Football : Olivier Ménard – La force tranquille : Partie 2

Tête d’affiche de la populaire émission de talk-show sportif « L’Équipe du soir », Olivier Ménard assure, du lundi au vendredi, 3 heures d’émission en direct, sur La chaîne l’Équipe. Un travail conséquent, dont la préparation du programme occupe le plus clair de son temps. Le célèbre animateur nous raconte sa passion du sport, ses débuts à l’antenne chez Michel Drucker, jusqu’à la création de son émission phare… et même plus. Le parcours inspirant d’Olivier Ménard.

Crédit : L’Equipe

Les replays de l’équipe du soir

CA ME RAMÈNE À MES ANNÉES LYCÉE : DES FOUS RIRES ENTRE COPAINS

Mon « meilleur » souvenir dans l’Équipe du Soir ? En fait, j’ai vraiment du mal à classer les émissions, parce que… ce n’est pas que je les efface, mais c’est que je dois toujours préparer la suivante. J’en ai fait tellement et j’ai tellement de bons souvenirs… Ceux qui me viennent à l’esprit, ce sont les fous rires, en général. Ce sont toujours des grands moments.

J’ai le souvenir d’un vrai fou rire avec Didier Roustan, lorsqu’il se met à danser et qu’il se casse la gueule. Mais il y en a d’autres avec Benoît Maylin. Des fous rires où l’on arrive à peine à continuer l’émission. Ce sont pleins de moments de vie qui s’invitent comme ça, de manière spontanée.

Ça me ramène à mes années scolaires, au lycée… où je ne vais pas dire que : tous les jours, mais pas loin, c’étaient des fous rires avec les copains. Parfois, on se faisait virer de cours tellement on en pouvait plus, parce qu’il y en avait un qui avait sorti une connerie. Ce sont ces moments d’humour « collégien » qui font du bien. Retrouver le simple plaisir de rire. Les meilleures émissions, pour moi, ce sont les moments comme ça, où tu fais de la télé, et tu t’amuses. Parce que ce n’est pas prévu. Guillaume Dufy par exemple, est très sensible aux fous rires. Et quand je le vois, qui ne peut plus s’empêcher de rire, je me dis que si j’étais allé en classe avec lui, on se serait vraiment bien marré !

OLIVIER MÉNARD : C’EST COMME SI TU PARLAIS DE MBAPPÉ, ET MBAPPÉ DÉBARQUE

De manière éditoriale, l’émission qui m’a vachement plu, c’est celle avec les marins, pour le Vendée Globe (2020-2021) : on a reçu Jean le Cam, Bestaven, Seguin… C’est l’un de mes meilleurs souvenirs. Déjà, ça me fait une respiration par rapport au football… et sur la façon dont on envisage le sport : là, on retrouve une sorte de grandeur, d’innocence, avec des mecs qui ont fait une compétition sportive, mais avant tout, une compétition humaine !

Lorsqu’il nous en parle, ces sportifs-là, ils ont les mots pour verbaliser, pour nous raconter leurs histoires, pour nous transmettre des choses. Donc ce sont des moments qui sont intenses. Il y a une notion où la victoire n’est pas l’absolue finalité, c’est important, oui, mais c’est tout le chemin parcouru qui compte. Les galères dans le bateau, savoir les surmonter… l’aventure est sportive, et intérieure. Ils doivent passer par toutes les émotions : ils doivent être stressés par la météo, par le matériel, par les autres skippers, et ils ont l’art de nous raconter ça. Et ça fait des très bonnes émissions.

Un jour, en plateau, on parlait de Bestaven, qui venait de gagner le Vendée Globe, et on a notre envoyé spécial du journal, Anouk Corge, qui devait intervenir. Dans l’oreillette, on me dit : on n’a plus Anouck… mais on a Bestaven ! C’est comme si tu parlais de Mbappé, et d’un coup, hop, Mbappé débarque ! Donc c’est quand même incroyable. Yannick a participé à l’émission comme ça. C’était vraiment le hasard !

