Elise Russis – “Cette médaille est une belle revanche”

Vice-championne du monde juniors de la perche, avec un bond à 4,15 m, Élise Russis s’est invitée à la table des grandes à Nairobi. Interview
Starperche
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Vice-championne du monde juniors de la perche, avec un bond à 4,15 m, Élise Russis s’est invitée à la table des grandes à Nairobi. Elle n’est que junior première année. La deuxième meilleure performeuse cadettes de tous les temps a repris le fil de sa carrière, après une année 2020 marquée par le Covid_19, mais aussi par des soucis à la cheville. Cette médaille est une revanche pour la Normande, qui pourra transformer l’argent en or, l’année prochaine, pour sa deuxième année juniors. Avant de voir plus loin. Avec Paris 2024 en toile de fond. Élise Russis ne s’interdit rien et est un des porte-étendards de la magnifique génération 2002-03, qui pourrait se révéler lors des JO parisiens. Découvrez l’athlète de 17 ans, qui se livre !

Crédit : World Athletics

ÉLISE RUSSIS – CETTE MÉDAILLE ETAIT UN OBJECTIF 

Je commence à aterrir après cette médaille, je suis actuellement en pleine période de coupure. Forcément, je commece tout juste à réaliser que j’ai réussi à obtenir une médaille aux championnats du monde juniors. Cette médaille était un objectif avant la compétition, je visais même la médaille d’or, mais je suis plutôt contente d’avoir réussi à avoir l’argent. J’avais la 3e performance des engagés, donc cette médaille correspond à mes attentes. Cela a été un concours très compliqué pour moi, où j’ai fait beaucoup d’essais. J’ai failli terminer mon concours à 4,05 m, que je passe au troisième essai. C’est un beau 4,05 m, mais avant cet essai, j’étais souvent trop souple et je n’arrivais pas à fermer correctement. Ce n’est pas mon meilleur concours, sur des barres dont j’ai l’habitude de passer.

Je passe 4,15 m au deuxième essai, en faisant un bon saut, je m’en sors bien. C’est sans doute ce qui a fait la différence de le passer au 2e, car toutes mes concurrentes sauf la Sud-Africaine ont bloqué sur cette barre. Même si elles l’avaient passé au troisième essai, le fait de l’avoir passé au deuxième essai, me procurait un réel avantage et m’assurait quasiment une place sur le podium.

JE SUIS FIÈRE D’AVOIR TERMINÉE MA SAISON SUR UNE BONNE NOTE. 

C’est une belle revanche après une année compliquée. Je me suis blessée à la cheville et je me suis entraînée toute seule l’hiver, car mes partenaires d’entraînement ne pouvaient pas s’entraîner à cause des restrictions Covid_19. On a également eu le droit aux compétitions sans spectateurs, mais ce fut le cas également aux championnats du monde juniors. Ce n’est pas la même ambiance et je suis fière d’avoir terminé cette saison sur une bonne note. C’est aussi une belle revanche par rapport aux championnats d’Europe, disputés également cette année, où je suis passée à côté et où je rate la médaille.

Je fais 4,16 m en cadette 1 et sur le papier, je n’a pas tant progressé que cela. Cela dit, je vois que j’ai progressé dans ma technique et dans la régularité. En cadette je fais 4,16 m, je ne le sors qu’une fois. Maintenant, c’est devenu une barre habituelle et facile. J’étais performante en cadette, mais je n’ai pas ressenti trop d’attentes autour de moi car j’étais bien entouré. Mon coach est aussi mon père et il n’a jamais voulu me mettre de la pression. Cela s’est très bien passé pour moi depuis cette performance en cadette.

ÉLISE RUSSIS – L’OBJECTIF EST DE REFAIRE UNE MÉDAILLE AUX MONDIAUX L’AN PROCHAIN

J’ai reçu beaucoup de messages de félicitations, suite à ma médaille, cela fait énormément plaisir. Il y a aussi les médias qui se sont intéressés à moi pour des interview. Mais je suis encore en vacances et ma saison hivernale n’a pas encore débuté. L’horizon des compétitions est encore lointain. J’ai voulu couper après les mondiaux, car la saison a été très longue. Les championnats du monde étaient mon dernier objectif et j’ai choisi de prendre trois semaines de repos, avant de reprendre tranquillement la préparation.

