Ski Alpin – Cortina d’Ampezzo, des Mondiaux à point nommé

A Cortina d’Ampezzo, Sailer des Mondiaux ! Le retour du ski alpin dans la prestigieuse station Vénète est l’occasion de rappeler, au moment où débute le rendez-vous ultime des rois et reines de la glisse, que la réception des Jeux Olympiques d’hiver de 1956 avait couronné l’horloge suisse Toni Sailer, triplement dorée sur descente, géant et slalom. Une razzia exceptionnelle que seul Jean-Claude Killy effectua, douze ans plus tard, à Grenoble.

Sailer, toujours en avance sur les chronos de ses adversaires, s’était même adjugé le combiné, une course qui ne délivrait alors pas de titre olympique. Deux tiers de siècle plus tard, Alexis Pinturault, Dominik Paris, Petra Vhlova ou Lara Gut-Behrami rêvent de surfer sur la même vague que la légende helvète. Les premiers Mondiaux de l’après Marcel Hirscher-Lindsey Vonn débutent demain, nous vous les décryptons en compagnie de François-Xavier Rallet, commentateur des courses masculines sur Eurosport, que vous pourrez retrouver dès le Super-G mardi.

Alexis Pinturault, « le meilleur skieur du moment »

C’est rare, mais implacable : un skieur tricolore est le grand favori de ces Mondiaux. Alexis Pinturault, leader du général de la Coupe du monde, skieur le plus prolifique en activité, part à la conquête de titres mondiaux pour garnir sa vitrine qui ne compte aujourd’hui que l’or en combiné à Are (2019) et un anecdotique sacre collégial en Team Event à Saint-Moritz (2017). « Clairement, ça peut être ses Mondiaux, annonce FX Rallet, c’est sans doute sa plus belle saison jusque-là. C’est le meilleur skieur du moment ». Le licencié de Courchevel a quatre victoires au compteur cet hiver, dont trois chefs d’œuvre en slalom géant (Alta Badia, Adelboden), sa discipline phare : pour Rallet, « il a un tel niveau, il sera le favori n°1 ». Le journaliste lui voit trois concurrents majeurs, « Marco Odermatt, Filip Zubcic et Loïc Meillard », de jeunes diamants à polir et qui pourraient étinceler dès Cortina.

Avant de devenir géant, Pinturault s’attaquera au Super-G et au combiné. FX Rallet estime que pour le Super-G, « il faudra voir si la piste de Cortina, qu’il n’a jamais connu en Coupe du monde, lui correspond. C’est la discipline où il a le moins de chances de médaille ». Au contraire, ce même Super-G pourrait le mettre sur la voie royale du combiné : « s’il skie à son niveau en Super-G puis en slalom, je ne vois pas qui peut l’embêter. Ma petite pièce, ce serait Luca Aerni, il a déjà gagné en 2017 (à St-Moritz), et en slalom il a un niveau de dingue ».

En slalom, contre Clément Noël et “une très grosse concurrence

Deux titres (combiné, géant), ce serait une performance historique pour un skieur bleu – seulement réalisée par Emile Allais et Jean-Claude Killy – mais surtout « des Mondiaux réussis » avoue Rallet. Le dernier dimanche, il lui restera le slalom, « la cerise sur le gâteau » pour le journaliste d’Eurosport. Une discipline où il s’est métamorphosé, après être sorti à des moments clés l’an passé : « il a compris que ça n’était pas déshonorant d’aller faire 4e, 5e, 6e. Il peut viser une médaille ».

Son compatriote Clément Noël est prétendant à l’or entre les piquets serrés : « Il a raté Are il y a deux ans, mais cette année, il ne faut pas qu’il vise autre chose que le titre, estime FX Rallet. Même quand il skie à 90%, il colle quatre dixièmes aux autres. Je pense que s’il est à 100% de son niveau et qu’il ne commet pas de faute, il est imbattable. C’est le meilleur en terme de potentiel, de talent ». Le Vosgien a renoué avec le succès à Chamonix, mais reste sur une contre-performance haut-savoyarde au lendemain de sa victoire.

Aussi, « ils sont sept à avoir gagné cette saison, dont Schwarz et Kristoffersen qui ont gagné deux fois. Foss-Solevaag, Feller, Zenhaüsern, je n’enterre pas Yule, il y a une très grosse concurrence (y compris Pinturault) » pour Rallet. Des adversaires qui peuvent le brider. Les mots d’ordre pour le commentateur sont : « Ne pas se faire de nœuds dans la tête, garder confiance en son ski ». A Noël de ne pas faire de cadeaux.

