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Je suis Remi Garsau, j’ai 36 ans et je suis gardien de water-polo. La majeure partie de ma carrière a été fait du côté du cercle des nageurs de Marseille. Mais après les Jeux de Rio, je suis parti à l’Olympic Nice car j’avais besoin de changement. Je suis également gardien de l’équipe de France depuis 2004 où je totalise environ 300 sélections. Comme beaucoup, j’ai commencé par le foot où j’étais déjà gardien puis j’ai fait du tennis avant de passer au water-polo. Mon père en faisait également et il a joué à Marseille. Mon oncle aussi. Au cercle, c’est Water-Polo ou natation. A vrai vu mon niveau en natation, cela a été vite vu (rires). J’ai une préférence pour les sports-co. Avec mon héritage familial, le water a été une évidence, même si j’ai commencé tard, pour un joueur de haut niveau.

ON ÉVOLUE DANS UN SPORT COLLECTIF MAIS ON A UN POSTE INDIVIDUEL

On peut se considérer comme le dernier rempart, mais c’est compliqué à dire. On évolue dans un sport collectif, mais on a un pote individuel malgré tout. Il y a plusieurs joueurs mais il n’y a qu’un gardien. Mon rôle c’est d’être un guide pour la défense. On ne prend évidemment pas part à l’animation offensive. Bien sur il y a des similitudes avec d’autres sports, que ce soit dans nos réflexes mais aussi dans notre vision du jeu. On voit des choses que les joueurs ne peuvent pas voir de leur poste. Il faut placer sa défense, l’aider et l’organiser. Mais il y a un gros coté individuel, d’autant qu’on travaille différemment. Après, au basket, un pivot travaillera aussi différemment d’un meneur.

On évolue dans un sport collectif, mais on a un pote individuel malgré tout. Il y a plusieurs joueurs mais il n’y a qu’un gardien.

L’EAU N’EST PAS NOTRE MILIEU NATUREL, COMME LA TERRE

Il y a qu’une seule façon de « dompter » l’eau, c’est de s’entraîner durant de nombreuses heures. Ce n’est pas un milieu naturel pour nous. Marcher c’est naturel, mais cela sollicite d’autres appuis et d’autres muscles que la natation. Dès qu’on quitte l’eau, on revient à nos qualités « naturelles » de bipède. On perd énormément. Pour une semaine d’arrêt, il faut compter deux à trois semaines d’entraînements à raison de 20h par semaine pour retrouver le niveau. Le confinement nous a fait pas mal de mal. Bien sur on a fait autrement, avec du sport terrestre, mais on a vite perdu nos qualités dans l’eau. Je dirai que jusqu’à un mois d’arrêt, il faut compter le double pour retrouver ses moyens. Fort heureusement, sur un arrêt plus long, le différentiel diminue. C’est frutrant, car on ne peut pas se permettre de longues pauses. C’est un sport assez chronophage. Il faut rester beaucoup de temps dans l’eau. Il ne faut pas oublier que le reste de notre vie est « terrestre ».

EXPLOSIF SUR UN TEMPS COURT

Il y a l’éternel débat entre joueur et gardien pour savoir qui termine le plus fatigué après un match. Sur notre poste, nous n’avons pas de contacts physiques et quasiment pas de natation. On joue beaucoup sur nos jambes. On flotte. Un défenseur va beaucoup plus nager. Nous on est explosif sur un temps court. Alors oui, on est fatigué à notre niveau en sortant d’un match. Il faut avoir une bonne vision et une bonne vue. On essaie de connaître les joueurs et d’anticiper les imprévus et les différentes trajectoires possibles, qui doivent être analysé en temps réel. Il faut la connaissance du jeu et avoir la bonne parade.

