Sidney Broutinovski

#Fondateur & Président École des Agents de Joueurs de Football #Directeur Général 11 de Légende

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

La profession d’agent amène son lot de fantasmes, entre relations privilégiées avec les plus grands joueurs ou grosses commissions pour des transferts. Une vision erronée comme nous le prouve aujourd’hui Sidney Broutinovski qui a créé la première école d’agent, l’EAJF, afin de donner les clés aux femmes et aux hommes qui souhaitent s’engager dans cette voie. Il nous raconte son parcours et sa vision du métier. (Crédit photo Une : AFP PHOTO / Lionel BONAVENTURE) 

Je pense que la passion du football n’arrive pas du jour au lendemain. Soit nous sommes pris par ce sport, soit nous ne le sommes pas. En ce qui me concerne, il n’y a jamais eu de déclic particulier. Dès mon plus jeune âge j’aimais ce sport, sans forcément le pratiquer en club, mais en y jouant à n’importe quel moment de la journée avec mes amis, en région parisienne où j’ai grandi.

J’ai fait un sport étude natation, ce qui m’a donné une idée de ce qu’un sportif de haut-niveau doit endurer au quotidien. Cela m’a aidé sans doute dans mes relations avec les joueurs dans la suite de ma vie professionnelle.

Cependant je ne m’étais jamais dit que je finirais par évoluer dans le sport, plus particulièrement dans le football. J’ai suivi des études qui m’ont amené à travailler dans l’immobilier. Par le biais d’amitiés liées avec des personnes issues du monde du sport, je me suis rapproché de ce milieu, que j’adorais d’ailleurs. Mais j’avais l’image du métier d’agent comme étant quelque chose de très exclusif, réservé à quelques personnes : d’anciens joueurs, directeurs sportifs ou présidents avec un bon carnet d’adresses. Puis au fil du temps la profession s’est ouverte à d’autres personnes avec notamment la création de l’examen pour l’obtention de la licence d’agent sportif.

En faisant du droit des affaires dans l’immobilier notamment, j’ai aidé des amis du milieu du football sur la partie contrat et au fur et à mesure je me suis pris au jeu.

Je me suis dit qu’il y avait sans doute un manque de professionnalisme dans ce sport, j’ai donc cherché à me former au travers d’une formation et il n’y avait pas grand-chose. Une école de commerce proposait un module une fois par semaine. C’était très théorique avec très peu de mises en situation réelle.
Je me suis senti lésé et je ne suis pas allé au bout de cette formation, comme une bonne partie de ma promotion.

LA CRÉATION DE L’EAJF, UNE RÉPONSE AU BESOIN DE PROFESSIONNALISATION DU MÉTIER D’AGENT

Suite à ça je me suis dit qu’il fallait quelque chose de différent, spécifique à ce métier d’agent qui est très complet. Il y avait clairement une demande pour cela, car rien que dans ma promo nous étions une vingtaine de candidats. Tout est parti de cette expérience personnelle et cela s’est transformé en une réelle entreprise aujourd’hui.

Avec un de mes camarades de promotion, Hugo Zeitoun, nous avons décidé de devenir partenaires pour monter l’école en 2009. Il a depuis changé de voie et j’ai tenu la barque tout seul jusqu’en 2013. J’avais également une agence de communication à côté avec Anthony Zouzout qui est devenu mon associé sur l’EAJF par la suite, tout comme Andrew arrivé la même année.

En plus d’une partie théorique nécessaire pour réussir l’examen d’agent* nous avons remis la pratique au centre du cursus de notre école. Il faut être en mesure de pouvoir comprendre n’importe quelle situation, pour ensuite être capable de mieux les appréhender, et la meilleure façon d’apprendre cela est de les vivre, de les simuler lors d’un atelier par exemple. La partie pratique sert à l’ensemble de nos étudiants, afin de comprendre les aspects sociaux, sociétaux, économiques, et bien sûr sportifs, auxquels un club (et donc son staff) peut être confronté. L’ensemble de notre corps professoral et intervenants sont des experts juridiques, mais aussi du monde du football.

* Orchestré par la Fédération française de football conjointement avec le Comité National Olympique et Sportif Français (C.N.O.S.F.)

En plus d’une partie théorique nécessaire pour réussir l’examen d’agent* nous avons remis la pratique au centre du cursus de notre école. Il faut être en mesure de pouvoir comprendre n'importe quelle situation, pour ensuite être capable de mieux les appréhender, et la meilleure façon d'apprendre cela est de les vivre, de les simuler lors d'un atelier par exemple.

Pour suivre la formation de l’E.A.J.F il est conseillé d’avoir un prérequis scolaire, ce n’est pas obligatoire cependant, car je pars du principe qu’à l’E.A.J.F nous valorisons les femmes et les hommes plus que les diplômes. Je décrirais l’agent comme une personne indispensable au football, qui doit avoir comme objectif de faire passer les intérêts de ses clients (sportifs) avant les siens. Certains ont fait de longues études supérieures avant de se réorienter vers cette profession et d’autres pas. Je ne vous dis pas qu’il ne faut pas suivre d’études bien au contraire, mais la vie fait que nous pouvons avoir un parcours différent, arriver à 30 ans sans études supérieures et être quand même un très bon chef d’entreprise, un très bon manager, un très bon agent et réussir sa vie professionnelle.

