À l’époque il n’y avait pas tout ce qu’il y a aujourd’hui comme les réseaux sociaux, même si on parlait de nous dans les journaux, on ne prenait pas la grosse tête. J’aimais partager avec le public, échanger, discuter, j’avais une super relation avec eux. En revanche je n’aimais pas tout ce qui était plus « jet set, bling bling ».

J’ai été invité une fois au Festival de Cannes, donc forcément strass et paillettes, j’ai appelé ma femme le soir pour lui dire que je voulais rentrer chez nous. Je n’aimais pas, ce n’était pas pour moi je n’étais pas à l’aise.

Le lendemain je suis rentré et je ne suis plus jamais allé à un évènement comme cela. Je ne sais pas si ça à avoir avec mon côté tahitien, c’est vrai qu’ici nous sommes un peu plus simples, calmes et on profite autrement.

J’ai amené des petites traditions Tahitiennes quand même en France. J’étais l’initiateur des BBQ. Même pendant l’hiver ! Pour les autres joueurs, c’était inconcevable et ils m’ont chambré au départ et finalement par la suite ils me demandaient tout le temps quand était le prochain.

Un BBQ en plein mois de janvier ça donne un petit gout d’été, de soleil ! Surtout à Nancy où il y avait 10 cm de neige ! Ce sont des super moments, être avec les copains dans le jardin, avec un petit apéro, le BBQ qui se prépare, on m’en parle encore aujourd’hui !

Et il y avait bien sûr cette célébration, les coups de pagaie en référence à mon île.

Je l’ai fait pour ma mère qui voulait sans cesse une dédicace après un but. Mais par la suite, je me suis rendu compte que je pouvais être un porte-drapeau pour mon pays. Les réseaux sociaux n’existant pas encore c’était un moyen pour moi de transmettre les valeurs de Tahiti.

Je pense qu’il y a un réel potentiel à Tahiti, mais une mentalité qu’il faudrait peut-être améliorer. Il faut mettre l’accent sur la formation, ce qui n’est pas assez le cas aujourd’hui.

En tant qu’ancien pro et avec d’ailleurs mon oncle Pascal, nous avons la chance d’avoir connu les meilleurs clubs formateurs de l’époque (Nantes… et AJ Auxerre…) et c’est donc presque un devoir de transmettre tout ce que nous avons appris.

LES BLESSURES M’ONT FAIT GRANDIR EN TANT QU’HOMME

J’ai subi une rupture du tendon d’Achille pendant ma carrière. Cela s’est passé en 2008 à Lorient lors d’un entrainement. J’avais 27 ans.

Je la considère comme le pire et le meilleur moment.

Quand tu arrives dans ce monde professionnel, on te tire le tapis rouge, tu es épaulé pour tout, tous les jours. Tu ne fais plus grand-chose par toi-même.

Mais on ne t’apprend pas à grandir en dehors du terrain. On fait en sorte que tu ne te concentres que sur le foot. Donc cela a ses avantages, mais également ses inconvénients.

M’être blessé m’a fait sortir de ce monde, malgré moi, pendant quelque temps seulement (7 mois), mais assez pour me montrer autre chose. Je me suis rendu compte que la vie n’était pas comme je la vivais. Je me suis retrouvé un peu plus seul, avec la famille bien sûr et les vrais amis, mais sans toutes les personnes qui étaient dispos pour moi uniquement quand j’étais vraiment à l’intérieur de ce monde pro.

C’était à la fin de ma carrière et je me suis toujours dit que ça aurait été pas mal de connaître ça en début. Ça fait murir.

Vers la fin de ma carrière, je voulais rester en France, continuer à travailler dans ce milieu et me servir de tout ce que j’avais appris. Mais j’avais un deal avec ma famille et le retour à Tahiti était dedans.

En revenant sur ma terre natale, j’ai donc continué à travailler dans le milieu du foot. Tout d’abord comme joueur, puis en devenant entraîneur et président du club de l’AS Dragon et aujourd’hui en me présentant pour le poste de président de la Fédération tahitienne de Football.

Je pense qu’il y a un réel potentiel ici, mais une mentalité qu’il faudrait peut-être améliorer. Il faut mettre l’accent sur la formation, ce qui n’est pas assez le cas aujourd’hui.

En tant qu’ancien pro et avec d’ailleurs mon oncle Pascal, nous avons la chance d’avoir connu les meilleurs clubs formateurs de l’époque (Nantes et AJ Auxerre) et c’est donc presque un devoir de transmettre tout ce que nous avons appris.

Le mettre à disposition des jeunes pour pourquoi pas en voir quelques-uns rejoindre des clubs en France d’ici quelques années, c’est l’objectif.

Ça fait 5 ans que je suis là et que j’essaie, mais pour pouvoir modifier en profondeur le football tahitien il faut en avoir les clés, et nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes.

Le football peut faire briller Tahiti, j’en suis la preuve, mais pas qu’au niveau sportif, aussi par le fait de parler de notre belle Polynésie. Cela peut aussi avoir un impact social et économique.

Mais j’ai aussi des objectifs de performances, celui de faire de Tahiti le numéro un en Océanie et de battre la Nouvelle-Zélande qui règne ici depuis longtemps.

Faire évoluer le football tahitien, ce sera le juste retour des choses.

MARAMA