Une autre émission me revient, encore une fois, avec les marins. C’était le jour du sauvetage de Kévin Escoffier par Jean le Cam. Le soir même, on a un direct vidéo dans le bateau de Jean le Cam. Et on a même Kévin Escoffier, qui avec ses moyens technologiques, Skype, etc., pouvait se filmer et avoir une relation vidéo, en live, avec nous. Il était également sur l’ordinateur et il voyait l’émission en direct. Il répondait à nos questions… incroyable ! Le mec a passé 11 heures sur un radeau de survie, il monte sur le bateau de Jean et il te dit que son sauvetage n’est pas un miracle et il t’explique pourquoi. Il t’explique comment il l’a vécu, c’est extraordinaire… tout ça en direct. Donc ce sont des choses extrêmement fortes à vivre.

CE QUI ME MARQUE, C’EST L’INATTENDU

Ce sont souvent les émissions omnisports qui me marquent, maintenant. J’aime bien parler d’autres sports, je redécouvre des disciplines. Quand je prépare les émissions, je revois des choses que j’avais mis un peu de côté. Il y a des choses qui me reviennent, également, c’est sympa. Après le confinement, le calendrier était chamboulé, et on a eu l’occasion de traiter le Tour de France, dans l’équipe du soir.

D’habitude on est en vacances pendant le Tour. Mais là, c’était en septembre. On a eu la chance d’avoir notre chroniqueur magnifique, Patrick Chassé, avec qui on s’engueulait sur le cyclisme. Mais c’était bien ! Il y avait des désaccords, des débats, c’était intéressant. On en revient toujours au même point : c’est la discussion ! Ce qui me marque, ce sont les moments « inattendus », les moments qui rompent avec le quotidien. Parce que, quand tu dois produire des émissions sur Neymar, Mbappé, le PSG, l’OM… ce n’est pas que ce n’est pas bon, mais personnellement, j’en ai produit pas mal, des débats sur eux.

Et c’est la difficulté de traiter ses sujets, qui reviennent souvent, c’est de dire : « on sait qu’on en a parlé, donc, quel nouvel angle, je vais pouvoir trouver aujourd’hui ? Quelle nouvelle histoire on va pouvoir raconter aux téléspectateurs ? » C’est important, parce qu’en général, il ne faut pas trop faire de réchauffés. On a essayé de le faire avec « Lecanu vs Bundes », mais c’était passé. J’ai adoré cette chronique, et on a essayé de la relancer. Mais ça n’a pas pris. Il ne faut pas refaire les choses ! Ou si tu les refais, il faut faire quelque chose d’un peu différent. Et on n’avait pas ce second souffle pour lui redonner vie à cette chronique… alors, on n’a pas forcé !

OLIVIER MÉNARD : MA JOURNÉE TYPE À L’ÉQUIPE

Ma journée type : j’arrive à l’Équipe vers 10h30 du matin. Je téléphone, je lis l’Équipe, les actualités. Je salue tout le travail de la documentation, qui nous fait tous les matins une revue de presse de toute la presse française. C’est un système vachement bien filtré. Il y a un mail avec du football, un mail avec du rugby, un mail avec les autres sports. Alors, il y a pas mal de lecture à faire. Je consulte, et quand j’ai une idée intéressante, je la note, avec la source. Je fais ça de 11h jusqu’ 13-14h.

Ça fait un gros travail de préparation, pour essayer de sélectionner le meilleur. J’essaie de voir le plus de choses possibles, que rien ne m’échappe. Après tu peux avoir des intuitions, téléphoner à certaines personnes qui ont des informations, qui ont écrit des choses, donné des interviews, et j’essaie d’avoir le contexte ou autres choses… Je peux appeler des gens du milieu.

C’est la phase de préparation. C’est comme quand tu veux faire à manger avec les copains, tu dois faire les courses. Moi, je fais mon marché, je regarde, je cherche des angles, des évènements qui peuvent provoquer l’admiration, l’indignation… des choses qui peuvent être drôles, enfin tout ce qui peut être sujet au débat.

