Pierre "Steeelback" Medjaldi

AD Carry League Of Legends : #Giants Gaming #Ancien Team Vitality #Ancien Unicorns of Love # Ancien Fnatic

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Alors que l’eSport continue sa croissance au sein des médias et du public, Pierre “Steeelback” Medjaldi est revenu sur l’évolution du monde des pro-gamer. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs français de League of Legends, il espère prouver aux néophytes que l’eSport n’est pas juste un simple hobby mais plutôt une pratique professionnelle de très haut niveau qui pourrait un jour faire partie de la grande famille olympique.

J’ai commencé à jouer aux jeux vidéo vers mes 9/10 ans avec Call of Duty sur ordinateur. Je trouvais ça mieux d’avoir un clavier et une souris plutôt qu’une manette même si je possédais également une PlayStation. J’ai commencé à devenir assez bon à CoD 2, mais à cette époque l’eSport n’était pas développé comme aujourd’hui même s’il y avait un classement qui me permettait de figurer dans les 5 premiers français à seulement 11 ans.

J’ai forcément continué à jouer à la série CoD mais dès la sortie de League Of Legends je n’ai pu m’empêcher d’adhérer au phénomène comme tous mes amis. Malgré les différences importantes de gameplay entre CoD et LoL, j’ai rapidement accroché à ce MOBA (multiplayer online battle arena). Ce jeu demandait moins de réflexes, mais il était bien plus exigeant en termes de réflexion.

L’ESPORT, LE PLAISIR DE LA COMPÉTITION AVANT TOUT

L’eSport s’est alors développé et ça m’a tout de suite intéressé. Ayant toujours été bon dans les jeux vidéo, je me suis dit que j’en étais capable. Je me suis alors vraiment concentré seul dans ma chambre pendant des mois en me donnant des objectifs à remplir afin d’être repéré, je voulais être placé le plus haut possible sur le ladder afin de me forger une bonne réputation (classement individuel général du jeu). J’ai joué énormément d’heures tout en conservant sans cesse mon rang dans le top 100 européen du jeu. C’est l’équipe Fnatic qui m’a repéré et notamment le joueur « YellOwStaR » qui a vu que j’étais un français au poste d’AD Carry. Son équipe en cherchait un et ils m’ont donc essayé pendant une semaine. À ce moment j’étais en terminale et j’ai tout abandonné pour suivre mon aventure dans l’eSport. C’était une énorme team et mes parents m’ont soutenu. On a alors gagné le Championnat d’Europe et de nombreuses autres compétitions. Ces débuts fracassants ont été le détonateur de ma carrière de pro-gamer.

Steeelback et Alain Bernard font le parallèle entre eSport et sport de haut-niveau

Ce qui m’a toujours plus dans LoL est le côté compétitif du jeu et la nouveauté que procure chaque partie. Ce n’est pas celui qui joue le plus qui sera le meilleur. Avant chaque match tu dois tout reprendre à zéro avec un nouveau champion et des sorts assez simple. De plus le fait qu’il s’agisse d’un jeu par équipe en 5 vs 5 est intéressant, car j’ai toujours aimé ce côté stratégie d’équipe avec un but commun.

Le côté compétitif peut aussi s’appliquer à moi-même comme si je devais prouver aux autres que j’étais bon à LoL ou aux jeux vidéo de manière générale. Avant l’eSport, je voulais déjà être le meilleur et cette arrivée des compétitions était donc parfaite pour moi.

L’ENVIE DE PROUVER QU’ÊTRE PRO-GAMER CE N’EST PAS JUSTE SE POSER DERRIÈRE UN ECRAN

Mais l’eSport a mis du temps à croître et à être pris au sérieux. Les premières finales de LoL se sont jouées dans de petites salles avec seulement 500 personnes tandis qu’aujourd’hui c’est plusieurs milliers de spectateurs qui se réunissent dans des stades. Mais cela m’a toujours intéressé malgré les défauts du début, car je voulais apprendre des autres joueurs. Aujourd’hui avec l’ampleur énorme qu’a pris la scène LoL c’est intéressant de voir tous ces gens qui se mettent petit à petit à aimer le jeu.

Aujourd’hui j’ai envie de prouver aux gens que l’eSport nécessite un véritable professionnalisme. Beaucoup de gens gardent des clichés en pensant aux joueurs et s’imaginent que nous restons simplement derrière un ordinateur. Il ne se rendent pas compte de nos efforts : avoir un programme sur mesure, manger sainement, faire des sacrifices ou faire du sport à l’image d’un athlète de haut-niveau mais dans le monde des jeux vidéo.

