Allison Pineau : “Il va falloir être costaud contre les Croates”

Allison Pineau est notre consultante tout au long de cet Euro 2020. L’arrière des Bleues, absente pour cause de fracture du nez, donne son avis sur la compétition. Aujourd’hui, au lendemain de la qualification des Bleues, elle se montre très satisfaite de la prestation de ses coéquipières, tout en se montrant méfiante de la surprise Croate. L’équipe qui se dresse sur la route des Bleues.

Crédit : Stéphane Pillaud

Est-ce qu’on peut parler de tour principal idéal pour les Bleues ?

Allison Pineau : “On peut le dire. Les filles terminent premières. Hier, cette place ne dépendait pas que de l’équipe de France. Mais c’est une très bonne opération. Les Bleues n’ont perdu aucun match. Elles font nul contre la Russie et au final, ces dernières sont éliminées de l’Euro.

Allison Pineau : “La Croatie est la surprise de cet Euro”

C’était important de finir premier et d’éviter la Norvège ?

La réalité est que la Croatie termine deuxième et que sa seule défaite est contre la Norvège. Si on peut éviter les Norvégiennes en demi-finale, c’est tant mieux pour nous. Mais s’il avait fallu les jouer, la France était en bonne condition pour les rencontrer. La France et la Norvège étaient parties avec quatre points au tour principal et ce sont elles qu’on retrouvent premières de leur poule.

Que vous inspire la Croatie, adversaire des Bleues en demi-finale ?

La Croatie, cela ce va pas être simple. On est loin du parcours de santé pour les Bleues. Elles ont eu des matchs accrochés et n’ont perdu qu’un seul match. Il est clair que c’est la surprise de cet Euro et c’est une équipe qui va jouer à fond. Je pense qu’on a un meilleur banc et une équipe plus complète que les Croates. C’est un adversaire qui va jouer, je pense qu’on a un avantage contre elles. La France a beaucoup plus d’expérience que l’équipe de Croatie, confrontée pour la première fois à une demi-finale.

La France a pu faire tourner son équipe. La clé sera la défense, comme chacun de nos matchs. Il va falloir être costaud, car les Croates ont des arguments, comme leur arrière gauche qui est capable de tirer de loin. Elles ont aussi du jeu au près. Il va falloir rester costaud dans les têtes car elles attaquent ensemble. Il ne va pas falloir se relâcher. On a vu les Norvégiennes exploiter le grand espace. C’est comme ça qu’elles sont venues à bout des Croates. Mais le match a été longtemps accroché. Sur les quinze dernières minutes, il y a eu un vrai coup d’accélérateur norvégien. La défense et le jeu dans les grands espaces sera la clé.

“Le match contre la Russie a démontré la force des Bleues”

Est-ce que le fait d’atteindre les demi-finales ne va pas ajouter de la pression aux Croates ?

Je ne pense pas. Elles vont affronter l’équipe de France championne d’Europe en titre. Et elles sont qualifiées pour la première fois de leur histoire en demi-finale. Elles doivent être très heureuses de ça. On a pu voir leur joie hier soir. Je pense qu’elles ont conscience de n’avoir rien à perdre, car elles ont déjà fait un très beau bout de chemin. A mon avis, elles veulent continuer à prolonger l’aventure et aller chercher la première médaille de leur histoire. Elles vont lancer toutes leurs forces dans la bataille, pour aller chercher la qualification. Je ne crois pas qu’elles seront stressées vendredi.

Elles n’auront rien à perdre. Le seul risque pour elles, c’est d’être très heureuses de leur qualification historique et de rester sur son nuage. Se dire : “On a déjà fait ça”, cela peut leur jouer des tours. Il peut y avoir un petit moment de flottement qui fait qu’elles peuvent mettre un peu de temps à rentrer dans leur match.

Allison Pineau : “Une poule sans doute plus homogène”

Sur le tour principal, quel match des Bleues vous a le plus impressionné ?

Le match contre la Russie a démontré la force des Bleues. Il y a cette première mi-temps compliquée et derrière, elles font le nécessaire pour s’en sortir. C’était un très beau match accroché. Pour moi, c’est le match le plus abouti jusqu’à maintenant. Contre l’Espagne, cela n’a pas été simple, cela ne s’est pas joué à grand chose. On a très bien pu voir le potentiel de cette équipe.

