Marion Rousse – Consultante et ancienne cycliste

Cyclisme sur route : #France Télévisions #Ex Eurosport #Championne de France sur route 2012

(Crédit photos: DR).

Bercée par le vélo depuis ma plus tendre enfance avec des cousins cyclistes professionnels (David et Laurent Lefèvre, Olivier Bonnaire) et un père qui avait fait du haut-niveau. C’était naturel pour une enfant hyperactive comme moi d’en avoir marre de les encourager et de vouloir monter sur une selle.

J’avais seulement 6 ans, et lorsque j’ai demandé à mon papa qui avait connu l’exigence de la petite reine, il n’a pas voulu. Nous sommes parties en cachette avec ma mère pour m’inscrire et j’ai montré à mon père la fameuse licence le soir même. Il m’a alors prévenu que je n’allais pas faire des courses tous les week-ends et pourtant il est devenu mon plus grand supporter au fil des années.

ÊTRE UNE FILLE DANS UN SPORT SUPPOSÉ MASCULIN

Même si j’étais la seule fille sur la ligne de départ, tout m’a toujours semblé naturel. Les garçons avec qui je roulais étaient bienveillants et ils me respectaient, car j’avais un bon niveau et j’arrivais à battre la plupart d’entre eux.

C’est plutôt les parents qui ont pu être dérangés. Mais quand j’entendais un garçon se faire engueuler car il avait été battu par une fille ça me faisait tout simplement rire. Même lui trouvait ça normal de perdre « contre Marion ».

À cette époque j’avais des idoles, mais plutôt masculines, des sprinteurs comme Robbie McEwen ou plus tard Tom Boonen. J’étais tellement fan de ses maillots verts sur le Tour de France et de ses victoires sur les classiques flandriennes. La figure sportive féminine qui me faisait rêver avec mes yeux d’enfants était Christine Aaron qu’on regardait tous en famille lors des compétitions d’athlétisme.

J’ai rapidement franchi les étapes même si tout n’est pas facile quand tu es une enfant et que tu aspires à évoluer au plus haut-niveau. Tu rates des occasions de faire la fête avec tes amis, car tu privilégies l’entraînement. J’ai fait des sacrifices, sur ce que je pouvais manger ou en passant tous mes week-ends sur un vélo. Je voulais absolument savoir jusqu’où je pouvais arriver.

C’est beau et triste à la fois, mais le cyclisme c’est vraiment toute ma vie.

J’ai réussi à intégrer l’Équipe de France ainsi qu’un sport-études proche de la frontière belge. Je suis une chti et en Belgique le cyclisme est vraiment le sport national, il y a des compétitions avec 150 filles tous les week-ends. J’étais encore entourée de garçons dans ce double-cursus, mais je me suis vraiment bien intégrée, certainement car je faisais autant d’efforts qu’eux et que je n’avais aucun traitement de faveur.

J’ai assez galéré sur un vélo pour pouvoir en parler comme les autres consultants. Les gens ont vu tout de suite que je n’étais pas la caution féminine du plateau, car j’avais des connaissances et un vécu. Ma chance a aussi été de débuter sur une chaîne spécialisée comme Eurosport avec des gens bienveillants et un public aguerri au cyclisme.

UN CHOIX À FAIRE ENTRE CONTINUER MA CARRIÈRE OU EMPRUNTER LA VOIE MÉDIATIQUE

Quand je suis devenue Championne de France espoir et élite le même jour, j’ai pu intégrer Lotto-Soudal qui est l’une des plus grosses formations mondiales. Pourtant, je devais travailler à côté pour vivre. J’ai eu cette chance d’avoir une convention d’insertion professionnelle passée entre l’Équipe de France et la Mairie d’Étampes, qui me permettait d’avoir un salaire complet alors que je bossais à mi-temps chez eux.

Je vivais déjà avec Tony et je le voyais de son côté ne faire que du vélo tandis que moi, je roulais le matin et l’après-midi c’était direction mon « deuxième » travail. Un jour, Guillaume Di Grazia, rédacteur en chef d’Eurosport, m’a parlé de l’émission « Les rois de la pédale » en m’indiquant qu’il n’y avait jamais eu de fille sur un plateau et qu’il aimerait m’avoir.


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Je ne me voyais pas en télévision, j’étais très réservée, sans réseaux sociaux. On en a beaucoup parlé avec Tony qui m’a rassuré et avec mon tempérament de fonceuse, j’y suis allée. La première émission s’est super bien passée pendant le Tour des Flandres et l’équipe (Jacky Durand ou Christophe Moreau) a été très sympa.

Quelques mois plus tard, je croise de nouveau Guillaume sur le Tour de France et il me propose d’être consultante pour La Vuelta qui aura lieu dans quelques semaines à peine. Je suis tombée des nues et il m’a fallu prendre un vrai moment de réflexion. J’étais encore Championne de France en titre, je vivais mes meilleures années sur le vélo, et je savais que ça allait être compliqué de faire les deux.

J’ai finalement eu cette double vie pendant deux ans avec des résultats dans ma carrière sportive forcément en demi-teinte. J’avais cette impression que je pouvais faire beaucoup mieux dans les deux domaines. J’ai finalement eu une discussion avec Guillaume pour me consacrer pleinement à ce métier qui me plaisait et qui me permettait de prolonger ma passion.

25 ans c’est jeune pour être retraitée, mais avec 19 ans de vélo derrière moi je ne pouvais pas avoir de regrets. Je laissais sans état d’âme cette pression des résultats derrière moi.

