ROSE LOGA – Une des futures pépites de l’athlétisme français

Adepte du lancer de marteau, Rose Loga s’est emparée, dimanche 31 janvier, du record de France junior de la discipline avec un jet à 71,09 m. La championne de 18 ans n’aurait pas imaginé une seconde, avoir déjà une telle carrière dans ce sport, à ses débuts, en 2015. C’est avec humilité qu’elle se prépare, avec son entraineur Baptiste Lacourt, pour les Championnats de France dans 3 semaines… en espérant enchaîner les bons résultats, cet été, dans les compétitions internationales.

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La Fiche FFA de Rose Loga

AU DÉBUT, JE N’AIMAIS PAS LE LANCER DE MARTEAU

J’ai découvert le lancer de marteau en 2015, au cours de ma première année d’athlétisme, en benjamine 2. Je me suis essayé à la discipline par hasard, au cours d’un entrainement, parce que dans cette catégorie d’âge, on fait un peu de tout. Ce jour-là, on avait fait un entrainement au marteau. On va dire que je me débrouillais, en soit je ne lançais pas très loin, mais je n’étais pas loin du record départemental, qui était à 37 mètres. Du coup, un entraineur de mon club m’a dit qu’il fallait que j’en fasse au moins une fois en compétition, pour essayer de battre le record. Donc c’est comme ça, sans vraiment le vouloir, que j’ai commencé le lancer de marteau.

Au début, je n’aimais pas du tout cette discipline. Après, il y avait sûrement un manque d’intérêt, vu que je ne lançais pas le marteau extrêmement loin. Ça ne me passionnait pas, mais ça m’apportait des points aux triathlons (une course, un saut, un lancer). C’était surtout pour cette raison que je pratiquais le marteau. Un jour, Roger Lefebvre, qui était entraineur dans mon département d’Eure-et-Loir, m’a vu lancer… et il m’a coaché pendant les grandes vacances qui ont suivi. C’est pendant cette période que j’ai vraiment progressé. Il m’a appris les bases.

J’ai commencé à aimer ce sport, petit à petit, au sein du pôle espoirs. J’avais beaucoup d’aprioris en arrivant là-bas, en 2017. J’étais réticente, j’avais peur de voir mon corps changer. Finalement, j’ai vraiment apprécié leur manière de nous faire pratiquer le lancer, au pôle… en m’entraînant avec mon coach Baptiste, j’ai appris à prendre goût au marteau.

15 HEURES D’ENTRAINEMENT PAR SEMAINE

J’ai 7 séquences d’entraînement, plus ou moins longues : certaines durent 1 heure et d’autres 2 heures et demie. En tout, j’ai à peu près 15 heures d’entraînement par semaine. Pendant ces entraînements, il y a une séance où je travaille ma technique au marteau. Ensuite, il y a la préparation physique, j’ai 4 séances par semaine, où l’on va veiller à ce que je sois en forme et dans de bonnes conditions. Les préparateurs font aussi attention à ce que je n’ai pas de déséquilibres ou autre problème. J’ai également 2 séances spécifiques, où je travaille exclusivement sur les lacunes que j’ai. Par exemple : la mobilité de hanche, c’est ce que je fais en ce moment. Je travaille aussi sur le déplacement de mes pieds.

Mon coach, Baptiste Lacourt, je l’ai rencontré par le biais de Philippe Leynier, qui était Directeur Technique National Adjoint et qui exerçait dans ma région. Il savait que j’allais avoir un problème au sein de mon club, dans les années futures, car il n’y avait pas vraiment d’entraineur spécifique pour le marteau.

ROSE LOGA : J’AI LA CHANCE D’ÊTRE BIEN ENTOURÉE

Il a pensé que ça allait être dur pour moi, parce qu’après le passage collège-lycée, il y a quand même le pôle espoir et c’est un niveau au-dessus. Philippe connaissait Baptiste Lacourt, qu’il avait rencontré, un jour, aux championnats du monde cadets. Il lui a parlé de moi et c’est comme ça qu’a eu lieu le contact entre nous. On travaille ensemble depuis septembre 2017.

Baptiste m’apporte pleins de choses, il m’aide dans tout : au niveau technique, dans mon développement personnel, mon évolution. Si j’ai pu autant progresser, c’est grâce à lui. Il m’aide à devenir une bonne athlète, mais également une bonne personne. J’ai la chance d’avoir un club, l’ACLAM (Athlétisme Chartres Luce Asptt Mainvilliers), qui me soutient à fond. Ils ont débloqué pleins de choses pour que je puisse m’en sortir (structures, partenaires …). Et m’aident et contribuent à mes performances. Ils m’apportent tout ce dont j’ai besoin. De plus, j’ai un coach formidable, donc je suis bien entourée.

JE SUIS EN PREMIÈRE ANNÉE DE BTS, À EAUBONNE

J’ai un appartement proche de mon centre d’entrainement et de mon lieu d’étude, à Eaubonne. Je suis en 1ère année de BTS, en Négociation et Digitalisation de la Relation Client (NDRC). J’ai un emploi du temps aménagé, ce qui m’aide pas mal pour me concentrer sur mon sport. Comme j’ai une plage horaire assez large, je peux continuer de m’entrainer 7 fois par semaine. Ça me permet aussi « d’alléger » mes séances, qui sont beaucoup plus réparties dans la journée qu’avant. Au lycée, mon emploi du temps ne me permettait que de finir les cours à 16 heures.

