Christophe Revel - Entraîneur

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Les athlètes ont beau être le coeur du sport, ils ne sont pas les seuls à faire rayonner nos disciplines préférées. Plongez dans les coulisses du sport professionnel en découvrant les interviews de dirigeants, de coachs, du staff médical, des fans…

Aujourd’hui c’est Christophe Revel, l’ancien entraîneur des gardiens du Stade Rennais qui partage avec nous son expérience de coach et ses conseils pour la bonne formation du dernier rempart dans le monde du football.

C’est encore dans le berceau que j’ai senti pour la première l’odeur de la pelouse verte, si chère pour nous amateur de football. En effet, ma mère m’emmenait voir mon père jouer le dimanche. C’était à Plancoët, petite commune dans les Côtes-d’Armor.

Naturellement mes parents m’ont inscrit plus tard à l’école de foot. Mon père était impliqué dans le club local, aussi bien en tant que joueur qu’en tant qu’entraîneur et je le suivais partout. Je jouais dès que je pouvais, les rosiers de ma mère ont bien compris que ça allait être compliqué de pousser sereinement au printemps, car le jardin était devenu le lieu de tournoi du quartier. Vers 15 ans je suis parti à Léhon, ce qui marquait une progression. Deux ans plus tard, j’ai été recruté par l’En Avant Guingamp, club phare des Cotes-d’Armor où j’ai fait 2 ans au centre de formation. Je suis ensuite revenue à Léhon en senior au niveau régional et c’est finalement à 21 ans que le Stade Rennais m’a fait signer. J’ai eu une expérience en Belgique un an, et à mon retour j’ai joué en Bretagne en CFA à la GSI Pontivy et ensuite au Vannes OC où nous sommes montés jusqu’en Ligue 2 et avons été en finale de la Coupe de la Ligue en 2009.

Voilà pour le résumé rapide de ma carrière de joueur de haut-niveau.

GARDIEN DE BUT, COMME JOUEUR OU ENTRAÎNEUR

Mon père n’était pas gardien de but, il était ailier gauche. Je n’ai donc pas forcément pris exemple sur lui, mais à l’époque nous jouions beaucoup avec un goal volant à l’école ou dans la rue. Ça me plaisait beaucoup et j’adorais revenir à fond pour plonger et arrêter un tir. J’ai toujours aimé ça et je me rappelle faire des entraînements spécifiques dans des buts avec une flaque d’eau devant. Salissant mais fun. Le poste de gardien est particulier par le peu de ballon touché, mais le côté ultra décisif de chacun des gestes de ce poste clé est excitant.

En parallèle à ma carrière de joueur, j’ai poursuivi des études en STAPS avec pour but de devenir professeur de sport. J’ai commencé à m’intéresser aux entraînements à mon retour de Belgique, le Stade Rennais m’avait contacté pour prendre en main la formation sur ce poste.

J’avais côtoyé Christophe Lollichon (entraîneur des gardiens de Chelsea) quand j’étais encore joueur et on discutait souvent du rôle du gardien, on avait la même philosophie. J’ai donc entraîné les jeunes gardiens des U12 aux espoirs et je jouais encore en CFA pendant 2 saisons. J’ai arrêté ensuite ma carrière en 2009 pour me consacrer à cette fonction mais cette fois-ci avec les pros à Rennes, car il cherchait un entraîneur à ce moment-là. J’ai alors débuté avec Nicolas Douchez, entre autres, puis 2 saisons plus tard c’est Benoît Costil (qui était à Vannes en même temps que moi lors de ma dernière année) qui rejoint le Stade Rennais FC.

LES RELATIONS ENTRAÎNEUR JOUEUR, SOCLE DE LA RÉUSSITE DU GARDIEN DE BUT

La relation avec un joueur est pour nous spéciale. Nous passons beaucoup de temps ensemble et en petit comité, car il y a un entraîneur pour deux ou trois gardiens. La clé est l’honnêteté. Il faut dire ce qu’on pense à chaque moment quitte à se fâcher. Nous pouvons tisser des liens amicaux avec un joueur, mais il faut que chacun reste à sa place quand il s’agit de parler football. Les rapports doivent être clairs et nets, et bien définis. À partir de là, tout peut bien se passer, car on a tous le même but, que les gardiens s’améliorent au quotidien et soient décisifs pendant les matchs.

Benoît c’est une longue histoire au vu de notre passé commun à Vannes en Ligue 2, nous étions en concurrence, mais on s’est toujours bien entendu. On a la même vision des choses, au niveau footballistique, mais aussi en dehors. On aurait pu continuer ensemble, ça ne s’est pas fait, mais c’est vrai que c’est quelqu’un avec qui j’ai une relation particulière et c’était un plaisir de travailler avec lui, c’est un gros bosseur qui a toujours une attitude positive.

