Céline Géraud – Judoka & Journaliste

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Les athlètes ont beau être le coeur du sport, ils ne sont pas les seuls à faire rayonner nos disciplines préférées. Plongez dans les coulisses du sport professionnel en découvrant les histoires de dirigeants, de coachs, du staff médical, des fans…

Sur les tatamis de judo ou derrière le micro, Céline Géraud vit sport. L’ancienne judoka raconte pour Sans Filtre sa carrière dans le sport de haut-niveau, le développement du judo féminin, ses premiers pas dans les médias, mais aussi l’importance et la chance de mêler passion pour le sport et métier.

La journaliste de RMC Sport a quitté les écrans de France Télévisions en fin de saison dernière et nous réveille chaque matin avec « RÉVEIL MATIN CÉLINE ». Elle se confie sur ce nouveau rôle. (Crédit photo Une : RMC Sport).

LE JUDO COMME VOIE DE L’ÉQUILIBRE

Ma passion pour le judo est née à Petit-Rosselle en Moselle, dans un toute petite ville de 7000 habitants. C’était l’un des seuls sports que l’on pouvait faire. Dans ma famille nous sommes trois enfants et mon grand-frère pratiquait déjà le judo. J’ai suivi ses pas. Mon père était aussi investi, car il était trésorier du club, quant à ma mère, elle s’occupait de la buvette.

Ce sport est avant tout familial et j’ai tout de suite bien aimé parce que c’est une discipline complète et d’opposition. J’adorais affronter les garçons car il y avait peu de filles dans les clubs. J’avais un professeur assez charismatique qui m’a fait participer à des compétitions et des événements organisés dans le département.

Avant d’entrer sur le tatami, je n’avais pas spécialement de routine. Ce que j’aimais, c’était rester dans ma bulle, être dans l’ambiance de la salle, entendre le public crier. Je ne voulais surtout pas rester seule.

Certains athlètes mettent un casque pour se concentrer, moi j’avais surtout besoin de rester dans le match, dans le rythme pour être au cœur de l’évènement. Je répétais des exercices à l’infini avant d’entrer sur le tapis où je resserrais ma ceinture.

Je n’ai jamais eu de modèle d’un ou d’une judoka. Cela ne m’a pas empêché de progresser, mais je n’étais pas en train de me dire : « Je veux devenir comme lui ou comme elle », car je pense que ce n’était pas essentiel. Actuellement, les enfants et les adolescents veulent ressembler à leurs idoles, aux stars du football ou du tennis. J’étais à contre-courant de tout ça. C’était plus un Graal absolu que je voulais conquérir. Je me suis toujours dit que je voulais devenir championne du Monde.

Au départ, je suis devenue championne départementale, puis régionale et enfin dans tout un pays. Je voulais toujours aller et voir plus loin dans mes objectifs.

Le judo est très important dans mon évolution. Il signifie la voie de l’équilibre, l’abréviation de l’être. C’est un art martial japonais qui possède de nombreuses valeurs.

L’apprentissage des mouvements et des techniques au judo est assez simple. Il est difficile d’arriver à maitriser parfaitement l’adversaire et avoir une efficacité maximale. L’objectif est de rester dans un esprit de compétition et faire tomber son adversaire le mieux possible pour avoir le fameux ippon.

Marquer un ippon m’a toujours fasciné lorsque l’adversaire termine K.O. Le judo ressemble à la boxe dans le sens où il faut réussir un mouvement, le maitriser et se l’approprier afin de détourner l’attention. L’idée est d’avoir de petites combinaisons techniques pour pouvoir réaliser le ippon parfait et réussir son combat.

Ce sport individuel d’opposition permet au judoka de se servir de l’adversaire pour pratiquer son sport et essayer de le battre. Il ne faut pas forcément arriver à le faire tomber le plus vite possible, mais surtout le mieux possible.

Le judo est très important dans mon évolution. Il signifie la voie de l’équilibre, l’abréviation de l’être. C’est un art martial japonais qui possède de nombreuses valeurs.

UN JUDO FÉMININ EN PLEINE PROGRESSION GRÂCE À LA MIXITÉ

Lorsque j’étais en Équipe de France, classée numéro une dans les années 80-90, le judo féminin était sur la scène internationationale dans certains pays dont l’Hexagone. C’est à partir de ce moment que l’on pouvait remarquer une certaine différence de niveau. Aujourd’hui, le judo pratiqué par les femmes a énormément progressé.

D’ailleurs, les Françaises sont challengées par le Japon, la Chine, certains pays émergents, les pays d’Europe de l’Est ou encore d’Amérique latine. Ce qui a beaucoup joué pour le développement du judo féminin, c’est que les compétitions se déroulaient en mixité avec les hommes. Il faut savoir que le judo est pratiqué par environ 40 % de femmes.