Dans cette poule, trois équipes se sont détachées. On a retrouvé une bataille entre la France, la Russie et le Danemark. Les matchs ont tous été serrés. Il n’y a pas eu dans cette poule une domination, qu’on a pu voir de l’autre côté avec la Norvège. La poule était sans doute plus homogène.

Allison Pineau : “Chez les Bleues, à n’importe quel moment une joueuse peut sortir du banc et réussir quelque chose”

Est-ce qu’on peut déjà dire que les Françaises ont réussi leur Euro ?

C’est encore trop tôt. Si la France venait à ne pas se qualifier pour la finale, ce serait une déception par rapport à son début de compétition. Il faut vraiment attendre cette demi-finale. Si la France ne repart pas avec une médaille ce serait une grosse déception. Cette équipe mérite au moins une médaille.

Le banc a encore été la clé hier contre la Suède, comment expliquer une telle réussite ?

C’est une bonne question (rires). C’est la richesse de cette équipe et depuis de nombreuses années, on a un très bon vivier de joueuses. Il y a beaucoup de jeunes joueuses à fort potentiel. On peut se reposer sur ça. Le temps de jeu est assez bien réparti. Pour les équipes adverses, ça doit être compliqué de nous étudier, car il y a beaucoup de joueuses à analyser et avec des profils différents. Ce ne sera pas simple. A n’importe quel moment une joueuse peut sortir du banc et réussir quelque chose.

C’est à la cadre de l’équipe de France qu’on s’adresse : comment faîtes-vous pour intégrer aussi bien les nouvelles arrivantes ?

On essaie de les épauler très rapidement, pour qu’elles se sentent au plus vite dans le groupe. Cela passe par des conseils sur le jeu et leur faire comprendre ce qu’attend le coach d’elles. On veut qu’elles se sentent bien dans cette équipe. Il y a des échanges, des petits mots. C’est tout un ensemble.

“Ce serait une erreur de croire le Danemark éliminé”

On peut aussi dire que ce parcours est la réussite d’Olivier Krumbholz ?

Il a sa part de réussite, il n’y a pas de secret !

Un mot sur l’autre demi-finale. La Norvège semble avoir la faveur des pronostics. Peuvent-elle se faire piéger ?

Je pense que c’est possible. Les pronostics envoient la Norvège en finale. Aujourd’hui, il faut voir les choses différemment. On a deux pays scandinaves, mais avec deux styles de jeu différents. Les Danoises ont bien piégées les Russes hier soir. On a vu une très grosse défense et une énorme Sandra Toft dans les cages. Le Danemark joue également à domicile. C’est une équipe qui a démontré qu’elle avait son mot à dire. On a vu des Danoises jouer très vite hier soir, pour étouffer les Russes. Il y a des grands gabarits, ca part de loin et ça part fort. Si la gardienne danoise dresse une nouvelle fois le mur, ca peut être énorme.

Allison Pineau : “Peut être un 55-45 pour la Norvège”

De l’autre côté on a cette Norvège qui revient en force, après quelques années sans médailles. Ce sont des joueuses moins grandes, même si elles ont des superbes tireuses à l’arrière, comme Emilie Arntzen et Kristine Breistol. Mais il y a beaucoup de petits gabarits. Mais ca reste puissant et surtout rapide. Cela va être très intéressant de voir cette opposition. Et voir ce que va proposer le Danemark pour contrer le jeu norvégien. Il va falloir attendre, car ce serait une erreur de dire que les Danoises sont déjà éliminées. Car il suffit d’une énorme Sandra Toft pour faire douter la Norvège. Il faut aussi se dire que la Norvège n’a pas eu d’énormes matchs à jouer dans cet Euro.

Elles ont gagné assez largement. Comme je le disais, on les a vu accélérer dans les quinze dernières minutes. C’est vraiment un rouleau compresseur qui se met en marche. Il va falloir voir comment elles réagissent si elles sont vraiment accrochées. Les pronostics font qu’elles partent favoris. Elles ont l’habitude de ce genre de rendez-vous. Mais on va attendre ! C’est difficile de se positionner (rires). Il va me falloir un jour de plus pour me prononcer (rires). Peut être un 55-45 pour la Norvège, mais qui peut se transformer en 51-49%.

Etienne GOURSAUD

Retrouvez la première intervention d’Allison Pineau