Simon Denissel : Appréhender un 1500 m et surmonter les coups durs

Simon Denissel dispute ce week-end les championnats d’Europe en salle. Le Nordiste nous plonge au cœur de sa discipline du 1500m, qui est un doux mélange.
Simon Denissel veut aller à Torun pour faire un gros coup sur 1500m
Simon Denissel veut aller à Torun pour faire un gros coup sur 1500m

Simon Denissel s’est qualifié pour les championnats d’Europe de Torun, qui se disputent ce week-end. Le spécialiste du 1500 m et sociétaire du Lille Métropole Athlétisme va en Pologne pour réaliser le meilleur résultat possible. Le Nordiste, médaillé de bronze en 2013, a connu de grosses galères, à l’image d’une année 2020 totalement blanche. Comme une rédemption. Il nous parle de ses objectifs mais aussi de sa course, du 1500 m, si particulière et une distance qui se dompte avec de l’expérience. Simon Denissel nous explique également, comment il a su surmonter les pépins physiques, qui ont freiné sa carrière. Retrouvez le ce soir, sur sa série, en diret sur le site de la FFA.

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ALLER À TORUN POUR FAIRE UN GROS COUP

Je veux entrer en finale sur 1500 m à Torun et me donner toutes les chances pour faire un bon truc. Mais je veux aborder la compétition course par course. Avec l’expérience, je sais qu’il faut d’abord passer les séries avant de viser une bonne place en finale. Une série peut être plus dure car tout le monde croit en ses chances et veut tenter un coup, soit sur une course tactique, soit en relançant assez tôt. Il faut résister à cela et tirer son épingle du jeu pour entrer en finale. Je veux faire du mieux que je peux.

Ensuite, une finale, c’est vraiment une course d’un jour. Il faut avoir les bonnes jambes le jour J. Je suis au niveau de cette année 2013, où je fais ma médaille sur les Europe en salle. J’ai fait ma rentrée en 3’41, ensuite j’ai couru en 3’39 puis 3’38. Aux championnats de France, je ne suis pas ridicule, c’est juste que j’ai eu du mal à me bouger. Cet hiver était un peu particulier et on a abordé chaque course comme si c’était la dernière. J’ai 30 ans et pour sortir une grosse performance, je dois énormément me mobiliser. Courir tous les 10-15 jours en pensant que cela peut être la dernière course, cela pompe du jus. J’ai sans doute abordé les France avec un peu trop de facilité. En me disant qu’il fallait juste faire dans les quatre meilleurs Français. C’est ce qui est arrivé car je fais 3e parmi ceux qui voulaient aller à Torun sur le 1500m.

SIMON DENISSEL : “JE M’ÉCOUTE DAVANTAGE ET JE COMPENSE”

C’est toujours chaud cela dit, car on n’est jamais sûr que les coureurs de 3000 m ne redescendront pas sur le 1500 m au dernier moment. Il y a une vraie émulation sur le 800, 1500 et 3000 m. Au final, je fais bien partie de ceux qui vont aux Europe. Et j’y vais pour tenter un gros truc et ne pas faire de la figuration.

Les blessures, je les connais bien. Après les championnats du monde de Moscou, j’ai connu une absence assez longue. Aujourd’hui, j’arrive à gérer une période de creux au niveau performance. Je m’écoute davantage et je compense par d’autres choses à l’entraînement, avec du vélo ou de la natation. Quand je reviens en compétition, je suis performant beaucoup plus rapidement et c’est ce qui est arrivé cet hiver. Je n’avais pas fait de grosses performances sur 1500 m depuis l’hiver 2019, mais j’ai pu revenir rapidement en gardant une bonne condition physique, quand je suis blessé.

Simon Denissel a connu plusieurs fois les joies du maillot de l'équipe de France.
Simon Denissel a connu plusieurs fois les joies du maillot de l’équipe de France.

SIMON DENISSEL : JE SUIS PLUS FIER D’AVOIR SURMONTÉ MES BLESSURES QUE DE MES PERFORMANCES EN ELLES-MÊME

La blessure, ce n’est pas ce qui te permet d’apprendre directement. L’important c’est comment tu te remets de celle-ci. Il faut chercher à remonter la pente, car la blessure est prise comme une dégringolade pour un sportif. Mentalement et physiquement, c’est dur. Ce qui est beau, c’est d’avoir ces chutes et de s’en remettre et faire de belles choses derrière. C’est là qu’on apprend de la situation. J’ai vu beaucoup de gens de ma génération qui ont été de forts potentiels et qui ont arrêté assez jeunes. Je me dis que c’est un échec, car ils n’ont pas pu ou su persévérer, avoir la bonne rencontre ou faire le changement d’encadrement. Ce sont plein de choses qui font remonter la pente. Aujourd’hui, je suis peut-être plus fier de ça que de mes performances en elles-mêmes.