LA TOUCHE MARION ROUSSE

Au début de cette aventure, on m’a souvent présenté comme la femme de Tony. C’était déplaisant, mais finalement il a aussi vécu la même chose que moi et nous n’avons pas de problèmes là-dessus. Nous sommes très liés et complices, mais c’est bien de montrer nos distinctions.

La plus grosse difficulté dans cette carrière résidait pour moi dans le fait de voir une fille commenter du cyclisme masculin. Que ce soit en France ou ailleurs, c’était du jamais vu. J’avais peur de me faire lyncher par les téléspectateurs et finalement avec du recul je me dis que c’était bête de penser ça.

J’ai assez galéré sur un vélo pour pouvoir en parler comme les autres consultants. Les gens ont vu tout de suite que je n’étais pas la caution féminine du plateau, car j’avais des connaissances et un vécu. Ma chance a aussi été de débuter sur une chaîne spécialisée comme Eurosport avec des gens bienveillants et un public aguerri au cyclisme.

Quand je suis arrivé sur France Télévisions en 2017, c’était une nouvelle étape, car on parle au grand public. Mais quel rêve de commenter le Tour de France, d’être présente sur « Vélo Club », une émission que je regardais toute petite. Je réalise la chance que j’ai aujourd’hui, et je me mets donc une pression supplémentaire pour être plus compétente que les autres.

Je m’inspire beaucoup de certains collègues journalistes qui ont pu me donner des conseils sur des choses autres que le vélo. J’ai la chance d’évoluer avec Alexandre Pasteur qui était avec moi chez Eurosport, nous sommes très proches. Notre complicité nous permet de nous rebooster en plein direct ou de pouvoir faire une critique constructive après les courses.

C’est avec cet état d’esprit qu’on progresse. J’ai d’ailleurs eu un coup de foudre professionnel pour Franck Ferrand. On s’apprend des choses mutuellement, car on ne vient pas du même milieu. Mais par moment je peux encore le choquer, c’est drôle. Durant le dernier Tour du Pays basque, j’étais fatiguée et sans voix, et Laurent Luyat me lance sur Romain Bardet et je dis « il ne s’est pas trop mal démerdé ». Franck m’a regardé d’un air !

J’essaye d’apporter ma touche personnelle à tout ce que je fais. J’ai toujours eu un pied dans le peloton notamment grâce à mon passé en Équipe de France qui m’a permis de connaitre Thibaut Pinot, Romain Bardet ou Julian Alaphilippe. Ma relation avec Tony m’a aussi permise de découvrir de nombreux coureurs internationaux comme Cancellara ou Greipel.

Alexandre peut donc s’appuyer sur moi, car je possède ces informations inside. Par exemple sur le Tour de France nous n’avons pas la possibilité d’aller au départ pour parler aux coureurs, car nous commentons en intégralité et j’ai cette chance de parler avec eux par messages. Je peux demander à Patxi Villa, l’entraîneur de Peter Sagan, d’avoir ses braquets ou d’autres informations avant un chrono. Je m’entends très bien avec les coureurs et ils ont confiance en moi, car je suis bienveillante et admirative de leur travail.

Pierre-Maurice Courtade, le nouveau directeur du Tour de Provence, m’avait approché l’année dernière, car il avait la même vision que moi du cyclisme : préserver les valeurs traditionnelles tout en apportant une touche de modernité aux courses.

DÉVELOPPER MES COMPÉTENCES : UNE FAÇON DE SE RASSURER

J’espère que tout ce que j’ai pu entreprendre dans le vélo apporte une pierre à l’édifice du sport féminin. J’ai reçu récemment un message d’une jeune cycliste sur Instagram qui était admirative de mon parcours et qui avait commencé le vélo grâce à moi. C’est tellement stimulant, je lui ai répondu tout de suite.

L’évolution est en marche dans le cyclisme féminin avec de plus en plus d’équipes comme Trek ou Movistar qui créent leur propre section. L’UCI et David Lappartient essaient d’ailleurs de mettre en place un salaire minimum pour les filles pros. Si je peux contribuer à ce changement, ce serait une fierté.

Peut-être que ça passe aussi par le fait d’accepter de nouveaux défis comme mon rôle de directrice adjointe du Tour de Provence. Voir de A à Z les contraintes d’un organisateur m’aidera fortement dans mon rôle de consultante chez France TV, mais ce n’est pas pour ça que j’ai accepté ce rôle.

Pierre-Maurice Courtade, le nouveau directeur de la course, m’avait approché l’année dernière, car il avait la même vision que moi du cyclisme : préserver les valeurs traditionnelles tout en apportant une touche de modernité aux courses. Il ne voulait pas que je sois une simple marraine, mais bien que je participe aux budgets, au parcours, à la relation avec les partenaires… J’ai pu douter comme à chaque nouveau projet, mais j’ai foncé, car c’était une expérience qui s’annonçait incroyable.

J’ai pourtant été surprise du buzz médiatique et de tous les coureurs qui ont pu me féliciter. J’oublie souvent que je suis la première femme à le faire dans ce milieu.

Tant de projets à 27 ans. Et on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve.

Même si je m’épanouis à la TV, j’essaie de me préserver en me disant que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Mais personne ne pourra m’enlever ce que j’ai fait, j’ai aujourd’hui un bagage que je compte développer. Me diversifier autant c’était peut-être un moyen de me rassurer.

Après ce premier Tour de Provence qui a vu la victoire de Gorka Izaguirre, j’ai hâte de voir nos français briller encore plus cette année sur les écrans de France Télévisions. Ils nous ont donné tellement de frissons lors des Championnats du Monde, cette génération dorée est capable de briller sur tous les terrains. J’attends de commenter ça avec impatience.

MARION