Avec la pandémie, il y a forcément moins de compétitions en ce moment… mais en temps normal, il y en a régulièrement. Cependant, je n’en fais que très peu, étant donné que je ne participe pas aux championnats départementaux et régionaux. Comme je m’entraîne en Ile-de-France, mais que je suis licenciée à Chartres, en région Centre-Val de Loire, c’est difficile de m’y rendre. Je pense que je dois faire une dizaine de compétitions par an, pas plus.

AVANT CHAQUE LANCER, JE FAIS DE L’IMAGERIE MENTALE

Au lancer de marteau, il y a énormément de profils différents, mais je pense que le plus important pour être performant dans ce sport, c’est la relation que l’on a avec le marteau, c’est l’essentiel ! Il faut être très relâché aussi, c’est un facteur clé pour bien lancer. Avant chaque essai, pour me préparer, je fais de l’imagerie mentale. Je fais aussi pleins d’exercices pour être bien échauffée. Mon petit rituel, c’est faire pleins de petits sauts avant et après le lancer. L’imagerie, j’en fais tout le temps, ça me permet de me recentrer, vu que je m’éparpille beaucoup… ça me permet de me remettre dans le bon chemin.

En ce moment, je suis assez stressée en compétition, depuis la reprise, à la fin du confinement. J’avais un peu perdu l’habitude des compétitions, donc ça fait un peu bizarre quand j’y retourne. Sinon la plupart du temps, je me sens bien, j’ai toujours un petit stress… mais c’est du bon stress. En compétition, je n’ai pas la sensation de faire des efforts, je suis très relâchée sur mes lancers, donc je n’ai pas de sensations ou de pensées particulières qui m’amènent à penser « le marteau va partir loin ». Je peux me dire que techniquement mon lancer était bien réalisé… mais avoir une bonne technique ne veut pas forcément dire que le marteau va partir plus loin.

On ne peut pas savoir tant que l’arbitre n’a pas donné la mesure. Alors dimanche, je ne m’attendais pas du tout à faire ce lancer à plus de 71 mètres… je n’ai pas eu l’impression d’avoir forcé.

Rose Loga a déjà connu les joies de l’équipe de France chez les jeunes.

ROSE LOGA : ON ENTEND DE PLUS EN PLUS PARLER DU MARTEAU

Le lancer de marteau n’est pas très médiatisé par rapport à d’autres disciplines. Mais avec la génération que la France possède en ce moment, avec Alexandra Tavernier et Quentin Bigot, c’est vrai qu’on entend souvent parler du marteau. Comme ils font des bons résultats au niveau international, ça permet de mettre véritablement en valeur la discipline. Je pense que ce sport est de plus en plus mis en avant. Il y a un progrès, c’est certain. Après, est-ce que le marteau est suffisamment médiatisé … ? Je ne sais pas.

Dans les autres disciplines, une athlète comme Mélina Robert Michon, du fait de sa longévité au haut niveau, est une source d’inspiration. Elle est vraiment incroyable. Il y a également Alysson Felix et Christian Taylor que j’aime beaucoup.

LA RÉMUNÉRATION DANS MON SPORT N’EST PAS QUELQUE CHOSE QUI M’INQUIÈTE

En ce qui concerne les équipementiers, je n’ai pas encore eu de réel contact avec des marques. Cependant, il y a une entreprise : Eurocom, qui va m’aider financièrement dans mon projet, en faisant du mécénat. Il y a également mon club, ma ville, ma région… qui m’aident, mais il n’y a pas de marques qui me sponsorisent personnellement. La rémunération en générale dans mon sport n’est pas quelque chose qui m’inquiète, je ne pense pas à ça… je suis encore jeune [rires]. Je sais que l’on peut quand même vivre du marteau, donc on verra ce que l’avenir me réserve.

LES JEUX OLYMPIQUES NE SONT PAS UNE FIN EN SOI

La prochaine échéance pour moi, ce sont les championnats de France, qui vont arriver dans 3 semaines. Il y avait également la coupe d’Europe des lancers, qui a déjà été reporté, donc on ne connaît pas encore la date précise. Pour cet été, il y a les championnats d’Europe et championnats du monde. Je ne sais pas vraiment me projeter. J’ai du mal à voir les échéances lointaines. Surtout en ce moment, je ne sais même pas ce qu’il va y avoir comme compétition… donc dans les années à venir, c’est compliqué.

Les Jeux Olympiques, je peux me dire « oui c’est possible », mais ce n’est pas une fin en soi. En fait, je ne me fixe pas d’objectif en ce moment. Je m’étais fixé celui, pour la saison hivernale, de faire 70m. Aujourd’hui, j’ai fait 71m. Je me dis juste que je vais prendre les compétitions les unes après les autres et on verra. Sans me fixer d’objectifs, ni de limites. Je préfère y aller petit à petit, en donnant tout ce que j’ai à chaque fois… et prendre tout ce que je pourrais prendre.

ROSE LOGA

Avec Nicolas PARANT