UN ASSISTANT TÉLÉPHONE À TOUS LES CHRONIQUEURS

Il est 15h à peu près, les assistants sont arrivés. J’ai un chef d’édition, Matthieu Maes, qui a aussi préparé sa rivière, avec des thèmes, etc. C’est la 2ème phase : la conférence de rédaction. Donc j’ouvre avec la question traditionnelle : « Qu’avez-vous repéré dans l’actualité ? ». On essaie de faire par thème. Quand ce sont les journées chaudes, lorsqu’il y a un Barça-PSG, par exemple, on ne prépare que la 1ère partie de l’émission parce que la 2ème, ça va être le débrief du match, et ça, on ne peut pas anticiper. Dans ce cas, la question que je vais poser, c’est « Quelle serait votre première question pour rentrer dans le match ? ».

Et on papote, on discute. Je fais un mail avec les intitulés de toutes les questions que l’on va poser pendant l’émission. En y mettant des petites notes d’intention : si je veux préciser quelque chose… je peux donner un lien internet, une citation, etc. Ce document est envoyé à tous ceux qui ont participé à la conférence de rédaction, mais également aux chroniqueurs de l’Équipe du soir.

Olivier Ménard : “Les relancer en donnant des chiffres”

C’était mon idée depuis le départ : que les chroniqueurs ne découvrent pas les thèmes à l’antenne. Je veux qu’ils aient le temps de réfléchir, peut-être de passer un coup de téléphone, si la question suggère d’obtenir des informations… que ce soit de la personne concernée, ou d’un agent, d’un proche. J’ai besoin que les chroniqueurs puissent préparer et maturer les sujets.

Un assistant téléphone à tous les chroniqueurs et leur demande : « pour telle question, tu réponds « oui » ou « non » ? ». On fait un tableau, avec l’intitulé du débat, le nom des chroniqueurs, et on note toutes les réponses. Le but, c’est de savoir s’il y a débat, parfois il peut ne pas avoir débat s’ils ont tous la même réponse. Dans ces cas-là, on peut changer la question, la faire évoluer. Je peux aussi choisir de la conserver, si l’unanimité me paraît suspecte. Alors, dans ma manière de défendre le débat… c’est rare, mais je le fais quelquefois, je vais creuser, les relancer en leur donnant des chiffres, des éléments qui vont à l’encontre de leur réponse.

Sur chaque débat, on n’a pas de recette. On ne veut pas être systématique. On essaie, toujours, de trouver la formule la plus juste par rapport au fait d’actualité précis. C’est le plus dur, c’est ce qui prend le plus de temps : ajuster, à chaque fois.

OLIVIER MÉNARD : ON ALLAIT BOIRE LE « VERRE DE L’AMITIÉ »

La 3ème phase, c’est la phase de production de l’émission. Pour chaque sujet, qu’est-ce qu’on peut mettre comme élément vidéo, graphique, qui va nourrir le débat. Ça peut être pour lancer la question, la justifier. Chaque assistant a 2-3 thèmes assignés à préparer. En général, j’ai des idées bien claires, donc je leur dis ce que j’ai dans la tête, je les aiguille. Il est à peu près 19h-19h30 : je revois tout le conducteur, c’est-à-dire tout le déroulé de l’émission. Je vois tous les éléments visuels. Ça nous permet, avec le chef d’édition, de ne pas partir dans l’inconnu, de savoir exactement sur quoi s’appuyer, pour rebondir, à tel moment.

Après, 19h45, c’est la première partie et à 22h30, la deuxième. C’est la phase d’accouchement. Avant le Covid, on pouvait aller boire « un petit verre de l’amitié » avec les chroniqueurs qui le désiraient, après l’émission. Et vers 1h, on rentrait et on allait se coucher. Ça fait des grosses journées de travail mais comme ça me passionne, faire des heures, ça ne me pose pas de problème. Je n’ai pas l’impression que c’est un travail fastidieux, fatigant. C’est plutôt intéressant et captivant.

C’EST UNE HISTOIRE DE CONVICTIONS, PAS DE CERTITUDES

À la télé, l’essentiel, c’est d’être convaincu de ce que tu fais : ce n’est pas une histoire de certitudes, c’est une histoire de conviction ! Il faut arriver à l’antenne en disant : « on va parler de ça, avec tel angle… ». Mais, en soit, ce n’est pas une finalité. Parfois on me dit : « Ta question, elle est moisie ! ». Et moi, je réponds : « D’accord, mais pourquoi ? Quelle question auriez-vous posées ? ». C’est une discussion !