Concernant les performances des athlètes françaises, elles sont en difficulté. À part Clarisse Agbegnenou qui est vraiment intouchable dans sa catégorie en moins de 63 kilos, les Françaises ont du mal à aller chercher des médailles et cela devient compliqué pour elles de rivaliser.

Les judokas étrangères viennent prendre des ressources et de l’expérience dans d’autres pays. En France, on leur ouvre les portes et nous les accueillons. Des accords sont organisés avec des échanges et des partages de la part de la Fédération Nationale de Judo. Mais aussi des prises en charges financières, d’équipements et d’hébergements.

Les athlètes étrangers progressent plus rapidement puisqu’elles se nourrissent de l’expérience des autres nations dans lesquels le judo est déjà bien installé avec de bons techniciens. Ce qui fait qu’elles rattrapent leur retard.

UNE RECONVERSION DANS LE JOURNALISME DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE

À 24 ans, je commençais à devenir assez âgée pour pratiquer le judo et je pensais avoir fait le tour.

J’avais une intuition qui me disait : « C’est le moment pour toi d’arrêter ». J’avais fait les championnats du Monde, d’Europe et même si je n’avais pas participé aux Jeux Olympiques, la seule compétition qui manquait à mon palmarès, je ne me voyais pas repartir quatre ans après pour les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992.

J’ai hésité encore une année en continuant ma carrière de judoka pour être sûre de ne pas regretter mon choix, mais j’ai vite compris que je ne devais plus perdre du temps. À 18 ans, j’évoluais déjà en Championnat d’Europe, je me disais que cette précocité sportive pouvait me servir dans ma reconversion professionnelle.

Depuis mes 15 ans, j’ai toujours souhaité faire journaliste après ma carrière dans le judo. C’était une vraie vocation, je savais que j’allais me diriger vers ce métier. J’ai évolué en tant que pigiste chez France 3 puis à l’Equipe Magazine. C’est alors que j’ai eu l’opportunité de faire un stage à France 2, au sein de la rédaction Stade 2, où j’ai suivi le cursus sur trois ans « sportcom » pour la période estivale. Ma carrière s’est lancée ensuite.

Il fallait que je saisisse les opportunités, c’était une évidence. Je trouvais que le journalisme était un prolongement naturel par rapport aux émotions que l’on peut ressentir lorsque l’on est sur un tapis de judo.

Depuis mes 15 ans, j’ai toujours souhaité faire journaliste après ma carrière dans le judo.

Il fallait que je saisisse les opportunités, c’était une évidence. Je trouvais que le journalisme était un prolongement naturel par rapport aux émotions que l’on peut ressentir lorsque l’on est sur un tapis de judo.

Malgré le fait qu’il y ait des préjugés sur le fait qu’une femme exerce le métier de journaliste dans le sport, j’ai toujours cru en ce que je voulais faire et puis les temps changent. On observe de plus en plus de femmes à la télévision ainsi que dans les médias sportifs. Je n’ai jamais reçu de remarques sexistes, alors c’est peut-être parce que j’ai fait du judo et que les hommes n’osent pas, ils ont peur que je leur « casse la gueule » derrière. Mais si l’on fait bien son travail, il n’y a aucune raison d’avoir des remarques. En tout cas, s’il y en a, je ne les entends pas ou je ne les écoute pas, cela ne me touche pas du tout.

Comme je faisais un sport en haut-niveau, je recherchais toujours l’adrénaline et des émotions, des sensations uniques. Le judo est un sport où l’on peut être en direct, et lorsque l’on retrouve ça en étant journaliste, c’est toujours excitant.

En tant que journaliste, il y a une notion de danger, de risques. Nous nous adressons à un public qui s’y connait, à la moindre erreur, tout nous retombe dessus et si l’on se plante, c’est pour soi-même. Je pense qu’il y a une certaine pression étant journaliste, un certain regard de la part des citoyens. C’est exactement pareil quand on est sur un tapis, on fait des erreurs aussi.

Le sport est un terrain de jeu formidable, il y a plein de choses à dire, plein d’histoires, plein d’aventures, plein de performances à mettre en avant et énormément de sujets où l’on peut débattre, donc il n’y a aucune différence entre les samouraïs des tatamis et le journalisme.

Le fait d’avoir été sportive de haut-niveau, m’aide a évoluer dans ce métier. Comme par exemple, la gestion du sang-froid lorsque l’on interviewe une personne. On sait tout de suite dans quel état elle est, car c’est un élément que je vivais au quotidien.

J’ai aussi une connaissance des émotions que l’athlète peut ressentir. Je commente leurs performances et cette connaissance m’aide, quelque soit le sport. Je peux évoquer et partager ce qu’ils ont vécu et dans quel état ils sont, car je l’ai vécu moi-même étant sportive de haut-niveau. Le journalisme c’est avoir la chance de ressentir ce que les athlètes peuvent vivre et pouvoir le raconter.

