Dorian Godon - Cycliste

Cyclisme sur route : #Cofidis

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Dorian Godon est l’un des jeunes espoirs du cyclisme tricolore. Alors qu’il vient de passer professionnel dans la team Cofidis, Dorian revient avec ses mots sur son parcours entre passion pour le vélo et apprentissage de sa discipline (Merci à SportCom pour cette collaboration).

Ma passion du cyclisme est venue de mon père. Il m’a appris à en faire sur un parking, je le remercie pour sa patience d’ailleurs. Mais ce n’est qu’à l’âge de 5 ans, à la suite de notre déménagement de la région parisienne à Lyon, que mes parents m’ont inscrit dans un club local : Le Lyon Sprint évolution.

Je me rappelle encore de ma première course, j’avais seulement 6 ans. Avec mon VTT j’ai remporté l’épreuve qui se déroulait d’ailleurs sur un vélodrome. J’adorais ce sport, je roulais souvent avec mon père et ce sont de bons souvenirs.

J’ai aussi été marqué par les exploits des grands champions de l’époque comme Armstrong. Il m’inspirait comme beaucoup de jeunes de mon âge, avec sa rigueur dans le travail et son professionnalisme.

J’ai toujours aimé aller au bout de mes limites et essayer de les surpasser, le résultat en soi n’était pas une obsession, je pense que c’était plus une sorte de défi personnel. Mais au fur et à mesure des courses, ayant de bons résultats, j’ai forcément pris goût à la victoire et j’ai donc commencé à essayer de mieux faire les choses. Il n’y avait pas que le vélo à ce moment-là, j’avais d’autres passe-temps comme l’escalade notamment. Habitant proche de la montagne j’en profitais également pour faire d’autres activités.

Le vrai déclic sur mes capacités a eu lieu en juniors. Je continuais à gagner des courses et j’ai notamment remporté une manche de Challenge National, l’équivalent de la Coupe de France dans ma catégorie. C’était de bon augure et ça m’a donné beaucoup de confiance et de motivation. Mais je savais que dans le cyclisme tout peut bien aller un jour et l’inverse se passera le lendemain, d’autant plus en junior, il y a un cap à passer pour être chez les élites et les performances ne suivent pas toujours. À cette époque, je ne misais donc pas tout sur le vélo.

En sortant du bac j’étais encore en 2ème catégorie en amateur (le second niveau le plus élevé chez les amateurs) je voyais que cela se passait bien, mais j’étais encore très loin de passer pro. Mais je n’y pensais pas forcément. J’ai donc commencé des études de médecine PACES, (1re année commune aux études de santé), j’avais pour but d’apprendre au maximum pour ensuite basculer sur des études de kinésithérapeute. À ce moment-là, je ne savais pas si j’allais avoir un contrat pro un jour donc je me suis inscrit en kiné à Girone, en Espagne, et j’habite donc toujours là pour suivre mon cursus.

J’ai d’ailleurs eu mon contrat pro juste après m’être inscrit, mais je suis quelqu’un qui a besoin de faire autre chose à côté, de m’aérer l’esprit dans un autre domaine donc j’ai décidé de continuer mes études malgré ce contrat pro.

LE RÊVE A PORTÉE DE MAIN

L’année 2016 a été un tournant pour moi. Après de bonnes prestations lors du début de saison j’ai eu l’honneur de connaître ma première sélection avec l’équipe de France espoirs en juillet 2016, je termine à la deuxième place du Trophée Almar en Coupe des Nations Espoirs (en Italie). C‘était ma première expérience au niveau international. On avait une super équipe, un coéquipier était dans l’échappée, tout était presque parfait… Nous avons loupé la victoire à peu de choses, mais je reste très satisfait de cette expérience, car ça m’avait permis de vivre une première expérience internationale.

Dans le cyclisme tout peut bien aller un jour et l’inverse se passera le lendemain, d’autant plus en junior, il y a un cap à passer pour être chez les élites et les performances ne suivent pas toujours. À cette époque, je ne misais donc pas tout sur le vélo.

Un agent m’a contacté, il croyait en mes capacités. C’était lui à trouver un stage et un éventuel contrat. Suite à mes bonnes performances en club et avec cette sélection j’ai signé avec Cofidis pour deux années 2017-2018.

J’ai intégré le groupe dans la foulée, en aout 2016. J’avais forcément un peu d’appréhension, de pression comme tout jeune qui arrive chez « les grands ». J’ai commencé tout de suite par une grosse course, le Tour du Poitou-Charentes. La première journée s’est très bien passée donc j’ai pu prendre de la confiance et le reste de la semaine s’est déroulé mieux que ce que je m’étais imaginé. J’ai d’ailleurs roulé en tête plusieurs heures au service de notre sprinteur, Nacer Bouhanni, qui a remporté deux étapes sur ce tour.