On peut débattre sur tout. Mais quoi que tu fasses, il faut te dire en arrivant sur le plateau : « Voilà, j’ai sélectionné les meilleures questions ». Il ne faut pas, en arrivant, se dire « Putain, c’est moisi… ! »

Après, selon les journées, l’actualité est plus ou moins riche. Quand l’actu est « à marée basse », ce sont les émissions les plus difficiles parce qu’il n’y a pas grand-chose, tu te demandes ce que tu vas faire, ce que tu peux trouver pour amuser et informer le téléspectateur. Donc tu gamberges toute la journée, et à la fin, souvent je me dis : « Par rapport à l’actu qu’il y avait, on a bien bossé, quand même »

Je n’ai pas de plan en tête sur les changements qu’on va apporter à l’émission, la saison prochaine… ou dans le futur. Ça ne se passe jamais comme ça. Je n’ai pas de plan

Olivier Ménard

OLIVIER MÉNARD : COMME INVITÉ, J’AI BIEN AIMÉ SAMIR NASRI

Parmi les gros invités qu’on ait reçu sur le plateau, j’ai bien aimé Samir (Nasri). Il est très intelligent, il n’a pas de problème avec l’oral. Et s’exprime très bien et il peut t’ouvrir les portes du vestiaire. Il nous avait raconté l’anecdote avec Guardiola : l’histoire des rapports sexuels, comme quoi le coach interdisait les rapports sexuels la veille d’un match. Et ça m’a été confirmé par Guy Roux.

Guy notait tout, sur chaque joueur, car il disait « ce qui est bien pour untel, n’est pas forcément bien pour l’autre ». Quand Samir parle de Guardiola, et quand Guy Roux me raconte son métier, on se rend compte qu’ils sont obnubilés par le prochain match : il faut tout faire pour le gagner. Et eux, ils cherchent toutes les solutions pour que les joueurs soient dans les meilleures conditions.

Olivier Ménard : Les entraineurs veulent comprendre, radiographier

C’est leur obsession ! Et le fait de demander à un joueur : « C’est bien ! Tu as bien joué. Dis-moi, t’as fait l’amour quand ? » : c’est très intrusif, c’est très intime, mais eux se foutent de ça ! Pour eux, savoir s’ils l’ont fait ou non, ce n’est pas la finalité, ils ne sont pas moralisateurs. C’est simplement savoir si le mec était en forme le jour du match, ou non… voir ce qui a bien marché pour lui… Les entraineurs veulent comprendre, radiographier, donner des conseils personnalisés aux joueurs : « Toi, surtout ne fais pas ça ! ». C’est juste de la connaissance.

D’un œil extérieur, c’est hallucinant. Toi, si ton patron te pose la question, par exemple, après un mauvais dossier, un mauvais article, tu vas te dire « mais il est complètement farci, lui ». Mais dans le domaine du sport, de l’effort physique, il faut que le corps marche le mieux possible, c’est de la performance, et si tu as l’obsession de tous les grands coachs, tout est important. Donc Samir était un invité très intéressant car il avait l’art de nous raconter et de nous ouvrir l’intimité d’un vestiaire et de nous apprendre des choses.

JE N’AI PAS DE PLAN EN TÊTE POUR LE FUTUR

Je n’ai pas de plan en tête sur les changements qu’on va apporter à l’émission, la saison prochaine… ou dans le futur. Ça ne se passe jamais comme ça. Je n’ai pas de plan, je fais quand les idées me viennent, mais ça peut être à la rentrée, comme ça peut être en différé, à n’importe quel moment.

Par exemple, le jour de Barça-PSG, on a fait rentrer un nouveau chroniqueur, Dan Perez, qui fait des papiers supers sur le foot et sur les tactiques de jeu. Avant la rencontre, il avait fait toute une petite étude, image à l’appui, sur la stratégie du Barça, sur les circuits de passe, les schémas, les comportements de l’équipe, leurs forces, sa manière originale d’attaquer et de défendre. Ses failles aussi, pourquoi le Barça est coupé en deux, qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène, etc.

