Maxime Marotte – VTT Cross Country

#Champion de France 2017 #Double Champion d’Europe relais

Masques de protection contre le COVID !

Le VTT est un sport fantastique avec beaucoup de variété et de liberté, la sensation de vitesse, d’adrénaline est omniprésente.

La notion de plaisir y est primordiale, les entrainements ne peuvent pas se résumer à de la souffrance uniquement sinon vous ne tenez pas très longtemps. L’avantage de notre sport est que l’on peut performer encore après 30 ans contrairement à d’autres sports où les athlètes écartent peut-être le plaisir et n’en peuvent plus physiquement après un certain âge.

Tous les VTTistes ont commencé le vélo en pratiquant différentes disciplines (cross country, descente, trial, enduro, orientation…) dont les bénéfices restent tout au long d’une carrière. Au moment de choisir, les sportifs se dirigent vers là où les résultats sont les meilleurs en fonction des facilités de chacun. Néanmoins, le changement de discipline est plus aisé. On peut voir que des athlètes décident de partir du cross-country pour aller sur de l’enduro ou de la descente car ils ne retrouvent plus le même plaisir qu’auparavant. Ce n’est pas du tout un échec mais une profonde remise en question. Le fait de pratiquer différents aspects du vélo tirent vers le haut le niveau général et ainsi permet une sorte de respect entre les sportifs.

UN SYSTÈME FRANÇAIS QUI VA DANS LE BON SENS

La faculté de pouvoir changer de discipline est aussi le signe d’une volonté « politique », chaque fédération ne fait pas forcément ce choix. En France, on peut remarquer cela, plus que dans d’autres pays. On a une vision spécifique qui est excellente de ce point de vue-là, depuis des décennies, ce système existe. Les athlètes français sont tous complets et les résultats le prouvent, que ce soit en descente avec des champions du monde actuels (Loïc Bruni, Myriam Nicole) ou en cross-country (Pauline Ferrand-Prévot) où l’on retrouve une grande densité en équipe de France mais toujours derrière le Suisse, Nino Schurter qui écrase tout.

Quand j’observe les nouvelles générations, je ne constate pas de grandes différences avec les autres nations. Les jeunes français performent assez tôt, cela démontre la qualité de notre système dans la longueur. L’accession au plus haut niveau est également plus facile aujourd’hui pour les jeunes avec le matériel et les outils qui s’améliorent avec le temps. La part de la technologie est plus importante mais heureusement, ceci reste de l’ordre du détail. Le fait de rester dans les meilleurs mondiaux est certainement plus compliqué, il faut sans cesse se remettre en question pour s’améliorer.

Le VTT s’est également ouvert de plus en plus ces dernières années, avec de nouvelles nations représentées en Coupe du monde. Notre sport s’internationalise comme dans d’autres disciplines avec des africains et sudaméricains venant dans le VTT. Cependant, les pays européens dominent encore les premières places. Malgré un marché du vélo important en Asie, cela reste la région du monde où le VTT n’est pas encore développé.

DES LIMITES ÉCONOMIQUES POUR GARDER LES MEILLEURS TALENTS

Le meilleur exemple pour la nouvelle génération d’athlètes est le Colombien, Egan Bernal. Juste avant de passer sur route, il a été médaillé en cross-country aux Championnats du Monde junior. Si je me souviens bien, c’était difficile pour lui (Egan Bernal) de trouver un sponsor, puis la route lui a permis de mettre le pied à l’étrier… C’est un peu le problème du VTT en ce moment, on se fait piller certains talents. Ainsi, on n’a pas forcément les retombés économiques que l’on mérite de la part des médias. Peu de gens savent qu’Egan Bernal, avant de gagner le Tour de France, était trois ans auparavant sur un VTT. Ce sport est toujours un peu dans l’ombre alors qu’on n’a rien à envier aux cyclistes sur route ne serait-ce que physiquement. Par le passé, Cadel Evans, Jean-Christophe Péraud l’ont déjà démontré. Les qualités techniques spécifiques au VTT font également la différence entre les cyclistes sur certaines courses.