Je travaille beaucoup à partir d’une pyramide dont la base est la technique. Peu importe l’âge, on doit toujours la travailler. Au-dessus je vais mettre le physique, c’est-à-dire la capacité à exécuter très vite le geste technique et plein de fois. Ensuite je mets la tactique, c’est à dire quand savoir utiliser le bon geste technique le plus rapidement possible. Et en pointe, je mets le psychologique, si le gardien est très bon techniquement, physiquement également, et qu’il est lucide pour savoir quand utiliser tout cela, forcément psychologiquement il ne peut être que bien.

Pour travailler cet aspect mental, pour moi ça se fait à l’entraînement en faisant des bonnes semaines, en mettant de l’intensité et de la concentration. Un préparateur mental peut aider, mais un gardien qui a des lacunes dans un des domaines que j’ai cités, il ne pourra pas être au top mentalement. Le psychologique déroule forcément de la préparation préalable.

QUELQUES INDICES POUR FORMER UN BON GARDIEN

Les séances vidéo sont importantes, je les utilise beaucoup à l’entraînement pour l’aspect technique. Les correctifs, la mise en place des gestes, montrer comment orienter son coude, son pied, etc. C’est aussi très pratique pour analyser les mises en situation de l’entraînement et bien sûr analyser les matchs. C’est un impératif notamment avec les outils que nous avons aujourd’hui.

Les aspects les plus importants à travailler :

  • Le jeu au pied
  • Le jeu aérien
  • La vitesse d’exécution des gestes techniques. Aujourd’hui tout va très vite et il faut avoir un temps de réaction très faible.
  • La prise d’information

Pendant le match, tout dépend de la relation que nous avons avec le gardien. Avec Benoit Costil nous communiquions une dizaine de fois par match, on avait nos signes pour choisir une relance, être un peu plus haut, mais aussi des signes d'encouragement.

- Christophe Revel

La semaine précédant le match du samedi soir est propice pour travailler ces 4 points selon les affinités de chaque entraîneur, mais voici un exemple de planning que je peux faire avec mes gardiens.

Lundi : focus sur le jeu au pied avec le groupe ou reprise technique avec un peu d’aérobie (footing de 20min et petits ateliers). Psychologiquement ça permet de reprendre tranquillement et se remettre dans le bain pour une semaine de travail

Mardi matin : gammes techniques, travail d’appuis avec déplacement et exercices avec un ou deux ballons.
Mardi après-midi : créneau intéressant pour réaliser la préparation physique dehors ou en salle de musculation.

Mercredi : séance axée sur des situations de matchs, avec des mises en place devant le but, du travail sur des angles fermés, un peu de jeu aérien.

Jeudi : séance un peu plus light, avec une vingtaine de minutes de jeu aérien ou trente minutes de jeu au pied. Ce jour-là, pas de physique intense, on peut aussi faire des jeux comme des tennis ballon, etc.

Vendredi : ici, il faut privilégier la vivacité et la vitesse pour la préparation du match le samedi. Il est possible aussi de mettre des situations récurrentes de l’adversaire que l’on va affronter (aperçues après analyse vidéo ).

Samedi matin : souvent retour vidéo sur le match précédent et présentation des forces de l’adversaire. Parfois une séance peut être programmée pour un réveil musculaire.

Pendant le match, tout dépend de la relation que nous avons avec le gardien. Avec Benoît Costil nous communiquions une dizaine de fois par match, on avait nos signes pour choisir une relance, être un peu plus haut, mais aussi des signes d’encouragement. Avec Abdoulaye Diallo nous communiquions aussi beaucoup. Parfois il faut juste faire un signe après un ballon litigieux pour leur montrer notre confiance.

Dans le staff il y a une hiérarchie à respecter, mais si on me demande mon avis sur un sujet autre que le gardien de but, je le donne tout le temps. Il y a beaucoup de discussions avec l’entraîneur principal également pendant la semaine, car aujourd’hui encore plus, tout le monde a compris l’importance du gardien de but au sein d’une équipe. Il est autant décisif sur sa ligne que premier relanceur de l’équipe.

Nous avons de la chance en Europe de voir tous les weekends de très bons gardiens. Cech, Neueur, Buffon, Courtois, Oblak, c’est très fort ! Il suffit de regarder les grands clubs. En Ligue 1, Mandanda est très solide, Aréola progresse depuis qu’il enchaîne les matchs et j’aime bien Subasic qui a son style, mais je le trouve plutôt efficace. Pour les plus jeunes, je pourrais citer Lafont (Toulouse), Bernardoni (Clermont) ou Kamara (Strasbourg). Il y a une belle génération qui arrive et qui joue, ce qui est très important. Mais Hugo Lloris reste le meilleur français actuellement.

Je suis surpris par la Belgique qui a plusieurs très bons gardiens. C’est vrai que les gardiens des autres nations ont des profils différents, ce sont des géants proches des 2m. Nous n’en avons pas en France, mais à l’image d’Hugo Lloris nous avons des gardiens très véloces. Sans doute le meilleur à ce niveau, une vitesse de déplacement exceptionnelle. Je suis certain qu’il nous aidera grandement à gagner la prochaine Coupe du Monde.

CHRISTOPHE