(Crédit photo Une : EnVy).

Jordan "Next" Savelli - Manager esport

Counter-Strike: Global Offensive
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Pendant des années, l’encadrement des équipes françaises esport n’a pas été considéré comme un rouage essentiel par la plupart des acteurs de notre milieu.

Nous avons vécu longtemps avec des joueurs qui décidaient de tout : composition de l’équipe, lieux de vie, choix du planning d’entraînement.

Une façon finalement assez malsaine notamment dans la gestion du mérite. Un joueur était jugé par ses coéquipiers et non pas par des personnes extérieures. Si tu voulais garder ta place, tu avais intérêt à écouter à 100 % les fortes personnalités à tes côtés.

On peut presque parler de management par la terreur, avec la performance au centre de tout. Ce n’était pas la bonne méthode pour aider des jeunes talents à s’accomplir. Certains discours dans ce sens peuvent quelquefois aider à te surpasser et donner envie de te battre, mais trop de profils sont effrayés par ce genre de fonctionnement pour réussir à donner 100 % de leur potentiel.

L’AMATEURISME DU MILIEU A LAISSÉ LE POUVOIR AUX JOUEURS

Nous avons tous notre part de responsabilité sur cet état de fait. La principale cause a clairement été notre manque de recul dans un univers qui était encore amateur et en pleine (r) évolution.

Si je prends l’exemple de Counter-Strike, il pouvait être compliqué de se remettre en question à l’époque de Source avec tous les succès glanés par VeryGames. Les excellents résultats ont pu aveugler les décideurs sur les effets néfastes du pouvoir pris par les joueurs.

Je n’oublie pas que l’autre cause principale est systémique. Dans le monde de l’esport, il n’y a aucun encadrement au début de la pratique à l’inverse du sport. Un jeune joueur peut devenir un pro sans avoir été accompagné, uniquement grâce à son talent. Certains pensent donc quelques années plus tard que le manager ou toute personne de l’encadrement de leurs équipes ne sont là que grâce à eux, ils ne comprennent pas l’apport de ces personnes.

Pourtant quand je vois la pépite de l’esport français, ZywOo, on se rend compte qu’à défaut d’un encadrement depuis le début par des structures, il a pu compter sur ses parents. Ils se sont rendus compte que sa passion faisait partie de lui, et au lieu de le brimer ou d’avoir un avis négatif comme beaucoup, ils l’ont parfaitement encadré et lui ont évité d’avoir la grosse tête avant l’heure.

Il me fait d’ailleurs beaucoup penser au parcours de Kylian Mbappé qui a été couvé par son père de la bonne manière.

La dernière cause pour moi provient de l’absence de légitimité des coachs qui incarnent l’essentiel de l’encadrement. Ces postes sont finalement assez récents et il manque des profils d’anciens joueurs ou de personnalités de la scène suffisamment expérimentés pour que les joueurs aient ce respect et cette envie d’apprendre auprès d’eux. Ce n’est qu’une question de temps avec un renouvellement de génération qui va forcément arriver, quand je vois un Ozstriker ou YellowStar chez LDLC, je me dis que nous sommes sur la bonne voie.

Ces problèmes n’ont pas lieu qu’en France, mais c’est vrai que chez nous certains joueurs deviennent sourds quand on commence à parler d’encadrement. Ils sont trop nombreux à avoir gagné sans ça.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la structure idéale est celle d’Astralis. Tout est bien fait, du groupe d’investisseurs, au coach emblématique ancienne star de 1.6, en passant par un staff complet (manager, analyste, préparateur physique, psychologue…) et des joueurs qui adhèrent intelligemment au projet.

Attention par contre à ne pas copier pour copier, comme je vous l’ai dit il n’y a pas un modèle qui s’appliquerait à tout le monde.

IL N’EXISTE PAS D’ENCADREMENT IDÉAL

Je ne crois pas qu’il existe une façon universelle d’encadrer positivement une équipe. Mais j’ai certaines idées qui pourraient s’adapter à la plupart des teams.

La première chose concerne le lieu de vie. Pour moi, il est essentiel que tout le monde habite dans la même ville avec un bureau en commun où les joueurs pourraient s’entraîner ensemble, disputer les matchs dans un endroit dédié. Tu es toujours plus efficace quand tu es au contact des autres et non dans ton coin.

Ensuite, il faut densifier le staff autour des joueurs avec à minima un coach, un manager et un analyste. D’autres personnes devraient également intervenir de manière ponctuelle pour de la préparation physique, mentale ou psychologique.

Enfin, le plus important est que le pouvoir doit être véritablement dans les mains de la structure et de ses représentants directs : le manager et le coach. Ils doivent être au même niveau, et chacun aura son domaine d’expertise pour avoir le dernier mot selon les sujets qu’ils soient technique, organisationnel, managérial.

Bien évidemment, l’avis des joueurs n’est pas à exclure, mais il doit se faire par le biais du capitaine qui se fera le relais des recommandations de l’équipe. Dans tous les cas, c’est au staff de prendre des décisions.

