Alexandra Recchia - Karatéka

Cat -50kg : #Championne du Monde Kumite individuel 2012, 2016 #Championne du Monde Kumite par équipe 2010,2012,2016 #Championne d'Europe Kumite individuel 2013, 2016

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Alexandra Recchia représente l’excellence du karaté français depuis 10 ans. Alors que la discipline s’apprête à connaître ses premiers Jeux Olympiques à Tokyo 2020 et que les Championnats d’Europe 2018 viennent de commencer, Alexandra vous fait découvrir l’envers du décor d’une compétition. Entrez dans la tête d’une karatéka pendant une compétition internationale. (Crédit Une : Alexandra Recchia)

La préparation d’une compétition comme l’Open de Paris s’intensifie 4 jours avant les premiers combats. Après des entraînements collectifs en début de semaine, nous nous réglons sur quelques détails comme le timing et le temps de réaction.

Ces sessions sont très courtes afin de nous permettre de bien récupérer et de conserver notre fraîcheur mentale et physique. Enfin, un dernier entraînement personnalisé, juste entre mon coach et moi deux jours avant les phases éliminatoires. Il s’agit de faire des répétitions très courtes de certains exercices afin de se mettre dans les conditions d’un combat. Le but est d’y mettre le maximum de concentration et d’énergie. On est ici dans de la réussite positive pour emmagasiner un maximum de confiance.

Concernant l’aspect mental, c’est quelque chose que j’essaie de mettre en place en vue de l’arrivée du karaté aux Jeux Olympiques. La Fédération nous soutient, mais elle doit trouver le budget, à nous athlètes de trouver les bonnes personnes en amont.

L’OPEN DE PARIS, UNE COMPÉTITION PRESTIGIEUSE ET SENTIMENTALE

L’Open de Paris est clairement pour moi la compétition de référence après les Championnats du Monde et les Championnats d’Europe. C’est l’événement qui lance la nouvelle année, qui plus est à domicile. Il s’agit de l’Open le plus prestigieux de tout le circuit de Karate 1 Premier League et compte tous les meilleurs karatékas mondiaux. L’organisation est au top et l’ambiance y est particulière. On peut vraiment sentir la différence avec d’autres compétitions de la même catégorie notamment en termes d’engouement populaire.

Pour cette édition 2018, je suis arrivée avec le statut de numéro 1 mondial et de Championne du Monde en titre. L’ambition légitime était donc de ramener la première place, mais aussi de commencer l’année de la bonne manière avec en ligne de mire le début des qualifications pour les JO en septembre. De plus je n’avais plus gagné de tournois depuis le mois de juillet, j’avais cette motivation en plus.

Être française est une pression supplémentaire pour l’Open de Paris, ce serait décevant pour moi ou pour la Fédération de passer à côté. Mais avec le soutien de mes proches, de mon groupe d’entraînement, ça s’est en général toujours bien passé*.

*64 titres depuis 2008 et 8 finales

Le format de l’Open de Paris est particulier et se passe sur deux journées : les éliminatoires le vendredi et les finales le dimanche. Comme toutes les autres têtes de série (les huit premières mondiales), mon tournoi commence au second tour et j’ai besoin de gagner 4 combats pour accéder à la finale.

DES QUALIFICATIONS BIEN GÉRÉES

Le vendredi matin, avant les éliminatoires, nous avons une pesée. J’ai toujours un petit stress, car je suis vraiment à la limite à chaque fois au niveau de mon poids. Je ne suis pas adepte des régimes ou de diète spécifique, ça passe en général à 200 grammes près.

Après avoir validé cette étape, je suis arrivée au gymnase vers 10h pour ensuite partir m’échauffer 2h plus tard. Je me sentais vraiment en forme : explosive, dynamique, tonique et très réactive. Pendant cette chauffe, on a essayé de balayer avec mon coach toutes les techniques que je pouvais utiliser en match, des phases d’attaques poing/pied à la défense en contre. Je me savais prête.

L’Open de Paris est clairement pour moi la compétition de référence après les Championnats du Monde et les Championnats d’Europe. L’organisation est au top et l’ambiance y est particulière. On peut vraiment sentir la différence avec d’autres compétitions de la même catégorie notamment en termes d’engouement populaire.

Le premier combat est souvent difficile pour moi. On peut avoir un adversaire qu’on découvre, et il y a ce petit temps d’adaptation où il faut trouver sa distance qui peut être compliqué. Mais en général une fois que je marque le premier point, j’arrive plutôt à dérouler.

Le karaté est un sport qui peut paraître violent, on accepte de prendre des coups qui sont pour la plupart du temps involontaires. Cependant, j’ai quelquefois senti une certaine agressivité contre moi pendant cet Open de Paris avec une pommette et la lèvre inférieure bien amochées. Mais je suis tellement dur au mal que ça ne me perturbe pas, ça me donne encore plus de motivation.

Les combats se sont enchaînés assez rapidement, entre 1h et 1H30 pour arriver jusqu’en demi-finale. Pendant ces moments, je n’ai que peu d’interactions avec mon entraîneur. Nous faisons un rapide débriefing après chaque combat, car je n’aime pas trop recevoir beaucoup d’informations. Je suis assez autonome.

