Sitta Anne-Marie Bénie – Du lycée sportif aux portes du basket pro

La pandémie ayant ralenti le rythme des compétitions du basket hexagonal, on aurait pu penser que les clubs professionnels seraient plus frileux à l’idée d’intégrer les plus jeunes aux équipes de LFB. Il n’en est rien. À Nantes, nous sommes allés à la rencontre de Sitta Anne-Marie Bénie. Du haut de son mètre 91, la jeune joueuse tente de se faire sa place au poste de pivot au sein d’une équipe expérimentée. Née à Nantes, le 29 août 2002, Sitta Anne-Marie est un pur produit de la formation nantaise. Elle revient avec nous sur son parcours.

Crédit : NRB – Corentin Malary

Sitta Anne-Marie Bénie : “Le lycée CENS : “Un très bon lycée pour l’ascension des sportifs”

La joueuse de 18 ans, passée par l’équipe de France U16, a été la première représentante d’une collaboration entre le Centre Éducatif Nantais des Sportifs (CENS) et le Nantes Rezé Basket (NRB). “Le CENS est un lycée qui accueille des sportifs de Nantes dans plein de sport : athlétisme ; rugby ; foot ; basket, etc. On a cours de 8h à 10h, ensuite de 10h à 12h, tout le monde part de son côté pour s’entraîner dans son sport. Ensuite, on a cours entre 13h30 et 16h. Ça toute la semaine.” Sitta Anne-Marie s’est vite fait à ce système qui permettait d’évoluer aussi bien du côté des études que du côté sportif. “J’avais du mal à combiner le basket et les cours avant. Et on m’a parlé de ce lycée, mes parents étaient d’accord. Le principe m’intéressait et c’est un lycée proche de chez moi aussi.”

“Dans des classes de 8 à 12 élèves”

Proche de chez elle, certes, mais pas proche du centre d’entraînement du NRB. Le lycée CENS est situé à la Jonelière, près du centre d’entraînement du FC Nantes placé tout au Nord de Nantes. La Trocardière, la salle du NRB (et du Nantes Basket Hermine en Pro B masculine) est située à Rezé, tout au sud de Nantes. “ J’arrivais toujours en retard. J’y allais avec le tram-train. Pareil pour revenir en cours au lycée des fois. Pour d’autres sports, il y avait des bus qui venaient chercher les élèves, mais pour le basket, non.

Excepté ce petit accroc, la formation proposée par le CENS semble avoir ravi la joueuse. “J’ai trouvé que c’était un très très bon lycée pour l’ascension des sportifs. J’ai vachement aimé. Ce qui est bien, c’est qu’on peut être très proche des profs. Pour les études, c’est mieux d’avoir une bonne relation avec les profs. On est dans des classes de 8 à 12 élèves donc ça change des lycées normaux.

De petites apparitions avec le groupe pro.

En parallèle de ses matchs en Espoir, Sitta Anne-Marie est appelée pour la première fois avec le groupe des pros cette saison. Un contexte particulier pour commencer sa carrière et des difficultés à se faire sa place comme pour la plupart des jeunes joueuses, mais l’optimisme prime. “Quand j’ai su que j’allais jouer avec les pros, j’étais contente. Je me suis dit que le travail payait ! J’avais hâte de découvrir ce que c’était de jouer avec les pros. Un environnement différent. De découvrir les nouveaux entraînements et d’apprendre auprès de joueuses plus expérimentées.” 

Au total, la jeune basketteuse cumule 59 secondes de jeu en LFB sur ce début de saison. Cantonnée pour l’instant à rester sur le banc ou à jouer seulement quelques secondes, la joueuse ne perd pas espoir. “Je suis déjà contente d’être sur le banc. Pour moi, c’est déjà un bonheur d’être là et d’être assise à côté des pros. Après, je me dis que c’est normal au début et qu’il faut que je fasse mes preuves, que je travaille à l’entraînement.“ Lors de l’avant-dernière journée de championnat, Nantes s’est rendu à Bourges. Les Nantaises sont menées d’une vingtaine de points à 3 ou 4 minutes du buzzer final.

