Morgan Maury : Le sport, un truc qui m’a suivi toute ma vie

Si vous avez un jour branché RMC lors d’un combat de judo ou de boxe et que vous n’avez pas ressenti les frissons à l’écoute de Morgan Maury, vous n’êtes certainement pas humain. Journaliste depuis une quinzaine d’année, passé par Eurosport et actuellement chez RMC, Morgan Maury vous présente son enfance sportive, son parcours professionnel, son attrait pour le Japon et se livre même à quelques pronostics pour le judo aux Jeux en fin d’article !

Crédit : Philippe Rabouin

Enfant, j’ai fait de la gymnastique puis, à partir de six ans, j’ai commencé le judo, qui est toujours le sport que je pratique  – j’étais rentré en Pôle France en 2000 pour faire de la compétition – et la grande passion de ma vie. Je me souviens qu’à six ans, en colonie de vacances, le sport devait commencer à m’intéresser car mes parents m’envoyaient par courrier les résultats des Jeux Olympiques de Barcelone. Je me rappelle avoir dans les mains l’extrait de journal sur la victoire de Sébastien Flûte au tir à l’arc. C’est un truc qui m’a suivi toute ma vie.

Quand je rentrai de l’école, je me mettais sur la table de la cuisine ou par terre avec L’Equipe. J’ai passé beaucoup de temps devant la télé à voir du sport. Je suis de Bergerac, on suivait Bordeaux, on regardait le foot sur Canal, les matches européens du jeudi en Coupe UEFA. Le week-end, je faisais parfois enregistrer à mon père le match de NHL de la nuit. Et le top du top que j’ai vécu, c’est les Jeux d’Atlanta, quand Canal faisait du 24h/24. J’ai plein de souvenirs, c’était incroyable d’être nourri comme ça par tous ces événements.

Morgan Maury : L’école de journalisme, une porte d’entrée incroyable

L’attrait pour le journalisme est arrivé durant le stage de quatrième au collège. Mon père avait trouvé une radio libre, Bergerac 95. Les gars qui y bossaient ont planté la graine en moi. Ce sont des gens qui ont la passion du journalisme local. Je les ai revus plusieurs fois, ils m’ont donné quelques trucs à faire. Je leur dois beaucoup. Après le bac, j’ai fait quelques piges pour Sud Ouest et pour un hebdo de chez moi, le Démocrate Indépendant. C’était une construction en vue d’intégrer une école de journalisme, et ça a marché.

J’ai raté ma deuxième année de droit mais je m’étais bien préparé pour le concours de l’école de Bordeaux et j’y suis rentré en 2005. Toutes les semaines, des intervenants extérieurs viennent te voir, tu peux presque faire ton stage où tu veux, c’est une porte d’entrée incroyable. La première année, je suis allé à Mulhouse aux Dernières Nouvelles d’Alsace. En deuxième année, je voulais à tout prix faire de la radio suite à l’expérience de Bergerac 95. J’ai réussi à faire quinze jours à RMC en avril, puis à revenir un mois à l’été. Je suis parti en stage de quatre mois à Eurosport, avec un collègue de l’école, Marc Sauvourel, qui est à Canal maintenant. Ils nous ont fait faire beaucoup de choses : de l’édition, des journaux, du commentaire. C’était très formateur.

Producteur, c’est beaucoup de pression

Au milieu de ce stage, RMC m’a rappelé. Ils lançaient le site internet, j’ai dit oui pour le week-end. Je suis vite passé à temps complet. En plus du site, j’aidais un tout petit peu sur l’antenne. Moi je voulais faire du reportage mais il y avait déjà beaucoup de monde. Début 2012, on m’a proposé de passer à la production. Tu gères une émission, son organisation, les invités, ce qu’il y a à l’intérieur, tu parles au présentateur. Je m’occupais des émissions du week-end, les Grandes Gueules du Sport, l’Intégrale Sport. J’ai aussi un peu bossé sur l’After, Luis Attaque, Coach Courbis, Captain’Larqué,…

Ca m’a bien aidé à comprendre le métier des reporters, leurs obligations, leur organisation. C’est une bonne école, mais c’est difficile, parce qu’il y a beaucoup de pression. S’il n’y a rien, le présentateur est tout seul. En parallèle, j’ai commencé à faire un petit peu de reportage. J’ai fait les deux pendant quelques temps et, vers 2015, je suis passé au reportage à temps complet. Donc on part avec la caméra, les images vont sur BFMTV ou sur une autre de nos chaînes, et les sons à la radio. Et parfois, on fait du commentaire radio.

