Dimitri Jozwicki : “Je veux être sur le podium à Paris 2024”

Finaliste des Jeux Paralympiques sur le 100 m en athlétisme, Dimitri Jozwicki incarne la nouvelle génération française sur la ligne droite.
Finaliste des Jeux Paralympiques sur le 100 m en athlétisme, Dimitri Jozwicki incarne la nouvelle génération française sur la ligne droite.
Finaliste des Jeux Paralympiques sur le 100 m en athlétisme, Dimitri Jozwicki incarne la nouvelle génération française sur la ligne droite.

Finaliste des Jeux Paralympiques sur le 100 m en athlétisme, Dimitri Jozwicki incarne la nouvelle génération française sur la ligne droite. Il a d’ailleurs porté son record personnel à 11”30. Mais le Nordiste ne compte pas s’arrêter là et compte monter sur la boite, lors des JP de Paris en 2024 ! Il nous parle de son expérience paralympique à Tokyo, du boom de la médiatisation. Dont il espère des retombées, lui qui ne vit pas de sa discipline. Il recherche par ailleurs des sponsors/mécènes. Il nous parle également de ses progrès depuis 2 ans, liés à de nombreux changements personnels et dans l’entraînement. Et évoque aussi le boom de médiatisation lié à la paralympiade. Un entretien passionnant avec un sportif qui peut représenter une chance de médaille dans moins de trois ans, lors de “nos” Jeux.

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DIMITRI JOZWICKI – IL Y A QUELQUES MOIS, J’AURAIS SIGNÉ POUR UNE 4E PLACE

Les Jeux paralympiques ont été une expérience positive pour moi. Je suis très heureux des Jeux que j’ai pu faire et cela restera une aventure inoubliable pour moi et qui sera fondatrice pour la suite et pour Paris 2024 ! J’avais à cœur de faire cette compétition, pour arriver à Paris avec le maximum d’expérience. En terminant à la 4e place de mon 100 m, je ne peux pas rêver mieux que d’envisager un podium dans trois ans. Le compétiteur que je suis est forcément un peu déçu de cette 4e place, mais au fond de moi, je suis quand même très heureux. Il faut savoir qu’il y a deux mois et demi, je n’étais pas encore qualifié, car le parcours de sélection était chaotique pour moi.

J’ai échoué à chaque mode de sélection, je ne termine que sixième des derniers championnats du monde, alors qu’il fallait finir dans le top 4 pour se qualifier. Ensuite, il fallait, entre avril 2019 et avril 2021, être dans le top 6 mondial et je n’étais que 9e ! J’ai dû tout donner lors des championnats d’Europe pour essayer d’aller chercher la meilleure place possible et tenter de convaincre le staff de l’équipe de France, de me prendre pour ces jeux ! En devenant vice-champion d’Europe, avec un record en 11”34, je suis passé au 5e rang mondial. Le job était fait, mais cela a été difficile et jusqu’à la dernière minute j’ai stressé, car je n’étais pas sûr d’avoir ma place. Quand on regarde tout le parcours jusqu’au Jeux, je suis heureux. Il y a quelques mois, j’aurais signé pour une 4e place !

IL ME MANQUE UN SOUTIEN FINANCIER POUR ME PROFESSIONNALISER DAVANTAGE

Une médaille à Paris, cela passe sans doute par une médaille en grand championnat auparavant et en premier lieu aux mondiaux l’an prochain à Kobe. Je suis assez loin du podium cette année, mais je ne prends pas un bon départ en finale. Je sais que j’ai encore de gros progrès techniques à faire et je n’avais pas les pointes carbones. Il y a beaucoup de choses qui me font penser que mon record est largement améliorable et j’espère atteindre le plus vite les 11 secondes, pour jouer avec les meilleurs et monter sur le podium !

Je ne dirais pas que faire 11 secondes est indispensable pour faire un podium, mais étant donné que le niveau augmente et qu’il y a un écart entre moi et les trois premiers, si je peux gagner un dixième grâce aux pointes, je ne vais pas m’en priver. Aujourd’hui il me manque aussi un soutien financier. Je n’ai pas d’aide, de gros sponsors qui peuvent me permettre de vivre de mon sport. J’ai une CIP (convention d’insertion professionnelle) avec Pôle Emploi, qui me permet de vivre correctement, de mettre un toit sur ma tête et à manger dans mon assiette.