JE N’AI JAMAIS VU DE GARDIENS PERFORMER EN MESURANT MOINS DE 1,80M

Comme dans tous les sports le gainage est important. On a une partie plus personnalisée que les joueurs, avec des exercices différents. On va travailler plus sur de l’explosivité sans charge très lourde. Après un gardien plus lourd aura besoin de plus de puissance. Les exercices s’adaptent à la morphologie du gardien, c’est propre à chacun. Après on ne va pas se mentir, il faut être grand. Des gardiens petits et qui ont réussi je n’en ai pas en mémoire, même si celui-ci compense par sa vitesse. L’eau empêche de se déplacer vite et de faire ces petits pas qui peuvent compenser la taille. De plus, un gardien grand peut jouer plus avancé, fermer les angles mais sans craindre de se faire lober.

 LA VIDÉO FAIT PARTIE DE MES OUTILS DE TRAVAIL

Bien sûr, je ne regarde pas autant de vidéos que Thierry Omeyer, mais celle-ci fait partie de mes outils de travail. Pour les tirs mais aussi voir comment l’équipe adverse joue. Dans les grands championnats, il y a beaucoup de séance vidéos, notamment sur les pénaltys. Après l’expérience entre en compte. J’ai joué et rejoué les mêmes joueurs au fil de ma carrière. C’est quelque chose qu’on doit utiliser d’autant qu’on a la chance d’être à un poste ou on peut durer. L’expérience peut combler le retard physique qu’on prend avec l’âge qui avance.

 Il suffit de louper deux parades faciles, où au contraire sortir deux arrêts d’entrée pour conditionner ton match.

POUR MOI QUAND JE FAIS UN GRAND MATCH, C’EST QUE LES TIREURS ADVERSES ONT ÉTÉ MAUVAIS

L’état de grâce est un sentiment très particulier. Je ne me rends pas trop compte pendant le match, mais plutôt après, en refaisant la partie. Mais, pour moi, quand je fais un grand match, c’est que les tireurs ont mal tiré. Notre travail est bien sûr d’arrêter la balle, mais il y a des shoots quasi impossibles à parer. Et quand cela arrive, je me dis que le joueur n’aurait jamais dû rater et que j’ai presque eu de la chance. C’est mon sentiment et qui reste un sentiment personnel. C’est peut-être aussi un moyen d’éviter de me reposer là-dessus. J’ai du mal à me dire que ce jour-là j’étais différent. Après ça arrive de se dire que, pendant cinq minutes, on était vraiment bien.

Il y a des matchs où on est mauvais à l’échauffement et au final on arrête tout. Parfois c’est l’inverse. Il suffit de louper deux parades faciles, où au contraire sortir deux arrêts d’entrée pour conditionner ton match.
L’état de grâce peut arriver sur un match ou on ne s’y attendait pas. La vérité, c’est que sur une rencontre tout peut arriver. C’est quand on commence à enchaîner cinq/six grosses performances, qu’on peut commencer à se dire que cela devient normal. La rançon c’est que le public se dit la même chose et il commence à s’attendre à un match énorme. Si tu te loupes, tu peux vite laisser un sentiment mitigé. C’est ce qui a pu arriver à un Omeyer. Quand il faisait un match « normal » on avait l’impression qu’il avait raté sa partie.

LE MOT INGRAT REVIENT SOUVENT DECRIRE NOTRE POSTE

De plus, on évolue à un poste ou on ne peut pas rattraper son erreur. Si on prend un but gag qui coute le match, tous les arrêts effectués auparavant ne comptent plus. Cela ne se compense pas. Quand on parle avec d’autres gens, le mot ingrat revient souvent pour décrire notre pote. On peut vraiment passer de héro à zéro en peu de temps. Et c’est trè vrai en France ou on peut vite se faire critiquer et parfois encore plus que justifié. C’est comme ça. Psychologiquement il faut être prêt à cela. Notre poste ne peut se permettre d’avoir une période de chauffe, contrairement à un joueur qui peut se reprendre. De plus, si on se loupe, on peut mettre toute l’équipe à l’envers.

RÉMI

Avec ÉTIENNE GOURSAUD