Bref, je n’ai pas d’idée sur ce que sera exactement l’émission dans 1 an. Je sais qu’elle restera, à peu de chose près, la même : c’est un journal débattu. Mais les idées, on les trouve au fur et à mesure. Parfois, on a envie de faire certaines choses, après on n’a plus envie. J’ai toujours du mal à me projeter ! Me projeter sur 10 ans, par exemple, c’est difficile. Parce que je suis toujours soumis aux audiences… je vieilli, aussi… mais ça me ferait mal, vraiment, de ne plus présenter l’équipe du soir.

Quand tu fais marcher une émission quotidienne, il faut la remplir, il faut l’alimenter chaque jour. Tu as un peu « la tête dans le guidon ». Ce matin, je réfléchis déjà sur ce que je vais faire ce soir. Donc, c’est un travail de chaque instant, qui est conséquent. Je ne me focalise pas sur ce que je vais faire dans 10 ans : ce que je ferai, je ne sais pas…

OLIVIER MÉNARD : J’AIMERAIS BIEN FAIRE DES MASTERCLASS

J’ai parfois des envies d’autres émissions. J’aimerais bien faire des masterclass, avoir une grande personnalité pendant 1 heure chrono, et revenir sur sa carrière.

Comme j’ai tendance à préparer beaucoup les choses, ça me prendra du temps, quand même. Si je veux faire des masterclass, il faut avoir un invité prestigieux. Et il faut que je prenne le temps de connaître et revoir parfaitement sa carrière. C’est-à-dire, me renseigner, lire des choses, les ingérer, les digérer, leur donner un sens. Et tout ça est un travail préparatoire qui est vraiment conséquent : essayer de tout connaître, ou presque.

Par exemple, je reçois Zidane : c’est un grand personnage du sport français. Je connais des choses sur Zidane, on pourrait juste discuter, comme ça. Mais pour avoir une discussion de qualité, il faut que je bosse de mon côté. Ça veut dire appeler les gens qui l’ont connu ! Il faut fouiner, il faut presque avoir une thèse sur Zidane. Je dois partir avec un regard, avec un œil, avec une dynamique. J’aimerais bien présenter ce genre d’émission, mais je le ferai peut-être plus tard, un jour… jamais, je ne sais pas, mais c’est quelque chose qui me taraude.

CA FAIT MOINS BOUILLIR LA MARMITE

Ça ne serait pas une émission quotidienne. De toute manière, des grands personnages qui captivent le sport français, il n’y en a pas non plus des masses. Il y a des gens, aussi, qui ont été des très grands sportifs, mais qui, dans l’expression orale, ont du mal à se raconter. Ils sont sportifs, on ne leur a pas demandé d’être bon à l’oral… donc c’est très difficile, c’est un autre exercice ! Ça serait vraiment une émission très événementielle. Je ne pourrai pas en faire une par mois. Et c’est très difficile en télé d’avoir un concept que tu ne peux pas mettre de manière hebdomadaire ou mensuelle. Donc, ça ne fait pas bouillir la marmite, mais ça serait une fois de temps en temps.

L’équipe du soir, c’est une émission quotidienne, on parle de sport, avec un club de chroniqueurs, boum, c’est bon. C’est simple, c’est compréhensible, on y va ! Mon autre émission, elle serait peut-être dans un théâtre, il y a des frais de production. Je sais qu’en télé, ce ne sont pas des formats très populaires. J’en ai parlé déjà au patron, il m’a dit « Oui, oui, pourquoi pas », mais lui aussi il est comme moi. Il a un quotidien avec beaucoup de choses à faire. Je ne suis pas dans ce truc d’égo : « Oh, il ne m’a pas écouté, machin », ça va, on doit toujours se mettre à la place des gens… Ça reste, en tout cas, dans un coin de ma tête.

Un jour, il y aura peut-être un hasard, quelque chose, qui fera qu’une semaine où ça ne sera pas forcément prévu, je me mettrai à bosser 3 ou 4 jours, toute la nuit, pour bien préparer, et hop, on tournera l’émission. Si ça doit se faire, ça se fera !

J’ai déjà la chance de présenter une émission, que je fais, que je fabrique, que je pétris, que je fais évoluer, avec des collaborateurs, comme Matthieu Maes. Donc, je suis déjà heureux.

