Allison Pineau : “L’équipe de France a gagné énormément de crédit”

Allison Pineau est notre consultante tout au long de cet Euro 2020. L’arrière des Bleues, absente pour cause de fracture du nez, donne son avis sur la compétition. Aujourd’hui, à quelques heures de France-Espagne, premier match du tour principal, elle analyse le premier tour de l’équipe de France.

C’était indispensable pour vous, que les Bleues fassent le plein en poule ?

Allison Pineau : “C’était important de faire le plein, pour se mettre en confiance. Il fallait prendre un maximum de points, pour que les filles mettent le maximum de chances de leur côté.

Il y a eu ce premier match difficile, est-ce qu’il a servi à bien lancer la compétition ?

Cela a été un match fondateur. Cela n’a pas été simple de rentrer dans cette compétition, mais c’est un match qui a été gagné au caractère. Au vu de la première mi-temps, ce n’était pas très bien parti. L’équipe a arraché cette victoire au forceps et c’est ce qui compte. Il faut aller chercher les points. Aujourd’hui on se rend bien compte que ce match contre le Monténégro a énormément compté pour les deux matchs qui ont suivi. Que ce soit contre la Slovénie et le Danemark. On a vu une montée en charge, avec ce superbe match contre le Danemark. L’équipe paraît en place désormais. L’entrée en matière a été difficile, mais avec du caractère. On ne se satisfait pas du match contre le Monténégro bien sur et l’équipe aurait aimé jouer différemment.

Mais les points ont été pris, et l’équipe part avec quatre points dans ce tour principal. On a vu deux très beaux matchs contre la Slovénie et le Danemark. Aujourd’hui, l’essentiel est ailleurs.

Allison Pineau : “Le danger peut venir de partout dans cette équipe”

On a vraiment le sentiment que les Bleues ont retrouvé ce qui avait fonctionné lors des deux sacres.

Le danger peut venir de partout dans cette équipe. On a vu également une grosse défense et des gardiennes qui sont brillantes. J’imagine qu’il y aura une certaine difficulté pour nos adversaires, dans ce deuxième tour. La France défend dur, le bloc équipe est compact. Et quand la défense est passée, les gardiennes font le travail derrière. Il y a comme un mur qui s’est installé. Mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Il faut conserver cet état d’esprit. Cette équipe va continuer son chemin sereinement, avec application et concentration. Elle a retrouvé de la fluidité et une certaine sérénité, ce dont elle avait besoin.

Place au tour principal, qui de la Russie, l’Espagne ou la Suède risque de contrarier le plus les Bleues ?

Il faut différencier les équipes qui inspirent un réel danger et les équipes qui “paraissent” un peu en dessous mais qui restent aussi menaçantes. On est à l’abri de rien et l’équipe de France n’est pas encore qualifiée pour les demi-finales. Tant que les matchs ne sont pas joués, on est assuré de rien. L’Espagne paraît un peu moins flamboyante, par rapport à l’année dernière, où elles ont été vice-championnes du monde. Malgré tout et je l’ai déjà dit plusieurs fois en interview, les France-Espagne ont toujours été difficiles pour nous, si on regarde les statistiques de ces dernières années. Ce sont des matchs qui sont toujours très serrés, qui se terminent souvent avec un but d’écart voire par un match nul.

Allison Pineau : “Il ne faut sous-estimer aucun adversaire”

Il ne faut sous-estimer aucun adversaire. La Russie est partie avec quatre points et semble l’adversaire dominant de cette poule et qui semble apporter le plus de danger. Mais la Suède a joué son va-tout. L’Espagne est aussi un adversaire redoutable. A l’équipe de faire en sorte que cela se passe très bien et j’ai confiance en elle. Le match contre le Danemark était déjà du niveau d’une rencontre du tour principal. On a senti une grosse concentration et détermination, dès les premières minutes. L’équipe était conscience de la tâche qui les attendait. Le Danemark c’était le pays hôte. De leur côté, il y avait sans doute une motivation décuplée et un sentiment de devoir.

L’équipe de France a conscience que les matchs qui arrivent seront au moins de ce niveau-là.

“Je pense surtout à la santé des joueurs”

Comment on se prépare à jouer deux matchs en moins de 24h ?

