Fabrice Abriel – Ex-Footballeur, Consultant

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J’ai commencé à 5, 6 ans. À 10 ans, je suis rentré au Paris Saint-Germain et j’ai signé mon premier contrat pro dans mon club formateur. Pour moi, l’objectif a toujours été de passer des paliers, de montrer que j’étais au niveau pour aller plus haut et continuer à progresser. Essayer d’apprendre et de progresser au jour le jour, sans forcément penser au futur lointain.

Ce sont des objectifs assez court-terme, c’est seulement au moment où l’on m’a proposé mon premier contrat professionnel que j’ai pris conscience que cela devenait mon métier, notamment sur la première saison. J’ai côtoyé de grands noms comme Bernard Lama, Ali Benarbia. Ces vétérans m’ont pris sous leur aile, c’est ce qui m’a fait réaliser.

J’ai la particularité d’avoir joué tous les postes chez les jeunes, que ce soit latéral, libéro, ailier, attaquant, et évidemment milieu, défensif comme offensif. Ça m’a beaucoup enrichi, c’est d’ailleurs quelque chose que je conseille aux jeunes. Il ne faut pas hésiter à bouger sur le terrain, et ne jamais avoir peur de l’adaptation au football. On peut commencer à un poste et en changer plus tard dans sa carrière.

Finalement, c’est Christian Gourcuff à Lorient qui m’a maintenu sur ce poste de milieu relayeur en double pivot, devant la défense.

MILIEU AXIAL, UNE ÉVIDENCE POUR MOI

Le poste de milieu axial, c’est celui qui est au cœur du jeu, on participe à toutes les phases du jeu et on reste toujours concerné par ce qui se passe dans le match. J’aimais bien cet aspect d’être toujours au cœur du match pendant 90 minutes. Parfois, lorsqu’on est sur un côté, pendant 2, 3 minutes, on peut être moins concerné par le jeu, notamment quand le ballon est de l’autre côté. On peut vite s’ennuyer, sortir du match, c’est certainement pour ça que certains joueurs de côté sont plus irréguliers dans leurs matchs, car ils touchent moins de ballons.

Le milieu axial, c’est celui qui fait le lien entre la défense et l’attaque, il doit savoir porter des ballons à ses attaquants dans de bonnes conditions, mais aussi soulager sa défense, la suppléer quand elle en a besoin. Il faut savoir gérer les situations de jeu avec ou sans le ballon, que ce soit dans la conservation de balle ou dans la gestion du pressing. Sur le plan mental, il faut rester vigilant tout au long du match. C’est un poste complet.

On peut être vu comme des travailleurs de l’ombre, on est rarement le joueur décisif, qui marque le but ou fait la dernière passe. On est plus souvent la 3ème ou 4ème passe de l’action, mais elle est toute aussi importante ! Les médias, les supporters s’arrêtent souvent à l’action décisive, et oublient qu’il y a tout un travail derrière ça, mais ça ne m’a jamais dérangé, puisque j’aime travailler pour mettre mes coéquipiers dans les meilleures conditions.

Si je devais me comparer à un joueur actuel, je dirais Rongier. Il joue également dans un milieu à 2 et fait comme moi beaucoup de travail défensif comme offensif. A l’époque, j’aimais bien Jean Tigana dans son rôle, un joueur qui couvrait beaucoup d’espace, très complet.

Le poste de milieu axial, c’est celui qui est au cœur du jeu, on participe à toutes les phases du jeu et on reste toujours concerné par ce qui se passe dans le match. J’aimais bien cet aspect d’être toujours au cœur du match pendant 90 minutes.

UN TITRE C’EST QUELQUE CHOSE QUI RESTE TOUTE UNE VIE

L’un des meilleurs souvenirs de ma carrière, c’est la finale de Coupe de la ligue remportée avec Marseille, avec tout ce que ça représentait : la disette de titre de 17 ans, l’émotion partagée au Stade de France puis sur la Canebière le lendemain, c’était une émotion incroyable à vivre et ça nous avait donné beaucoup d’énergie par la suite pour aller chercher le titre de champion de France.

L’apogée de ma carrière, je pense que c’est la 2ème année avec Lorient. J’étais très bon toute l’année, sur tous les terrains, je n’ai pas eu de creux sur cette saison. On prenait énormément de plaisir à jouer aussi. Christian Gourcuff disait d’ailleurs que j’avais été très bon cette saison, et que ça méritait peut-être d’être mis plus en avant.

