Eric Rabésandratana – Football

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Crédit Photo Une : DR

J’ai grandi à Franconville dans le Val d’Oise, c’est donc là que j’ai touché mes premiers ballons, foulé mes premières pelouses. C’est venu naturellement, je jouais tout le temps avec un ballon depuis petit, sans être influencé par mon papa ou quelqu’un d’autre, ensuite forcément j’ai commencé à jouer dans la cour de récré pour devenir un vrai passionné de ce sport.

Le PSG était le club régional que je suivais naturellement et j’étais un grand fan de l’Équipe de France. J’ai mis du temps en revanche à vraiment prendre un joueur pour modèle, le premier fut Rijkaard. Je m’identifiais à lui, car j’avais un peu les mêmes caractéristiques, toutes proportions gardées bien sûr, mais il était capable de jouer défenseur, milieu ou même un peu plus haut et c’était également mon cas également dans ma jeunesse et en début de carrière.

J’ai commencé défenseur, car quand on est un peu plus grand que les autres dans ces catégories jeunes, on nous met systématiquement à ce poste ou en attaquant. J’avais le caractère d’un défenseur, qui n’aime pas perdre et qui veut tout faire pour garder la cage inviolée. Je marquais pas mal de buts donc les entraîneurs m’ont mis un peu plus haut, au milieu pour que je puisse en marquer davantage.

À l’âge de 12 ans, mon père est muté à Nancy. En arrivant dans cette ville je me retrouve à faire un essai pour intégrer l’AS Nancy, un peu par hasard. Mon essai s’avère concluant et je prends donc une licence dans ce club. Par la suite j’ai été surclassé chaque année et grâce à mes bonnes performances en club j’ai fait toutes les sélections des Équipes de France jeunes, de minimes à espoir. Mais je ne me suis jamais mis la pression sur le fait que je devais finir professionnel. C’était quelque chose qui était, je pense, ancré en moi, mais dont je ne parlais pas et auquel je ne pensais pas. Je continuais ma route tranquillement sans pression.

UNE MISE EN BOUCHE DU MONDE PRO

En 1990, Robert Dewilder était le coach de l’équipe Une. En fin de saison il y avait un match amical contre l’équipe allemande Karlsruhe pour fêter le jumelage des deux villes. Je jouais avec la réserve en lever de rideau comme cela se faisait en ce temps-là. On termine ce match, on gagne, et là Dewilder vient me voir et me dit « ne vas pas à la douche tu vas jouer avec nous ». Je n’avais jamais côtoyé les pros avant cela, même pas pour un entraînement.

Il me fait rentrer à 30 minutes de la fin et tout s’est bien passé, nous avions fini sur un 3-3. Encore une fois cet épisode est arrivé un peu par hasard, sans que je m’y attende, mais c’était un moment marquant pour moi avec ce premier goût du monde pro.

À la reprise, je débute avec la réserve, le match amical restait un bon souvenir, mais anecdotique. Il y avait un nouveau coach pour les pros, un certain Aimé Jacquet. Tout début septembre, Alain Perrin qui était le directeur du centre du formation, me convoque et me dit qu’Aimé Jacquet aimerait bien que je m’entraîne avec les pros le jour même. J’enchaîne toute la semaine avec eux et le jeudi, Aimé vient me voir, me donne un dossard et me dit « Samedi tu prendras lui au marquage et tu joueras au milieu ». C’est arrivé très vite et je ne m’y attendais pas forcément. Je n’ai plus jamais quitté l’équipe pro ensuite.

Ce fut une rencontre incroyable avec Aimé. C’est un monsieur extraordinaire, honnête et intègre. Dans le relationnel il était formidable, il avait une approche avec les jeunes qui était parfaite, on voyait que c’était un passionné avec des qualités humaines hors normes. Il te demandait de beaucoup travailler, mais avait le souci de t’intégrer dans les meilleures conditions possible. C’est tout bête, mais beaucoup de coachs ne le font pas, alors que c’est comme cela qu’on arrivera à tirer le meilleur d’un joueur. Il ne faut pas oublier l’aspect mental.

C’est une vraie chance que j’ai eue de commencer en pro avec lui.

Je suis arrivé à Paris, en 1997, dans un club qui me changeait de dimension. J’étais fan depuis petit, c’était donc génial de pouvoir porter ce maillot, fouler la pelouse du Parc des Princes.

Laszlo Boloni a également été un coach qui a compté pour moi par la suite. Je marquais pas mal de buts pour un joueur défensif et il y a cette année où il m’a dit de tirer les pénaltys. Je finis avec 16 buts en championnat, 9 dans le jeu et 7 sur pénalty. Pour un joueur à vocation défensive, c’est un bon total.

J’étais un joueur rugueux, dur sur l’homme, mais j’avais de l’adresse devant le but, je ne saurais l’expliquer. J’ai toujours dit que j’étais un attaquant raté. J’aurais aimé essayer de jouer attaquant, je ne sais pas quelle carrière j’aurais eue, mais c’est vrai que la joie que procure le fait de marquer un but, c’est le sentiment le plus fort dans un match de football.

