comté. L’année dernière, nous aurions dû faire une grande fête pour nos 50 ans d’existence.

Nous sommes un club formateur et qui gère bien ses affaires. Je touche du bois, mais il n’y jamais eu de dépôt de bilan à l’ESBF. Il y a eu des descentes, comme ça peut arriver de temps en temps. Nous ne pouvons pas attacher nos joueuses emblématiques, ce serait trop facile. Le centre de formation fonctionne à merveille. Besançon est reconnu pour la formation des jeunes handballeuses et ce n’est pas Sébastien Mizoule (NDLR : le directeur du centre de formation) qui va nous démentir. Nous y consacrons du temps et de l’argent. C’est bien gentil de recruter avec de l’argent, mais avant que les joueuses aient le niveau européen, il faut passer par la case formation ! Je pense également au plus ancien des anciens Jacques Mariot (président de 1998 à 2002), des gens qui ne vivent que pour le handball.

LA FORMATION EST LA CLE DE NOTRE REUSSITE

Le risque de cette formation, c’est de voir nos joueuses être prises par d’autres clubs. Dans beaucoup de clubs français on retrouve des gardiennes passées ou formées à l’ESBF. Cette formation, que ce soit pour le hand ou pour d’autres sports, est la clé de notre réussite. Cela s’applique dans la vie car si on ne forme pas de bons étudiants, qu’il soit pâtissier ou ingénieur, un pays ne peut pas bien tourner. On ne se découvre pas des talents de handballeur comme ça à 22 ans. C’est impossible ! La formation prend du temps et demande des moyens. Je pense qu’on attire de jeunes joueuses, qui savent qu’elles vont progresser ici.

On peut faire le parallèle avec le voisin du FC Sochaux avec des gosses qui y venaient, car ils savaient que le centre de formation était performant. L’AJ Auxerre, c’est pareil ! Ils étaient même capables de relancer des jeunes qui étaient à la ramasse, pour les remettre à niveau. On essaie de chercher des joueuses autour de notre territoire, mais on est obligé d’aller chercher des futures joueuses à potentielles ailleurs. Ce sont parfois elles qui font la démarche et parfois nous allons les chercher. Sébastien Mizoule essaie de repérer dans les pôles. Mais on à cinq ou six filles du centre qui sont issu de la région et surtout de l’ancienne Franche-Comté.

L’ESBF HANDBALL PEUT ATTIRER DES PERSONNES SUR LE TERRITOIRE

On peut évoquer Chloé Bouquet (Valentini) qui vient de Morteau. Marine Dupuis, qui nous a quitté l’an passé est une pure Franc-Comtoise. Et il y en a d’autres et même des nouvelles. Il y a quelques Alsaciennes, une région voisine. Mais on ne peut pas être 100% local. Certaines vont d’ailleurs privilégier un autre centre de formation pour des raisons diverses. Il y a Juliette Faure qui a rejoint le centre alors qu’elle venait du sud. Cela nous ramène du soleil à Besançon. L’ancrage local et notre centre de formation plaît à nos partenaires. Avoir une fille comme Pauline Robert qui vient de la Haute-Saône. Le sponsor qui est basé dans ce département voit Pauline Robert comme une grande fierté. C’est un peu la filleule de l’entreprise.

Notre impact dans la ville reste limité. On ne représente pas la première entreprise bisontine. Ce n’est pas avec 1,5 millions d’euros de budget qu’on va peser par rapport à d’autres entreprises. Mais, savoir que Besançon est une ville sportive, avec un bon club de hand, peut attirer du monde sur le territoire, ce qui est forcément un atout pour des entreprises qui veulent recruter.

La capacité de faire progresser les joueuses, c’est aussi grâce à la compétence des entraîneurs et entraîneuses qui entourent le club. C’est dans les gènes de l’ESBF de consacrer du temps aux joueuses, pour les faire évoluer. Astou, quand elle est arrivée de Nice, on ne l’a pas pris juste pour la prendre, mais pour la faire progresser.

Daniel Hournon, président de l’ESBF Handball

DIFFICILE DE SE VENDRE A UN SPONSOR AVEC LES SALLES VIDES

Avec la crise du Covd_19, on a tous la têt dans les chaussettes. Les chefs d’entreprises aimaient se retrouver aux matchs, pour des échanges et apprendre à se connaître. Actuellement, avec le huit-clos, c’est juste impossible. On est tous logés dans la même enseigne. Mais ils restent à l’écoute de ce qu’il se passe au sein du club. On a prévu de faire rapidement une visio-conférence avec eux, pour échanger. Je sens que ça leur manque de ne pas aller aux matchs, ils me disent : “Vivement qu’on puisse se revoir”. Mais ce n’est pas moi qui décide. Jouer dans une salle vide c’est également moribond !