J’ai eu la chance d’évoluer avec de très bons coachs. Je retiens particulièrement la culture de la gagne de Didier Deschamps, le côté formateur de Claude Puel, sa façon d’intégrer des jeunes à l’effectif et de les maintenir dans l’équipe première. J’aimais la philosophie de jeu de Christian Gourcuff et son influence sur notre manière de jouer. Denis Troch à Amiens m’a beaucoup aidé sur l’aspect psychologique et mental, sur la gestion d’un match et le fait de toujours repousser ses limites individuelles.

Le match qui m’a marqué, c’est le match contre le Real avec l’OM, à Madrid. C’est un match qui représente énormément de choses : le fait de jouer dans la compétition la plus prestigieuse, d’affronter un club du gotha européen. Après toutes ces années en équipes de jeunes, j’en arrive à ce moment fort de ma carrière. Au moment de l’hymne, j’ai repensé à ma carrière avant d’en arriver à là, et une fois dans le match on oublie tout, on ne pense plus qu’au terrain.

D’ailleurs, Cristiano Ronaldo à mes yeux n’est pas le joueur sur lequel j’ai eu le plus de mal à défendre. Un joueur comme Tiago à l’OL m’avait impressionné. Comme il était dans ma zone de jeu, je voyais directement son impact sur le jeu adverse. C’était un joueur qui savait tout faire, on a du mal à le prendre individuellement.

J’aurai aimé affronter Messi ou Neymar. Des joueurs qui ont souvent le ballon, qui sont capables d’éliminer à 2 contre 1, parfois à 3 contre 1. Cette intelligence de jeu de Messi aurait été très intéressante à affronter, même si je sais qu’on aurait eu énormément de mal et qu’on aurait couru après le ballon ! On a affronté des grands joueurs de Paris, Zlatan, Pastore… mais j’aurais aimé voir ce que donne Neymar directement sur le terrain.

Le joueur qui m’a impressionné sur le terrain, c’est Marama Vahirua. C’est quelqu’un avec qui je m’entendais très bien, et on avait une sensibilité similaire. On était capable de voir la 2ème ou la 3ème option et ne pas systématiquement répondre à la première. Marama avait toujours cette intelligence de jeu sur le terrain, surtout qu’il jouait dos au jeu, et c’est un exercice difficile.

Je me rappelle, dans ma 3ème saison avec Lorient, je fais une interview pour France Football, et le journaliste me demande si je me vois un jour dans un grand club. Je réponds naturellement oui, parce que j’avais affronté les milieux lyonnais, marseillais, parisiens et qu’on les avait battus, je n’avais rien à leur envier. Je parlais particulièrement des milieux marseillais, et France Football avait accentué ça dans leur article. Cette déclaration avait fait beaucoup de bruit en interne. Mes coéquipiers avaient vécu cette déclaration comme de l’égo mal placé. On se disait « mais pour qui il se prend ? » alors que ce n’était pas le but de la déclaration. Je voulais simplement montrer que je ne me fixais pas de limite et que je visais le plus haut pour moi. Finalement, le destin a fait qu’à la fin de cette année, je signais à Marseille et je finissais champion avec l’OM l’année suivante. Finalement, on ne m’en a jamais reparlé, mais en y repensant c’est assez drôle. Un joueur de foot a besoin d’avoir un certain ego pour être sûr de lui, sûr de ses qualités. Je comprends que ça ait été mal pris, mais je ne pense pas que c’était décalé de le dire.

PRENDRE CHAQUE CONSEIL QU’ON NOUS DONNE

L’important pour un jeune joueur, c’est de toujours privilégier le projet sportif. Même si l’aspect financier est important pour un joueur, il ne faut jamais laisser de côté votre carrière de footballeur. Il faut laisser le carré vert au centre de vos priorités, puisque c’est ce qui amène le côté passion du métier. Il faut aussi rester focus sur soi-même, ne pas chercher à trouver les défauts de tout le monde avant d’avoir réussi à analyser les siens.

Après ma carrière, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur. On m’a également proposé un poste de consultant à Canal+ et Infosport+. Je ne me destinais pas forcément à cette voie-là au départ, mais ce fut une expérience très enrichissante, pendant que je passais mes diplômes. Aujourd’hui il ne me manque plus que le diplôme professionnel. J’ambitionne maintenant d’aller au bout de ces deux diplômes, et d’essayer de passer du côté pratique selon les opportunités qui se présenteront.

Je suis également parrain d’une association de la Réunion qui s’appelle 1000 Sourires. Elle parraine des enfants venant de milieux défavorisés. C’est très important pour moi de partager avec ceux qui ont eu moins de chance que moi. J’ai eu une belle carrière et j’ai pu vivre de ce que j’aime, et je me dois de partager ce que je peux partager avec des jeunes défavorisés. Ça me permet de garder un lien avec la Réunion dont je suis originaire. C’est quelque chose d’important pour moi.

FABRICE

Avec la participation de Thibaut Vancaeyseele