Ainsi la vision de mes parents a évolué avec le temps. Au début ils me voyaient jouer seul et me demandaient de sortir, de travailler plus à l’école, car j’avais tendance à délaisser un peu mes devoirs. Par la suite ils ont pu voir que j’ai obtenu un contrat, un salaire, que je voyageais beaucoup et que LoL m’avait vraiment ouvert sur le monde et enrichi ma personnalité sur de nombreux aspects. C’est l’une des autres choses que j’ai envie de montrer aux gens, le jeu vidéo ne t’abrutit pas, mais demande énormément de réflexion et l’eSport m’a fait grandir en tant que personne. Les gens en dehors ne se rendent pas compte à quel point c’est dur d’être un joueur pro.

Je pense que l’avenir de l’eSport passe par un développement sur certaines plateformes de streaming. J’ai ainsi commencé sur Twitch et je vais également me mettre à  YouTube. L’avènement des retransmissions d’eSport va arriver naturellement avec la génération actuelle. On le voit avec la nouvelle chaîne ES TV, mais bien évidemment la télévision n’est pas la solution.

- Steeelback

La notoriété est un autre phénomène à gérer qui est arrivé rapidement. Après nos premières victoires avec les Fnatic, les gens ont commencé à me reconnaître dans la rue, à me demander des photos. C’est vraiment sympa de croiser des gens qui sont heureux de me voir, ça me touche vraiment. Je me souviens d’une fois où un fan m’avait demandé une photo alors que j’étais avec ma mère, ça nous avait un peu fait bizarre à ce moment-là. Je ne prends pas la grosse tête avec ça, mais j’aimerais faire passer le message que si vous souhaitez quelque chose dans la vie il faut simplement mettre toute la volonté pour le faire. S’ils s’en donnaient les moyens, beaucoup de joueurs pourraient ainsi être à ma place.

MA VOLONTÉ DE DÉMOCRATISER L’ESPORT

J’ai récemment signé un partenariat avec EDF dans le but de promouvoir l’eSport. Ce projet permet notamment de montrer les similitudes qui existent entre un gamer-pro et un sportif de haut-niveau. Lors d’une rencontre avec le nageur et champion olympique Alain Bernard, nous avons pu constater nos points communs comme les rituels journaliers ou nos programmes d’entraînement avec la façon de les aborder. J’étais d’ailleurs étonné de cette similarité et j’aimerais que les gens se rendent compte que notre quotidien est souvent le même que celui des athlètes qu’ils peuvent voir à la TV.

L’un des autres axes qui permettraient « d’officialiser » l’eSport et que ce soit reconnu comme une pratique sérieuse serait son arrivée aux Jeux Olympiques de 2024 à Paris. J’espère vraiment que ça va se faire pour un développement encore plus important, d’un point de vue financier, mais aussi pour que le public reconnaisse notre discipline comme un sport à part entière. C’est ça le but final.

Mon action pour la promotion de l’eSport se résume à mes actions avec EDF, je ne fais pas encore partie d’un lobby spécifique. Je m’entraîne/joue en continu pendant 9 mois de l’année et c’est pendant notre break annuel que je peux réaliser quelques projets avec EDF notamment. Aujourd’hui j’ai pas mal de choses à gérer entre ma carrière de joueur qui me prend 6 jours par semaine et les à côté, c’est pour cela que l’agence Bang Bang Management m’accompagne pour les contrats, les réseaux sociaux, les médias…

Je pense aussi que l’avenir de l’eSport passe par un développement sur certaines plateformes de streaming. J’ai ainsi commencé sur Twitch et je vais également me mettre à faire des vidéos sur YouTube. L’avènement des retransmissions d’eSport va arriver naturellement avec la génération actuelle. On le voit avec la nouvelle chaîne ES TV, mais bien évidemment que la télévision n’est pas la solution. La plupart des gens de mon entourage ou ceux de ma génération ne regardent plus trop la télé, il faut donc poursuivre sur des plateformes présentes sur le web comme Twitch.

Je voudrais enfin profiter de la tribune qui m’est offerte pour remercier tous les gens qui me soutiennent depuis des années maintenant. J’ai connu quelques moments compliqués dans ma carrière, mais la communauté française a toujours été d’un grand soutien pour moi.

Cette année chez Giants est un réel challenge pour moi, j’ai vraiment à coeur de montrer à tous que je suis, encore, un des meilleurs joueurs en Europe.

Merci à Sans Filtre de m’offrir cette tribune et on se retrouve donc très vite sur la faille de l’invocateur et sur mes réseaux sociaux.

STEEELBACK