Pouvoir faire la passerelle pour préparer des objectifs ou réorienter sa carrière. D’ailleurs, chez les femmes, c’est le cas, avec par exemple, Jolanda Neff ou Pauline Ferrand-Prévot, championne du monde de VTT, cyclocross et sur route.

Personnellement, je m’épanouis pleinement dans mon sport, c’est sûr, si j’avais voulu gagner plus d’argent, je serais parti sur la route où j’aurais pu, avec mes qualités physiques, performer dans le peloton mondial. Toutefois, comme je l’explique parfois, je retrouve des sensations de pilotage dans le VTT que je n’aurais jamais sur route. La capacité à prendre des risques en permanence sur différents parcours apporte de la diversité, une richesse propre à mon sport que j’apprécie chaque matin quand je me lève.

L’aspect contractuel est aussi primordial, avec Cannondale, je peux faire du ski, de la moto comme je l’entends. Le souci pour les jeunes, c’est qu’ils en arrivent vite à se demander comment gagner leur vie et donc partent dans les grosses écuries World Tour. La problématique se pose, par exemple, pour les français au-delà du top 20 mondial, on ne peut pas dire que l’on réussit à gagner sa vie. Il faut, soit travailler en parallèle ou faire des études. Alors qu’en tant que « simple équipier » sur route, cela suffit pour vivre confortablement. Le Tour de France, ça m’a fait rêver aussi, mais il faut savoir se connaître et se concentrer sur ses qualités.

DES CYCLISTES PLUS COMPLETS DANS LE FUTUR, À L’IMAGE DE MVDP

A l’avenir, j’espère que les équipes proTour vont multiplier le fait d’avoir plusieurs filiales. Dans ce sens, l’exemple récent de Matthieu Van der Poel est parfait. Il faudrait plus de profils comme lui, même s’il reste un phénomène exceptionnel dans le cyclisme. Je pense qu’il serait bon pour le vélo en général, d’avoir peut-être dans une équipe World Tour de 25 coureurs, 3-4 VTTistes qui de temps en temps, peuvent servir sur route et s’entraîner sur de belles courses, puis pour certains, créer de réelles passerelles. Cette volonté viendra sûrement des marques qui ont besoin de vendre différents types de vélo. L’exemple de Van der Poel qui reste pour l’instant dans son équipe, Corendon-Circus désormais Alpecin-Phénix, est d’ailleurs très intéressant à suivre.

Le néerlandais amène de la crédibilité à notre discipline avec notamment sa future participation aux Jeux Olympiques en VTT. Au départ, il n’était pas dans les meilleures places, il a dû travailler pour, ensuite son talent a fait le reste. Ce champion est la vitrine du cyclisme mondial aujourd’hui, son image est bonne pour toutes les disciplines. J’ai eu l’occasion quelques fois d’échanger avec lui (Matthieu Van der Poel), on sent que c’est un amoureux du vélo, il apporte un réel vent de fraîcheur partout où il passe, il casse des barrières avec panache. Quand il a gagné à l’Amstel Gold Race de cette manière en plus, cela a fait réfléchir beaucoup de personnes dans le cyclisme sur route, démontrant ainsi qu’il peut y avoir également du talent venant de l’extérieur. On s’aperçoit, malgré le calendrier, que si on met les moyens adéquats, on peut réaliser de belles choses que l’on ne pensait pas imaginables, il y a quelques temps seulement. J’espère que cela donnera des idées aux jeunes arrivants à l’avenir.

L’évolution, je l’espère, ira vers des sportifs toujours plus complets, pluri-disciplinaires, avec des modèles allant dans ce sens, permettant plus de flexibilité. Pouvoir faire la passerelle pour préparer des objectifs ou réorienter sa carrière. D’ailleurs, chez les femmes, c’est le cas, avec par exemple, Jolanda Neff ou Pauline Ferrand-Prévot, championne du monde de VTT, cyclocross et sur route. J’espère, en tout cas, que le sport se dirigera dans ce sens, plus moderne, avec des jeunes talents plus tournés sur le côté « fun » du sport. Les VTTistes parleront toujours plus de plaisir que les cyclistes sur route. La révolution technologique fera éventuellement aussi son effet, on parle beaucoup de vélo électrique actuellement, mais selon moi, cela ne sert à rien de faire de la compétition en cross-country avec un moteur, il faut éventuellement créer un format propre à la pratique. Le vélo électrique permet une plus grande accessibilité à notre sport, cependant, cela ne doit pas être considéré de la même manière. L’UCI a eu raison d’organiser ses compétitions, pour encadrer la discipline et créer une catégorie à part entière depuis l’année dernière.