C’est le message que j’explique aux étudiants ou aux aspirants de notre institution, ne soyez pas bloqués à cause de ça dans la vie, pour rejoindre les rangs de notre école ou autre chose. À mon sens, notre pays a souvent tendance à porter beaucoup d’attention aux diplômes, même si cela est parfois un gage de sérieux et de qualité, placer les gens dans des cases ne fait pas partie de notre ADN. L’aspect psychologique est très important et il faut parfois rencontrer la bonne personne, au bon moment, qui va vous dire les bonnes choses. Véhiculer des messages d’espoir est donc essentiel pour les personnes médiatiques.

AGENT, UNE PROFESSION LÉGITIME ET INDISPENSABLE

La profession a beaucoup changé ces derniers temps. On a souvent voulu faire passer l’agent pour un loup, l’homme de l’ombre sans scrupules. L’agent a toujours été indispensable, et fait partie de l’écosystème du football. C’est un des maillons essentiels au bon déroulement de certaines opérations financières, que ce soit pour les contrats et les fameux transferts. On ne peut pas l’exclure, et l’aspect de la commission qui lui sert de salaire ne devrait pas jouer en défaveur de l’image de l’agent. Il est rémunéré au même titre qu’un avocat ou un autre conseiller, pour une prestation fournie. Il y a un travail colossal derrière, un transfert ne se fait pas en quelques heures : entre les missions juridiques, les négociations, la gestion des besoins propres à chaque sportif et de sa situation familiale. Le Football est une industrie qui aujourd’hui génère plus de 520 milliards d’euros à travers le monde, une part revient à chaque maillon et c’est normal.

Avec l’évolution que l’on connaît, un joueur ne peut plus gérer ses intérêts et toutes les sollicitations tout seul. Il y a beaucoup de pression à gérer, de demandes de toute part. En une vingtaine d’années la professionnalisation s’est produite à tous les niveaux : chez les équipementiers, dans les stades, dans les centres d’entraînements, dans les staffs de plus en plus complets, et donc naturellement avec l’accompagnement des joueurs.

Le moindre détail a des répercussions globales et importantes. Une affaire qui éclate sur un agent, un joueur, un président, n’impactera pas que la personne concernée, cela impactera le football dans sa globalité. Donc le football entier est entaché et cela peut se répercuter sur le nombre de licenciés, la fréquentation des stades, la vente de maillot, etc.

J’aimerais insister sur un point à mes yeux très important, concernant cette profession. Les instances européennes œuvrent à encadrer cette profession, cela est un bon début, mais les fédérations nationales doivent être plus fermes sur les sanctions pour toutes les personnes qui se présentent comme agent alors qu’il n’en est rien.
Mais il m’est insupportable de voir systématiquement dans certains médias cette profession montrée du doigt, et rouée dans la boue, à cause de personnes qui ne possèdent même pas le titre d’agent licencié (officiel), c’est bien là le fléau des personnes qui ne respectent pas la loi et font du tort au football.
Je peux assurer que la nouvelle génération que je côtoie, soit des anciens de l’E.A.J.F, soit des amis, n’a rien à voir avec ce que certains médias tendent à mettre en avant. Encore une fois mettre les gens dans des cases n’a rien de bon à part diviser. Tout comme dans la société dans laquelle nous vivons actuellement, le FOOTBALL doit s’unir à tous les niveaux afin de fédérer autour de ces valeurs.

L’IMAGE DU JOUEUR, UNE THÉMATIQUE NOUVELLE À APPRÉHENDER POUR L’AGENT

Aujourd’hui la gestion d’image est un thème important avec l’explosion des réseaux sociaux ces dernières années. La proportion que peut prendre un tweet est incalculable donc il va de soi qu’il faut contrôler tout ce qu’on poste sur ces plateformes. Or c’est un phénomène récent pour tout le monde et il n’y a pas de vraies formations pour les athlètes. À l’EAJF nous avons bien sûr des modules sur cette thématique tout au long de l’année pour apprendre aux futurs agents à sensibiliser leurs futurs joueurs. Ce sont des questions qui ne sont pas évoquées à l’examen de la FFF, mais cela fait partie de l’aspect pratique que l’on propose aux étudiants.

Nous simulons par exemple lors de ce média training des scénarios où ils doivent répondre de leurs propos sur les réseaux lors d’interviews radio ou télés. Le vivre soi-même lors d’une simulation comme celle-ci permet de se rendre compte de l’effet que cela peut avoir et d’être plus à même d’avoir les bons réflexes avec les joueurs par la suite. Il en va de même pour les réponses aux interviews pendant les matchs. Il ne faut pas oublier que les joueurs répondent après avoir joué plus de 90 minutes, il peut donc être difficile d’être lucide, d’avoir une analyse de qualité et des réponses concises. Ce sont des choses à travailler, ils le font avec le club, mais l’agent peut fournir des conseils également.

