Hervé Mathoux

Journaliste : #Canal Football Club #Ancien TF1 #Commentateur EA Sports FIFA

Les athlètes ont beau être le coeur du sport, ils ne sont pas les seuls à faire rayonner nos disciplines préférées. Plongez dans les coulisses du sport professionnel en découvrant les histoires de dirigeants, de coachs, du staff médical, des fans…

Pour les 10 ans de l’émission phare du football français, le fameux Canal Football Club, son présentateur légendaire Hervé Mathoux nous explique les clés de cette réussite. (Crédit photo Une : CANAL PLUS).

Décrire le Canal Football Club en quelques mots est impossible… je vais le faire en quelques phrases !

C’est une émission qui est à la croisée des chemins dans le sens où c’est à la fois un rendez-vous grand public, familial et également un moment où les vrais passionnés de football sont là pour obtenir une dose d’expertise.

Il y a plusieurs degrés de lecture pour être apprécié par des gens qui suivent de loin ou de près le foot. Ce n’est pas une émission de divertissement, mais elle se veut divertissante, et ce n’est pas une émission d’expertise, mais elle se veut experte sur son sujet.

Il y a une volonté chaque année et même chaque dimanche de se challenger pour apporter un plus, voir comment éclairer un aspect du jeu, expliquer telle situation, tel comportement, ou telle réaction des acteurs du foot.

Les téléspectateurs veulent des images, du spectacle, les clés de l’analyse et également passer un bon moment.

Cela fait 10 ans que je la présente, mais pour être tout à fait honnête, je ne m’en rends pas compte. Je suis à fond au quotidien, je n’ai pas le temps de m’arrêter pour contempler ce que j’ai pu faire, et ce n’est pas forcément dans ma nature. Ce programme je l’aime et je le fais avec des gens que j’apprécie. C’est le plus important pour moi.

LE CFC EST NE DE LA VOLONTÉ D’APPORTER UN VENT NOUVEAU AU FOOT SUR C+

Tout est parti d’une nouveauté pour nous, celle d’obtenir les droits d’accès aux images de la Ligue 1 le dimanche.

On aurait pu faire une sorte de Jour de Foot bis, avec des résumés de matchs dans le but de montrer le plus de foot possible, mais les dirigeants de l’époque, notamment Cyril Linette, ont voulu apporter dans la famille des émissions de Canal quelque chose de nouveau, dans le fond et dans la forme.

En plus des images des rencontres, nous avons rajouté des reportages, des interviews, des palettes. Nous avions également le souhait de créer un show avec un public dans un décor vivant, avec de l’opinion, une sorte de forum avec des consultants et journalistes sur le plateau.

Cela s’est donc décidé et le choix a été fait de remplacer les fameux dessins animés « Ca cartoon » par le Canal Football Club, et de le proposer en clair. C’était la première fois que Canal + proposait une émission sport accessible à tout le monde.

Deux choix forts qui 10 ans plus tard, s’avèrent être d’excellentes décisions.

 

Le Canal Football Club a évolué comme un enfant qui grandit sous ton toit, petit à petit à chaque dimanche sans que nous nous en rendions compte.

Le Canal Football Club a évolué comme un enfant qui grandit sous ton toit, petit à petit à chaque dimanche sans que nous nous en rendions compte. Il n’y a pas eu de gros virages ou de révolution, mais simplement quelques ajustements naturels.

Il y a eu un temps où il y avait un focus plus important sur l’investigation, avec parfois un ton plus négatif, puis nous avons ressenti le besoin d’aller dans du positif. Le tour de table a évolué également, la première saison par exemple on avait Didier Deschamps qui était consultant. On a su renouveler l’équipe, mais toujours en gardant le même état d’esprit.

UNE LIGUE 1 PASSIONNANTE MALGRÉ L’ARCHIDOMINATION DU PSG

La Ligue 1 aussi a bien évolué en pendant cette dernière décennie.

On fait de l’actu donc on ne la choisit pas, on essaie d’être le plus créatif possible même si par exemple depuis quelques années et l’arrivée des Qataris au PSG, les dés sont jetés avant que la saison débute concernant le titre, mais il y a plein d’autres choses à commenter, à analyser.

Il y a forcément des sujets qui reviennent très souvent. Un exemple concret depuis quelques semaines, c’est l’irrégularité de Lyon qui est intrigante. Gagner contre un des meilleurs effectifs d’Europe en Ligue des Champions et perdre contre une équipe de bas de tableau de Ligue 1, ça n’a rien de logique. C’est notre rôle d’en débattre et d’essayer de comprendre. Même chose avec Paris et le manque d’engagement qu’on peut voir parfois.

Puis nous allons aussi à la rencontre de joueurs moins connus, nous analysons toutes les équipes tout au long de la saison. Un club de foot c’est une constellation de personnalités avec des égos, etc.… Donc il y a toujours des histoires qui vont naître de cela. Tel joueur qui s’entend à merveille avec un autre puis plus du tout 1 mois plus tard, le promu qui se retrouvent en haut de classement en début de championnat, prêt à viser les places qualificatives de Ligue des Champions, puis finalement dégringole. Est-ce que Paris va rester invaincu ? Des histoires même sans trop de suspens pour le titre il y en a pléthore.

Nous avons eu des invités très prestigieux avec Varane, Umtiti, Buffon, Griezman, Hazard, donc pourquoi pas ne pas continuer comme cela avec par exemple Depay, Mbappé, Thauvin. Le but est de continuer à avoir des stars, mais aussi d’autres joueurs moins connus, mais tout aussi intéressants.