Si je me projette l’année prochaine, l’objectif sera les championnats du monde juniors, qui auront lieu en Colombie. Je viserais encore la médaille d’or. En terme de barres, j’aimerais faire 4,40 m et minimum 4,30 m cet hiver. Avant de viser plus haut cet été. La projection à moyen terme est plus compliquée, car je ne sais pas trop où me situer. Et forcément sur plus long terme, il y a les JO de Paris mais aussi Los Angeles en 2028. Il faut s’y préparer et on verra ce que cela donne. Evidemment, si je peux m’emparer du record de France Juniors l’année prochaine (NDLR : 4,42 par Alice Moindrot), ce serait génial, mais j’essaye de ne pas me mettre une barre préfixée. Je vois plus ma progression comme des palliers, avec pour but de me situer autour de ceux-ci. Il faut éviter le blocage mental sur une performance et une barre.

ON S’ENTEND TOUS TRÈS BIEN ENTRE NOUS

 Il y a une bonne densité de perchistes en France et c’est une source de motivation. On s’entend plutôt toutes bien. Je pense à Emma Brentel, qui était avec moi à Nairobi, on s’entend super bien et cela nous motive de se voir à peu près au même niveau. C’est de la bagarre mais de la bagarre gentille, sans le mauvais esprit. Cette densité nous pousse vers le haut et on a toutes envie d’être la meilleure. Plus il y a de monde, plus on est amenées à se dépasser. Je n’ai pas spécialement de modèles et je m’identifie à personne.

Mais, forcément, il y a plein de perchistes qu’on admire et dont on regarde toutes les différentes techniques. Je pense à Elena Isinbayeba, qui avait le record du monde. Ses sauts sont magnifiques à voir. On peut rajouter également la championne olympique américaine Katie Nageotte. En France, je pense forcément à Marion Lotout, que je connais bien car elle est dans mon club. C’est toujours intéressant de discuter avec elle, car elle a beaucoup d’expérience et elle a un saut très joli, même s’il n’a rien à voir avec le mien. Ninon Guillon-Romarin est également une sacrée perchiste, la meilleure française actuellement. Je ne m’identifie pas à leurs sauts, mais c’est intéressant à voir sauter. Mais chacun à sa propre technique.

Il y a également une très belle génération d’athlètes de mon âge. En plus, on s’entend tous très bien entre nous. On essaie tous de se tirer vers le haut de s’encourager. Nous sommes une vraie équipe aussi. Pendant mon concours, plus de la moitié de l’équipe est venue m’encourager avec Emma. Et nous on était là pour les encourager eux ! Cela nous pousse à donner le meilleur de nous même. Quand il y a une belle génération comme cela, avec du potentiel, on se motive entre nous et on se dit qu’on va tous se retrouver à Paris et même plus loin.

ÉLISE RUSSIS – PARIS 2024 EST À LA FOIS UN RÊVE ET UN OBJECTIF

Je ne saurais pas dire quel type de perchiste je suis. En revanche, je connais mes points forts et mes points faibles. J’ai encore du mal sur le renversé, c’est à dire la phase où j’ai la tête en l’air sur la perche. On continue de travailler et je commence à progresser, mais c’est plus compliquée. En revanche sur le présenter, quand on met la perche dans le butoir pour décoller, c’est mon point fort, car je maîtrise bien cela, car je l’ai travaillée depuis toute petite. Je n’ai pas une technique particulière et je sais que je dois encore énormément progresser.

Paris 2024 c’est à la fois un rêve et un objectif. C’est un rêve, parce que c’est à Paris, mais c’est aussi un objectif réalisable et on va essayer de se préparer pour. Cela dit, je ne veux pas trop me projeter dans le sens où je dois aussi me concentrer sur mes études. J’entre en STAPS cette année, avec pour objectif d’entrer en école de kiné. Il faut se concentrer sur cette année, tout en continuant à s’entraîner. Une fois que j’ai intégré l’école de Kiné, si j’y arrive, je pourrais davantage me concentrer sur l’athlétisme et la perche. Paris 2024 sera tout de même dans mes objectifs.