Je me suis trompé mais j’ai su prendre du recul. Les erreurs sont sans doute commises par tout le monde. On va plus ou moins loin dans celles-ci. Pour ma part, j’ai peut-être été trop rigoureux avec moi-même. Je voulais trop en faire et j’ai voulu avoir trop vite des résultats. Quand on est jeune, on fait des séances, on tape dedans et on se rend compte que plus on s’entraîne, plus on est fort. Sauf qu’à un moment, on dépasse les limites. C’est ce qu’il fait qu’on ne se donne pas assez de temps pour récupérer et on se blesse. Il faut s’entraîner fort et aussi avoir des moments de récupération. J’ai voulu trop en faire et c’était à moi de prendre du recul et de me dire que j’en faisais trop. Je l’ai compris au bout d’un certain moment.

LE 1500 M EST UN SPRINT LONG OU IL FAUT ÊTRE ENDURANT

J’ai été opéré d’un tendon à la suite à cela. Je pense que j’avais trop persisté dans l’entraînement sans soins. Sur le moment, cela a été dur, mais au bout d’une semaine, j’étais sur la bonne voie, avec cette envie de revenir. C’était un nouveau départ. Bon, il faut quand même en avoir le moins possible et toujours être sur la bonne pente.

Le 1500 m, c’est un sprint long où il faut être endurant du fait d’une distance relativement longue et un effort d’environ 3’30. Mais il faut avoir une capacité de vitesse assez importante, car on court à une vitesse très élevée. La préparation y est spécifique. Si on fait un test VMA à un coureur de 1500 m, on se rendrait compte qu’elle est très élevée, ce que je n’apprendrais pas aux spécialistes. Pour ceux qui regardent l’athlétisme d’un peu plus loin, je leur dis qu’on se prépare un peu comme un coureur de 10 km ou de semi-marathon l’hiver. Plus on se rapproche de notre échéance et plus on s’entraîne comme des sprinters.

SIMON DENISSEL : “IL FAUT JOUER AVEC LES DIFFÉRENTES CHARGES D’ENTRAINEMENT”

Il faut être capable tout au long de l’année de faire des rappels sur la partie vitesse, tout en faisant progresser la partie foncière. C’est ce qui est beau dans cette distance, c’est de jouer sur les deux tableaux. De progresser partout pour améliorer son chrono seconde par seconde, dixièmes par dixièmes, au fil des années. La priorité à mon sens reste l’endurance. Si on ne l’a pas, on ne sera pas capable de libérer sa vitesse. Après il faut être capable de définir le terme “endurance”. Avoir une grosse endurance, c’est être capable de courir deux heures ou de courir une heure mais à 18 à l’heure ? Pour faire ça, malgré tout il faut une certaine marge de vitesse. On ne peut pas avoir de réponse toute faite sur l’importance de la vitesse et de l’endurance sur le 1500m .

A l’entraînement, il faut être capable de s’imposer une charge de travail, tout en gardant une vitesse spécifique, qui se situe du 100 au 400 m. La charge peut aller de 80 km à 140 km par semaine. Des choses qui peuvent limiter la vitesse sur 1500 m. Comme je l’ai dis, il faut jouer entre les différentes charges d’entraînement et aussi les temps de récupération. Le risque est de tomber sur un registre trop lent, car on est trop fatigué du kilométrage. Il faut prendre le temps et ne pas brûler les étapes. Je disais tout à l’heure que l’hiver, on s’entraîne comme un coureur de 10 km. C’est vrai sur le volume, mais pas sur l’intensité.

ON SE RAPPROCHE DE LA COMPÉTITION, ON DIMINUE LE KILOMÉTRAGE ET ON MET DAVANTAGE D’INTENSITÉ

J’ai appris avec le temps qu’il ne fallait pas s’aligner sur les intensités d’un coureur de 10 km. Moi, les footings et le bornage se font à allure moyenne. Pour des scientifiques, cela ne va entrer dans aucun registre, car on est ni dans le footing, ni dans le seuil. Pourtant, je vais faire beaucoup de sorties à 4′ au kilomètre. Je vois que cela suffit pour me donner l’aisance pour être capable d’enchaîner les séances spécifiques.

