Allison Pineau : “On n’était pas si loin de la Norvège”

Allison Pineau est notre consultante tout au long de cet Euro 2020. L’arrière des Bleues, absente pour cause de fracture du nez, donne son avis sur la compétition. Aujourd’hui, retour sur la finale France – Norvège et la médaille d’argent des Bleues.

Crédit : Stéphane Pillaud FFHB.

Allison Pineau : “L’exclusion de Grace Zaadi est arrivé au mauvais moment”

Qu’est ce qui a manqué au Bleues en finale ?

Allison Pineau : “Il leur a manqué un peu d’efficacité aux tir et sans doute de l’expérience pour gérer la fin de match. Mais cela s’est joué à vraiment pas grand chose, surtout au moment où la France repasse devant. Il y a ce 2 minutes (NDLR : La 3e exclusion temporaire de Grace Zaadi à cinq minutes du terme) qui est arrivé vraiment au très mauvais moment. On n’a pas réussi à rebondir. Ce sont des petits détails qui ont manqué hier soir.

C’est une finale qui ressemble à celle de 2017. Tout le monde était au rendez-vous. C’était un match palpitant, avec de l’intensité. La France a montré un très beau visage en deuxième mi-temps, après un premier acte plus mitigé. On est mené de quatre buts à la mi-temps. Mais elles sont revenues, avec tout le suspense autour de cette partie. On aurait pu penser atteindre la victoire finale.

Est-ce que les efforts fait pour revenir dans le match, ont couté cher aux Bleues dans le money-time ?

Peut-être. Cela demande beaucoup d’énergie de revenir d’un tel écart. Il a fallu du temps pour revenir. Mais c’était le plan, connaissant Olivier. Dans ce genre d’approche il dit que l’important ce n’est pas de revenir très vite, mais plutôt à l’approche du money-time, dans les dix dernières minutes, qu’il fallait revenir au score. Pour justement, espérer dans une course folle dans la fin du match. C’est ce qu’il s’est passé. On a vu un vrai mano à mano. On est passé tout près malgré tout. C’est vraiment dommage et je suis déçue pour les filles. J’imagine que la déception est encore plus grande pour elles. Pour avoir déjà été dans cette situation.

“Il y a eu beaucoup de pertes de balles côté Norvège”

Est-ce qu’il y a eu de la peur en première mi-temps ?

Pas de la peur mais on a senti que ce n’était pas simple. Le collectif a été impacté quand Grace écope de ses deux exclusions temporaires en onze minutes. Dans un tel match, ça pèse. On est bien rentré dans la partie. C’est ce qui est frustrant. Il y a eu aussi Solberg qui a pris l’ascendant psychologique. On trouvait des solutions, mais on arrivait pas à mettre la balle au fond. Cela a donné ce moment de flottement où la Norvège a pris le large. Elles creusent l’écart, ce qui leur permet de revenir avec quatre buts d’avance aux vestiaires. Il est sûr qu’on n’a pas vu le plus beau visage de l’équipe de France, dans cette première mi-temps.

Malgré tout, on était pas si loin. Quand on regarde ce premier acte, on s’aperçoit qu’il y a eu de nombreuses pertes de balles côté Norvège. En 20 minutes on était déjà à huit, ce qui était plutôt son standard en un match entier. Malheureusement, on n’a pas su saisir les opportunités, pour recoller avant la mi-temps et espérer un meilleur dénouement. Il faut retenir cette deuxième mi-temps. Même si ça laisse des regrets.

Les Françaises sont les premières à revenir au score comme cela contre la Norvège, cela accentue les regrets ?

On a vu sur le temps mort vite pris par la Norvège dans le second acte. On voit vraiment la panique sur les visages norvégiens. Elles n’étaient pas sereines. On sentait aussi la pression chez le coach adjoint. C’est un peu frustrant. Derrière l’écran, on voit tout ce qu’il se passe (NDLR : Allison Pineau était sur le plateau de BeIN Sports tout au long de cet Euro). Finalement cela se joue à rien. Dommage. On a eu des gardiennes exceptionnelles des deux côtés.

Allison Pineau : Il faut du temps pour digérer la frustration”

Malgré la frustration, les Bleues ont fait un magnifique parcours. On capitalise sur ce genre de performances ?

Evidemment. Mais il faut d’abord digérer la déception. Il faudra un peu de temps pour réaliser que c’est un très beau parcours. Au fond d’elles, elles le savent. Il faut savourer, car beaucoup d’équipes auraient aimé être à notre place. C’est de bonne augure pour la suite.

Et comment on digère la frustration ?

Il faut du temps, il faut des jours. Après, on va rapidement retourner dans nos clubs. On va avoir l’avantage de rapidement se replonger dans notre quotidien. Après ca vient tout seul. Je me souviens qu’après les JO (NDLR : médaille d’argent en 2016 pour la France), j’ai mis beaucoup de temps à digérer cette déception. Ca a été très difficile et il a fallu beaucoup de jours pour extérioriser cette déception et me rendre compte qu’on avait fait une performance incroyable. Tout mon entourage me faisait comprendre que c’était déjà très bien d’avoir fait ça. Cela s’est fait avec le temps.

“Il faut dire un grand bravo à la Croatie”

Il y t’il une sensation bizarre au moment de se quitter et retourner chacune dans son club respectif ?

Oui évidemment, mais on a l’habitude. Les choses ne changent pas et on est dans nos standards. On n’a pas beaucoup de temps pour savourer ces victoires, car il faut vite se replonger dans notre club. Même après les JO, il n’y a pas plus de temps. Il faut savoir que les joueuses non qualifiées pour les J.O reprennent depuis Juillet. Nous, nous revenons après la compétition et on reprend le train en marche. On arrive au cours voire à la fin de la préparation. Le championnat reprend en septembre, il faut vite reprendre. Si à l’intersaison on a changé de club, il faut rapidement s’intégrer. On a quelques jours pour digérer mais pas énormément.

Cet Euro a été impitoyable pour pour les équipes qui n’étaient pas à 100%. Ca prouve la difficulté de ce tournoi ?

Ce n’est pas parce qu’on est dans les favoris, qu’automatiquement on est assuré d’être dans le dernier carré. Le Danemark a supplanté la Russie. C’est la complexité de l’Euro. Je tiens à dire un grand bravo à la Croatie, qui a vraiment été l’équipe surprise de cette compétition. Elle accroche le bronze face au Danemark, qui était le pays organisateur. La Croatie mérite vraiment cette troisième place. Car les deux équipes qui l’ont battu sont la France et la Norvège, les deux finalistes. Elles ne sont pas écroulés lors du dernier match.

Allison Pineau : “L’équipe de France est la vitrine du handball français”

Un petit mot pour celles qui découvraient leur première compétition en Bleue. Est-ce que cet Euro leur offre une belle expérience ?

C’est une compétition très dense, avec des matchs de très haut niveau. Il faut savoir que le niveau est encore plus élevé qu’en Ligue des Champions. Les joueuses auront énormément appris durant cette compétition.

Est-ce que cette compétition n’est pas la meilleure publicité pour la Ligue Butagaz Energie (D1 Féminine) ?

L’équipe de France est la vitrine de la Ligue Butagaz Energie et du handball français. Cela permet à la ligue de montrer ses talents. On s’aperçoit de la diversité.”

Propos recueillis par Etienne GOURSAUD

Retrouvez les trois précédentes interventions d’Allison Pineau

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