Crédits Photos Une: Yoanna Dallier
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Comme beaucoup de petites sœurs, je voulais faire les mêmes choses que mon grand frère. Il jouait au foot donc j’ai voulu m’inscrire également. J’ai évolué de 4 à 11 ans, dans des équipes principalement masculines d’ailleurs, car nous étions très peu de filles.

Je suivais le foot à la télé bien sûr, ça nous faisait rêver et on prenait les pros comme modèles. Mon frère supportait le Barca donc moi aussi, avec notamment Iniesta et Messi comme idoles. J’ai toujours aimé les joueurs techniques et créatifs, dans les gestes de dribbles, mais aussi pour trouver des espaces que d’autres ne voient pas, des passes entre les lignes, dans le dos des adversaires. Ces deux joueurs sont quand même la référence sur ces points-là.

Mon histoire avec le foot traditionnel s’est stoppée à 11 ans. Suite à une finale qui s’était mal passée, j’ai totalement arrêté en 2011, pendant 4 ans. Je n’ai plus joué en club du tout.

La dimension artistique est quelque chose que j’apprécie. Nous sommes énormément de freestyleurs pros dans le monde et en 2019 il est devenu difficile d’inventer une figure. Ça arrive à beaucoup de freestylers de croire qu’on a inventé une figure et apprendre quelques mois plus tard que quelqu’un avait déjà pensé à ça il y a longtemps. J’en ai quand même inventé deux aujourd’hui, c’est plaisant !

UN ÉCHEC QUI A CHANGÉ MON DESTIN

Mon coach de l’époque est revenu vers moi en me proposant un essai pour une section foot dans une école à Toulouse. J’y suis allé, mais en jouant comme quelqu’un qui n’avait pas mis les pieds sur un terrain pendant les 4 dernières années. Il y avait cette épreuve où l’on devait faire 50 jongles pied droit, gauche, tête, et j’avais été catastrophique. 2 jongles de la tête, 2 du pied gauche bref, j’avais été vraiment vexé par ma piètre performance.

Quand je suis rentré chez moi, je me suis dirigé dans le jardin avec un ballon et j’ai fait des jongles. Je ne quittais plus ce jardin et je m’entrainais chaque jour dès que je rentrais de l’école. J’ai regardé des vidéos sur internet pour apprendre à jongler, à faire des tours du monde, etc.

Une personne comme Gautier Fayolle qui proposait des tutos m’a vraiment passionné et aidé dans ma progression. Petit à petit j’ai pris goût à toutes ces figures qu’il faisait et je les tentais moi-même. Je me suis vraiment prise de passion pour le freestyle. Il était venu à Toulouse et j’avais pu assisté à ses démonstrations et nous avions discuté une bonne vingtaine de minutes. Il m’avait vraiment motivé pour continuer et ça avait été un vrai boost pour moi.

Il y avait peu de filles, mais je regardais ce que produisait Nawel Hadjaf aussi, j’aimais bien et je lui avais envoyé un message pour la remercier de ce qu’elle faisait, car c’était également un modèle pour nous les jeunes filles fan de freestyles. J’ai ensuite découvert en plus de Gautier et Nawel, Clem Keym et Gaëtan Czaja. Je regardais les vidéos et essayais là aussi de répéter leurs gestes. Ce sont des petits défis permanents, car cela demande beaucoup d’entrainement, beaucoup d’essais non concluants, mais lorsqu’on y arrive c’est toujours une petite victoire personnelle !

UNE DISCIPLINE CRÉATIVE, PHYSIQUE, TECHNIQUE

L’entrainement des freestylers est très différent suivant les profils. Personnellement, je fonctionne au ressenti, je ne fais que du freestyle, très peu de prépa physique à côté aujourd’hui. J’en faisais davantage il y a deux ou trois ans. Maintenant le matin si je sens que j’ai les jambes lourdes je vais faire un focus sur un entraînement pas trop physique, peut-être haut du corps et si j’ai des bonnes jambes ce sera l’inverse. J’écoute mon corps autant que possible pour éviter les blessures tout en continuant à m’entrainer de façon intensive.

Il y a un aspect physique qu’on ne soupçonne pas trop, mais enchainer autant de gestes avec autant de rapidité c’est intense, donc l’entrainement est primordial pour à la fois maîtriser les gestes et être capable physiquement de les réaliser plusieurs fois en compétition.

La dimension artistique est quelque chose que j’apprécie. Nous sommes énormément de freestyleurs pros dans le monde et en 2019 il est devenu difficile d’inventer une figure. Ça arrive à beaucoup de freestylers de croire qu’on a inventé une figure et apprendre quelques mois plus tard que quelqu’un avait déjà pensé à ça il y a longtemps. J’en ai quand même inventé deux aujourd’hui, c’est plaisant !

Après il y a la création de mes passages. En compétition ce sont des passages de 30 secs, il y en a 3 par duel. On s’inspire donc de tout ce qu’on travaille aux entraînements. Il faut trouver les bonnes figures qui donnent une harmonie à notre passage tout en essayant de trouver quelque chose qui pourrait mettre en difficulté notre adversaire. Parfois on tente des choses risqués avec une chance que ça ne passe pas, il ne faut pas avoir peur des drops, ça arrive à tout le monde, mais c’est vrai que c’est notre pression, tous les freestyleurs l’ont, mais on peut toujours se rattraper.

Je suis jeune encore, mais j’ai de grands objectifs. Je suis actuellement dans le Top 8 mondial.

En coupe du monde, c’est Melody Donchet qui a été titré alors que je l’avais battu au Championnat de France 3 semaines plus tôt donc je pense qu’il y a la place. J’avais vraiment raté mes championnats du monde, mais je pense que je m’en rapproche et ça sera mon objectif pour l’année prochaine. J’ai plein de choses à améliorer, notamment mon jeu de tête et j’en suis consciente, mais je suis sur une pente ascendante.

En tout cas c’est très bien d’avoir deux françaises qui réussissent bien et qui se classent dans le Top 8. On s’entraîne beaucoup et ça paie. En tout cas je compte bien rester sur le circuit encore très longtemps, créer quelques figures et gagner des titres. Mais surtout continuer à prendre du plaisir au quotidien, vivre de ma passion est tout simplement un rêve éveillé.

 

YOANNA