Pauletta Foppa : “Je pense avoir franchi un cap grâce à l’Euro”

A même 20 ans, Pauletta Foppa, pivot de l’équipe de France et du Brest Bretagne Handball, s’est affirmée comme étant l’une des révélation de cet Euro. La Brestoise a multiplié les performance de très grande qualité et a impressionné les suiveurs par sa régularité et sa très grande maturité. Cinq jours après cet euro, qui signe déjà sa 2e médaille au niveau international, elle revient sur cette compétition. Elle aborde également la suite le sa saison avec son club. Elle est la joueuse française qui a eu la meilleure moyenne de nos notes, sur l’ensemble du tournoi.

Crédit photos : Stéphane Pillaud

“On avait les armes pour remporter le titre”

On est trois jours (NDLR : au moment de l’appel) après la finale de l’Euro, quel bilan global tirez vous de la compétition ?

Pauletta Foppa (pivot de l’équipe de France et du Brest Bretagne Handball) : “On est assez fier de ce qu’on a fait, malgré la déception de la finale. On pouvait gagner la finale, on avait les armes pour. Je suis déçue qu’on ait eu autant d’échecs aux tirs, sur ce seul match. On a buté sur la gardienne. En première mi-temps, on a un peu manqué de solidité en défense. Après le mondial, on a su rebondir, de ce côté-là, je suis vraiment fier. Il faut rappeler qu’on n’a pas eu énormément de sélections toutes ensemble.

Mais ca n’enlève pas cette déception, d’autant que j’ai vraiment le sentiment qu’on s’est mis nous-mêmes une balle dans le pied en finale. Qui ne doit pas enlever la progression collective, que nous avons eu tout au long de la compétition. Je suis sûre que cette progression n’est pas terminée, car nous n’avons pas encore beaucoup travaillé ensemble.

C’est votre seconde seconde médaille internationale. Cela se savoure quand même non ?

En 2018 (NDLR, lors de l’Euro en France), je n’avais pas beaucoup de temps de jeu, mais j’ai pu savourer. On savoure oui. J’ai l’impression d’avoir davantage donné de ma personne cette année. C’est différent d’il y a deux ans.

Pauletta Foppa : “Je suis plutôt contente du déroulement de ce tournoi et de mes prestations”

Est-ce que vous vous attendiez à avoir autant de temps de jeu ?

Franchement non ! Je vis au jour le jour et j’accepte ce que l’on me donne. Même si je n’avais pas eu beaucoup de temps de jeu, je n’aurais pas été voir le coach pour en réclamer davantage. Je ne m’attendais pas à avoir autant de temps de jeu. Je suis plutôt contente du déroulement de ce tournoi et de mes prestations. Après il faut aussi se dire qu’à haut niveau, toutes les joueuses sont bonnes. C’est tellement compliqué. On peut vraiment faire une superbe compétition en Bleue, puis retourner dans notre club et faire n’importe quoi. Il y aura toujours une autre joueuse talentueuse derrière, donc rien n’est acquis. Le très haut-niveau se joue à des détails. Je suis content d’avoir répondu aux attentes, mais il n’y a pas que ça !

Et a avoir une telle régularité tout au long du tournoi ?

J’essaie d’imposer mon style de jeu, malgré les situations. Et de ne pas trop me poser de questions. Le but est de mettre à profit mes qualités au service du collectif. Parfois on ne nous voit pas trop sur une mi-temps. Mais il y a toujours un moment dans un match, où l’équipe a un temps faible et aura besoin des qualités d’une des joueuses. A un moment, le jeu de pivot est le plus important, parfois on aura besoin des tirs à l’arrière. Il faut trouver le bon moment pour s’exprimer.

“Béatrice Edwige m’a dit d’être moi même sur le terrain”

A tout juste 20 ans, vous impressionnez par votre maturité sur le terrain, comment faites-vous ?

Depuis que je suis petite, je joue avec des personnes plus âgées que moi. Il y a toujours une part de maturité à acquérir. Je ne veux pas être la plus petite et le boulet de l’équipe. Cela m’a bien servi. J’étais avec des vieilles tôt (rires). Au final

Est-ce qu’une joueuse comme Béatrice Edwige vous a guidé tout au long de ces deux semaines ?

Elle m’a juste dit d’être moi-même. Et d’être présente au bon endroit au bon moment, dans le bon timing et même si j’étais poussée. En défense, cela dépendait des adversaires et de leur duels favoris. On essayait de se compléter. J’emmenais une joueuse à tel endroit et elle venait boucher le trou, ou inversement. C’était vraiment une épaule pour moi. Le système défensif dans mon club (NDLR : Brest Bretagne Handball) et en équipe de France est différent. On peut très vite retomber dans ses habitudes de club. Béatrice a souvent été là pour me dire : “Fait-ci, fait ça, amène là ici, là tu peux y aller et faire ce que tu veux”.

Son expérience m’a énormément aidé durant la compétition. Elle m’a fait progresser. J’appréhendais un peu les phases défensives. Au fur et à mesure du tournoi, je me suis relâché. De matchs en matchs, c’était de plus en plus facile de comprendre le système défensif. Les montée et descentes, en fonction des possessions de balle. Je me sentais vraiment à l’aise et je pense que c’est grâce aux anciennes, comme Béatrice. Quand on est jeune et qu’on se fait guider, cela facilite la chose. J’espère et je pense l’avoir soulagé défensivement. C’est une compétition où on a joué huit matchs. C’est très usant. Je n’ai jamais joué autant de matchs en si peu de temps. Quand on peut souffler, on dit merci à la personne qui vous remplace. Je pense que cela lui a fait du bien.