Malgré tout, je sais que je peux me tourner vers mon coach en plein combat en cas de difficulté pour recevoir de sa part quelques mots stratégiques bien placés. Mais les coachs ont aussi un rôle bien plus important avec l’apparition de la vidéo review qui peut faire basculer un match si un point non validé le devient. Nos coachs peuvent ainsi l’utiliser de deux manières, soit parce qu’ils ont vraiment vu un point de notre part, soit pour casser le rythme et nous permettre de souffler.

Pendant cet Open, nous avons pu parler un peu de stratégie concernant mes prochaines adversaires et je suis bien sûr passée entre les mains du kiné après certains combats afin de rester en forme. Il faut aussi beaucoup s’hydrater, et se relâcher musculairement entre chaque combat.

La particularité à Paris, c’est vraiment ce public qui est énorme. À chaque point marqué, j’entends la foule : ça me galvanise, mais ça met aussi une pression sur les arbitres. J’ai d’ailleurs toujours des frissons quand j’entre dans Coubertin avec toutes ces personnes qui crient mon nom. J’ai ce devoir de donner le meilleur de moi-même, de leur faire plaisir.

GÉRER CETTE JOURNÉE DE REPOS

Cette qualification en finale a été une vraie libération. De plus avec ce format des qualifications le vendredi et la finale le dimanche, nous pouvons vraiment nous libérer et faire le spectacle. C’était tellement de joie avec ce public derrière moi, mais aussi de fierté, car arriver en finale dans une Premier League est un exploit en soi avec le niveau présent actuellement sur ce type de compétition..

J’ai pris ce samedi comme une journée de repos où j’ai vraiment essayé de faire le vide, de ne plus avoir de pression. J’étais avec mon noyau dur (ma famille, mes amis, ma team quoi !) et j’ai pu regarder mes coéquipiers de l’Équipe de France, prendre des informations sur l’arbitrage…

Je me suis également focalisée sur la récupération avec une séance d’étirements. Ce jour-là, c’était aussi l’occasion de rencontrer les fans présents dans les tribunes et d’échanger avec eux.

Vient alors la fameuse finale. J’étais forcément un peu stressée, dans ma bulle avec de la musique dans les oreilles. Mes proches étaient là, c’est une présence physique, mais sans paroles. Une fois que je pars à la chauffe, place au rituel : j’ai checké tout le monde, ma mère m’a fait son bisou sur la joue et mon père m’a mis une petite gifle afin de me motiver.

LA FINALE DE L'OPEN DE PARIS : Miho Miyahara vs Alexandra Recchia

Ensuite, nous avons parlé un petit peu de mon adversaire, Miyahara Miho, avec mon coach. Je ne suis pas vraiment dans un karaté de stratégie, mais mon coach m’a donné quelques conseils pour le combat.

L’échauffement avant la finale a réuni tout le groupe France. C’est important de sentir que tout le monde est là pour s’encourager, des karatékas au staff technique.

DES REGRETS, MAIS SATISFAITE DE CETTE SECONDE PLACE

Quand je suis entrée dans Courbertin, c’était la première fois que j’entendais une telle ambiance. Ma finale était la première de la journée et j’ai vraiment senti une pression sur mes épaules en entendant tous ces gens. Ce soutien populaire m’a fait peur pendant une seconde, alors que d’habitude je suis plutôt enfermée dans ma bulle.

J’avais déjà affronté deux fois Miyahara Miho par le passé, et à chaque fois j’avais été proche de la disqualification alors que je menais largement. Son attitude offensive me faisait sortir des limites du tatami. Pour ne pas qu’elle reproduise ce schéma, j’ai donc voulu avancer constamment.

La première partie du combat s’est très bien déroulée, je suivais notre plan d’être offensif en marquant les deux premiers points. Pendant ces premiers échanges, c’est moi qui maîtrise le combat.

Mais à un moment, j’ai voulu la contrer sur un de ces coups. C’était en fait une feinte de sa part et elle a réussi à balancer alors sa jambe. Le match a basculé en sa faveur. Je suis alors quand même restée dans l’optique d’être offensive, mais elle a réussi à aggraver le score. Mon manque de calme et de lucidité ont beaucoup joué pour ne pas réussir à inverser la tendance.

Directement après cette défaite, j’ai eu beaucoup de déception, car j’avais l’impression d’avoir maîtrisé ce combat depuis le début. Mais au bout de quelques minutes, j’ai pu avoir une attitude positive en pensant à tous ces applaudissements et messages de soutien. J’avais perdu, mais j’avais surtout montré du beau spectacle et de la combativité. De plus quitte à perdre, autant voir une fille sympa comme elle gagner son premier Open de Paris.

OBJECTIF JO 2020

Maintenant, ma tête est tournée vers la qualification pour les Jeux Olympiques. Tout commencera en septembre avec un nouveau classement et des compétitions spécifiques de qualif où seules les 50 premières du ranking mondial pourront participer dans chaque catégorie.

Je suis actuellement classée quatrième et je peux donc envisager l’intégration aux qualifications sereinement. Dès septembre et cette phase olympique qui commencera, le rythme va vraiment augmenter avec une compétition chaque mois. Le but sera alors d’être le plus régulier possible sans forcément chercher la victoire à tout prix afin d’être dans les 4 premières du ranking olympique mais aussi ne pas être trop atteinte physiquement. Il va falloir prendre les compétitions avec plus de recul.

Je suis confiante dans mes chances de me qualifier pour les JO, je suis assez régulière depuis des années, la concurrence sera rude, mais ma motivation est intacte.

ALEXANDRA