Des séances spé qui vont bien sûr être différentes selon la période. Quand on va vouloir courir vite en compétition, on va abaisser le kilométrage et mettre un peu plus d’intensité, ce qui permet de gérer la forme dans une saison. Cet hiver, pour pouvoir passer des séances, j’ai dû diminuer le kilométrage. Mais j’ai eu la chance de faire les minima pour Torun assez tôt. J’ai pu refaire des kilomètres, pour préparer au mieux cette échéance. J’ai fait le 1500 m à Liévin, le 800 m à Gand, ce qui a été un enchaînement conséquent, ce qui explique peut-être que je sois arrivé fatigué à Miramas et que j’ai eu du mal à me bouger mentalement pour être aux avant-postes dès le début de course.

ON JOUE AVEC NOTRE CORPS ET AVEC CE QUE l’ON CONNAÎT

Une séance longue sera différente au mois de septembre qu’au mois de janvier. En reprise, ou en foncier, je peux faire des 8×1000 m mais aussi un 20 km au tempo, où je vais accélérer au fur et à mesure. Ces temps-ci, une longue séance peut ressembler à ce que j’ai fait aujourd’hui (NDLR : jeudi dernier) pour récupérer de Miramas, c’est-à dire des 30″-30″ sur 150 m. Allure 20 à l’heure, ce qui est moyenne pour cette période, mais qui peut-être rapide pour d’autres. Cela me permet de récupérer tranquillement, car sur 1500 m on va courir à 25-26 à l’heure. Mais si je faisais des 5 minutes à 20 à l’heure, j’y laisserais peut-être des plumes et ce ne serait pas intéressant en vue des Europe. Cette séance faite avait pour but de faire un entretien aérobie.

Les trois jours avant les France ont été un peu durs et j’ai fait de la fraîcheur, et cela allait mieux le jour J même si c’était sans doute trop tard. Mais peut-être c’est ce qui va me permettre d’être fort aux championnats d’Europe, même si ce ne sont que des suppositions. On joue avec notre corps et ce que l’on connaît. Je pense que cela peut être bien pour Torun. La piqûre d’aérobie permet de rendre les 7 tours et demi un peu moins long en compétition. On la travaille toute l’année pour l’avoir au moment du travail spécifique. Mais ce travail spécifique consomme le potentiel d’aérobie, d’où l’importance de l’entretenir, après les séances spécifiques. L’aérobie permet de garder cette sensation de fraîcheur.

SIMON DENISSEL : “JE SAIS QUE JE NE VAIS PAS FAIRE DE FOLIES SUR MA COURSE DE RENTRÉE”

Le 1500 m me paraît court en début de saison, car on manque de travail de vitesse. Plus la saison avance, plus le 1500 m parait long et on a cette sensation que la distance est de plus en plus longue, alors que la marge de vitesse est plus importante et qu’on va de plus en plus vite. C’est un peu contradictoire et c’est un rapport particulier à la distance. Mais je pense que c’est vrai pour toutes les distances. Je me suis rendu compte que c’est quand je sens que j’ai les jambes lourdes, que je sors les grosses performances. Je le vois sur les lignes droites à l’échauffement où je suis de plus en plus rapide. Il faut jouer avec la sensation, sans être rincé et parfois ne pas trop les écouter le jour J, car on sait que cela peut être trompeur.

La première compétition, je sais que je ne vais faire de folies sur le plan chronométrique, car il me faut une compet ou deux pour me mettre en route. Mais ce sont des compets que j’ai le moins de mal à aborder et à récupérer, car j’ai beaucoup de foncier. Elles laissent moins de traces. Quand on rentre dans le spécifique, on devient plus fort, mais les sensations se dégradent souvent. Le premier 1500 m de la saison, tu n’es pas fatigué mais t’as ce sentiment de ne pas pouvoir aller plus vite. On se connaît et on sait que les séances vont permettre de débloquer les choses. Je ne suis plus cadet ou junior, je ne bat pas mon record en course de rentrée, ça je le sais. Il faut faire selon tout ce qui a été fait à l’entraînement. Il faut quelques courses pour battre son record.

Simon Denissel aime la confrontation avec les meilleurs sur le 1500 m.
Simon Denissel aime la confrontation avec les meilleurs sur le 1500 m.

