JACQUES BOUSSUGE

#Head of Sports Advisory KPMG #Ancien Rugbyman #Montpellier HR, CA Brive, Biarritz Olympique, Bath Rugby #Équipe de France XV -21 ans #Équipe de France rugby à 7

Crédit Photo Une : DR

Si on remonte à quelques années en arrière, jamais je ne me serais imaginé évoluer dans un cabinet du Big Four.

Pourquoi ?

Car j’étais passionné de rugby, j’ai toujours rêvé d’en faire mon métier et je prenais plaisir chaque matin à me lever pour exercer cette profession qui était finalement le prolongement de ma passion.

J’avais fait STAPS en sortie du bac, car cela me permettait de continuer les études tout en jouant au rugby. J’ai toujours été en revanche intéressé par le monde des entreprises, de la finance, ce côté business. L’optique d’obtenir un diplôme dans cette branche était donc déjà présente.

Aujourd’hui, le rythme d’un jeune sportif de haut niveau est très intense. Il est très compliqué de l’allier à des études supérieures. Je comprends donc que certains laissent tomber leur scolarité après le bac pour potentiellement avoir plus de chances de devenir pro. Me concernant, j’ai eu une éducation qui m’a poussé à assurer mes arrières, j’étais conscient qu’une carrière pro ne dure pas longtemps et peut surtout s’arrêter du jour au lendemain. C’est donc pour ça qu’après ma licence STAPS j’ai passé les concours pour rentrer en école de commerce, puis j’ai obtenu un master de l’école de commerce de Montpellier, l’ESC. J’ai poursuivi ma carrière sportive en Top 14 à Montpellier, en parallèle de mes études en finance.

La condition du sportif en France est d’ailleurs assez spéciale. Contrairement aux pays anglo-saxons, notamment les États-Unis où les profils d’anciens sportifs sont recherchés par les entreprises, ici l’image de l'athlète est purement et simplement sportive. Il y a des valeurs de dépassement de soi, de détermination, etc. qui ne sont pas imaginées comme applicables aux fonctionnements d’une entreprise.

UN ATHLÈTE NE SE SERT PAS QUE DE SON PHYSIQUE

La condition du sportif en France est d’ailleurs assez spéciale. Contrairement aux pays anglo-saxons, notamment les États-Unis où les profils d’anciens sportifs sont recherchés par les entreprises, ici l’image de l’athlète est purement et simplement sportive. Il y a des valeurs de dépassement de soi, de détermination, etc. qui ne sont pas imaginées comme applicables aux fonctionnements d’une entreprise.

Encore aujourd’hui malheureusement j’en fais l’expérience parfois, je vois qu’un interlocuteur pense que comme je suis un sportif je ne peux pas tout comprendre. Comme si nous mettions des gens dans des boites et qu’ils ne pouvaient en sortir.

Chez tous les athlètes de haut niveau il y a de l’intelligence, situationnelle notamment, il faut tout le temps s’adapter à son environnement, à ses performances, à ce qu’on produit. Le physique ne suffit pas pour arriver au très haut niveau. Aux États-Unis et en Angleterre par exemple, les personnes sont conscientes que l’individu qui y est arrivé a intrinsèquement des ressources pour réussir et accéder à l’élite. Et la technicité liée au métier, à l’industrie, elle s’apprend. Alors que les qualités intrinsèques sont plutôt innées ou du moins très difficiles à développer. Ils se disent, on investit sur l’homme et on lui apprend la technique.

En France nous n’avons pas cette vision-là. Nous avons une vision élitiste de l’éducation, si entre 16 et 21 ans nous n’avons pas bien travaillé à l’école, on est considéré comme des brebis galeuses.

En tant qu’ancien sportif j’ai dû donc faire mes preuves et je continue à les faire au sein du cabinet KPMG. Le travail et l’abnégation sont mes piliers, je ne me souviens pas avoir posé un jour de vacances ces 3 dernières années. J’ai donc pu rattraper le retard que je pouvais avoir sur certains aspects, notamment la technicité dont je vous parlais, spécifique à mon nouveau métier.

J’évoque aussi l’adaptation, là aussi cela m’a aidé à m’adapter à ce nouveau milieu, et à chaque situation auxquelles nous pouvons faire face avec les clients par exemple.

L’apprentissage est le dernier point important pour moi. Lorsqu’on est sportif pro, chaque jour nous devons sortir de l’entrainement meilleur que le jour précédent. Nous faisons face à la concurrence et il faut donc constamment apprendre, s’améliorer. Ma façon de travailler aujourd’hui implique forcément cette progression.

Un sportif doit progresser à chaque entrainement qu’il soit fatigué ou pas, qu’il pleuve ou qu’il vente, il faut avancer. Nous sommes conditionnés comme ça. La survie de notre carrière dépend de cette nécessité à toujours faire mieux le lendemain que le jour précédent. Un joueur moins bon, qui régresse ou qui n’est pas concentré, ne joue pas ; si on ne joue pas alors la carrière est remise en question.

 Chaque athlète a une vie intéressante et un parcours loin d’être linéaire. C’est inspirant. Ensuite il y a toute cette expertise dans la recherche de la performance, la motivation, le self-control, le travail en équipe, en apportant des choses différentes sans doute que des personnes qui n'ont évolué que dans le milieu de l’entreprise. Il y a une vraie valeur ajoutée.

DES ÉCHANGES BÉNÉFIQUES POUR TOUT LE MONDE

Nous voyons cependant de plus en plus d’anciens sportifs intervenir dans le monde de l’entreprise en tant que coach ou conférencier. Avant tout, ils apportent une histoire atypique. Chaque athlète a une vie intéressante et un parcours loin d’être linéaire. C’est inspirant. Ensuite il y a toute cette expertise dans la recherche de la performance, la motivation, le self-control, le travail en équipe, en apportant des choses différentes sans doute que des personnes qui n’ont évolué que dans le milieu de l’entreprise. Il y a une vraie valeur ajoutée.

Pour moi l’être humain a vraiment tout à gagner, à se mélanger et à échanger. Cela implique des interactivités inter-milieux.

Durant ces trois ans, je me suis vraiment épanoui dans mes nouvelles fonctions. J’ai pu mêler mon expertise du milieu sportif sur certains projets sur lesquels j’ai travaillé, dont le rachat des Girondins de Bordeaux, l’ouverture du capital du RC Toulon ou l’accompagnement de la Ligue Nationale de Rugby. Je suis à la tête de la branche sport-conseil de KPMG, que je développe depuis trois années. J’ai donc beaucoup appris, et j’ai notamment découvert la surface immergée du business dans le sport.

Aujourd’hui, un projet qui me plairait vraiment serait d’accompagner une personne visionnaire, dans la reprise d’un très grand club ou d’un club modeste avec l’ambition de le rendre majeur dans le rugby ou le football, et d’arriver à atteindre l’ambitieux objectif fixé.

Ma carrière de rugbyman ne me manque pas. J’en suis très content, j’ai vécu des choses formidables, mais c’est très éprouvant, au niveau physique avec le rythme, les coups qu’on prend, et mentalement avec la pression qui s’accroit sur les joueurs ces dernières années.

C’est aussi le fait que je m’épanouis actuellement en fusions-acquisitions et que je prenne tout autant de plaisir à me lever chaque matin pour aller au travail.

JACQUES