Mais cela ne finance pas ma saison. J’ai quelques partenaires au niveau local, avec la métropole européenne de Lille, mon club. Cela me permet d’arriver à l’équilibre sur la budgétisation de la saison. Je ne peux pas me permettre de faire des folies, des stages supplémentaires. Je dois compter mes sous et pour aller chercher les 11 secondes, cela doit passer par une plus grande professionnalisation.

DIMITRI JOZWICKI – LA PRÉPARATION MENTALE M’A BEAUCOUP APPORTÉ

Je m’entraîne 4 à 5 par semaine, car je travaille toute la semaine et c’est compliqué de faire plus. C’est ce que mon coach préconise actuellement. Mais si je pouvais faire un ou deux stages supplémentaires, ce serait pas mal ! Être professionnel me permettrait d’augmenter la charge d’entraînement ou optimiser le temps et les méthodes de récupération. Là je n’ai ni le temps ni les moyens de payer. Ma progression est issue de déclics, mais le fait d’être arrivé dans un club, le Lille Métropole Athlétisme et dans un groupe d’entraînement, m’a beaucoup aidé.

Auparavant, j’avais un coach qui n’était pas associé à un club et je m’entraîne souvent tout seul, avec mes études à côté. Ma CIP me laisse du temps libre pour l’entraînement et les compétitions. Mes choix de vie pro et perso m’ont beaucoup apporté et me permettent de me professionnaliser un peu plus. Et qui a fait descendre le chrono. Et c’est encore largement perfectible.

Si on se plonge purement dans l’athlétisme, je dirais que j’ai progressé mentalement, avec une préparation mentale mise en place depuis les championnats du monde de Dubaï (NDLR : en 2019). Cela m’a énormément aidé. En tant que sportif de haut-niveau, on évolue dans différentes sphères, pro, fédérales et personnelles. Qui s’entrechoquent et ce n’est pas toujours facile. Cette préparation m’a apporté sur le plan psychologique, pour accepter tout cela, mais aussi sur la visualisation des courses. Physiquement j’ai progressé. Quand j’étais étudiant, c’était compliqué de mettre en place un régime alimentaire correct. Je faisais énormément de sacrifices, je ne sortais pas et je ne buvais pas, ce qui est toujours le cas. Mais mon mode de vie actuel est bien plus proche de celui d’un sportif de haut-niveau.

JE SUIS SUR LA MÊME LONGUEUR D’ONDES AVEC MON COACH NICOLAS VI

Techniquement j’ai beaucoup progressé en me rapprochant d’un entraîneur spécialisé en sprint (Nicolas Vi). J’ai gagné en amplitude mais aussi sur la gestion de ma course. Auparavant, j’avais tendance à partir très rapidement en fréquence et ne pas tenir la fin de mon 100 m. Là, j’ai accepté de prendre sur moi et je lutte contre le naturel. Pour accentuer la mise en action, avant de lâcher les chevaux. Tout en réduisant la fréquence et en augmentant mon amplitude.

Mon départ est mon point fort, d’où le temps moyen en finale des Jeux, car je pars très mal. Mon point faible c’est sûr tenir un 100 m de façon relâchée. Il y a un moment je mets de façon trop brutale la fréquence, ce qui amène de la crispation. Surtout quand la course ne se passe pas super bien. Mais mon coach m’a fait progresser. Mon groupe est assez hétérogène au niveau de l’âge, le plus jeune à 16 ans, le plus vieux à 28 ans. Chacun a ses propres objectifs, mais on est attaché à la compétition, quel que soit le niveau de chacun.