Je peux assurer que la nouvelle génération que je côtoie, soit des anciens de l’E.A.J.F, soit des amis, n’a rien à voir avec ce que certains médias tendent à mettre en avant. Encore une fois mettre les gens dans des cases n’a rien de bon à part diviser. Tout comme dans la société dans laquelle nous vivons actuellement, le FOOTBALL doit s’unir à tous les niveaux afin de fédérer autour de ces valeurs.

Avoir un community manager ou une agence qui gère l’image d’un sportif est une option, qui s‘adapte en fonction du niveau du joueur, mais aussi de sa notoriété. Pour un jeune joueur d’un centre de formation, je n’en vois pas l’intérêt cependant. Quand il commence à avoir une renommée et une exposition médiatique là effectivement cela peut l’aider, autant pour lui faire gagner du temps et le laisser se concentrer sur le football que pour professionnaliser sa communication et éviter de faire des erreurs qu’on peut voir parfois. Certains médias peuvent rester sur une affaire 6 mois parce que le joueur a mal répondu ou a fait une photo qu’il n’aurait pas dû. Et cela est très important, car derrière ça nuit à son image, à ses sponsors, à l’image de son club et aux sponsors de son club.

Aujourd’hui l’arrivée d’un joueur dans un club doit être synonyme de réussite, de compréhension des valeurs du club, de sa vision. Beckham par exemple a été recruté à Paris pour un tout, pour ses qualités de footballeur, mais aussi et surtout pour son image et l’impact médiatique qu’il représentait. Son premier match a été diffusé dans 113 pays par exemple, pour la Ligue 1 c’était exceptionnel.

C’est la même chose avec Neymar ou Mbappé. Si on fait venir des joueurs comme cela dans un club, c’est que derrière il y a un tout un système économique qui est mis en place et c’est une manne financière qui est très importante pour le club. Même pour un joueur cela est important, aujourd’hui il peut avoir la moitié de son salaire issu des revenus publicitaires.

Sans fermer des portes pour une ouverture sur d’autres disciplines, nous sommes vraiment concentrés sur le football, car il s’agit du sport avec le degré de professionnalisation et les moyens les plus élevés. Par exemple il n’y a aujourd’hui pas cette notion de transfert payant dans le rugby.

Certains élèves viennent à l’EAJF pour suivre la partie dite « GÉNÉRALE » car il s’agit effectivement d’un tronc commun, malgré le fait qu’ils souhaitent devenir agent dans une autre discipline. Aujourd’hui nous ne dissocions pas nos formations, cela permet également à ces futurs agents dans le golf, le tennis, le rugby de comprendre comment fonctionnent leurs homologues dans d’autres sports.

Il y a de la concurrence dans le milieu des agents comme dans bien d’autres domaines comme les métiers d’avocats, l’immobilier, la presse, etc. La concurrence est faite pour garder les plus pros et plus avertis en haut du panier, et permet aussi de se remettre en question de manière permanente. Concernant nos étudiants, ils grandissent avec leurs joueurs. Personne n’ira chercher un titulaire indiscutable en équipe de France A dès sa première année d’exercice. Et on leur dit, on ne leur vend pas du rêve inaccessible, il faut passer par des joueurs de niveau inférieur, plus jeunes, et prendre le temps de se construire avec eux. L’obtention de la licence d’agent sportif ne rime en aucun cas avec l’obtention de millions d’euros, du moins dans un premier temps. C’est comme pour les avocats, certains sont médiatisés, ont un chiffre d’affaires important et d’autres, jeunes parfois, n’ont pas encore suffisamment de recul et un portefeuille clients restreint.

Je ne pense pas trahir un secret si je vous cite par exemple Jérome Lancery qui s’occupe notamment de M. Landreau et qui l’a placé au FC Lorient, d’autres comme Alfonso Stelittano, Merwane Bouzeghoub, Aichem Achbar, Ozgur Yazlamaz, Juan Gomez, Kevin Antunes et tant d’autres passés par les bancs de notre institution.

Je vais finir sur un conseil aux aspirants agents, il faut bien être conscient que c’est un métier à part entière et que ça ne peut pas être juste une passion ou une profession qu’on prend à la légère. Il demande de l’investissement et être conscient que les résultats seront à hauteur de l’investissement. Il faut bien réfléchir à la raison pour laquelle on fait ce métier, si c’est pour côtoyer des joueurs, des personnes reconnues, ou bien pour accompagner des sportifs sur leur plan de carrière et parfois la vie perso. C’est important d’être conscient que l’agent doit faire passer les intérêts des sportifs avant les siens. À partir de ce moment, tout se déroulera bien, la meilleure publicité d’un agent est son professionnalisme.

SIDNEY