Morgan Maury : La nuit sur du backgammon

A Eurosport, ce qui est génial, c’est qu’il y a énormément de droits de sports différents. Souvent, tu es seul au micro pendant deux heures, il faut être bon. Parce que les gens qui te regardent la nuit sur du backgammon, soit c’est parce qu’ils se font un délire, soit ce sont des vrais pros, donc il faut avoir bossé ! J’y ai aussi commenté l’homme le plus fort du monde ou les jeux vidéo, pas simple. Pour RMC, j’ai fait du football, du rugby, du hockey sur glace, du volley, du ski alpin, du judo, du taekwondo, de la boxe. J’ai commenté de l’escrime aux JO, un Euro féminin de basket, une phase finale de Coupe d’Europe de handball, des Mondiaux de patinage artistique,…

Dans les plus beaux évènements que j’ai pu suivre, il y a le combat Joshua/Klitschko en 2017 à Wembley. On était à cinq mètres du ring, dans un endroit fou, devant un combat fou. On avait l’antenne pour nous, c’était incroyable. La voile aussi m’a beaucoup marqué. Les départs de la Route du Rhum, où on voyait les premiers Ultim, ces bateaux gigantesques qui volent au-dessus de l’eau à 70km/h. Un spectacle technologique magnifique. Pareil, le départ du Vendée Globe cette année, très beau. Tu vois les navigateurs le matin, tu as l’impression qu’ils vont acheter une baguette mais non, ils vont faire le tour du monde en solitaire.

« Elle sera peut-être championne de France juniors »

Un truc qui m’a ému, c’est la médaille de bronze de Cyril Maret aux Jeux Olympiques de Rio (-100kg). C’est un gars que je vois à l’INSEP depuis dix ans, un judoka qui a  galéré pour faire des médailles. En 2015, il peut être champion du monde, il mène à vingt secondes de la fin de sa demie, il perd. Puis en place de trois, son adversaire à des crampes mais Cyril n’arrive pas à le faire tomber et perd. Aux Jeux, il sort une grosse compétition et il est récompensé de son acharnement avec le bronze.

Et le lendemain, il y a le titre d’Emilie Andéol (+78kg), ça m’a aussi beaucoup touché. Quand j’étais en Pôle France à Bordeaux, Emilie était dans une structure juste en-dessous à Lormont, et on était partis ensemble à Nantes pour une compétition. Avec les copains, on avait vu ce drôle de gabarit, cette fille ronde, un peu maladroite mais qui faisait bien le judo. On avait dit « c’est pas mal, elle sera peut-être championne de France juniors ». Arriver à être championne olympique, c’est un destin incroyable, loin d’être écrit, une construction personnelle folle. Elle est allée loin dans la souffrance pour réussir. C’était très fort, très beau.

Morgan Maury en plein commentaire du judo, lors des J.O. de Rio, en 2016

Morgan Maury : C’est fort, on écoute, on remercie

Je me souviens aussi être allé en Argentine puis en Uruguay durant la Coupe du monde 2018, quand la France allait les affronter. C’est ça le reportage. La veille, tu es dans ton canapé, et là tu te retrouves à côté des supporters avec ta caméra, tu les vois hurler, pleurer. Je pense enfin à la mort de David Poisson en 2017. On m’envoie dans les Rocheuses canadiennes, à Lake Louise, un endroit magnifique pour un truc très dur. Les garçons français du ski alpin, même si je les connaissais bien, ne voulaient pas parler, submergés par l’émotion. Et finalement, il y a Adrien Théaux qui vient parler au nom du groupe le dernier jour et qui raconte ce qui lui passe par le cœur.

J’ai beaucoup de respect pour les sportifs qui viennent au micro quand ils viennent de perdre quelqu’un ou quelque chose, c’est fort, on écoute, on remercie. Par contre, s’ils ne s’arrêtent pas quand le moment est plus sympa, je suis plus dur (rires).

Impossible d’entendre quand on me parlait dans le casque

Si je devais retenir une ambiance de dingue, c’est lors du titre mondial de Teddy Riner à Bercy, en 2011. Je n’avais jamais ressenti ça, c’était impossible d’entendre quand on me parlait dans le casque. J’adore aussi l’ambiance d’Adelboden en ski alpin. C’est un village de campagne et il y a 25000 personnes pour le géant et le slalom le week-end. Il y a moins de monde qu’à Schladming ou Kitzbühel, mais c’est différent. C’est champêtre et c’est l’évènement de l’année dans ce coin de Suisse.

