Les Champions de la Paix

Réunis dans un collectif de plus de 100 sportifs de haut niveau engagés personnellement en faveur du mouvement de la paix par le sport, les « Champions de la Paix » constituent un des piliers fondamentaux de Peace and Sport.
Ils œuvrent pour faire du sport un outil de dialogue et de cohésion sociale.
Modèles, héros et source d’inspiration pour les jeunes du monde entier, ils mettent leur temps, leur notoriété, leur expérience d’athlètes au service de projets utilisant le sport en réponse à des enjeux sociaux.

Crédits Photos : Peace and Sport

Le vendredi 7 juin, le football s’est concentré sur les femmes. Ce jour-là, le sport inventé par les hommes pour les hommes a mis les femmes sur le devant de la scène, en prenant leur place avec fierté. À juste titre. La Coupe du Monde 2019 promettait d’être la compétition la plus médiatisée depuis la création de l’événement, il y a vingt-huit ans en Chine. En France, le groupe de télévision TF1 a diffusé les vingt-cinq meilleurs matches en direct, y compris tous les matchs de l’équipe Français. Ses installations sont comparables à celles de la Coupe du monde 2018 en Russie. Les filles ont été traitées comme des garçons le vendredi 7 juin et tout au long de la compétition. Impensable il y a quelques années.

Une première sans avenir, ou une percée définitive dans le football féminin ? Ma nature optimiste me pousse à croire qu’il s’agit d’une véritable évolution. Mais en même temps, mon expérience me rend prudente. Dans le sport en général, et le football en particulier, les stéréotypes perdurent. Bien sûr, les discours antisexistes entendus ici et là dans le mouvement sportif peuvent nous amener à croire en un véritable changement des mentalités. Les grandes institutions sportives internationales, dont la FIFA et le CIO, adoptent maintenant des règles de parité pour la gouvernance et la participation aux compétitions. Mais les mots et les documents s’avèrent souvent trompeurs.

Au cours de mes études de psychologie du sport, que j’ai faites parallèlement à ma carrière de footballeur professionnel, j’ai étudié le rôle des stéréotypes de genre dans le comportement sportif des joueurs. Cette recherche m’a aidé à comprendre que les discours antisexistes ne suffisaient pas à changer profondément les croyances. Certes, les attitudes ont quelque peu évolué ces dernières années, mais elles sont aussi devenues plus insidieuses et moins perceptibles. Cela rend le sexisme dans le sport encore plus difficile à combattre.

Aujourd'hui, avec ma carrière de joueuse derrière moi, j'ai l'impression que je me suis toujours battue pour la place des filles, puis des femmes, dans le sport. En étant rebelle et en refusant les diktats de la société enfant, j'étais militante.

J’ai commencé le football quand j’étais enfant. À cette époque, pousser la porte d’un club n’était pas facile. Etre acceptée l’était encore moins. J’ai presque toujours été la seule joueuse parmi les garçons. L’idée d’une petite fille passionnée de football n’était pas du goût de tout le monde. Et peu de filles ont osé combattre les clichés. Encore moins gagner une place sur le terrain. Nous perturbions les gens. Notre présence était incongrue.

Aujourd’hui, avec ma carrière de joueuse derrière moi, j’ai l’impression que je me suis toujours battue pour la place des filles, puis des femmes, dans le sport. En étant rebelle et en refusant les diktats de la société enfant, j’étais militante. Je n’en étais pas consciente, mais le désir était là. Puis j’ai attendu de quitter le football en 2016 avant de me proclamer féministe. Je me sentais plus libre de l’exprimer. Plus libre aussi, de prendre la lutte pour repousser les lignes.

Mon objectif a toujours été le même : l’équité entre les sexes pour l’accès au sport. Mon engagement en faveur de la Paix et du Sport, en tant que « Championne de la Paix », fait partie de cette détermination. Tout comme mon travail en tant que conférencière et mon activité de coaching. La sortie de mon livre au début du mois de mai “Pas pour les filles ?” est la dernière étape.

Le vendredi 7 juin, j’ai éprouvé une intense émotion lors de l’ouverture de la Coupe du monde 2019 en France. Cette compétition est peut-être un tournant. Certainement pour l’équipe de France, avec certaines de mes anciennes coéquipières. Mais aussi pour tous les jeunes garçons et filles qui suivront leur progression, jour après jour, avec beaucoup de nostalgie et une grande fierté. ”

MÉLISSA