ICI C’EST… PARIS !

Je suis arrivé à Paris, en 1997, dans un club qui me changeait de dimension. J’étais fan depuis petit, c’était donc génial de pouvoir porter ce maillot, fouler la pelouse du Parc des Princes. Je suis arrivé dans un groupe avec des internationaux, des joueurs avec beaucoup d’expérience, certains avaient même gagné la coupe d’Europe. J’étais en concurrence avec des joueurs comme Le Guen, Roche ou N’gotty. Je me devais d’être patient, mais en même temps être prêt le jour où l’on ferait appel à moi.

Je joue une quinzaine de minutes en douze journées, mais je me tenais prêt. Le Guen prend quelques matchs de suspension, j’ai pu donc jouer et comme j’ai été bon j’ai obligé l’entraîneur, Ricardo, à modifier son système de jeu et passer de deux à trois centraux. Roche, Le Guen et moi. Cette année-là on fait le doublé, les deux coupes nationales, je pense que cette solidité défensive a aidé et permettait à l’équipe d’avoir une base sur laquelle s’appuyer et tenter plus de choses offensivement.

Mon passage au PSG m’a marqué. J’ai joué avec des joueurs comme Rai, un niveau exceptionnel, décisif dans les moments importants (je me souviendrais toujours de ses trois buts contre Bucarest pour nous qualifier en 1997 en Ligue des Champions) et au-delà de tout ça c’était un mec extraordinaire en dehors des terrains. Marco Simone m’a également impressionné, pour son adresse devant le but. J’ai rarement vu un attaquant comme cela, et il arrivait à se retourner tellement rapidement que c’était très dur de l’avoir au marquage. Je pense aussi à Jay Jay (Okocha), on a tous vu ce qu’il était capable de faire, techniquement incroyable, un style à part, très joli à voir jouer et efficace. J’ai connu également les débuts de Ronaldinho, c’était mes 6 derniers mois, mais tu sentais que c’était un phénomène.

Si je devais citer l’attaquant qui m’a donné le plus de mal dans ma carrière, c’est sans hésiter George Weah. Une telle puissance, rapide, technique, un joueur complet. Pour l’anecdote la première fois que je joue contre lui c’était à Louis II, lors d’un Monaco-Nancy. On arrive avec l’équipe, on a un peu de temps l’après-midi, moi je me pose en terrasse au soleil avec vue mer, je profite sans trop penser au match du soir. Le soir, le match commence, je suis complètement à la rue, je passe à côté et on perd 4 à 1. Je me suis dit « je suis tombé sur un os ». Plus jamais je n’allais aborder un match contre lui de cette façon.

MADAGASCAR A DÉJÀ RÉALISÉ UN EXPLOIT DANS CETTE CAN AVEC LE NUL CONTRE LA GUINÉE

Après Paris j’ai eu un passage difficile en Grèce… Un président de club mafieux, ce qui m’a montré une tout autre image du football. Je suis revenu en France puis en Belgique avec ces deux fois des soucis avec le coach avec qui tout se passait bien au départ puis beaucoup plus mal par la suite. J’ai toujours tout donné sur un terrain, à l’entraînement ou en match, mais parfois les décisions prises sont inexplicables, ou en tout cas pas basées sur le football.

J’ai donc vu un autre aspect du football, qui m’a un peu déçu sur la fin de ma carrière. J’aurais aimé rester dans ce milieu en tant qu’entraîneur par exemple, mais ces souvenirs du monde pro me font fuir. Et à la fois entraîner au niveau amateur est complètement différent, car les exigences ne peuvent pas être les mêmes, or toute ma carrière j’ai connu le monde pro avec tout ce que cela demande comme dévouement.

PREMIER SUPPORTER DE MADAGSCAR

Je suis d’origine malgache par mon père. J’ai grandi avec cette double culture, et je suis donc très attaché à mes racines, de France et de Madagascar. Le rougaille saucisses de mon père ferait voyager n’importe quelle personne jusqu’à cette île !

C’est donc une immense joie et une immense fierté de les voir participer pour la première fois de l’histoire à une CAN. Je vais bien sûr être le premier supporter. C’est un petit pays, mais cette première participation montre qu’il y a un vrai potentiel et il y a encore tout à développer là-bas. J’aimerais m’investir, donner un coup de main. Cela me tient vraiment à cœur, j’ai envie de voir ce pays sortir de la misère dans laquelle il est et je pense que le football, entre autres, peut être un vecteur pour se développer.

L’apport des joueurs de France comme Morel ou Fontaine est très important également, ça permet de renouer les liens entre les malgaches de France et leur pays d’origine. Ça fait parler de la sélection dans les médias ici et c’est très important. La formation que ces joueurs ont eue en France va permettre aux autres joueurs de se développer. Au final tout le monde sera gagnant et on peut donc espérer que du mieux pour les années à venir, en se qualifiant régulièrement pour la CAN et aider le pays à se développer, car c’est aussi ça le football, un vrai vecteur de développement.

ÉRIC