JE COURS UN 1500 POUR COURIR UN 1500 ET NON POUR COURIR UN TEMPS

Ce qui me plaît le plus en demi-fond, c’est de me confronter aux meilleurs mondiaux. Il y a des gars qui ont fait des trucs assez fou en grand championnats et ne pas être très loin derrière eux en meeting, ça donne de la confiance. La motivation c’est la gagne à la base, forcément, plus on rentre sur les grosses compétitions et plus c’est compliqué. Je veux aller sur une course et me dire : “Allez je joue la gagne”.

Je cours le 1500 m pour courir 1500 m et non pour courir un temps. Il faut partir sur un train et en fonction des sensations que j’ai et du rythme que j’ai, je maintiens, je ralentis ou j’accélère. Je visualise la ligne d’arrivée en me disant que je dois y arriver en étant au bout de moi-même. C’est pour cela que souvent, il me faut plusieurs courses de réglage. Ca m’est déjà arrivé d’attaquer à 400 m de l’arrivée et d’exploser et avoir cette sensation de pouvoir faire mieux la fois d’après. Pour au final attaquer trop tard la fois suivante. Cela peut se jouer à quelques mètres près. Mais quand on est dans cette optique là, c’est qu’on est à peu près dans le vrai. On connaît notre corps et c’est du timing et du calcul.

IL FAUT SE CONCENTRER SUR SOI-MÊME

Le 1500 m, c’est également une volonté de soi-même. Je le fais ou je ne le fais pas. Mais on peut vouloir se le dire, si on ne s’est pas préparé pour la course, on n’y arrivera pas. Ce qui est beau dans l’athlétisme, c’est que c’est la vérité du corps face à l’esprit. La préparation mentale est là pour préparer son corps à faire un effort. Pour que, dans mon cas, le temps d’effort soit le plus court possible. On a beau se dire : “Je suis fort”, si physiquement tu n’es pas préparé, on ne pourra pas aller au charbon. C’est la vérité du résultat, par rapport aux efforts fournis les mois et années précédentes. Cela prend du temps d’adapter le corps à un effort et de faire un 1500 m très rapide.

Ce qui peut m’affaiblir, c’est l’adversité et de penser à cette adversité. Il faut se concentrer sur soi-même. Si, dans une course, tu fais 3’35 et tes adversaires 3’33, il faut profiter d’eux pour se dépasser. Mais à un moment, il ne faut pas tomber dans l’effet négatif de se dire : “Je ne comprends pas, je ne les ai pas battus”. Le corps te limite à ce que t’as pu faire à l’entraînement et il faut l’écouter et ne pas le biaiser tout le temps, car c’est ce qui amène la blessure. Il ne faut pas s’entraîner sur des séances pour faire des chronos qu’on ne vaut pas. La blessure, c’est un rappel à l’ordre du corps qui te dit : “Tu vas trop vite par rapport à ce que tu vaux actuellement”. Bien sûr, cette limite est dépassable sur moyen et long terme. En prenant le temps de se préparer sans brûler les étapes.

SIMON DENISSEL : “IL Y A REGAIN D’INTÉRÊT POUR LE DEMI-FOND EN FRANCE”

Clairement, il y a un regain d’intérêt pour le demi-fond en France. On l’a vu aux championnats de France. Je m’entraîne avec Quentin Tison et à chaque fois il stresse un peu par rapport aux gens qu’il va y avoir au départ. Car on est potentiellement 6 à 8 à faire les minima. Je lui dis toujours : “Quentin, depuis que je cours, il n’y a jamais eu plus de trois personnes qui ont fait les minima pour le championnat en question. On a jamais eu à se confronter aux France pour se dire, qu’il y a en que trois sur les 5-6 qui iront aux championnats et qui ont fait les minima. Ça n’arrive jamais”. La Fédération n’avait jamais eu à faire le choix de ne pas prendre quelqu’un qui avait fait les minima. Cet hiver, c’est le premier hiver où j’ai été contredit. C’est tombé sur lui j’en suis désolé. C’est aussi arrivé sur le 3000 et ça aurait pu arriver sur 800 avec Gabriel Tual qui est à 5 centièmes des minima à Miramas.

SIMON DENISSEL

Avec Etienne GOURSAUD

Retrouvez le portrait de Rémy Geoffroy, qui nous parle de demi-fond

Simon Denissel a su rebondir de chacune de ses blessures.[Création Matchup]
Simon Denissel a su rebondir de chacune de ses blessures.[Création Matchup]
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