Ludovic Fàbregas - Handballeur

Pivot : #Equipe de France #Montpellier Handball #Champion du monde 2017 #Médaille d'argent Jeux Olympiques 2016 #Coupe de France 2016 #Coupe de la Ligue 2016

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Alors que le départ pour le FC Barcelone Lassa de Ludovic Fàbregas approche à grand pas, le pivot du Montpellier Handball se confie sur son début de carrière. Entre sa passion pour le sport, ses premiers moments au club héraultais, les raisons de son transfert ou encore son amour pour sa région, Ludovic nous fait entrer dans sa peau.

C’est grâce à mon frère que je me suis mis au sport en général. Jeune, je l’ai souvent suivi pour pratiquer du sport comme le Vélo Trial ou le tennis. Mais un jour, j’ai décidé de me mettre au handball, que mon frère et mes cousines pratiquaient déjà d’ailleurs.

Dès le début, j’ai été attiré par ces notions d’équipe et de partage, le fait de pouvoir s’amuser avec ses coéquipiers sur et en dehors du terrain. Ce sont des choses qui m’ont animées depuis tout petit et je suis content de garder cet état d’esprit aujourd’hui.

Le hand n’a pas toujours été ma priorité. Entre mon père qui faisait de la moto trial de temps à autre et mon frère qui s’y était mis, mais à vélo, j’ai voulu en faire de même. À 5 ans, j’ai donc commencé à suivre ses traces en apprenant les bases du vélo trial avant de débuter sur des compétitions régionales, nationales et internationales quelques années plus tard. Mais vers l’âge de 13 ans, je m’entraînais tout seul tous les jours dans mon village de Banyuls-sur-Mer, car mon frère était étudiant à Montpellier et mon père avait moins de temps à cause de son travail. J’ai eu une sorte de lassitude combinée au fait qu’il s’agissait d’un sport à risque et que je ne pouvais plus tenter certaines choses pour progresser.

Finalement le fait de vouloir tenter l’aventure hand, de prendre en poids et de grandir en taille a facilité la fin de ma pratique à vélo. Faire 2m et 100kg sur un vélo qui en pèse 7 n’allait plus vraiment être compatible.

Entre mon père qui faisait de la moto trial de temps à autre et mon frère qui s’y était mis, mais à vélo, j’ai voulu en faire de même.

- Ludovic Fabregas

Au départ le hand était un sport que j’adorais, mais je n’avais pas l’ambition d’en faire carrière, je jouais et je prenais du plaisir à regarder certains grands matchs de l’Équipe de France. Mais tout a basculé lors d’une visite chez mon frère à Montpellier qui comme je vous l’ai dit était étudiant là-bas. J’étais encore collégien à Perpignan, et je faisais également du rugby à bon niveau en sélection régionale. J’avais éventuellement la possibilité d’intégrer le pôle espoir de Béziers.

INTÉGRER LE CADOR DU HAND FRANÇAIS : MONTPELLIER HANDBALL

Pendant cette semaine de vacances, j’ai découvert sa vie là-bas, la ville de Montpellier, mais aussi les entraînements de hand de ses amis de la fac dont certains font aujourd’hui carrière (Rémi Desbonnet ou Antoine Gutfreund). Ça ne me tentait pas forcément, mais quand j’ai vu l’entraînement du centre de formation avec également certains joueurs de l’équipe première qui revenaient de blessure, il y a eu un déclic. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais envie de faire du hand à haut-niveau alors qu’une heure plus tôt ce n’était pas le cas. En rentrant à Banyuls, j’ai parlé à mes parents en leur indiquant que je voulais intégrer le pôle espoir de Montpellier. Ils ont été un peu débordés, et m’ont dit qu’ils allaient mieux se renseigner, mais de ne pas trop me faire d’illusions.

J’ai finalement réussi à intégrer le pôle espoir en seconde, et en même temps le CREPS de Montpellier, je devenais interne. J’étais avec des jeunes de ma génération, ça s’est super bien passé avec mes coéquipiers (Arthur Anquetil, Samir Bellahcene, Clément Branco, Clément Liard, Lenny Bakana, Alexandre Saidani…) et mes coachs. J’ai suivi une progression logique, des -16 Méditerranée aux -18 Nationaux avant de rejoindre l’équipe réserve en Nationale 1 par rapport à l’affaire de 2012. À cause des nombreux départs, beaucoup de joueurs sont montés de catégorie afin de combler les trous.

J’ai aussi eu la chance d’intégrer rapidement les Équipes de France jeunes durant cette période où l’on a réussi à remporter le Championnat d’Europe en 2014 et le Championnat du Monde en 2015 avec une superbe bande de potes (génération 96-97).

Et c’est à 17 ans que j’ai commencé à jouer avec l’équipe fanion de Montpellier, puis un an plus tard j’accédais au Graal, l’Équipe de France A. C’était assez compliqué au début, car je menais mes études pour obtenir mon bac en enchaînant des matchs tous les 3 jours. Rentrer à 2h du matin et se lever à 6h30 pour aller au Lycée, ou manquer des cours à cause des matchs était mon quotidien, mais je mesurais la chose et j’étais totalement engagé. À ce moment je ne réalisais pas tout ce que j’étais en train d’accomplir, j’étais dans une phase où je voulais donner tout ce que j’avais pour réussir un peu partout.

Ces premières années avec Montpellier ont été superbes et m’ont permis d’avoir cette mentalité de toujours vouloir gagner. Ici c’est soit tu gagnes soit tu gagnes, ce qui m’a beaucoup changé de façon bénéfique pour le niveau international. Et c’est la même chose en Equipe de France.