REUSSIR À ENTRER EN ECOLE DE KINÉ ET ME FOCALISER A 100% SUR LA PERCHE

Je ne sais pas encore si j’ai des aménagements horaires, c’est un peu flou, mais j’espère en avoir pour partir en stage et même sur mes compétitions. Actuellement je m’entraîne quatre fois par semaine, à cause de la fatigue liée à cette année. Mais il faudrait que je passe au moins à cinq fois cette année. Sur le volume d’entraînement, j’ai encore beaucoup de marge et c’est pour cela que je me laisse encore un an, sans m’entraîner optimalement, avant de me consacrer à 100 % à la perche, avec de vrais horaires aménagés.

Au niveau partenaires, j’en n’ai pas encore au niveau privé/entreprises, mais j’ai les collectivités qui me suivent mais aussi mon club et la sous-section de mon club. Je pense aussi à ma ligue et à la région, en passant par le département. Il y a également mon kinésithérapeute qui me suit et qui fait partie intégrante de mon projet sportif.. 

ÉLISE RUSSIS – LA PERCHE A TOUJOURS ETE UNE EVIDENCE POUR MOI

L’avantage d’être dans un club comme Sotteville-les-Rouen, ce n’est pas forcément d’être dans un gros club comme c’est le cas, mais c’est surtout un club que je connais depuis que je suis toute petite. C’est un club qui m’a vu évoluer et qui m’a toujours soutenu depuis le début.
J’ai commencé la perche en premiere année de benjamine. Mais je connais cette discipline depuis très longtemps. Mon père et mes grands frères en ont fait avant moi. C’est ce qui m’a donné envie d’en faire dès le plus jeune âge. Mais mon père ne voulait pas que je commence trop tôt, car quand on est trop petit on n’a pas assez de force et pour la perche ne n’est pas intéressant. Donc il fallait attendre un peu. Cela dit, je commence à avoir pas mal d’années de perche derrière moi. Cette discipline a toujours été une évidence pour moi et je n’ai jamais voulu faire autre chose que ça.

J’ai commencé par la gymnastique quand je ne pouvais pas encore faire de perche, car c’est assez complémentaire avec la discipline et je savais que cela allait m’aider ! Je savais que je ferais de la perche plus tard.
J’aime regarder les compétitions. On apprend en regardant les gens plus fort que soi, même a la télé. Après je n’ai pas de pression à regarder une compétition ou celles qui pourraient être mes concurrentes. Je suis contente de les regarder mais je reste focalisé sur mes entraînements.

QUAND JE SUIS A LA MAISON C’EST MON PÈRE QUAND JE SUIS AU STADE C’EST MON ENTRAÎNEUR

S’entraîner avec son père c’est forcément particulier. Mais cela se passe très bien et je n’ai jamais eu dd problèmes avec lui. Quand je suis à la maison c’est mon père et quand je suis au stade c’est mon entraîneur et on ne va pas parler de choses autres que le sportif, on ne parle pas de cours ou d’autres problèmes. Bon en revanche à la maison il nous arrive de continuer à parler de perche (rires). Mais on fait attention pour ne pas trop embêter ma mère.
J’ai un groupe d’entraînement et heureusement. Cette année j’ai dû majoritairement m’entraîner seule car les autres n’avaient pas le droit de s’entraîner à cause des restrictions Covid_19. J’ai vraiment senti une différence ! Faire une ou deux séances par semaine seule, cela ne me dérange pas, car cela me permet de se focaliser sur soi et d’avoir des séances plus personnalisées. Mais j’ai besoin des autres pour me tirer vers le haut et cela te booster au quotidien, même si on n’a pas le même niveau.

ÉLISE RUSSIS

Avec Etienne GOURSAUD

L’interview d’Élise Russis vous a plu ? Retrouvez celle de Maële Biré-Heslouis, vice-championne du monde juniors de la marche : ICI

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