Par expérience, l’équipe va essayer d’optimiser le temps de jeu au maximum. Le groupe a déjà dû commencer à travailler sur la Russie, tout en se partageant les tâches, pour préparer le match de ce soir contre l’Espagne. Une fois ce match terminé, immédiatement l’équipe devra se projeter sur le match de demain, peu importe le résultat de ce soir, car il n’y a pas énormément de temps. Le match de demain peut déjà être décisif. Il n’y a pas de recette miracle. Il faudra optimiser au maximum, tout en jouant pleinement la rencontre ce soir.

Notre banc a toujours été la clé et notre force dans les grandes compétitions. Il y a les titulaires, mais aussi des remplaçantes qui apportent le danger. Si une fille n’est pas trop dans son match, une autre fille peut entrer et apporter autre chose. C’est une vraie chance d’avoir autant de profils différents et un vivier aussi rempli, avec des qualités sur tous les postes. Je sais que c’est compliqué, pour nos adversaires, de nous étudier. On ne joue pas à 8-9 filles, mais c’est un groupe qui est vraiment complet.

Est-ce que les Bleues peuvent ressortir renforcées de cet enchaînement ?

C’est indéniable ! Sauf qu’il faut voir encore plus loin que ça. Et là je parle de la santé des joueuses. L’enchaînement sera compliqué pour les corps et pour les têtes. Il n’y a pas le choix, le déroulement sera comme il est. L’équipe va faire avec. Ca fait grincer des dents, car on sort avec quatre points, on se dit qu’on devrait avoir un avantage. Malheureusement ce n’est pas le cas. Il faut faire avec et orchestrer les choses, pour en ressortir grandi ! Si on gagne ces deux matchs, l’équipe sera en demi-finale et ce sera merveilleux. On aurait trois jours pour bien récupérer avant le match contre la Suède. En revanche, s’il y a une défaite, le verre ne sera qu’à moitié plein. Mais je pense avant tout à la santé des joueuses.

Allison Pineau : “La Norvège, la Russie et la France sont les trois équipes qui sortent du lot”

Un regard sur les autres équipes, qui vous a le plus impressionné ?

La Croatie ! C’est une équipe qui sort de son groupe avec quatre points, avec des matchs qui ont été difficiles et accrochés. Cela s’est souvent joué à rien. C’est vraiment la surprise de cet euro cette équipe. Elle est accrocheuse, elle se bat et elle ne lâche rien. On va voir ce qu’elle va faire en deuxième semaine et voir si elles vont réussir à se qualifier en demi-finale. Il faut qu’elle gagne au moins un match. La Norvège est bien là aussi. Après, entre l’Allemagne et d’autres équipes, ce sera difficile de dire qui se qualifiera en demi-finale.

Les Pays-Bas n’ont plus le choix et vont devoir gagner tous leurs matchs et espérer voir la Croatie perdre deux matchs. Pour elles, cela paraît presque impossible, car elles ont un goal-average direct ou à trois qui peut être perdant pour elles. Elles sont miraculées mais possèdent quand même deux points. Elles ont une carte à jouer. Mais il leur faudra faire le plein. Elles ont eu un début de parcours compliqué.

“C’était important de marquer les esprits”

On a vu beaucoup de surprises en ce début de compétition, est ce que cela donne encore plus de valeur au sans-faute des Bleues ?

Complètement. Avec la Norvège, la Russie, ce sont les trois équipes qui sont ressorties et qui semblent le mieux armés pour aller au bout. Qui peut bouleverser cela? L’avenir nous le dira. Ce sont vraiment les trois équipes qui se détachent. On va attendre un peu, mais pour moi, l’équipe de France a gagné énormément de crédit sur cette première semaine. C’était important de marquer les esprits. Je pense qu’aujourd’hui, ce n’est pas simple pour les adversaires de se dire qu’on va jouer l’équipe de France. Avec une grosse défense, des gardiennes brillantes et une certaine efficacité.

Est-ce qu’on peut encore assister à des surprises ?

La Croatie peut être l’équipe surprise. La Hollande avait la faveur des pronostics, pour se qualifier en demi-finale. Si les Croates se qualifient en demi, ce sera la grosse surprise de cet Euro 2020.”

Retrouvez la prochaine analyse d’Allison Pineau, à l’issue du tour principal.

Propos recueillis par Etienne GOURSAUD

Retrouvez notre analyse du premier tour de l’Euro.