Je me rappelle de la demi-finale de Champions Cup où le RC Toulon l’avait emporté face au Munster 24 à 16 en avril 2014. C’était l’un des derniers matchs de Jonny Wilkinson sous les couleurs Toulonnaises. Je l’avais interviewé lorsque j’étais à Stade 2. C’était un moment privilégié car il s’agissait de sa fin de carrière, il voulait profiter de chaque instant. Je pouvais voir son état, il était très ému, cela me rappelait ma jeunesse, quand j’ai arrêté le judo.

Réveil Matin Céline est une émission difficile à gérer mentalement, car elle demande énormément de réflexions. Mais j’adore ce que je fais, je ne suis surtout pas déçue et je ne regrette pas mon choix, car c’est une expérience professionnelle enrichissante qui demande du travail, où l’on progresse chaque jour.

« RÉVEIL MATIN CÉLINE » MON NOUVEAU CHALLENGE

Depuis le 5 novembre, je dirige la matinale « RÉVEIL MATIN CÉLINE » sur RMC Sport de 6 heures à 9 heures avec Thomas Desson.

J’ai quitté en fin de saison dernière France Télévisions après avoir animé Stade 2 et différents événements sportifs, car j’étais dans une sorte de routine et de confort. J’avais besoin de challenge, d’un certain renouveau, car je m’ennuyais très vite. France Télévisions me donnait plus ce que je recherchais. Je partais non pas car je n’étais plus heureuse sur les chaînes, mais, car je pensais pouvoir être plus heureuse ailleurs.

Je ne progressais plus, et j’ai toujours pensé que si je voulais progresser, il fallait que je fasse quelque chose de nouveau, quelque chose que je n’avais jamais fait. J’ai alors eu une proposition de RMC Sport pour conduire la matinale.

C’est une émission difficile à gérer mentalement, car elle demande énormément de réflexions. Mais j’adore ce que je fais, je ne suis surtout pas déçue et je ne regrette pas mon choix, car c’est une expérience professionnelle enrichissante qui demande du travail, où l’on progresse chaque jour.

Peut-être que je vivrais une nouvelle aventure avec France TV dans le futur. Sans mon départ de chez eux pour TF1 il y a quelques années, ils ne m’auraient peut-être pas proposé d’animer Stade 2. Quand on reste trop longtemps dans un média, on peut quelquefois oublier ton talent et ta plus-value. Parfois partir, c’est aussi l’occasion de te redonner de la valeur.

Mais lors de mon départ de France 2, ce n’était pas mon objectif, je ne suis pas quelqu’un de carriériste, je regarde juste où j’en suis avec ce que je veux et ce que je ne veux plus.

Cette nouvelle émission « RÉVEIL MATIN CÉLINE»change le quotidien que j’avais lors de mes missions chez France TV. Je me couche très tôt le soir pour me lever à 2 heures du matin et terminer à 11 heures. Puis je prépare la prochaine émission. Alors qu’à France 2, je me levais plus tard, car Stade 2 se déroulait en fin d’après-midi et elle avait lieu une fois par semaine.

Si les journées pouvaient durer 28 heures, ça m’arrangerait pour avoir deux, trois heures de sommeil en plus.

Dans une émission quotidienne, on est tous le temps en tournage. Bien évidemment je ne ferais pas ça toute ma vie, car c’est assez fatigant, mais je trouve le concept assez marrant, je découvre quelque chose de complètement différent.

C’est un nouveau rythme à prendre, une organisation à assimiler, une hygiène de vie. Mais si l’on est entouré de personnes qui comprennent le sujet et adhèrent au projet, ce n’est pas un problème.

La matinale est en direct, 100 % sport, informations et opinions. On écrit, on raconte, on donne notre avis, on laisse la parole aux invités et aux téléspectateurs qui interviennent au téléphone. Nous sommes interactifs, on donne le rythme. L’émission a démarré le 5 novembre et les retours sont très bons.

C’est un décryptage de l’actualité pendant 3 heures. On donne notre avis sur les sujets du moment. Parfois cela fait du bien de s’exprimer, débattre sur des thématiques avec un peu plus de temps. À France Télévision, c’était très court, on n’avait pas le temps de donner son avis, puisque l’émission Stade 2 durait moins longtemps.

Pour l’instant, l’objectif sera de finir la saison en installant ce nouveau programme. Je ne me vois pas ailleurs. Je ne me suis jamais dit ce que je devais faire pour avoir telles ou telles choses. J’avance, je progresse et je saisis les opportunités lorsqu’il y en a, et quand elles correspondent à mes attentes.

CÉLINE 

AVEC SOLÈNE ANSON