Pauletta Foppa a brillé en finale de l'Euro contre la Norvège
En finale de l’Euro, Pauletta Foppa a réalisé un grande partie avec 5 buts et une grosse prestation défensive. [Crédit : Stéphane Pillaud]

Pauletta Foppa : “J’ai reçu énormément de messages de félicitations”

Est-ce que cet Euro vous a permis de franchir un cap ?

Je pense avoir franchi un cap. J’ai pu voir où j’en étais dans ma progression. Il y a eu pas mal de beaux articles pendant cet euro. Cela met du baume au cœur, cela fait plaisir de voir que les gens reconnaissent notre travail.

A votre avis, où est-ce que vous devez encore progresser dans votre jeu ?

Défensivement, je dois travailler et continuer à engranger de l’expérience le plus rapidement possible. En attaque, je dois alterner davantage entre les blocs et les glissements. Il me manque encore des choses et ce sont ces pistes là qui sont à creuser.

On imagine que c’est important aussi de se révéler dans une compétition aussi médiatisée ?

Bien entendu. On ne peut pas dire “se montrer”. Mais on m’a donné du temps de jeu dans cette compétition et c’était important de prouver que ce n’était pas pour rien. Le challenge était de démontrer que je pouvais apporter à l’équipe de France. Je sens déjà un impacts sur les réseaux sociaux, où davantage de personnes me suivent. J’ai reçu énormément de messages, que ce soit pour me féliciter mais aussi pour mon anniversaire (NDLR : Pauletta Foppa a fêté ses 20 ans le 22 décembre).

Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas réussi à répondre à tout le monde. Il faut aussi dire que du handball est passé sur TF1. Des images sur une telle chaîne, ça a pas mal aidé. Six millions de personnes qui ont pu nous voir jouer. Plein de choses dépendent des téléspectateurs, comme l’horaire et le jour des matchs. On voit des choses qui changent. TF1 a mobilisé un grand nombre de personnes sur la rencontre.

“Je vais couper jusqu’au 30 décembre”

Est-ce que vous avez déjà dans un coin de votre tête les J.O ?

Honnêtement là j’ai besoin de couper ! Il faut aussi se replonger avec le club. J’ai vraiment envie de faire quelque chose avec Brest cette année. Les J.O sont tellement un plus dans une carrière, que je ne me pose pas trop la question.

Place désormais au championnat, qui va reprendre très vite (5 janvier). Comment on fait la bascule ?

Pour se projeter au mieux dans une autre compétition, il faut savoir bien se ressourcer. C’est très important d’avoir une coupure entre les deux, car ce n’est pas facile de basculer de l’un à l’autre. Le but est de repartir crescendo en club. Attention, le hand, c’est ce qu’on aime faire. Cela reste facile de se remettre en selle. Je vais couper jusqu’au 30 décembre, date de notre reprise à Brest. On joue le 6 janvier contre Metz (NDLR : leader de la Ligue Butagaz Energie).

La LBE a annoncé une nouvelle formule. Pour jouer le titre, cela ne va laisser que peu de droits à l’erreur ?

En toute honnêteté, on m’a expliqué et j’ai du mal à comprendre (rires). Déjà il faudra voir à la reprise s’il n’y a pas de cas de Covid. S’il y en a pas, on aura déjà fait un grand pas. On verra par la suite. Tout ce que je sais, c’est qu’avec les reports, c’est qu’on part avec un emploi du temps sacrément compliqué.

Pauletta Foppa : “On n’est pas des robots”

Le BBH n’a joué que six matchs, finalement vous risquez de retomber dans un rythme presque digne de l’Euro pour rattraper ?

On ne sait pas quand les matchs seront reprogrammés et comment la Ligue a envisagé de caler ces matchs. C’est compliqué. On va retomber dans un rythme proche de l’Euro, avec des matchs par ci, par-là. Il faudra quand même penser aux joueuses. On n’est pas des robots. Il faut espérer qu’il n’y aie aucun matchs reportés, même si je n’y crois que moyennement. On a appris à vivre au jour le jour avec le Covid, même si c’est compliquée. Tout ne dépend pas de nous. Après, contrairement au mois de mars, le championnat n’est pas à l’arrêt, mais s’il y a un cas positif dans une équipe, il n’y aura pas match.

C’est ce qu’il s’est passé ! C’est déjà ça que le championnat soit pas arrêté. Après c’est un peu prise de tête. Je n’ai pas envie de finir la saison au mois de juin. Il faut aussi rappeler que c’est une période où on ne rentre jamais à la maison. Durant la coupure, on est retombé dans le second confinement, on ne pouvait pas voir nos proches. Si on continue jusqu’au mois de juin, on va retomber presque directement dans la préparation des JO. Ca peut faire long.

On espère qu’il vous restera un peu de temps pour savourer les fêtes qui arrivent.

Oui ne vous inquiétez pas (rires).

Propos recueillis par Etienne GOURSAUD