DIMITRI JOZWICKI – J’AI DÉCOUVERT LE HANDISPORT EN 2015

C’est ce que j’aime, car je n’ai pas été mis en avant plus qu’un autre. Me plus m’entraîner seul cela tire vers le haut. Derrière il y a des jeunes qui poussent et cela fait mal à l’égo de se faire battre par un jeune. Mais ils sont motivés pour aller te chercher. Cette émulation dans le groupe et la bonne entente me plaît beaucoup. Nous sommes sur la même longueur d’ondes avec le coach. Mon cadre est plus sain et plus serein qu’avant

J’ai découvert l’athlétisme en 2010, je faisais du rugby mais j’ai dû arrêter car je ne pouvais pas recevoir de coups violents derrière la tête. Avec mon frère, on cherchait à pratiquer un autre sport et on à découvert l’athlétisme grâce au triplé de Christophe Lemaître aux championnats d’Europe. Cela nous a marqué et on a voulu en faire. J’avais déjà des qualités de vitesse au rugby. On n’a jamais arrêté depuis. J’ai découvert le handisport en 2015, pendant ma première année de médecine. J’ai rencontré Julien Reb, qui est kiné du sport et qui a été mon coach auparavant jusqu’en 2019. Il a découvert mon handicap et a dit qu’il y avait moyen que je pratique le handisport. Entre mes deux semestres de médecine, il m’a incité à participer aux championnats de France. J’étais à fond dans mes études et j’ai beaucoup hésité.

Au final je tente et je suis champion de France du 60 m et médaillé de bronze au 200 m chez les juniors. C’est comme cela que je me suis lancé dans le sport à haut-niveau.

Lire aussi : Elise Russis – “Cette médaille est une belle revanche”

ON NE SE POSE PAS DE QUESTIONS SUR 60 M

Le 60 m est la distance qui me convient le mieux avec mes petites jambes et ma fréquence. La résistance vitesse est moins importante sur cette distance. J’ai toujours fait des chronos intéressants, mais cela fait depuis 2018 que je n’ai pas battu mon record et j’aimerais le rebattre cet hiver. L’hiver dernier je n’ai pu faire que deux courses, en cette période de Covid, où seuls les sportifs de haut-niveau avaient le droit de courir. On était trois dans la course et je réussis à faire 7”29, proche de mon record. Ayant battu deux fois mon record sur 100 m cet été, je me dis qu’il y a de grandes chances pour que cela descende sur 60 m. Je suis un bourrin (rires) et sur le 60, il n’y a pas trop de questions à se poser !

Cela dit, je commence à prendre du plaisir à courir sur 200 m mais malheureusement ils l’ont retiré du programme paralympique dans ma catégorie. Je ne le cours plus que très rarement. Je fais 23”71 sans trop le préparer l’an passé. Avec un peu de préparation, je pourrais m’approcher des 23 secondes pile. Mais c’est plus compliqué pour moi de le gérer. Mon égo de sprinter aimerait que je touche au 22 secondes au 200 m, même si je sais que, de part mon handicap, je ne peux pas matcher avec les meilleurs valides. Faire 11 secondes pile ce serait parlant, même si je n’ai pas à rougir de mes 11”30 sur 100 m, surtout quand on connaît les conditions de sa réalisation. Les subs 11 avant la fin de ma carrière, c’est mon rêve.

DIMITRI JOZWICKI – LES RÉSULTATS OBTENUS VONT AIDER À MÉDIATISER L’HANDISPORT

Christophe Lemaître est mon modèle principal. J’aime les valeurs qu’il incarne. C’est quelqu’un de très humble, qui n’en fait pas trop et qui reste à sa place malgré son énorme palmarès. Il a le palmarès pour se permettre de faire un peu de bruit et il ne le fait pas. L’humilité chez le sportif de haut-niveau se perd un peu et je suis content de pouvoir me raccrocher à ses sportifs comme lui. Dans l’athlétisme handisport, pour les mêmes raisons que pour Christophe Lemaître, une sportive comme Marie-Amélie Le Fur m’inspire beaucoup. Elle va jusqu’au bout des choses, en restant très humble et professionnelle !

Les résultats obtenus par la délégation française aux Jeux Paralympiques vont aider à la médiatisation. Il y a eu un truc créé autour et un beau relais médiatique qui ne doit pas être nié ! Pour avoir été sur place, le travail de communication a été incroyable, avec les moyens ! Cela contribue à valoriser ce qu’on fait !