Clarey, Allègre, Bailet, face à Feuz, Paris ou Mayer

Pinturault et Noël en têtes de gondole de la délégation bleue, et d’autres fers de lance, des chances de médaille, que détaille François-Xavier Rallet : « Johan Clarey a une médaille d’argent à défendre en Super-G, mais je pense qu’il a plus de chances en descente. Nils Allègre, sa 4e place de Garmisch (meilleur résultat en carrière) et surtout le ski produit ce samedi vont lui redonner beaucoup de confiance. Et pourquoi pas le voir monter sur un podium à Cortina, malgré sa blessure au tibia. Il n’est pas à 100%. Un Matthieu Bailet, avec le talent, si c’est bien glace, attention à lui en descente. En combiné, il y a Victor Muffat-Jeandet, qui peut également faire médaille en slalom ».

Mais le niveau est sacrément élevé dans la totalité des disciplines. En descente se placent en grands favoris Beat Feuz, sur un rythme d’enfer après son doublé de Kitzbühel, et Dominik Paris, de retour sur la plus haute marche à Garmisch. Les Autrichiens Mathias Mayer et Vincent Kriechmayr sont des prétendants légitimes. En Super-G, on en reprend certains – Kriechmayr et Mayer, les deux premiers du globe de la discipline – auxquels on ajoute les deux helvètes Marco Odermatt et Mauro Caviezel, peut-être tendre de retour de blessure.

Mais les Mondiaux, ce sont aussi les surprises, FX Rallet vous propose des grosses cotes en quête de breloque : « Si Luca Aerni est sur le podium en slalom, ce sera tout sauf une surprise. En géant, je pense à Justin Murisier, ou Luca de Aliprandini, à domicile. En Super-G, Matthieu Bailet ou Adrian Sejersted, mais il a manqué Kitzbühel (et Garmisch, ndlr.)et il y a un point d’interrogation sur lui. Puis pour la descente, Christof Innerhofer retrouve un super niveau. Carlo Janka, Romed Baumann skient très bien aussi ».

Tessa Worley en quête d’un troisième titre en géant

Sans être superstitieux, on peut avoir faim de séries. Surtout lorsque l’on parle de Tessa Worley, la géante géantiste tricolore dont le nom est déjà inscrit dans les livres d’histoire, en tant que double championne du monde et troisième skieuse la plus prolifique de tous les temps en géant (14 succès). Parce que jamais deux sans trois, et surtout car son second titre mondial remonte à Saint-Moritz, en 2017, quatre ans déjà après son premier or, décroché à Schladming. Après des blessures récurrentes qui lui ont miné plusieurs hivers et l’ont contrainte à l’opération, Tessa est revenue avec de nouvelles ambitions et une montée en puissance remarquable, qui l’a vue retrouver la gagne à Kronplatz, dernier géant avant Cortina, et surtout sa première victoire depuis deux ans et demi. Elle aura néanmoins une adversaire de poids, ogresse de sa discipline qui n’a laissé que des miettes, Marta Bassino.

La transalpine ne sera pas la seule candidate au titre, Michelle Gisin étant la troisième dame en géant, devant Federica Brignone ou Mikaela Shiffrin. Le monde de l’alpin féminin est un cercle restreint, et il n’est pas étonnant de retrouver Gisin et Shiffrin parmi les favorites du slalom, en compagnie de Katharina Liensberger et Petra Vhlova, leader au petit globe et au général. En Super-G, le sacre attendu est celui de Lara Gut-Behrami, trente succès en Coupe du monde, quatre victoires cet hiver, mais au palmarès toujours vierge d’or aux Mondiaux. Corinne Suter, Ester Ledecka ou Tamara Tippler ne sont pas de cet avis. La reine de la descente Sofia Goggia a ouvert la porte avec sa blessure, laissant aux favorites du Super-G des espoirs de doublé. Il faudra compter sur l’insouciante Breezy Johnson et ses quatre podiums depuis décembre.

Des titres avant la fête en France, en 2023

Treize jours de compétition, treize titres décernés. On souhaite le plus de Marseillaise et de drapeaux français sur le podium à Cortina. Les Jeux Olympiques de Pékin approchent à grand pas, il faut marquer les esprits. En espérant arriver en 2023, lors des Mondiaux de Courchevel et Méribel, avec un maximum de titres en poche !

Retrouvez François-Xavier Rallet face aux Quick Questions en cliquant ici !

Mathéo RONDEAU