OLIVIER MÉNARD : LES RÉSEAUX SOCIAUX NE M’INTÉRESSENT PAS

Les réseaux sociaux, ça ne m’intéresse pas. Si c’est pour prendre des photos en vacances et les poster… non, j’aime bien les regarder sur mon téléphone, voir mes filles, mais c’est tout. Déjà, je n’en ai pas besoin dans le sens où je m’exprime à travers mon émission, du lundi au vendredi, pendant 3h, où c’est mon truc personnel. J’ai déjà un champ d’expression.

Après, partager ce que je fais…je vais faire une tarte aux pommes le week-end, je vais la photographier, la montrer à ma communauté, qui va me dire « hm, alors, elle est bonne ? » dans les commentaires… je m’en fiche. Je ne suis pas contre les réseaux sociaux, mais ça ne me touche pas. Avoir l’avis des gens sur ma vie, ça me dépasse. Je dois être un homme du 20ème siècle [rires]. C’est mon trait de caractère. Ce n’est pas nul, mais ça ne me concerne pas. Je préfère vivre, sans commenter et sans que l’on commente ma vie.

LA TÉLÉ, LA VIE, TU APPRENDS AVEC LE TEMPS

J’ai toujours fait de la télé en direct, à l’Équipe. Depuis que je présente… même les petits JT de 6 minutes. Aujourd’hui, c’est un exercice qui est naturel, pour moi. Mais ça n’a pas toujours été facile.

Au début, tu regardes un peu ton retour, tu te demandes : « comment je suis ? ». Physiquement, tu te dédoubles un peu : tu te vois en train de faire de la télé. Mais cette timidité disparaît petit à petit. La caméra qui est devant toi, c’est intimidant, au début. Mais le fait de faire des erreurs, de se regarder, de les corriger, de vivre tout ça : tu oublies, en fait, et tout redevient naturel.

Quand tu commences, tu souhaites que tout soit impeccable, comme si tu ne faisais pas forcément une faute de français dans la vie de tous les jours… bah si ! Une mauvaise liaison, bien sûr qu’on en fait… et ce n’est pas un drame !

Quand tu vas démarrer, tu vas te dire : « Mais qu’est-ce que pense les autres de moi ? », tu vas te dire « Oh, là, là, je suis tout rouge… et j’ai bafouillé, c’est terrible ! ». J’étais comme ça, moi, sur mes petits journaux. Parfois, j’avais une hésitation et, intérieurement, je le vivais de manière tragique ! Mais après, je me regardais : « Oui, c’est vrai, t’as un peu bloqué, t’as un peu fourché. Bon, voilà, ce n’est pas dramatique ! ».

Tu vas t’acclimater, tu vas piocher des petites recettes, tu regardes les autres animateurs, tu essaies de les imiter un peu… tu t’inspires. Ça fait partie de l’apprentissage. La télé, la vie, c’est la même chose, c’est avec le temps !

OLIVIER MÉNARD : POUR MOI, ÇA A ÉTÉ LONG… MAIS C’EST UNE BELLE HISTOIRE

Personnellement, j’ai mis des années à trouver mon ton, ma place. Jusqu’en 2008, ça allait, mais le produit que je présentais n’était pas tellement lié à ma personnalité.

En présentant un journal, c’est très difficile de montrer qui on est, parce que l’exercice : c’est donner les nouvelles. L’important, c’est l’information… tu ne vas pas faire un numéro en donnant les nouvelles. Aujourd’hui, j’ai des rapports avec les gens, donc, ça change d’un journal où tu es tout seul, face caméra.

C’est au bout de 10 ans, seulement, que j’ai pu présenter mon émission, progresser, et avoir plus de naturel. Pour moi, ça a été long… de toute façon, j’ai toujours fait les choses très lentement ! A la fin, je les comprends, mais pour comprendre, le chemin est long. Je ne suis pas un génie, hein.

Il faut en faire, il faut répéter : c’est mon secret. Et trouver ton propre ton, à travers une émission qui te correspond : moi, j’ai eu la chance de ça… donc c’est une belle histoire.

PREMIÈRE PARTIE À RETROUVER ICI :

OLIVIER MÉNARD

Avec Nicolas Parant

Retrouvez la première partie !