Sitta Anne-Marie Bénie a intégré le groupe pro de Nantes cette saison. [Crédit : DR].

“Je suis là pour apprendre”

Sitta Anne-Marie n’est pas du déplacement, mais d’après elle, dans des conditions similaires elle aurait joué. “Contre Bourges, Aurélie (ndlr : Aurélie Bonnan, coach du NRB) a fait rentrer les jeunes joueuses à la fin donc je pense que si j’avais été là, j’aurais joué. Après, même si j’étais pas rentré, c’est la décision du coach. Je suis là pour apprendre, il faut être patiente. Mais la connaissant, je pense que je serai rentré sur le parquet en cette fin de match. “ Depuis, Sitta Anne-Marie Bénie a pu engranger 34 précieuses secondes de jeu face à Charleville-Mézières lors de la dernière journée (défaite 66-79).

Sitta Anne-Marie Bénie à propos du début de saison de Nantes : “On a encore le temps de s’améliorer”

Au bout de 7 matchs, Nantes possède un bilan de 1 victoire pour 6 défaites. Un total peu réjouissant, mais qui n’inquiète pas la jeune joueuse qui malgré son jeune âge reste confiante pour que son équipe relève la barre. “La suite de la saison, moi, je la vois bien, on est un bon groupe. Toutes les filles travaillent dur à l’entraînement. J’pense qu’on a l’équipe qu’il faut pour bien poursuivre cette saison. Quand on voit les matchs où on perd, ça se joue à rien. Contre Montpellier, on perd de 2 points (ndlr : 62-60), Villeneuve d’Ascq, on est à 9 points (ndlr : 59-68). On n’est pas loin, c’est serré sur beaucoup de matchs. On a encore le temps de s’améliorer et de faire mieux que jouer le maintien.” Il faudra, pour cela, gagner face aux concurrentes directes de deuxième partie de tableau lors des prochaines journées.

Les débuts chez les professionnelles sont quelque peu atypiques pour Sitta Anne-Maire. Comme pour beaucoup d’autres sportives de sa génération, début en pro rime pandémie mondiale. Au printemps dernier, au moment où le championnat joue son acte final, c’est le basket dans son entièreté qui se met sur pause. “Pour moi, c’était très compliqué, j’ai été près de trois mois sans jouer. Il fallait toujours continuer à s’entraîner toute seule. J’avais la chance d’avoir un panier en bas de chez moi donc ça va. Quand on est habitué à jouer tous les jours et que du jour au lendemain on joue plus du tout en équipe, ça change. Je jouais en espoir avec l’envie d’aller chercher une place chez les pros, et ça m’a coupé dans mon élan quand même.” 

“J’aimerai passer pro et pouvoir vivre du basket”

Malgré une fin de saison amputée, la joueuse retrouve les parquets avec les pros, mais toujours sans, ou avec peu de spectateurs. En septembre et octobre, certaines salles accueillent encore quelques milliers de spectateurs, mais depuis, plus rien. “En LFB, on a eu presque un mois sans jouer depuis fin octobre, donc moi, je n’ai pas encore joué sans public (ndlr : chose faite samedi 28 face à Charleville-Mézières). J’ai pu être sur le banc, ça change quand même. Mais on est obligé de faire avec. Heureusement, il y a toujours le speaker qui met l’ambiance.”

Sous convention, Sitta Anne-Marie Bénie a la possibilité de jouer en espoir et en pro à la fois. La jeune Nantaise a la tête sur les épaules et voit son évolution au jour le jour avec des objectifs réalistes. “Je suis là pour apprendre, donc mes objectifs, déjà, c’est de regarder, prendre des conseils auprès des joueuses plus expérimentées et de la coach. Je vais me donner à fond pour avoir un peu plus de temps de jeu. J’aimerais passer pro. Jouer à haut niveau plusieurs années pour pouvoir vivre du basket. Ce serait un rêve de pouvoir vivre du sport que j’aime faire tous les jours. Chez les femmes, il y en a peu qui y arrivent vraiment sur la durée.”

On lui souhaite de réaliser son rêve de vivre du basket, et pourquoi pas, d’aller encore plus haut !

Baptiste LETANG