Je retiens aussi les Mondiaux de Patinage en 2019, à Saitama. Le double champion olympique, la mégastar japonais Hanyu est face à l’américain Chen. Deuxième après le programme court, Hanyu passe donc en avant-dernier sur le libre, et il est monstrueux. Entre les deux passages, les spectateurs jettent des oursons Winnie sur la patinoire parce qu’une fois, ils avaient vu Hanyu avec un mouchoir Winnie. Pendant quinze minutes, les volontaires enlèvent ces dizaines de peluches. Et après ça, il y a Chen qui vient faire un programme libre encore plus parfait, si c’est possible de l’être plus, et gagne le titre mondial. C’était dingue, comment il a résisté à la pression, comment il a livré sa meilleure performance dans ce contexte de pression maximale, à l’étranger.

Morgan Maury : Absorbé par l’instant, le cerveau ne fait que suivre    

Les Jeux Olympiques, c’est le truc qui me fait vibrer. J’y suis allé à Londres, Rio et Pyeongchang, de très bons souvenirs. Déjà, c’est quelque chose que l’on fait en équipe, avec beaucoup de gens de RMC, alors que d’habitude tu voyages seul, à deux ou trois. On arrive une semaine avant pour les premiers Français qui arrivent sur place. Jusqu’à la cérémonie d’ouverture, c’est interminable ! Après, quand c’est lancé, tu es aspiré par le truc, ça va extrêmement vite. J’ai peu de souvenirs de choses que j’ai commenté parce qu’on est absorbé par l’instant et le cerveau ne fait que suivre !

On voit des athlètes de toute la planète, moi qui suit le judo je me suis retrouvé à commenter un titre en escrime, c’est super. Je suivais le ski alpin aux Jeux d’hiver, et je suis allé aider le soir du titre de Perrine Laffont sur les bosses. Il faisait un froid horrible, beaucoup de vent. Et puis aux Jeux, il arrive toujours des histoires. C’est fou, tout le temps.

La rencontre d’un pays avec un sport

Le Japon est un pays que j’ai rapidement voulu voir. Quand j’ai eu assez d’argent, j’y suis allé pour voir du judo, la première fois en 2008. Les gens sont adorables. Chaque année, j’y retourne durant l’hiver, j’adore y aller, je me suis fait des amis, j’ai vadrouillé dans pas mal d’endroits. C’est un endroit auquel je suis très attaché. Parfois pendant l’année, je ressens le manque et j’ai envie d’y retourner. Peut-être est-ce par facilité, mais je n’ai pas trouvé de meilleur endroit que le Japon pour les vacances. Je crois que j’y suis allé vingt fois dans ma vie. Les Japonais aiment le sport. Très tôt à l’école, il y en a, certains sports sont obligatoires à partir du collège.

A la télé, il y a énormément de sport, du baseball notamment. Le championnat des lycées passe sur la chaîne publique pendant plusieurs jours. Le sport est une méthode d’éducation avant d’être une compétition. La Coupe du monde de rugby l’an dernier, c’est vraiment la rencontre d’un pays avec un sport et son équipe nationale. Au Japon, le rugby n’est pas grand-chose. Passer les poules en faisant du beau jeu, ça a permis un bel engouement. Je ne suis pas sur que les règles aient été comprises par beaucoup de Japonais, mais il n’y avait qu’à voir l’affluence dans les stades et les bars rugby, impressionnant.

La possibilité de faire encore plus

On le voit sur les dernières années, les championnats sont extrêmement relevés. Pour les Jeux Olympiques, la France a deux chances : Teddy Riner et une extraordinaire équipe féminine, triple championne du monde en titre. Sur les derniers Jeux, la France c’est deux titres, remarquable. Mais on sent qu’il y a la possibilité de faire encore plus avec Teddy, Clarisse Agbegnenou et peut-être une autre fille, Madeleine Malonga, Margaux Pinot, Marie-Eve Gahié, Amandine Buchard, Romane Dicko… Ce sera forcément un exploit fou, d’aller gagner sur les terres du Japon.

Mais peut-être que le Japon sera rattrapé par la pression, qui est très différente chez eux. Les défis seront superbes, Teddy Riner face à une énorme concurrence pour aller chercher un troisième titre olympique, seulement fait par Tadahiro Nomura. Il y a la possibilité d’être très grands, peut-être d’être la première nation du judo sur la compétition. Ce sera dur, mais les choses belles ne sont pas faciles à obtenir.

MORGAN MAURY

(propos recueillis par Mathéo RONDEAU)