Les Champions de la Paix

Réunis dans un collectif de plus de 100 sportifs de haut niveau engagés personnellement en faveur du mouvement de la paix par le sport, les « Champions de la Paix » constituent un des piliers fondamentaux de Peace and Sport.
Ils œuvrent pour faire du sport un outil de dialogue et de cohésion sociale.
Modèles, héros et source d’inspiration pour les jeunes du monde entier, ils mettent leur temps, leur notoriété, leur expérience d’athlètes au service de projets utilisant le sport en réponse à des enjeux sociaux.

HONEY THALJIEH : 1ère capitaine de l’équipe nationale palestinienne et Championne de la Paix
Crédits Photos : Peace and Sport

J’ai découvert le football à l’adolescence. A Bethléem, dans mon pays, la Palestine. A mes débuts, une fille ne tapait pas dans un ballon. Personne ne l’acceptait. Pour nous, il n’y avait rien. Pas d’équipe, pas d’entraîneur, pas d’équipement. Rien. Mais j’ai insisté. Dans mon monde fait de barbelés et d’interdits, le football était pour moi un espace de liberté et d’espoir. A 14 ans, j’ai compris qu’il était beaucoup plus qu’un sport, un moyen de changer les stéréotypes, un instrument d’affirmation de l’identité, d’inclusion sociale et de résistance. En 2003, j’ai décidé de créer une équipe féminine de football en Palestine. La première de l’histoire. Deux ans plus tard, nous avons disputé notre premier match international. Je portais le brassard de capitaine.


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Aujourd’hui, à 36 ans, je ne joue plus, mais je n’ai pas quitté le monde du football. Je n’ai pas non plus abandonné mon combat pour l’égalité des hommes et des femmes dans le sport. Je travaille à la FIFA, au siège de l’organisation à Zurich. Depuis le printemps 2013, j’ai rejoint le collectif des Champions de la Paix de Peace and Sport. J’en suis heureuse et fière. J’ai accepté d’en faire partie après avoir été invitée quelques mois plus tôt à m’exprimer lors du Forum de l’organisation à Sotchi. A cette occasion, j’ai compris que le choix des Champions de la Paix n’était pas déterminé par le nombre de médailles gagnées ou l’épaisseur du palmarès, mais par notre parcours personnel, par notre engagement et par nos actions.

Plus jeune, je me suis battue pour la reconnaissance du football féminin en Palestine en portant un maillot de football et des chaussures à crampons. Aujourd’hui, je milite avec l’étiquette de la FIFA. Mais le discours est le même. Quand je m’exprime devant un public pour évoquer mon parcours, mes valeurs et mon idéal, les gens entendent les mêmes mots, qu’ils me voient comme une ancienne joueuse, une représentante de la FIFA ou une Championne de la Paix. Je leur parle d’opportunités, celles que j’ai eues et toutes celles qui m’ont manquées. Je leur explique que ces opportunités existent aujourd’hui et qu’ils doivent les saisir. En Palestine, les filles peuvent désormais profiter de clubs, d’entraîneurs et de compétitions. Les progrès ont été considérables.

La prochaine étape ? L’égalité hommes/femmes dans les compétitions, la pratique, le développement. Elle passera par les textes. Il est facile de parler, les dirigeants savent le faire, mais les belles paroles ne sont pas toujours suivies d’effets. Les textes, eux, restent et imposent leurs lois.

Mon combat, je le mène désormais au sein d’une institution internationale, mais je n’ai pas pour autant renié mes idéaux. Au contraire. À la FIFA, nous avons une plateforme unique pour faire avancer la cause des femmes dans le sport. Nous avons la puissance, l’argent, les ressources. Nous pouvons agir à tous les niveaux, y compris chez les plus jeunes, par l’éducation. Tout n’est pas gagné. Mais le succès et le retentissement de la Coupe du Monde féminine 2019 en France démontrent que la machine est lancée. Nous ne ferons plus marche arrière.

La prochaine étape ? L’égalité hommes/femmes dans les compétitions, la pratique, le développement. Elle passera par les textes. Il est facile de parler, les dirigeants savent le faire, mais les belles paroles ne sont pas toujours suivies d’effets. Les textes, eux, restent et imposent leurs lois. Les organisations sportives doivent inscrire l’égalité des sexes dans leurs statuts et leurs règlements. Elles doivent le faire maintenant, car le changement n’attendra pas. Le sport, alors, pourra démontrer une nouvelle fois son pouvoir pour faire évoluer la société et les mentalités. Je n’ai jamais sous-estimé la force du sport, de ses champions et de ses institutions, pour réussir plus vite que peut le faire la sphère politique. Je peux en témoigner. Le CIO a reconnu la Palestine comme membre en 1995, lL FIFA a reconnu l’état de Palestine à part entière en 1998 et les Nations Unies ont accordé à la Palestine le statut d’observateur en 2012. Un exemple clair du pouvoir transformateur du sport.

HONEY