D’ailleurs, nous, les médias, sommes là aussi pour créer du lien entre les footballeurs et le public, quand ils s’expriment dans une émission comme la nôtre ils s’adressent à des milliers de français. Les gens ont envie d’en savoir plus sur les joueurs et ça passe aussi par les médias.

Cela créé beaucoup de beaux moments pour toute l’équipe du CFC, d’autant plus en tant d’années d’existence.

J’ai toujours du mal à choisir un moment particulier m’a marqué, j’en ai vraiment beaucoup. Le CFC c’est comme un championnat, pas une coupe, dans le sens où si c’était une émission plus évènementielle on se souviendra de la finale, là on est dans le run tous les dimanches donc chaque lundi on a un nouveau challenge pour le dimanche d’après avec autant d’excitation et de gourmandise. Donc je suis plus dans un plaisir quotidien que dans une célébration d’un moment particulier.

Après forcément il y a quelques moments qui sortent du lot, car ils sont originaux, la spéciale Zidane par exemple, celle avec Domenech, et des invités comme Buffon, Ancelotti, Eto’o, la spéciale Griezman à Madrid. Mais je prends autant de plaisir sur chaque émission.

UNE PRÉPARATION DIGNE D’UN CLUB POUR NOTRE RENDEZ-VOUS DU DIMANCHE SOIR

C’est un peu comme un club de foot qui fait un suivi toute la semaine pour mettre en place quelque chose le dimanche.

Elle est impulsée le lundi avec une première réunion, avec notamment un bilan de l’émission de la veille, et en établissant les grandes lignes pour la suivante.

On refait des points plusieurs fois, car il y a des sujets choisis qui sont possibles ou pas suivant l’actualité. La difficulté et c’est d’ailleurs la même pour toutes les personnes qui travaillent sur une émission hebdomadaire, c’est essayer de capter la force d’une actu pour savoir si le jour de l’émission celle-ci sera encore porteuse ou pas. Certains sujets prennent un coup de vieux le samedi soir, car quelque chose d’autre sort, il faudra alors l’adapter le dimanche matin.

Mon rôle est avant tout un rôle d’antenne, pour que l’émission soit la plus agréable possible. La parole doit être à la fois libre tout en gardant nos valeurs en tête. Je dois mener le débat, apporter de la contradiction si des idées ne sont pas représentées sur le plateau par exemple. Et m’occuper de l’invité sur le plateau également pour le mettre à l’aise et faire en sorte qu’on apprenne des choses de lui.

Bien sûr, en amont je participe à la validation des sujets, j’aide les journalistes dans l’écriture finale et j’aide l’équipe si besoin est. Nous avons toute une équipe qui fonctionne bien, qui est très bien rodée maintenant donc c’est un plaisir de travailler dans ces conditions.

Nos consultants sont libres, Pierre Ménès a une tendance à partir dans des avis très tranchés, mais c’est aussi pour cela qu’il est là. Le but n’est pas de le cadrer.

Cette année nous avons eu un changement marquant avec le transfert de Marie Portelano qui présente maintenant le Canal Sport Club le samedi, et l’arrivée de Laure Boulleau. C’était une question d’opportunité, Laure arrêtait sa carrière, elle avait envie de travailler avec nous et nous avions envie de travailler avec elle.

Nous avons une consultante technique en plus, mais ça correspond toujours à l’esprit du CFC, d’autant que Canal + a obtenu les droits du championnat de D1 féminine. L’avoir sur le plateau pour délivrer des analyses en tant qu’ancienne joueuse est un plus pour nous même si ce n’était pas la raison à l’origine de sa venue.

Nos consultants sont libres, je ne sais pas ce qu’ils vont dire à l’antenne. Je leur fais un briefing avant l’émission pour leur présenter les sujets et structurer l’émission, pour ainsi éviter de créer un débat trop tôt par exemple sur un sujet qui arrivera après. Mais la parole est libre.

Pierre Ménès a une tendance à partir dans des avis très tranchés, mais c’est aussi pour cela qu’il est là. Le but n’est pas de le cadrer, au contraire ça créerait l’effet inverse, en revanche il faut de temps en temps le contenir.

L’AVENIR DU CFC EST ASSURÉ JUSQU’EN 2020 MINIMUM

Les droits de Canal Plus s’étendent à 2020, mais nous ne pensons pas à la suite, nous sommes la tête dans le guidon et des personnes s’occupent de ce genre de dossier donc il n’y a pas d’inquiétude de notre côté.

Le changement de présentateur est une des évolutions possibles pour le CFC, mais personnellement je ne milite pas pour ça. 🙂

Il n’y aura pas de gros changements, mais pourquoi ne pas refaire des émissions dans un stade comme celle dans celui l’Atletico à Madrid avec Griezman, lorsqu’il n’y a pas de journées de Ligue 1.

La data aussi est un point où l’on veut continuer à innover. Nous avons eu l’indice Canal pour noter la prestation d’un joueur, donc continuer dans cette voie, car les chiffres ont de l’intérêt que si on leur donne du sens. Pour cet indice par exemple nos consultants ont définis plus de 300 compétences requises en fonction des postes, avec donc une note donnée pour chaque et un coefficient pour faire une moyenne globale.

Pour finir, si je pouvais m’adresser au jeune Hervé Mathoux, je ne lui conseillerais pas grand-chose, car je pense que j’ai abordé les choses comme j’étais. Peut-être que je lui dirais d’avoir un peu plus confiance en lui, mais sans entrer dans l’abondance.

Fais les choses comme tu le sens, avec honnêteté, avec passion, en respectant les gens et en essayant d’être juste. Juge les faits et pas les acteurs des faits.

HERVÉ