UNE WEB-SÉRIE DANS LES COULISSES

J’ai décidé, avec ma marque (de lunettes) Julbo, de réaliser une web-série (« THE HIDDEN PATH ») qui sera diffusée cette saison, à l’origine dans l’optique des Jeux Olympiques, la période la plus médiatique pour le VTT et potentiellement avec une performance de ma part aux JO en bonus. J’avais cette idée depuis quelques temps, je sais qu’aucun français de l’a encore fait à présent. J’avais envie de partager ma vie d’athlète de haut-niveau à travers plusieurs épisodes, montrer ce que l’on ne voit pas tout au long de l’année, les entraînements, les stages et la vie plus intime du sportif. Le public français est reconnu dans le monde du vélo, il est présent à chaque compétition, les étrangers nous le disent souvent. Si je peux offrir une façon différente de voir notre sport, comment je travaille au quotidien avec mon équipe, c’est aussi une récompense pour les nombreux fans de VTT en France.

Je voulais montrer les « coulisses » dans leur globalité et que ce n’est pas uniquement de la souffrance bien que ce soit un sport d’endurance très physique. Ce sont également des moments sympas, la vie d’athlète n’est pas uniquement tournée vers la performance à tout prix. Chaque athlète a une vie à côté. On peut avec la volonté, devenir un champion sans être le plus talentueux dans les catégories de jeunes et surtout démontrer l’importance du plaisir dans ce que je fais durant toute la saison. Exposer tout ce qu’il faut avec une équipe derrière notamment lors de l’épisode pendant mon stage en Afrique du Sud. Performer au niveau mondial demande une exigence, faire savoir ce qui se cache derrière les courses que le public peut voir, tous les autres aspects à travailler tel que le mental, le matériel, les réflexes, la proprioception… c’est tout une vision de mon sport que je veux apporter.

POSSIBILITÉ DE MONTRER LA VIE D’UN ATHLÈTE AU QUOTIDIEN

C’est l’avantage des nouveaux formats et plateformes maintenant, comme Netflix ou d’autres, il est possible de monter une facette plus humaine du sportif qui, c’est vrai, parle beaucoup de chiffres, de statistiques… Le côté scientifique, la préparation physique sont présents dans la série, toutefois, je voulais aussi présenter d’autres réalités au-delà des courses et des entraînements. Concernant mon sport, l’approche des vidéos est encore très sérieuse, cela manque un peu de narration. Avec les réseaux sociaux, on ne peut pas tout partager non plus. Un reportage de 15 minutes permet de se concentrer aussi sur l’esthétisme, avoir vraiment de belles images, parler à froid, non dans l’instantané, de ce que l’on ressent dans notre vie de sportif de haut-niveau. L’équipe qui m’entoure est également essentielle dans ma construction personnelle. Si je ne suis pas heureux, ce n’est pas possible, il faut tout un environnement pour à la fin, réussir ses objectifs, performer et obtenir des récompenses.

Une réelle demande existe dans la façon de raconter le sport. L’analyse, la préparation de la course, etc, ce sont des choses déjà vues. Dans le premier épisode, on me voit prendre aussi du bon temps, gérer ma reprise comme je l’entends, savoir faire autre chose quand il le faut. La série « Formula One; Drive to survive » nous a inspiré de ce point de vue. Les moments les plus intéressants sont souvent hors de la course, des instants privés de la vie d’un athlète qu’il est aussi bon de montrer au public. C’est une vue d’ensemble alternative aux compétitions dont on a besoin. Une complémentarité nécessaire pour attirer un nouveau public. Une manière de s’adapter comme un sportif peut le faire pour performer.

MAXIME

 

Avec la participation de Jérémy Haumesser