J’étais toujours un peu impressionné forcement, j’ai couru avec des professionnels que je voyais habituellement à la télévision. Toute l’équipe m’a très bien entourée lors de cette grande première pour moi. J’ai reçu des conseils sur la gestion et la tactique de la course pour participer aux victoires de l’équipe.

J’ai contribué comme un membre à part entière, aux victoires de l’équipe, ma première expérience dans le monde professionnel était plutôt réussie. Et c’est vrai que dans le cyclisme le mental joue beaucoup, il faut avoir des capacités physiques importantes bien sûr, mais comme on va très loin dans l’effort, le moral joue un rôle crucial. Lorsqu’on commence d’une très bonne manière comme ce fut le cas pour moi, cela facilite forcément l’adaptation et l’intégration à l’équipe et au rythme de l’équipe pour la suite. Les doutes s’effacent, la motivation est plus importante également, car on sait qu’on peut avoir un impact positif, et le jour où l’on a moins de jambes on se dit qu’on est quand même capable de suivre le rythme et faire les efforts, c’est une spirale positive.

MON APPRENTISSAGE EN TANT QUE STAGIAIRE

En tant que stagiaire il faut montrer un peu plus pour signer un contrat pro derrière. Nous sommes vraiment là pour aider l’équipe, il faut respecter les consignes à la lettre, car l’envie de bien faire ne doit pas devenir une envie de montrer ses capacités coûte que coûte. Nous n’avons pas beaucoup d’expérience donc notre rôle est d’écouter, d’observer, de répondre présent pour chacune des consignes, et c’est comme cela qu’on gagnera la confiance de l’équipe et qu’on pourra petit à petit augmenter notre champ d’action sur les courses.

Les membres de l’équipe sont bienveillants, nous ne sommes pas considérés comme de simples stagiaires, mais comme de vrais équipiers, il n’y a pas de « mépris », car tout le monde est déjà passé par là. C’est un rôle d’apprentissage, on fait forcément des erreurs sans s’en rendre compte et ils sont toujours là pour nous corriger, nous aider à nous améliorer, de façon positive. Je me souviens par exemple quand je roulais devant, parfois je roulais trop fort dans les bosses et pas assez dans les descentes alors que j’aurais dû faire l’inverse, donc ils étaient là pour me le signaler. Comme je le disais, nous prenons au fil des courses le rythme de l’équipe. Et le rythme des courses en pro est également très différent de celles en amateur donc il faut s’adapter à cela.

Le format de course entre amateur et pro est différent, les distances par exemple, on fait plus de 200 km, 5 h de courses en pro. Dans le final c’est beaucoup plus rapide. J’ai fait mon premier World Tour au tour de Catalogne, ça n’avait rien à voir, le peloton est tellement homogène, personne ne pète dans les bosses, c’est impressionnant.

Le format de course entre amateur et pro est différent, les distances par exemple, on fait plus de 100 km, 5 h de courses en pro. Dans le final c’est beaucoup plus rapide. J’ai fait mon premier World Tour au tour de Catalogne, ça n’avait rien à voir, le peloton est tellement homogène, personne ne pète dans les bosses, c’est impressionnant.

La différence se fait également hors course, nous avons des soins après chaque étape, tout est préparé à l’avance pour la nourriture, les équipements, etc. On peut se concentrer exclusivement sur notre rôle de coureur, le repos, la récupération ou la stratégie de course.

Tout au long de mon stage, j’étais assez confiant, car je faisais ce qu’on me demandait, il n’y avait pas de raison pour que je ne puisse pas passer pro à l’issue. L’équipe était très satisfaite de mon intégration et de mon travail au sein de l’équipe.

Lorsque j’ai reçu la proposition du contrat, j’étais ravi, une nouvelle aventure s’offrait à moi avec un changement radical pour moi.

Aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir, je n’ai pas l’expérience des anciens, mais j’ai beaucoup de motivation et j’ai envie d’apporter quelque chose pour l’équipe. Cette notion d’équipe est importante pour moi. Depuis que j’ai signé pro je fais partie à part entière du groupe, je me suis fondu dedans et forcément je me sens plus à l’aise qu’à mon époque de stagiaire. J’ai une marge de progression intéressante, je vois par exemple que je m’améliore au niveau de la récupération entre les étapes, je peux amplifier le volume et cela va devenir de mieux en mieux, pour moi et donc pour l’équipe.

Cependant, le fait d’avoir signé pro est à la fois un accomplissement par rapport aux efforts fournis en amont, mais également le début d’une vraie carrière où je dois redoubler d’efforts pour progresser et m’inscrire dans la durée. C’est un premier palier ô combien important, mais qui doit être suivi par de nouveaux objectifs.

Je souhaiterais faire un grand tour l’année prochaine comme la Vuelta.

À très vite sur les routes…

DORIAN