Sur le plus long terme, il y a des ambitions de développement du club. Forcément un peu freinées par la crise. Mais des choses sont mises en place, nous avons une chargée de communication (NDLR : Justine Delaunay), ce qui n’existait pas avant ! On veut développer le sponsoring, mais actuellement c’est compliqué. Comment aller voir un sponsor pour la première fois, en lui expliquant qu’il ne peut pas aller au match ? Ca ne le fera pas rêver. On ne peut pas vendre un spectacle qui n’existe pas. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de monde qui réserve actuellement pour des vacances au ski en sachant qu’ils ne pourront peut-être pas partir.

ON PERD DES JOUEUSES MAIS ON EN REFAIT SIGNER D’AUTRES

Sur le plan sportif, nous sommes en train de recruter des joueuses, sur des postes dont on a un besoin. On ne peut pas attendre le mois de septembre et se dire : “Ah tiens, finalement, on peut rejouer normalement ? Mince on n’a pas de joueuses”. Sébastien Mizoule va reprendre les rênes de l’équipe première, on annonce du recrutement bref on avance. On garde de la prudence.

Raphaëlle a fait le choix d’arrêter. Il faut aussi savoir qu’on a beaucoup de filles qui ont des contrats de deux ans. On sait qu’on peut les perdre tous les deux ans. Aujourd’hui en France, sur le plan financier, des clubs ont des moyens plus importants. Je me mets à la place d’une jeune femme. Elle ne va pas attendre d’avoir 40 ans pour se dire : “Tiens je vais signer à Brest et disputer la Ligue des Champions”. Ils ne la prendront plus. A Besançon, ça va ça vient. On perd des joueuses, mais on en refait signer d’autres. Ca a toujours été comme ça et ce n’est pas propre à Besançon. Notre nouvel entraîneur va continuer de bâtir avec les joueuses du centre et celles qui vont arriver et qui sont arrivées.

DANS LES GENES DE L’ESBF HANDBALL DE CONSACRER DU TEMPS AUX JOUEUSES POUR LES FAIRE EVOLUER

La capacité de faire progresser les joueuses, c’est aussi grâce à la compétence des entraîneurs et entraîneuses qui entourent le club. C’est dans les gènes de l’ESBF de consacrer du temps aux joueuses, pour les faire évoluer. Astou, quand elle est arrivée de Nice, on ne l’a pas pris juste pour la prendre, mais pour la faire progresser. On aurait voulu continuer de la faire progresser, malheureusement elle a fait le choix de nous quitter. Si on avait la liste de toutes les joueuses passées ici et qui sont devenues internationales, je pense qu’elle serait assez longue. Et depuis des années. On peut évoquer Valérie Nicolas qu’on a été chercher à Brest. Jacques Mariot l’a hébergé chez elle, car à cette époque, il n’y avait pas pas les moyens actuels. On en a fait une gardienne de l’équipe de France, l’une des meilleures au monde.

J’ai toujours le sentiment qu’on est oublié des médias. Les chaînes de radio et de télévision ne se précipitent pas au Palais. On parle du FC Sochaux, en D2. Il n’y a pas un soir de match ou on ne parle pas d’eux. Nous à côté, on est oublié. Ce qui n’est pas le cas de la presse locale qui est impeccable sur la couverture. Les choses commencent à bouger. Les matchs sont retransmis en live, ce qui n’était pas envisagé en début de saison. Hier soir (NDLR : mercredi soir), chacun a pu, s’il le désirait, regarder le match en direct contre Saint-Amand. Des chaînes de télé comme Sport en France, viennent nous rendre visite. Ce sont des choses qu’on ne voyait pas pas avant. France Télé commence a arriver.

IL A MIS COMBIEN DE TEMPS JEAN-MICHEL AULAS POUR FAIRE RECONNAITRE LE FOOT FEMININ ?

n’étais pas passionné de hand à la base et j’y suis arrivé un peu comme ça ! Il y a une bonne ambiance. J’imagine que beaucoup ont regardé le quart de finale de l’équipe de France (NDLR : interview réalisée avant la demi-finale disputée à l’instant). Si le handball est diffusé, automatiquement cela amène du public et il sera attractif. Si c’est ignoré parce que ce sont des filles qui jouent, on avance pas. Mais Jean-Michel Aulas, il a mis combien d’années pour faire reconnaître le football féminin ? Il y a quelques années, je n’entendais pas des mecs dire : “Je regarde le foot féminin”. Désormais c’est entré dans les esprits.

Mais les gens sont peut être tournés vers ce qui est plus “viril” soi-disant. Le fait est, qu’on a une salle de 3500 personnes et qu’elle est parfois archi-comble. Mais il y a encore quelques salles qui ne sont pas pleines. En coupe d’Europe c’était bondé, avec une très grosse ambiance.

DANIEL HOURNON ESBF HANDBALL

Avec Etienne GOURSAUD

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