Il est temps que les joueurs comprennent qu’ils sont désormais des pros. Et je ne parle pas de leur comportement dans le jeu qui est souvent irréprochable, simplement de tout ce qui concerne le fonctionnement interne d’une équipe.

Cette professionnalisation qui pourrait se calquer sur ce qui se passe dans le monde du sport passera par des petites évolutions : debrief journalier du staff, réunions d’équipe chaque semaine, méthode d’entraînement différente…

Il faut aussi que les différentes disciplines prennent exemple les unes sur les autres. Pourquoi ne pas envisager des effectifs élargis comme on peut le voir sur l’esport mobile ou sur League Of Legends avec SKT et Fnatic ? Ce genre de réforme peut avoir un effet très positif sur la dynamique de groupe et empêcher certains de stagner ou d’avoir cet état d’esprit où quoiqu’ils fassent, leur place est assurée.

C’est le genre de choses qu’on avait essayé de faire chez EnVy, mais qui avait pu être mal pris par les joueurs de la main team qui ne souhaitaientt pas perdre trop de temps à s’entraîner avec les joueurs de l’académy.

Cette possibilité de remplacement serait d’ailleurs une façon de recentrer l’intérêt des fans sur les structures plutôt que sur les joueurs. La priorité serait la performance de l’équipe devant celle des joueurs et je pense que c’est plus sain pour que le milieu de l’esport continue sa progression.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la structure idéale est celle d’Astralis. Tout est bien fait, du groupe d’investisseurs, au coach emblématique ancienne star de 1.6, en passant par un staff complet (manager, analyste, préparateur physique, psychologue…) et des joueurs qui adhèrent intelligemment au projet. Attention par contre à ne pas copier pour copier, comme je vous l’ai dit il n’y a pas un modèle qui s’appliquerait à tout le monde.

Depuis que je suis de retour, cette impression s’est confirmée, mais certaines choses doivent malgré tout évoluer. Après avoir définir le projet esport ces prochains jours (sur quels jeux va être présent 3DMAX et comment), je devrais m’occuper de la structuration de l’encadrement afin de permettre à nos joueurs d’exprimer pleinement leur potentiel.

2019, UNE ANNÉE PLEINE D’ESPOIR POUR ASSURER CETTE TRANSITION DE POUVOIR

Depuis plus d’un an, certaines équipes françaises sont allées dans le bon sens. Je pense notamment à LDLC qui avec le charismatique Ozstriker et l’expérimenté Krav ont fait de l’excellent travail.

G2 a pu également prendre position. Peut-être de manière trop tardive, car le mal avait déjà été fait. Mais mieux vaut tard que jamais. Le second départ d’Ex6TenZ, binôme pendant plus de 7 ans de Jérôme (Niak), a certainement poussé ce dernier à faire ce choix.

J’attends quand même de voir les effets suite à ces prises de position. Car si la structure n’est pas à 100 % derrière toi, ce sera très compliqué. À l’époque d’EnVy, nous n’avions pas réussi à faire ces changements radicaux à cause d’un manque de back-up.

Vitality s’est toujours positionnée comme une équipe où le pouvoir allait dans les mains du staff. Mais j’ai toujours quelques doutes quand je vois ce qui s’est passé lors du départ de Faculty ou d’Happy. L’arrivée de XTQZZZ qui a ce charisme magnétique et cette façon bluffante de s’exprimer pourrait assoir ce fonctionnement. Il est perçant dans ses paroles et ses actes, et c’est lui qui va véritablement jouer le rôle de décideur. Les joueurs ont l’air de lui faire confiance à 100 % et sa relation avec Nathan le capitaine a l’air excellente.

J’ai rejoint depuis quelques jours la structure qui m’avait véritablement lancé dans le milieu, 3DMAX. Je reviens avec un peu plus de prérogatives avec la direction de tout le volet esport qui couvre aujourd’hui chez eux CSGO et PUBG et peut-être d’autres jeux à l’avenir.

Depuis quelques mois et leur retour sur le devant de la scène, 3DMAX s’avance de façon positive et ambitieuse. Je voyais un management précis et concis avec des joueurs choisis sur leur fort potentiel et un manque d’expérience à combler, on voit très bien où veut aller cette équipe. Le bon travail a d’ailleurs été très vite visible comme le montre le recrutement par G2 de Lucky & JaCkz.

Depuis que je suis de retour, cette impression s’est confirmée, mais certaines choses doivent malgré tout évoluer. Après avoir définir le projet esport ces prochains jours (sur quels jeux va être présent 3DMAX et comment), je devrais m’occuper de la structuration de l’encadrement afin de permettre à nos joueurs d’exprimer pleinement leur potentiel.

GoY fait un excellent travail comme manager et je vais l’accompagner pour qu’il s’améliore encore. Nous devons aussi utiliser les compétences de notre analyste qui a des aptitudes en matière de préparation mentale.

Je n’oublie pas notre équipe PUBG qui est très performante avec un manager que j’avais pu avoir comme élève à la Gaming Campus, je dois aussi l’accompagner pour le faire progresser.

2019 est clairement l’année des fondations pour nous. C’est avec des bases solides que nous pourrons performer au plus haut niveau.

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