JE NE VEUX PLUS ENTENDRE QU’UNE MÉDAILLE PARALYMPIQUE EST PLUS SIMPLE À OBTENIR

Il y a eu un boom de performances en deux ans en athlétisme. Entre 2019 et aujourd’hui, c’est juste énorme. Maintenant, il n’y a plus une ou deux personnes qui dominent leur catégorie. On commence à retrouver le modèle des valides, où rien n’est fait avant la finale. Évidemment qu’il y a moins de densité et heureusement j’ai envie de dire. Cela voudrait dire que la proportion de personnes souffrant de handicap augmenterait. Mais il faut savoir que les places pour les Jeux sont très chères. Et que le niveau est élevé. Pour avoir une médaille paralympique en athlétisme, il faut s’entraîner comme un valide. Pour moi, il n’y a plus de comparaisons à faire. Je ne veux plus entendre qu’une médaille paralympique est plus simple à obtenir. Et à Paris, le niveau risque d’être encore plus élevé, avec le renouvellement et la concurrence accrue.

Des athlètes champions paralympiques à Rio n’étaient parfois plus que 5 ou 6e cette année. Les résultats contribuent à améliorer le regard du public sur le handisport. On le fait plutôt bien. Mais derrière, ce sont aussi les volontés politiques derrière. Et ça, on le maîtrise forcément un peu moins. Vous me donnez l’exemple de Charles Antoine-Kouakou (NDLR : Champion paralympique du 400 m T20), je suis hyper content pour lui. C’est quelqu’un de génial, qui pratique du sport adapté, dans une position un peu particulière en France. Car elle est encore moins valorisée. Et même pas rattachée à la fédération handisport.

DIMITRI JOZWICKI – UN SIGNE D’ESPOIR

Quand nous faisons des stages, ils ne sont jamais avec nous et sont vraiment peu considérés. Que ce soit par le public ou même par les sportifs eux-mêmes. Je n’ai jamais fait de différence et j’espère vraiment que ses résultats vont remettre l’église au centre du village. Que cela apportera de la lumière sur le travail qu’ils effectuent. Personne n’aurait misé sur Charles-Antoine et sa médaille nous a surpris. J’y croyais pour le podium car c’est quelqu’un de déterminé ! Rien n’était d’avance, mais je savais que sur une grosse course, il pouvait sortir quelque chose d’énorme.

Le handicap fait partie de nous et on ne doit pas non plus cracher dans la soupe. Mais je pense sincèrement que ce genre de performance peut sonner comme un signe d’espoir pour certains jeunes. Cela va vraiment aider à améliorer notre visibilité dans les médias. Tout en sachant que pour nous, la médaille sera encore plus dure à obtenir, avec la concurrence accrue. A 11”30 à Rio, il me semble que tu n’es pas loin du podium (NDLR : 11”26 pour le bronze). Et à Londres en 11”30 tu es sur la boite.

DIMITRI JOZWICKI – JE ME DIS QU’ON NE FAIT PAS TOUT CELA POUR RIEN

Là, je suis loin des trois premiers. Je vais me donner tous les moyens pour y arriver car, malgré tout, cette 4e place ne me satisfait pas totalement. Elle est fondatrice et j’espère qu’elle va me permettre de me construire pour Paris 2024. Et me donner de la visibilité. J’ai eu de bon retours, que ce soit de ma course et de mon interview d’après course. Franchement, cela m’a fait chaud au coeur, car le sport c’est de la performance, des réussites. Mais c’est aussi transmettre des émotions aux gens. Cela, je l’ai bien senti au travers des messages que j’ai pu recevoir. Cela me booste pour la suite car je me dis qu’on ne fait pas tout cela pour rien. Même si c’est difficile, même s’il faut lutter parfois, contre des choses contre lesquelles on ne devrait pas lutter. Malgré cela, on y arrive et cela me rebooste.

DIMITRI JOZWICKI

Avec Etienne GOURSAUD

Revivez ICI la finale de Dimitri Jozwicki

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