J'étais avec des jeunes de ma génération à Montpellier, ça s'est super bien passé avec eux (Arthur Anquetil, Samir Bellahcene, Clément Branco, Clément Liard, Lenny Bakana, Alexandre Saidani…).

- Ludovic Fabregas

Finalement l’aventure avec Montpellier s’arrêtera à la fin de cette saison, mais tout a bien été anticipé, car la décision et mon départ sont connus depuis février 2017. Tout le monde a eu le temps de se préparer, du club afin de chercher un remplaçant, aux supporters et à moi-même. Cette situation de connaître mon prochain club en amont ne me perturbe pas, et je suis pleinement concentré sur cette saison.

Dans le hand, les nouveaux contrats se font un peu à l’avance, et nous allons généralement au bout de nos engagements. Ici, l’option choisie était de faire une année de plus afin de respecter mon contrat et les objectifs de chacun. J’ai rencontré de très belles personnes à Montpellier dans un grand club qui m’a formé, le plus titré de France, le seul vainqueur de la Ligue des Champions et une institution qui a su se relancer pour rester ambitieux à tous les niveaux après 2012. J’y aurais quand même passé 7 ans mine de rien.

BARCELONE, UNE ENVIE SPORTIVE ET CULTURELLE

Je jouerais donc l’année prochaine au FC Barcelona Lassa, avec une nouvelle aventure personnelle et professionnelle. Pour moi, Barcelone c’est peut-être un niveau encore au-dessus. Pas forcément sur les compétitions nationales, mais pour la Ligue des Champions avec une ambition plus forte qu’à Montpellier.

Au-delà du sportif, Barcelone c’est assez proche du domicile familial. Avant d’arriver à Montpellier, j’ai toujours vécu à Banyuls-sur-Mer avec mes parents. C’est là-bas que j’ai rencontré mes amis d’enfance, que j’ai mes endroits favoris. J’ai toujours eu l’occasion de rentrer certains week-ends et je suis très attaché à ce village. Il fait bon d’y vivre qui plus est quand toute ma famille est réunie là-bas.

Ma famille a toujours eu cette culture catalane, on passait nos vacances dans la maison de nos grands-parents en Espagne. Beaucoup de gens parlent de la Catalogne comme de mon pays, mais je suis français même si je reste fier de mes origines. J’ai des valeurs catalanes qui ont été transmises par ma famille, certains d’entre eux parlent le catalan. Beaucoup de gens estiment que je reviens, mais pour moi, ce n’est pas « j’y reviens », mais « j’y vais ». Je vais découvrir de nouvelles choses au quotidien, je vais avoir un nouveau mode de vie dans une ville très sympa avec un climat que j’aime.

Bien évidemment, ce prochain départ à Barcelone a rendu beaucoup de personnes contentes autour de moi, que ce soit par rapport aux origines de la famille, ou pour la comparaison avec l’institution football que l’on peut faire à chaque fois. Je vais dans un grand club qui est interplanétaire, l’image du club est connue de tous. Les gens l’identifient vraiment comme quelque chose de fou, mais dans tous les cas ma famille ou mes amis auraient également été contents si mon choix s’été porté ailleurs.

Avant d’arriver à Montpellier, j’ai toujours vécu à Banyuls-sur-Mer avec mes parents.  C’est là-bas que j’ai rencontré mes amis d’enfance, que j’ai mes endroits favoris et je suis très attaché à ce village. Il fait bon d'y vivre qui plus est quand toute ma famille est réunie là-bas.

- Ludovic Fabregas

Pour une première aventure à l’étranger il y avait tous les facteurs réunis, sportif et personnel par rapport au bien-être dans ma vie de tous les jours. C’est une chance en tant que sportif de s’enrichir d’expériences en dehors de son pays, sur le plan handball, mais également personnel.

Même si à la base je n’ai pas choisi Barcelone pour les joueurs français présents au club (Cédric Sorhaindo, Dika Mem, Yannis Lenne et Timothey N’Guessan), c’est un paramètre qui était positif en termes d’intégration. Plusieurs joueurs du club sont passés par la France comme Valero Rivera, Gonzalo Perez de Vargas. L’entraîneur parle aussi un petit peu français. De mon côté, je parle un peu espagnol, donc l’intégration sera plus simple.

Avant de rejoindre Barcelone, j’ai envie de partir de Montpellier par la grande porte. Pour le club, mes coachs, mes coéquipiers et les supporters que j’apprécie énormément. Je veux gagner des titres cette saison, comme chaque année à vrai dire. Ce sera certainement très dur, car ça ne dépendra pas que de nous. Les équipes françaises ont vraiment progressé, on peut le voir avec les défaites du PSG à Nîmes ou de Nantes à Ivry.

On montre depuis quelques mois de très belles choses. On a connu nos premières défaites après une série de 20 matchs sans avoir perdu. On verra si on est capable de maintenir ce rythme en championnat, en coupe nationale et en Ligue des Champions. Le plus beau serait de partir avec un titre en fin de saison afin d’enrichir le palmarès de Montpellier.

En attendant, je dois me remettre de ma blessure, mais je vais suivre de près Montpellier. C’est compliqué, car je n’arrive pas à me sentir vraiment blessé, je peux marcher et je n’ai pas vraiment de problème physique extérieurement. Je dois simplement prendre mon mal en patience avant de revenir dans quelques mois. Je vais aussi être un supporter de l’Équipe de France pour le prochain Euro, et j’espère que tout se passera bien pour eux.

LUDOVIC